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 La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique

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joachim
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joachim

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MessageSujet: La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique   La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique Empty2022-11-24, 20:14

Ys ou Is, parfois appelée Ker Ys (en breton : Kêr-Is), est une ville légendaire de Bretagne, qui aurait été engloutie par l'océan. Probablement issue d'un thème celtique autour de la femme de l'Autre Monde, la légende de la ville d'Ys est très nettement christianisée. Le seul élément originel qui en subsiste est le personnage de Dahut. La version hagiographique de Pierre Le Baud, plus ancienne version connue, voit déjà l'engloutissement de la ville comme résultant des péchés de ses habitants, mettant en valeur les évangélisateurs bretons.

Une tradition bretonne récente a fait d'Ys la capitale cornouaillaise du roi Gradlon, censée avoir été construite dans la baie de Douarnenez ou au large de celle-ci. Cette légende constitue l'un des récits bretons les plus populaires, et les plus connus en France.

La légende de la ville d'Ys s'articule autour de trois personnages : le saint (Corentin ou Guénolé) qui incarne le Bien, Dahut qui incarne le mal, et le roi Gradlon placé face à un choix. Aucune des versions anciennes (hagiographiques) n'attribue de caractère particulier à chacun des personnages.

La plus ancienne mention connue de la ville d'Ys provient de l'historien breton Pierre Le Baud, dans ses Chronicques et Ystoires des Bretons publiées à la fin du xve siècle. Elle fait intervenir saint Corentin, consacré évêque par saint Martin après avoir assisté à la submersion de la ville à cause des péchés de ses habitants. D'après Baud, « Le roi Gradlon en réchappa miraculeusement », et les vestiges de la ville visibles sur la rive furent nommés « Ys ». Ce résumé très court montre qu'au xve siècle, le mythe d'Ys est déjà christianisé. Bertrand d'Argentré signale en 1583 cette croyance en la ville engloutie d'Ys, ajoutant qu'il n'y a aucun témoin de cela, ce qui semble rattacher cette histoire à la légende. La version tout aussi hagiographique d'Albert Le Grand, au xviie siècle, est intitulée La vie de saint Gwénolé. Elle achève la christianisation du thème, en introduisant la punition divine. Dans la version la plus ancienne de Pierre le Baud en 1495, Dahut n'apparaît pas. Elle apparaît en 1636 avec celle d'Albert le Grand dans La Vie des saints de la Bretagne Armorique : « cause principale à la Princesse Dahud, fille impudique du bon Roy, laquelle périt en cet abysme [...] ». La littérature bretonne postérieure s'appuie sur cette version.


Musique

L'aspect historique et épique de la légende oriente la création Le Roi d'Ys d’Édouard Lalo dans sa première version en 1875. Dans sa version définitive, le « grand opéra » se concentre sur l'aspect dramatique. Présenté en mai 1888, l'ouvrage atteint la 100e représentation à l’Opéra-comique le 24 mai 1889. L’introduction de thèmes folkloriques, présentant souvent une tournure musicale modale, lui permet d’échapper au modèle wagnérien dominant, en plus de « créer une atmosphère, définir un espace, tenter une localisation qui fassent à la fois vraisemblables et mythiques ». Le succès de l'opéra de Lalo permet d'installer Ys durablement dans la culture.

Le Chat noir, cabaret de la butte Montmartre, reste attaché à la création du théâtre d’ombres : La Ville d’Is, récit fantastique est écrit et composé en 1895 par Georges Fragerolle et les 7 tableaux sont illustrés par H. Callot et L. Martin. Claude Debussy aurait été inspiré par la lecture de l’évocation de la légende au début des Souvenirs d’enfance et de jeunesse d'Ernest Renan pour écrire le prélude pour piano La Cathédrale engloutie (1909-1910). Son défi est de recréer l’univers de la légende musicalement, avec une atmosphère maritime et presque médiévale permettant de suggérer la ville d'Ys.

