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 Jacques LENOT, né en 1945

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Icare
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MessageSujet: Jacques LENOT, né en 1945   Jeu 25 Oct - 8:59



Introduction:

Jacques Lenot est un compositeur français que j'ai découvert depuis plusieurs années au travers d'un album magnifique et trop méconnu, regroupant plusieurs compositions de musique de chambre sous le titre Charmes:
__Wie-aus der Ferne__ pour violoncelle solo et petit ensemble.
__Pien di quella ineffabile dolcezza__ pour flûte, vibraphone et piano
__Vogel als Prophet__ pour flûte, clarinette, cor, vibraphone et piano
__Floris music__ pour vibraphone, célesta, clavecin, piano et marimba
__Harmonie__pour flûte, violon et piano.
__O alter Duft__ pour petit ensemble.

Sarah Veilhan: violoncelle -- Ensemble Transparences -- Sylvain Blassel: direction d'orchestre.

hypnotisé par un style singulier et sacrément séduisant, j'ai poursuivi l'aventure "Lenot" avec Liens, un autre album de sa musique de chambre, Le soliloque de la Grace, un caprice pour haute-contre, 12 solistes vocaux et quatuor à cordes, sur un livret de Jean-Pierre Derrien, Le tombeau de Henri Ledroit, sur un poème de Jean de la Fontaine, pour sopranos, mezzo-soprano, alto, ténor, baryton, basse, hautbois d'amour, violoncelle, orgue, l'Ensemble Oblique et La Chapelle Royale sous la direction de Philippe Herreweghe. Je me suis aussi intéressé à ses oeuvres pour piano par Winston Choi en me procurant le volume 1. Le cd comporte Six premières études (extraits), We approach the sea, Burrascoso et Préludes du Second Livre (Extraits). Je suis moins facilement entré dans sa musique de piano que dans son oeuvre vocale ou dans sa musique de chambre. L'apprivoisement d'une telle poétique s'est effectuée avec le temps et avec une familiarisation évidente de son univers pianistique. Je suis de plus en plus tenté par le volume 2, sous les doigts inspirés du même interprète. Afin de m'aider peut-être à franchir le pas, je n'ai pas hésité à me ruer sur son oeuvre orchestrale et concertante réunies sous le titre Chiaroscuro:
__Chiaroscuro__pour piano et orchestre.
__Erinnern als Abwesenheit I___pour orchestre.
__Erinnern als Abwesenheit II___pour piano et orchestre.
__Erinnern als Abwesenheit III___pour alto et orchestre.

On retrouve Winston Choi au piano.
Laurent Canatte, alto -- Ensemble Multilatérale -- Direction de Jean Deroyer.

Sa musique est un jeu d'ombres et de lumières, avec une pincée de mystère et parfois d'étrangeté, mais elle est bien plus que ça en même temps. Petite note sur son style:

Depuis la création, en 1967, de DIAPHANEIS au Festival de Royan, avec l'appui d'Olivier Messiaen, il impose une écriture complexe, tourmentée, très pointilleuse dans le détail de la nuance, de l'attaque du rythme, et selon le propos du compositeur: "D'origine sérielle, j'essaie d'élargir ce système à un univers qui m'est propre." La virtuosité instrumentale y tient un rôle central et, de plus en plus, Jacques Lenot collabore avec les créateurs de ses oeuvres pour en repousser encore les frontières. Pourtant, quel que soit le degré d'abstraction, ses oeuvres dévoilent un univers poétique d'une rare intensité.


Dernière édition par Icare le Mar 15 Avr - 19:28, édité 1 fois
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Ven 26 Oct - 8:52

Une question me hante depuis toujours: Pourquoi telle musique, telle expression musicale, me touche et non telle autre? Pourquoi suis-je si sensible à la musique d'essence romantique d'un Schubert - je pense notamment à ses oeuvres de piano - tout en développant un goût pour une musique plus intellectuelle et austère? Dans les compositions de Jacques Lenot, je ressens bien de la solitude et de l'errance, mais si peu de romantisme. La musique peut être étrange et mystérieuse, peut être également porteuse de mélancolie, comme Wie aus der ferne pour violoncelle et orchestre. Il y a souvent chez Lenot une belle utilisation du violoncelle, tel qu'on peut l'entendre aussi, par exemple, dans son Quatuor à cordes n°2. Je le trouve particulièrement superbe dans sa subtile prestation sur Wie aus der ferne où célesta, clavecin, vibraphone, piano, marimba, tapissent une magnifique toile sonore et onirique. Cette fabuleuse ambiance musicale me fait, à tort ou à raison, assez nettement penser à quelques-unes composées par Ennio Morricone sur un certain cinéma giallo des années 70 ou encore à certaines de ses "Music for images and imagination", avec un instrumentarium assez voisin :

<<Si le violoncelle occupe une place soliste à travers Wie aus der ferne, la pièce n'en est pas pour autant un concerto au sens classique du terme. Achevée en août 1998, l'oeuvre propose une amplification de Floris music, repris ici suivant un tempo légèrement plus rapide. A ce quintette se greffent un trio à vent (flûte, clarinette, cor) ainsi qu'un trio à cordes, soulignant, tous deux, le discours du violoncelle solo. Pas de cadences donc, ni de véritables dialogues entre le soliste et l'ensemble, mais au contraire, une seule grande phrase ascendante, partant des graves mystérieux jusqu'aux aigus rêveurs et mélancoliques, entrecoupée de petits épigrammes convulsifs.>> Cédric Jullion.

