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 Eric DEMARSAN

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Icare
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MessageSujet: Eric DEMARSAN   Jeu 10 Jan - 16:21

C'est une musique qui met du blues au coeur et à l'âme. Elle est de nature sombre et mélancolique. Elle exprime la solitude et l'errance. Elle crée en moi un personnage énigmatique qui erre sans but dans une ville nocturne, un Paris engourdi par une bruine ininterrompue, un Paris enfin silencieux et à peine inquiétant. Les images d'un film imaginaire à l'intrigue minimaliste, se construisent dans ma tête pendant l'écoute. La manivelle tourne, la bobine se déroule inéluctablement sur des rues étroites et désertées. Les vitrines ont baissé leurs rideaux métalliques depuis longtemps. Quelques morts-de-soif vomissent dans les cannivaux, c'est tout Paris qui titube sous leurs pieds. Certains tomberont, pris de vertiges. Je ne serai plus là lorsqu'ils se réveilleront au petit matin sur l'asphalte à peine glacé par les restes d'un automne que l'hiver a bien du mal à chasser. La musique d'Eric Demarsan écrite pour la série TV d'Hervé Hadmar;Pigalle, la nuit, m'a permis cette curieuse promenade dans un Paris nocturne qui n'a sans aucun doute rien à voir avec le film pour lequel elle fut imaginée et conçue. Probablement, est-ce sa force narrative et quelque-part visuelle qui m'a conduit inéluctablement vers une dimension cinématographique toute personnelle. Le béophile est par définition un mélomane amoureux d'images, qui a aussi besoin de se créer un cinéma dans sa tête, un cinéma purement musical, complètement dirigé par la musique qui se déplie en lui. Je n'ai pas eu l'occasion de regarder cette série télévisée. Mais sa musique est très évocatrice d'une ville, la nuit, de ce qu'elle peut contenir de mystérieux, d'inquiétant, de nostalgique ou de mélancolique. Elle s'appuie sur une belle écriture des cordes, sur des mélodies douces et envoûtantes, un saxophone aux allures de blues, des sonorités plus claires et lumineuses venant ponctuellement éclaircir un tissu musical opaque enrichi de motifs sinueux.

Eric Demarsan est un compositeur français né le 2 octobre 1938 à Paris, surtout connu pour sa musique de film.

Eléments biographiques par le compositeur lui-même:

<<QUI JE SUIS ?

Autodidacte "pur et dur" à qui la Musique a été révélée par le glissando d'un pianiste de bar, à l'âge de 12 ans environ, et par une grand-mère peintre sur porcelaine, passant de l'aquarelle au cuir repoussé tout en donnant des leçons de piano à l'enfant que j'étais.
Harmonie, contrepoint, fugue, composition etc. sans l'aide du Conservatoire mais avec de très bons professeurs. A 18 ans, j'accompagne au piano tous les artistes se produisant dans toutes les boites de la Place du Tertre finissant à l'aube irrémédiablement chez Attila pour jouer encore et faire des chansons avec Bernard Dimey, Marion Kouzan et bien d'autres. Avant de rentrer, petit tour chez MICHEL MAGNE, à sa pleine époque de musique tachiste. Les plaisanteries de collégiens (et même plus...) allaient bon train. C'est Michel Magne qui, quelques années plus tard, devait m'enseigner les "ficelles" pour faire "sonner" un orchestre et acquérir la technique rapide et efficace de la composition musicale adaptée au cinéma.