Parmi le mouvement bardique, deux compositeurs s'intéressent à la légende : Bourgault-Ducoudray évoque Ahès dans La Chanson de la Bretagne et le Nantais Jacques (Jac) Pohier reprend la version du Barzaz Breiz et la mélodie de Souêtre dans le cinquième tableau A Ger a Iz de son épopée bretonne Armor84. Parmi les compositeurs qui fondent en 1912 l'Assemblée des compositeurs bretons, deux, Paul Martineau et Paul Le Flem, traitent de la ville d'Ys et plus spécialement de Dahut. Cependant, Martineau, qui meurt en 1915 à vingt-cinq ans, n'a pas eu le temps d'écrire son opéra Dahut mais il réussit à composer en parallèle un ballet, Sous les flots. Le thème apparaît à trois reprises dans l'œuvre de Paul Le Flem : en 1908 dans Crépuscule d'Armor, un chœur pour femmes, au lendemain de la Seconde guerre mondiale dans La Magicienne de la mer, un opéra achevé en 1947 et créé à l'Opéra-comique en 1954, puis vingt ans plus tard, il revient sur le sujet dans La Maudite, gwerz qui puise sa source dans le Barzaz Breiz.

Jef Le Penven écrit Gradlon et la ville d'Ys pour bombarde et orgue. En 1942, Le Penven écrit Teir C’hannen e stumm ar c’hanaouennou pobl (« Trois chants dans l’esprit populaire ») pour ténor et piano, un recueil qui s’ouvre sur Kanenn Dahud, le « Chant de Dahut » (paroles d’Abeozen en breton KLT et musique inspirée du mode dorien de la Complainte sur la ville d’Is). En 1954, après son installation à Quimper, Le Penven publie Klemmgan ar Varc'hegeien, la Complainte des chevaliers extraite du Jeu du roi Gradlon d’Hélias. Hélias, organisateur des Fêtes de Cornouaille depuis 1948, lui propose de composer la musique d’un son et lumière pour la fête quimpéroise de 1954. La deuxième partie de la fresque, retraçant deux cents ans d’histoire, est consacrée à La grande légende de la ville d’Ys..

En 1959 le compositeur belge écrit son œuvre "la Messe des Morts à Is" sur le texte de George-Day. C'est son op. 72 pour chœur mixte. Les textes de la messe des morts catholique sont alternés avec les poèmes hallucinantes sur la ville.

L’interprétation de la légende est multiple et les compositeurs s’accordent également une part de liberté pour exprimer leur imaginaire. Alan Stivell intitule tout simplement sa composition Ys, jouée à la harpe celtique en 1971, tout comme le Normand Aubert Lemeland en 1973 avec son œuvre pour guitare classique Ys. Le groupe italien de rock progressif Il Balletto di Bronzo se fait connaître en 1972 avec l'album Ys. Ys inspire le guitariste de Stivell, Dan Ar Braz, pour le concept de son premier album Douar Nevez en 1977, suite musicale basée sur les éléments naturels et légendaires, ainsi que les autres musiciens d'Alan Stivell qui le quittent pour former le groupe folk YS en décembre 1975. L'unique album du groupe est Madame La Frontière en 1976. Jean-Yves Malmasson associe Le Chant de Dahut (1985) à son instrument, les ondes Martenot qui dialoguent avec l’orchestre à cordes, tout en faisant sonner au loin une bombarde. Cette œuvre, jouée par l'Orchestre de Rennes (futur orchestre de Bretagne), est primée par la SACEM, en 1986 au festival Les Tombées de la nuit à Rennes.

En 1982, à la demande du festival de Cornouaille, le compositeur brestois Pierre-Yves Moign met en avant le roi dans Gradlon Meur ou Is la Ville engloutie. La représentation symphonique a lieu dans la cathédrale de Quimper avec le Manchester Youth Orchestra. En 1994, René Abjean a pour projet la création à Douarnenez du spectacle Tambouliner Ker Ys, associant chant (Ensemble chorale du bout du monde), danse (cercles celtiques) et déclamation89. C’est finalement en 2000, à l’occasion des cinquante ans de l'association Kendalc'h, qu’il réalise l’oratorio Liñvadenn Ker Is en onze tableaux, interprété par des chorales, l'orchestre et le chœur de Brocéliande, sous la direction de Jacques Wojciechowski, avec une orchestration de Bruno Gousset91.


En 1994, le groupe Nantais Cherche-Lune enregistre le morceau Ys sur son album Dun Emrys. En 2006, la musicienne californienne Joanna Newsom chante et joue de la harpe sur son album Ys et le groupe Wig A Wag intitule un morceau Babylone Kêr-Is sur l'album éponyme Wig A Wag : la légende de la ville d'Ys est universelle, relayée par les musiques amplifiées, au croisement des musiques populaires et savantes. En 2011, le compositeur brestois Benoît Menut écrit YS, pour saxophone alto et piano (op. 31) et en 2012, le germano-italien Caspar de Gelmini écrit YS : A imaginary Roadmovie from Paris to Douarnenez, pour ensemble (11 musiciens).