Dans l'album intitulé Charmes, Chaque oeuvre me paraît être, d'une certaine manière, la continuité de celle qui précède. Il s'en dégage, selon moi une belle poétique et un ton qui peut parfois évoquer la musique de chambre de Franco Donatoni, quoique je trouve celle de Lenot moins froide et moins rude...plus poétique...L'album Charmes s'érige autour de deux points culminants; Wie aus der ferne, déjà évoqué plus haut, et la magnifique Harmonie pour flûte, violon et piano qui prend un autre caractère obsessionnel et intense:

<<Ecrit en 1996, le trio Harmonie pour flûte, violon et piano, célèbre le cinquantième anniversaire de Jean-Pierre Derrien. Les guirlandes d'arpèges de trois sons défilent indépendamment les unes des autres, jusqu'à perdre un, puis deux sons, pour disparaître totalement. Une atmosphère fougueuse entrecoupe cette linéarité, par le biais de nuances plus fortes et de valeurs plus courtes, avant de retrouver l'ambiance limpide du début de la pièce.>> Cédric Jullion.
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Ven 26 Oct - 20:44



Eléments biographiques:

Jacques Lenot naquit à Saint-Jean d'Angély, en Charente-Maritime, le 29 août 1945, dans une famille de commerçants modestes. Son père, horloger de métier, est originaire du Doubs, sa mère de Champagne. La musique occupe une petite place dans la vie familiale. Si son père laisse très souvent dans le violon dans sa boîte, sa mère, quant à elle, se met rarement derrière son piano droit qui trône à la maison. Cependant, Lenot, enfant, apprend les rudiments du piano et du solfège dans le cadre privé. Ses parents, abonnés à la Guilde du Disque, lui permettent d'accéder aux oeuvres classiques du répertoire. Dès l'âge de huit ans, il commence discrètement à composer de la musique dans le style de Chopin, Debussy et Bartok. Il remplit des cahiers d'écolier de pièces vouées à l'inachèvement. Le piano restera longtemps au centre de ses compositions. A l'automne 1961, il entre à l'Ecole Normale d'Instituteurs de La Rochelle. Grâce au professeur de musique de cette institution, les élèves travaillent des oeuvres difficiles: C'est là qu'il subit le choc discographique du Sacre du Printemps de Stravinsky. Il occupe son unique poste d'instituteur à la rentrée 1965 à La Tremblade. En 1963, En 1963, a lieu la 1e édition du festival de Royan, entièrement consacré à la musique du XXe siècle. C'est pour Lenot l'occasion de ressentir l'effet charnel de la musique. Il y lie connaissance avec Cécile Midas, retrouve Maurice Fleuret, déjà rencontré à La Rochelle, et noue une longue et indéfectible amitié avec lui. Il leur avoue sa vocation de compositeur, jusque-là tenue secrète. En 1966, il profite de ses vacances pour suivre les cours de Darmstadt, notamment ceux de Ligeti sur les Bagatelles de Webern. Il y côtoie aussi Stockhausen (il garde pour Gruppen et les Klavierstücke un goût inaltérable) et Kagel. Au retour de Darmstadt, il compose sa première œuvre achevée, Diaphanéïs, pour soixante parties réelles de cordes et percussions métalliques. À son insu, Cécile Midas, qui connait Olivier Messiaen - car ils font tous deux partie de l'organisation du festival de Royan -, pose la partition sur le bureau de celui-ci, à Paris. Messiaen fait exécuter l'œuvre au festival de Royan en 1967. En 1968 et 1969, il bénéficie des conseils de Sylvano Bussotti qu'il vénère comme un maître et qui tentera de le détacher de l'influence de Darmstadt. Grâce à Bussotti, il fait la connaissance de Goffredo Petrassi et Franco Donatoni. Donatoni lui fait connaître Giuseppe Sinopoli et lui conseille de quitter l'orbite de Bussotti... En 1973, il démissionne de l'Éducation Nationale pour se consacrer exclusivement à la composition. Il est Lauréat de la Fondation de la vocation en 1974 ; cette même année il suit les fameux cours de Donatoni à l'Accademia Chigiana à Sienne.
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Sam 27 Oct - 18:13