Après deux ans passés à travailler avec lui, l'oiseau (c'est le cas de le dire) a commencé à voler de ses propres ailes en signant la musique du feuilleton de Cécile Aubry : Sébastien parmi les hommes, le thème de l'oiseau, cher aux enfants des écoles. Par la suite, j'ai eu de nombreuses propositions d'arrangements et orchestrations, ce qui m'a permis, notamment, de travailler pour le merveilleux FRANCOIS DE ROUBAIX avec lequel une osmose musicale s'est créée aussitôt. J'ai écrit pour lui, entre autres, les arrangements des Chevaliers du Ciel et ceux du Samouraï de Jean-Pierre Melville. Plus tard, Melville m'a demandé de composer la musique de deux de ses plus beaux films : L'ARMEE DES OMBRES (avec Lino Ventura et Simone Signoret) et LE CERCLE ROUGE (Avec Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volonte et Yves Montand) : deux écritures bien différentes, la première, symphonique avec des mélanges de guitare saturée et d'accordéon, la deuxième dans un esprit plutôt Modern Jazz Quartet "grand orchestre"...Melville qui se targuait d'être tout le temps brouillé avec la moitié de Paris a révélé un jour à Françoise Bonnot, sa monteuse, qu'il n'arrivait pas à se fâcher avec moi... Très ennuyeux en effet...

L'humeur vagabonde

Depuis, j'ai eu la chance d'écrire la musique de films tels que : 5% de risques de Jean Pourtalé, Section spéciale de Costa-Gavras, Les Spécialistes de Patrice Leconte, Roberte ce soir de Pierre Zucca, sans compter six films avec Jean-Pierre Mocky, et bien d'autres metteurs en scène avec qui j'ai collaboré et à qui je demande de me pardonner de ne pas les citer. Pourtant, je n'oublierai pas Pierre Granier-Deferre et Jacques Deray, à qui j'ai apporté ma pierre dans deux beaux films de télévision : La Dernière Fête et Clarissa.

Jean-Pierre Mocky !... Quel drôle de bonhomme ! Il a toute mon amitié et ma tendresse. Grâce à lui, pendant le tournage de L' Ibis Rouge, j'ai rencontré un monstre sacré, une entité, une légende : Michel Simon ! (avec ce dernier) Nous avons signé un contrat ensemble ; un contrat d'artiste par lequel il s'engageait à enregistrer un disque de chansons que je lui composerais ! Il venait se reposer chez Sybil et moi, à la campagne, après un bon déjeuner. Et puis un jour, il a disparu de la surface de la terre... et nous n'avons pas eu le temps d'enregistrer le disque...

J'ai toujours été entouré des meilleurs musiciens que l'on puisse rêver, tels que Maurice Vandair, Georges Arvanitas (au piano), Guy Pédersen (à la contrebasse), Daniel Humair (à la batterie), Pierre Dutour (à la trompette) et tant d'autres merveilleux instrumentistes, sans oublier Roland Stepzac, qui a été durant toutes ces années mon régisseur d'orchestre et un de mes violonistes préférés. Bien sûr, pour certaines productions qui demandaient d'allier budget restreint et orchestre symphonique... je me suis expatrié quelquefois dans les Pays de l'Est. Il fallait choisir : ou le grand orchestre à l'Est ou les synthétiseurs à l'Ouest... Ce dilemme m'a donné la joie de rencontrer de grands interprètes, tant à Varsovie qu'à Moscou ou encore à Sofia, et d'y créer de solides amitiés. Pas si mal ! A cette occasion, j'ai découvert un grand chef d'orchestre : Sergueï Skripka. Nous avons travaillé ensemble plusieurs fois dans les studios de Mosfilm (l' énorme centre cinématographique moscovite), notamment pour l'enregistrement de la musique de La Légende des Sciences, très belle série télévisuelle de douze heures sur la science à la portée de tous ; un superbe orchestre symphonique de cent deux musiciens. Belle rencontre, beau moment. Très fort !

Mais je ne vais pas tous les jours enregistrer à l'Est...Comme beaucoup de mes collègues, j'utilise les synthétiseurs, échantillonneurs et autres ordinateurs. Néanmoins, je garde toujours à l'esprit que les outils immuables du compositeur sont encore et toujours le papier, le crayon et la gomme. Quoi qu'il arrive, ils ne seront jamais remplacés par le "copier-coller". Rien ne peut égaler le son d'un vrai violon ou d'une vraie harpe émis directement par l'âme de l'instrumentiste. Je ne veux pas dire qu'il ne faille pas employer les synthétiseurs au milieu d'un orchestre. Bon nombre de compositeurs (et non des moins célèbres) le font chaque jour. Je veux juste dire qu'un électron ne remplacera jamais... un vibrato : concevoir = le papier, le crayon, la gomme ; exécuter = avec l'âme, la chair, les os.