La première trace écrite d’un chant consacré à la ville d’Ys date de 1845, dans la seconde édition du Barzaz Breiz, un chant intitulé Livaden Geriz, Submersion de la ville d’Is. La gwerz Ar Roue Gralon ha Kear-Is, composée en 1850 par Olivier Souêtre dit Souvestre, se diffuse dans les milieux populaires, notamment au travers des milliers de feuilles volantes vendues. Cette version, récitée par Yann ar Minous dans le Trégor, impressionne le compositeur Paul Le Flem et le chanteur Yann-Fanch Kemener.

Comme le remarque le compositeur Bourgault-Ducoudray, l’air de la complainte est réadapté pour d’autres sujets (Skolvan, Dom Yann Derrian, Judith et Holopherne), pour des cantiques, jusqu'à chanter les paroles latines de la Prose des Morts sur cette formule mélodique. C’est cet air que joue l’organiste de la cathédrale de Saint-Brieuc Charles Collin (1827-1911), quant à son fils, organiste de Notre-Dame de Rennes, c’est la mélodie du Barzaz Breiz qui inspire sa Rhapsodie bretonne, submersion de la ville d’Is (1922). Bourgault-Ducoudray a en quelque sorte légitimé la complainte comme populaire et assuré sa diffusion dans le milieu musical savant. Elle est reprise dans des pièces : Marcel Labey l’utilise dans Fantaisie pour orchestre op. 3 (1900), Jean Langlais harmonise la Légende de la ville d'Ys pour 4 voix mixtes (op. 55a) et pour piano (op. 55b) en 1947. Mais, dès 1854, Jean-Charles Hess s’inspire de la légende pour La Fête des oiseaux à Quimperlé dans sa troisième pièce consacrée au Roi Gradlon.

Élève de Bourgault-Ducoudray, Maurice Emmanuel parcourt la Bretagne, attiré par le chant populaire et la modalité. En 1889-1890, il écrit un poème symphonique en sept parties avec chœurs (textes de Jos Parker), intitulé Bretagne, qu’il détruit en 1930 et y substitue une composition en quatre parties qui constitue sa Deuxième Symphonie « bretonne ». L'œuvre, construite autour de la légende du roi Grallon, est orchestrée par Paul Paray.

Une gwerz intitulée Kêr Ys a été interprétée par plusieurs chanteurs bretons, dont Yann-Fañch Kemener sur l'Héritage des Celtes. Elle a été reprise en version punk rock par Tri Bleiz Die, sous le titre de Ar Gêr a Is, dans leur album Dalc'homp Mat!. Tri Yann a créé sa propre chanson sur la ville d'Ys nommé Loc'hentez Kêr Is, enregistrée dans l'album Abysses en 2007.




https://www.youtube.com/watch?v=ZP6z_KV27Yg

Alan Stivell : Ys pour harpe celtique


Dernière édition par joachim le 2022-11-24, 20:35, édité 1 fois
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Snoopy
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Snoopy

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MessageSujet: Re: La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique   La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique Empty2022-11-24, 20:28

Je connais cette histoire à travers une BD très sympa que j'ai lu il y a quelques années. "Les soeurs d'Ys".

La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique Soeurs10
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Anouchka

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MessageSujet: Re: La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique   La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique Empty2022-11-24, 23:14

C'est un joli sujet, merci de l'avoir ré-exhumé...
Je vous reparlerai d'Ys, car malgré les infos données par Joachim, Wikipédia a omis certaines choses, humble avis....

Je ne connaîs pas cette BD, ça m'a l'air bien sympa, dis-moi ! Wink
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Anouchka

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MessageSujet: Re: La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique   La légende la ville d'Ys, engloutie, dans la musique Empty2022-11-25, 00:02

Ca c'est bien joli, Snoopy (ça a l'air).  Wink

En 6 mn, un très beau petit film d'animation, vraiment soigné, nous raconte toute la légende :
Dahut, la fille débauchée du Roi Gradlon, qui finira par amour, par donner la fameuse "clé" de la ville à un prince ténébreux maléfique qui fera sombrer Ys. Gradlon et sa fille s'en "tireront" par miracle (d'après bien sûr la légende, et parfois Dahut meurt noyée suivant les versions).
Il se trouve que j'étais non loin de là en vacances au mois de juin !
L'opéra de Lalo est fort beau.
Voici ma petite vidéo (rare, sur fond de musique celte).
https://www.nhu.bzh/ker-is-ville-ys-legende-bretonne-gradlon-dahut/
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