La musique de Jacques Lenot m'est décidément très énigmatique. Son style musical me fascine autant qu'il m'échappe. La première chose qui me frappe, que ce soit dans Chiaroscuro ou dans Erinnern Abwesenheit I, II & III, c'est l'intensité. J'aime beaucoup le jeu du piano dans Chiaroscuro et Erinnern Abwesenheit II et plus encore celui de l'alto dans Erinnern Abwesenheit III. Si dans E. A. II, le piano semble évoluer (errer) presque en marge de l'orchestre, dans E. A. III, l'alto semble se fondre dans l'ensemble instrumental. C'est la partie que je préfère avec le superbe et ingénieux troisième mouvement de Chiaroscuro pour piano et orchestre. J'en adore, dans les deux cas - mais aussi dans E. A. II - la lente progression du dialogue musical, l'architecture, le rôle du piano ou de l'alto (leur tonalité) au sein (alto) ou "comme en marge" (piano) de l'orchestre, la formidable intensité qui s'empare de cette musique qui, bien que visiblement complexe et fortement cérébrale, en devient poignante et fascinante, viscérale et orgasmique. Si elle n'en demeure pas moins élitiste à certains égards, la musique de Jacques Lenot fonctionne admirablement sur moi. Ma seule déception est que le compositeur ne s'épanche pas assez, à mon goût, sur sa musique. J'aurais aimé connaître davantage ce qui anime secrètement ce musicien indépendant et si singulier. En revanche, j'ai un peu plus de mal avec sa musique pour piano seul, c'est pour l'heure la seule partie de son oeuvre qui me résiste encore.
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joachim
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Sam 27 Oct - 22:46

D'après ce que j'ai lu, ça m'étonnerait que sa musique me convienne Embarassed

C'est drôle, ce compositeur français donne des titres anglais et surtout allemands à ses oeuvres...
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Dim 28 Oct - 16:24

joachim a écrit:
D'après ce que j'ai lu, ça m'étonnerait que sa musique me convienne Embarassed

Cela voudrait dire que la description que j'en ai faite est assez claire... Hehe Je pense qu'elle ne conviendrait pas non plus à Shanessean. Hehe Elle s'adresse surtout à des mélomanes comme moi, pour qui la mélodie n'est pas indispensable à leur compréhension et acceptation de la musique. Wink
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Sam 27 Avr - 19:17

Icare a écrit:

La musique de Jacques Lenot m'est décidément très énigmatique. Son style musical me fascine autant qu'il m'échappe. La première chose qui me frappe, que ce soit dans Chiaroscuro ou dans Erinnern Abwesenheit I, II & III, c'est l'intensité. J'aime beaucoup le jeu du piano dans Chiaroscuro et Erinnern Abwesenheit II et plus encore celui de l'alto dans Erinnern Abwesenheit III. Si dans E. A. II, le piano semble évoluer (errer) presque en marge de l'orchestre, dans E. A. III, l'alto semble se fondre dans l'ensemble instrumental. C'est la partie que je préfère avec le superbe et ingénieux troisième mouvement de Chiaroscuro pour piano et orchestre. J'en adore, dans les deux cas - mais aussi dans E. A. II - la lente progression du dialogue musical, l'architecture, le rôle du piano ou de l'alto (leur tonalité) au sein (alto) ou "comme en marge" (piano) de l'orchestre, la formidable intensité qui s'empare de cette musique qui, bien que visiblement complexe et fortement cérébrale, en devient poignante et fascinante, viscérale et orgasmique. Si elle n'en demeure pas moins élitiste à certains égards, la musique de Jacques Lenot fonctionne admirablement sur moi. Ma seule déception est que le compositeur ne s'épanche pas assez, à mon goût, sur sa musique. J'aurais aimé connaître davantage ce qui anime secrètement ce musicien indépendant et si singulier. En revanche, j'ai un peu plus de mal avec sa musique pour piano seul, c'est pour l'heure la seule partie de son oeuvre qui me résiste encore.

Là aussi, une nouvelle écoute de ces oeuvres m'ont amené à la même observation. En tout cas, j'apprécie son exploration du langage sériel, ce qui n'est pas toujours le cas, loin de là. En fait, pour des raisons très différentes, le courant minimaliste et le courant sériel ne m'ont jamais complètement satisfait. Rares sont les oeuvres qui me comblent dans ces domaines respectifs. Il y en a bien sûr de très intéressantes mais il en ressort toujours une certaine frustration dans les deux cas. Elle existe aussi dans le sériel CHIAROSCURO même si j'en aime beaucoup la relation tendue et énigmatique entre le piano et orchestre. Je la trouve plus attractive que dans bien d'autres oeuvres sérielles de cette formation.
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Icare
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Dim 13 Avr - 19:53

