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 Hüseyin Sermet, un pianiste qui défend bien ses couleurs

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Snoopy
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Snoopy

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MessageSujet: Hüseyin Sermet, un pianiste qui défend bien ses couleurs   Hüseyin Sermet, un pianiste qui défend bien ses couleurs Empty2009-10-09, 11:37

Le pianiste turc Hüseyin Sermet, 54 ans, a été choisi pour défendre les couleurs de son pays dans le cadre de la Saison de la Turquie en France. Cet homme discret et affable s'enflamme quand on évoque les récents propos tenus dans le Süddeutsche Zeitung par son compatriote, le bouillonnant pianiste et compositeur Fazil Say sous le titre 'L'art est rabaissé en Turquie'.

"La Turquie pays obscurantiste, moyenâgeux ?, s'insurge-t-il. Je connais Fazil, je l'apprécie beaucoup en tant que musicien, mais je pense que l'interdiction de créer son oratorio, Elégie pour Metin Altiok, n'est pas liée au fait qu'il est écrit sur les textes d'un poète turc dissident, ce n'est pas une censure politique mais le résultat banal d'une querelle de personnes. "

Hüseyin Sermet n'est pas de ceux qui crachent dans la soupe. Il aime son pays, qui le lui rend. En 1968, alors jeune étudiant au Conservatoire d'Ankara, il a bénéficié de la fameuse loi enfant prodige de 1966, dite "loi Idil Biret" (nom d'une fameuse pianiste turque), qui dote d'une bourse un enfant particulièrement doué afin qu'il puisse étudier à l'étranger.

Sermet a débarqué en 1968 au Conservatoire de Paris. "L'enseignement de la musique n'était pas une chose prioritaire en Turquie à l'époque, concède-t-il, mais on en avait conscience ! Les trois endroits possibles étaient la Juilliard School à New York (trop chère, trop loin), le Conservatoire de Moscou (c'était le camp adverse et on craignait que les enfants ne soient embrigadés), et Paris (la solution idéale)."

Hüseyin Sermet évoque la longue et fructueuse histoire des relations diplomatiques entre la France et l'Empire ottoman puis avec la Turquie. Il pense aussi que le "blocage" actuel de la France n'est qu'un épiphénomène. Pour autant, ses premières années en France furent difficiles : "Je ne parlais pas un mot de français, j'avais le mal du pays et l'enseignement très technique de mon professeur, Pierre Sancan, n'avait réussi qu'à me bloquer complètement."

Douze ans plus tard, après s'y être repris à deux fois pour obtenir son premier prix de piano, en 1973, il cumule les récompenses en musique de chambre, analyse et composition, dans la classe d'Olivier Messiaen. "A ce moment-là, les étrangers n'avaient pas le droit de faire le 3e cycle de perfectionnement, précise Sermet. Alors j'ai commencé à passer des concours (Maurice Ravel, Santander)..."

Ont suivi trois années sabbatiques pendant lesquelles il se marie, joue au badminton et divorce. Pour gagner sa vie, il joue et chante dans un restaurant turc, rue des Petites-Ecuries... avant de se remettre aux concours internationaux (Busoni, Jaen, José Iturbi, etc.). Au Reine Elizabeth de Belgique, il termine huitième : "Je ne dis pas que mes origines m'ont desservi mais je pense que dans une finale, face à des lauréats issus des grandes puissances qui se partageaient le monde, un pianiste turc ne pesait pas grand-chose."

Le teint clair, les yeux bleus, Hüseyin Sermet n'a rien du Turc d'Epinal, émacié à peau mate et longues moustaches. Ce musulman habite Neuilly-sur-Seine, a lu le Coran et la Bible, récite des sourates entières en arabe, croit à "une transcendance sans pratiquer" mais pense que les intégristes sont des ignorants manipulés. Il se souvient avec nostalgie du temps où il voyait des musulmans faire la prière sur le parvis d'une église. C'était à Nice en 1968. "On ne pourrait plus voir cela aujourd'hui", dit-il avec regret.

La question de retourner vivre dans son pays est en train de se poser. Cet "artiste d'Etat" (depuis 1991), qui a gardé la nationalité turque, dénonce la partialité et la méconnaissance de la presse occidentale quand elle rend compte du conflit entre les "frères ennemis", Grèce et Turquie, autour du problème chypriote. Mais il dénonce aussi les surenchères nationalistes et populistes des deux nations. "C'est devenu un problème psychiatrique, affirme-t-il. Le processus d'apaisement sera long et difficile."

Droits de l'homme, minorités kurdes, génocide arménien : Hüseyin Sermet reconnaît que la Turquie n'est pas le "plus parfait pays du monde", mais il constate qu'à part l'Allemagne aucun pays en Europe ne s'est penché sur son passé. Il ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher d'entrer dans l'Union européenne. "La Turquie est la 17e puissance économique mondiale, précise-t-il. Elle fait partie du G20 et de l'OTAN. On ne peut pas lui demander ad vitam aeternam de garder les frontières à l'Est tout en continuant de l'exclure de l'Union européenne. Il n'y a plus rien à voir entre le pays que j'ai connu enfant et celui dans lequel vivent aujourd'hui mes parents et où je passe mes vacances. "

Marie-Aude Roux
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