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 La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal

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Snoopy
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MessageSujet: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Sam 3 Mar - 14:41

par Alexandre Pham

Aux heures tragiques de la Guerre, Strauss et Hofmannsthal conçoivent l'opéra pacifiste et fraternel : la Femme sans ombre... sous l'artifice féerique du conte oriental et mythologique, il s'agit d'illustrer les valeurs du siècle des Lumières, cet idéal de fraternité chanté par Mozart dans la Flûte Enchantée...

Défense du mythique

En concevant avec l'accord de Richard Strauss, le registre onirique et féerique du mythe pour exprimer le lieu imprécis et brûmeux de La Femme sans ombre, Hofmannsthal milite pour ce qui lui est propre : le conte, la fable, les replis de la mémoire, l'allusif et le suggestif : la vapeur du fantastique. En rien, l'explicite et le direct d'une action parlée, frontale. Le poète privilégie les détours, le sens symbolique, le caché, l'indirect. "Faison des opéras mythiques, c'est la plus vraie de toutes les formes. Vous pouvez m'en croire", affirme t-il, dans une déclaration qui sonne comme une intention esthétique. Dans une action réaliste, le temps et l'espace sont limités. Seul importe désormais, un autre temps, celui de la musique. Qui enchevêtre les différents niveaux de l'histoire, les vies mêlées, les destins associés. La Femme sans ombre raconte cela : l'interaction des situations parallèles, la combinaison indissociables des vies en présence.

Strauss/Hofmannsthal, un duo exemplaire

Hofmannsthal l'Autrichien et Strauss, le Bavarois se retrouvent après le triomphe du Chevalier à la rose, dans la trame symbolique de la femme sans ombre. Une ombre au tableau de leur carrière semée de gloire et de réussite : la guerre. L'infâme spectre de la destruction anéantit l'Empire de Marie-Thérèse, de sorte qu'en 1911, le Chevalier de pacotille tenant la rose d'argent, simulacre du rituel aristocratique, annonçait déjà par la voix de ses auteurs, la fin d'un monde.

Avec La Femme sans ombre, les deux partenaires, aussi complémentaires que le furent Mozart et Da Ponte, abordent un thème d'actualité pour l'Europe exsangue, dévitalisée de son humanité pacifiste et fraternelle : la compassion. Le sujet renoue avec le fil de la Flûte mozartienne, et ce, volontairement : Hofmannsthal souhaitait renouer avec la trame initiatique de l'opéra mozartien où là aussi, deux couples doivent traverser un cycle d'épreuves initiatiques pour accomplir leur identité humaine ; et mieux, ils traversent chacun des routes croisées qui leur permettentd'être des hommes modernes, les êtres d'une humanité régénérée : barbare et informelle au début de l'ouvrage, humanisée et fraternelle à sa conclusion.

Barbarie de la guerre, humanisme de l'opéra

C'est comme si, Hofmannsthal et Strauss prenaient acte de la barbarie de la guerre taillant dans le vif, la jeunesse européenne et prônaient contre tout défaitisme, l'avenir de la civilisation. En cela, la Femme sans ombre recueille les derniers aspects du seria et des valeurs des Lumières qu'il s'était appropriés.

La tragédie de la guerre, la fatalité d'une humanité maudite résonne dans l'orchestre de Strauss. La riche et foisonnante texture orchestrale retrouve les laves incandescentes d'Elektra : tout l'opéra et ses quatre individus, semblent danser au bord du gouffre, sur la cime d'un volcan. Au terme d'une série d'épreuves initiatiques, l'Impératrice réalise son voeu de trouver forme humaine dont témoignerait l'ombre qui lui manque, grâce au sentiment de compassion. Le plus humains des sentiments, l'indice de l'appartenance à la conscience humaniste. De sorte que l'ombre tant désirée est moins la manifestation de son désir de maternité (comme on l'écrit encore) que le signe de son humanisation réussie. Actrice au démarrage, l'Impératrice qui n'est pas encore femme, observe, comprend, découvre cette humanité qu'elle ne connaît pas.
Le couple de Barak le teinturier et de sa femme lui offre un tableau éloquent : le personnage de Barak, bon et généreux, aimant et désireux, suscite le sentiment compassionnel que nous avons évoqué.

Laissons parler Strauss lui-même qui recevant les textes du livret d'Hofmannsthal, reste obsédé par la clarté de la parabole : "...l'impératrice, parce qu'elle a appris à éprouver de la pitié, mérite d'obtenir l'ombre, c'est à dire qu'elle est devenue humaine", écrit-il à l'attention de son poète librettiste, à Garmisch, le 5 avril 1915.

Comme Mozart rêvait d'une humanité fraternelle, Strauss et Hofmannsthal affirment de la même façon leur adhésion au pacte pacifiste de l'amour, amour pour cet autre, qui est mon frère.
Toute la musique de Strauss, "bavarde et grandiloquente, foisonnante et agitée" célèbre ce miracle en exprimant, aux côtés de l'Impératrice, sa lente et progressive métamorphose, qui fait de l'opéra, un ouvrage ascensionnel : de l'ombre vers la lumière, de l'informe et du sauvage, à l'état d'une conscience humaine pacifiée. Jamais le propos d'un opéra n'aura davantage militer pour l'homme. Derrière sa forme mythique et féerique, La Femme sans ombre est un opéra humaniste.

Opéra en trois actes
Livret de Hugo Von Hofmannsthal
Créé à l'Opéra de Vienne,
le 10 octobre 1919

Personnages

L'Empereur, ténor
L'Impératrice, soprano
Barak, baryton
La femme, soprano
Les trois frères de Barak : le Borgne, le Bossu, le Manchot)
Le Messager des esprits, baryton-basse
Une apparition de jeune homme, ténor
Voix du faucon, soprano
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MessageSujet: Re: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Mar 20 Mar - 22:24

Je l'ai vu il y a deux ans Wink
et j'ai beaucoup apprécié
http://www.resmusica.com/aff_articles.php3?num_art=1500
c'est un des trois frères de Barak qui m'y avait invitée
http://www.paulgerimon.com/

basse profonde!
http://www.paulgerimon.com/mp3/Cold_Genius_extract.mp3
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Snoopy
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MessageSujet: Re: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Mar 20 Mar - 23:34

C'est pas mal du tout en effet, merci pour l'extrait. Ca fait un peu Farinelli dans son exact opposé de voix je trouve. Wink
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MessageSujet: Re: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Jeu 22 Mar - 9:41

ou dans la version Klaus Nomi
http://www.youtube.com/watch?v=C_A6IR58Htg
quoiqu'au départ Cold Genius extrait de King Arthur de Purcell avait été composé pour une basse
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MessageSujet: Re: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Ven 30 Mar - 18:50

Je l'ai emprunté et j'adore, après avoir écouté le "Rosenkavalier", je me demande si je n'aime pas davantage les opéras de R.Strauss plutôt que ceux de Wagner !
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MessageSujet: Re: La femme sans ombre de Strauss et Hofmannsthal   Aujourd'hui à 7:00

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