Mélodiste, arrangeur, compositeur, marieur de sons, mélangeur de timbres, homme d'image ? Sûrement. J'adore ce métier qui permet à un compositeur d'écrire des scénarios musicaux en parallèle avec des histoires tournant dans l'esprit d'auteurs ou de metteurs en scène qui, un jour, par la grâce d'un producteur (vous savez, celui qui donne l'argent...) deviennent... un Film de Cinéma ! L'écueil à éviter, c'est, je crois, concevoir la musique d'un côté et l'image de l'autre bien queparfois ce soit la demande de certains réalisateurs.
Ce qui est à rechercher, en revanche, c'est construire en osmose avec le réalisateur ; penser image et musique simultanément, comme dans une chanson, lorsque le texte et la musique sont le fruit d'une même inspiration.
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Eric Demarsan







Dernière édition par Icare le Jeu 3 Sep - 18:03, édité 1 fois
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Icare
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MessageSujet: Re: Eric DEMARSAN   Jeu 2 Jan - 19:00

Cette année 2013, j'aurai beaucoup écouté la musique d'Eric Demarsan. Celle-ci n'était pas encore terminée que Pigalle, la nuit dont je fais l'éloge en début de topic, est revenue sur ma platine pour un plaisir toujours intact en intensité. Cette fois, ce ne fut pas un voyage imaginaire dans une ville, la nuit, non ce fut une écoute complètement concentrée sur la musique. Très très belle!    I love you 

En ce début de nouvelle année, je fus comblé à la réécoute de Attention les enfants regardent, superbe partition que Demarsan composa pour le film de Serge Leroy mettant en scène Alain Delon.  Le thème principal, avec sa magnifique mélodie et l'usage mélancolique d'un clavecin, est irrésistible.    I love you Sur le même cd, on trouvera d'ailleurs une autre partition de Demarsan, cette fois, composée pour le film de Pierre Lary, L'Indiscrétion, avec Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle. Pas du niveau des deux précédentes, elle n'en demeure pas moins attachante, surtout qu'elle est traversée par un thème principal quelque peu mélancolique et accrocheur qui donne largement le ton. Le thème n'est pas sans évoquer le "Morricone" façon "Le Professionnel", mais la filiation reste habile et sans outrance.   I love you
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Icare
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MessageSujet: Re: Eric DEMARSAN   Jeu 3 Sep - 18:17

Icare a écrit:
En ce début de nouvelle année, je fus comblé à la réécoute de Attention les enfants regardent, superbe partition que Demarsan composa pour le film de Serge Leroy mettant en scène Alain Delon.  Le thème principal, avec sa magnifique mélodie et l'usage mélancolique d'un clavecin, est irrésistible.    I love you Sur le même cd, on trouvera d'ailleurs une autre partition de Demarsan, cette fois, composée pour le film de Pierre Lary, L'Indiscrétion, avec Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle. Pas du niveau des deux précédentes, elle n'en demeure pas moins attachante, surtout qu'elle est traversée par un thème principal quelque peu mélancolique et accrocheur qui donne largement le ton. Le thème n'est pas sans évoquer le "Morricone" façon "Le Professionnel", mais la filiation reste habile et sans outrance.   I love you

Une nouvelle fois, j'ai passé un excellent moment avec ces deux B.O. d'Eric Demarsan. Le thème principal d'Attention les enfants regardent avec clavecin est un régal à mon oreille, pourrait nettement figurer sur le fil "Les mélodies du bonheur" et j'aime également beaucoup celui de L'Indiscrétion, deux thèmes profondément mélancoliques auxquels il me serait décidément impossible de rester insensible. En réalité, j'ai toujours été extrêmement sensible à ce type de musique mélancolique, sorte de "variété instrumentale élaborée", bien avant d'être touché de mélomanie et d'être cultivé en la matière.
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Eric DEMARSAN
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