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 La Femme sans ombre

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Snoopy
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Snoopy

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MessageSujet: La Femme sans ombre   La Femme sans ombre Empty2007-03-03, 14:44

par Guillaume-Hugues Fernay

Acclimatée au cadre du théâtre Kabuki, La Femme sans ombre trouve la juste voie, résout les énigmes en une lecture vocalement souveraine, visuellement époustouflante.

1992, Salzbourg/Nagoya

L'année 1992 aura été faste pour l'un des chefs-d'oeuvre absolus de l'opéra symboliste post romantique. A quelques mois de distance, Solti présentait sa version à l'été, dans le cadre du festival de Salzourg (cofondé par Strauss et Hofmannsthal avec Max Reinhardt), puis Sawalich, en novembre, dirigeait les équipes de l'Opéra de Munich... en tournée au Japon, à Nagoya. Le propre de La Femme sans ombre est d'être une légende philosophique en particulier humaniste. Son action est moins narrative que symbolique. Parcours initiatique pour l'Impératrice, le Teinturier, sa femme, à la manière de Parsifal et de La Flûte Enchantée, l'ouvrage suit chacun des protagonistes, éprouve son humanisme, sa capacité à évoluer, à se métamorphoser, finalement à contrôler son égotisme en étant à l'écoute de l'autre...

De ce point de vue tout tient souvent à l'éloquence muette, abyssale d'un regard. Et l'impact de celui du Teinturier dans l'esprit de l'Impératrice s'avère capital. Nous somme bien éloignés d'un Pelléas où Debussy peint des individualités étrangères les unes aux autres, comme figées en un cycle qui se répète sans transformation. Avec Strauss et Hofmannsthal, rien de comparable: tout oeuvre pour la métamorphose des âmes.

Egoïstes au départ, intensément humaines à l'issue, c'est à dire généreuse et respectueuse des autres. Il est vrai que l'opéra fut conçu pendant la première guerre et que le vacarme de la barbarie des armes résonne en de nombreux épisodes, inspirant dans la conscience des auteurs, un désir de fraternité, l'apothéose d'un monde pacifié par l'amour de l'autre. Ici, le destin d'un couple impérial dépend de l'entente d'un Teinturier avec son épouse hystérique et vaniteuse.

FSO, version kabuki

Occupé par la rédaction de son oeuvre, Hofmannsthal avait-il à l'esprit les images et les légendes du Japon? L'orientalisme est certes présent dans La Femme sans ombre, explicite dans la figure de l'Impératrice qui se transforme, dans la présence énigmatique autant que principale du faucon blessé... D'une coloration flottante, la production dirigée par Sawalich exploite le potentiel expressif. L'action est transférée dans le cadre du théâtre Kabuki, la mise en scène entièrement élaboré par un acteur du genre, Ennosuke Ichikawa. Le résultat visuel et scénique est d'une exceptionnelle violence, d'une plasticité à couper le souffle. Le registre féerique, fantastique et même surréaliste est totalement préservé, lisible de bout en bout, en particulier pour chaque apparition onirique. Et même l'acte III, si difficile à représenter, progresse dans les flamboyances extrême-orientales, à la façon d'un paravent en laque d'or de l'ère Edo. Les deux couples recomposés à la fin, apparaissant chacun sur un passerelle illustrent parfaitement l'avènement d'une humanité réconciliée, prête à accueillir la génération à venir...

Comparé à la version filmée Solti (Decca) qui était jusque là "la" référence de l'ouvrage au dvd, voici une lecture particulièrement réussie, incontournable et complémentaire. En plus de ses nombreuses fulgurances scéniques qui ne sont pas, comme souvent, que des idées ou des trouvailles, car les options du Kabuki articulent superbement la complexité fantasmagorique de la partition, l'atout de cette version tient pour beaucoup à la cohérence et au niveau superlatif des cinq protagonistes: l'Empereur de Peter Seiffert est sobre, héroïque, vocalement rayonnant. Le Barak d'Alan Titus est ce bon pain, âme droite et laborieuse, constante et aimante en tout point conforme à la psychologie du caractère. Restent les trois rôles féminins: époustouflants. Janis Martin incarne la Femme du Teinturier: chant prosaïque de la vaniteuse frustrée, agressive et pourtant blessée. L'interprète à la voix parfaitement placée dessine une courbe évolutive de son personnage avec sincérité et vérité. Sur le point de succomber au désir inspiré par le jeune homme, elle garde néanmoins loyauté et fidélité à l'époux dont elle apprend à (re)connaître la nature généreuse. Là encore, tout est affaire de regard.

Le duo champion de cette relecture japonaise reste à notre avis, celui de l'Impératrice (Luana DeVol) et de sa Nourrice (Marjana Lipovsek). La première captive par sa fragilité croissante, l'éclat de son timbre charnel (la voix exprime toujours l'hésitation entre le monde des esprits et le monde des hommes), l'intelligence et l'unité du jeu. Les détracteurs détesteront ce grain maternel du timbre, l'épaisseur incarnée de la voix (encore qu'en 1992, les aigus soient francs et éclatants). Les parisiens ont pu applaudir (et d'autres siffler) son incarnation de la Femme du Teinturier (Opéra Bastille, décembre 2002), bouleversante d'humanité, de cris, de gémissements, de langueur sincère. Aux côtés de sa Turandot de Puccini (publié par TDK également), voici un immense talent qui nous est révélé à sa juste mesure.

De son côté, Marjana Lipovsek embrase littéralement la scène. Elle est incantatoire, instrument de la catastrophe, séductrice (de la Femme dont elle suscite l'instinct vaniteux), guide magicienne (pour l'Impératrice). L'actrice comme la cantatrice, semblent même plus à leur aise ici, quelques mois après la version Solti de Salzbourg, où elle tient le même rôle.

Difficile d'écouter une équipe plus homogène, où chacun tient sa place, entre l'entité, le concept philosophique (l'Empereur) et l'individu terrassé par la fatalité mais aspirant à la dépasser (Barak). Dans la fosse, Sawalich doublement fêté en 1992, dans le cadre de cette production anthologique,- comme chef honoraire de l'Orchestre de la NHK et comme intendant et directeur musical de l'Opéra Bavarois-, se révèle un grand Straussien. Sans posséder ni le sens du drame et de la tragédie d'un Böhm, ni l'analyse ciselée et mordante d'un Solti, son approche ne manque ni de ferveur ni d'intensité. Dommage que la caméra n'ait pas l'inventivité des captations actuelles. Le cadrage est continûment frontale et distancié, sans plans rapprochés, mais bel avantage, le beauté des tableaux n'en a que plus de magie (visions paradisiaques de la Femme du Teinturier au II, apothéose des deux couples au III). Un témoignage incontournable.

La Femme sans ombre (1919)
Opéra en trois actes
Livret de Hugo Von Hofmannsthal
Créé le 10 octobre 1919 à l'Opéra de Vienne

Peter Steiffert, l'Empereur
Luana DeVol, l'Impératrice
Alan Titus, Barak le Teinturier
Janis Martin, la Femme du Teinturier
Marjana Lipovsek, la nourrice
Jan-Hendrik Rootering, le messager des esprits
Annegeer Stumphius, le gardien du temple
...
Chor der Bayerischen Staatsoper
Bayerisches Staatsorchester
Wolfgang Sawalich, direction
Ennosuke Ichikawa, mise en scène

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