Icare a écrit:
                                                                                                                               La musique de Jacques Lenot m'est décidément très énigmatique. Son style musical me fascine autant qu'il m'échappe. La première chose qui me frappe, que ce soit dans Chiaroscuro ou dans Erinnern Abwesenheit I, II & III, c'est l'intensité. J'aime beaucoup le jeu du piano dans Chiaroscuro et Erinnern Abwesenheit II et plus encore celui de l'alto dans Erinnern Abwesenheit III. Si dans E. A. II, le piano semble évoluer (errer) presque en marge de l'orchestre, dans E. A. III, l'alto semble se fondre dans l'ensemble instrumental. C'est la partie que je préfère avec le superbe et ingénieux troisième mouvement de Chiaroscuro pour piano et orchestre. J'en adore, dans les deux cas - mais aussi dans E. A. II - la lente progression du dialogue musical, l'architecture, le rôle du piano ou de l'alto (leur tonalité) au sein (alto) ou "comme en marge" (piano) de l'orchestre, la formidable intensité qui s'empare de cette musique qui, bien que visiblement complexe et fortement cérébrale, en devient poignante et fascinante, viscérale et orgasmique. Si elle n'en demeure pas moins élitiste à certains égards, la musique de Jacques Lenot fonctionne admirablement sur moi. Ma seule déception est que le compositeur ne s'épanche pas assez, à mon goût, sur sa musique. J'aurais aimé connaître davantage ce qui anime secrètement ce musicien indépendant et si singulier. En revanche, j'ai un peu plus de mal avec sa musique pour piano seul, c'est pour l'heure la seule partie de son oeuvre qui me résiste encore.

Je viens de réécouter ces oeuvres cet après-midi et la construction toute en progression de chacune de ces pièces orchestrales, qu'il s'agisse de Chiaroscuro pour piano et orchestre, Erinnem als Abwesenheit I pour orchestre, E.a A. II pour piano et orchestre et E. a A. III pour alto et orchestre, me fascine. Dans Chiaroscuro j'adore le jeu quasi-minimaliste du piano qui semble s'entortiller dans une cellule mélodique réduite peu évolutive au sein d'un complexe orchestral intense et qui semble continuellement sous tension. Ce n'est pas une musique qui fait peur, c'est une musique qui maintient une tension dramatique séduisante...non... captivante...cet adjectif me convient mieux. Elle est tel un tourbillon qui m'entraîne dans sa spirale. J'en ai presque regretté les moments de répit, les moments où la musique se pose un peu avant de m'embarquer à nouveau. Je me demande si, au fond, l'oeuvre qui m'impressionne - et finalement m'émeut le plus - n'est pas Erinnem als Abwesenheit II. Toute la première partie de cette composition s'appuie sur peu d'éléments: ce piano ponctuel, très minimaliste, errant, dans un contexte sonore plutôt dépouillé, étiré, et un peu flasque. La tension est là mais pas encore l'intensité. On sent qu'elle va émerger et, effectivement, elle émerge, s'empare de l'orchestre, du piano. La musique enfle, prend une consistance dramatique, devient poignante, vibrante, viscérale.
La musique orchestrale de Jacques Lenot m'évoque un peu celle de Morton Feldman même si le résultat, au bout du compte, est très différent, et un peu aussi la musique personnelle d'Ennio Morricone; des idées musicales et une intensité qui ont quelques traits communs parfois.

En tout cas, j'aime beaucoup. Sa pièce pour alto et orchestre est très captivante aussi.

   
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Lun 14 Avr - 18:17


Hier soir, j'ai eu envie de réécouter Chiaroscuro pour piano et orchestre de Jacques Lenot. J'avais la sensation que quelque chose m'échappait dans cette musique. Je ne suis pas sûr de vouloir la redéfinir avec des mots comme "tourbillon" ou "spirale" car c'est une autre forme de mouvement qui s'est dessiné à mes oreilles. Pas sûr non plus que le vague rapprochement que j'ai fait avec Morton Feldman soit pertinent. Ce qui est sûr c'est que j'adore le jeu du piano, ses ponctuations, ses répétitions, ses insistances, ses hésitations, ainsi que le jeu de l'orchestre qui gravite tout autour, dans une tension quasi-permanente. Cette oeuvre me résiste autant qu'elle me fascine, comme si, quelque-part, sa poétique m'était à la fois inouïe et insaisissable.     
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Mar 15 Avr - 18:07

J'ai réécouté Le Soliloque de la Grace par le haute-contre Henri Ledroit et le quatuor à cordes "Actuels", une oeuvre de 23 minutes en un mouvement. J'aime finalement bien cette oeuvre qui fait la part belle à la superbe voix de Ledroit. La première fois que j'avais écouté ce Soliloque, son apparente austérité avait quelque peu freiné mon enthousiasme. C'est en cela que les réécoutes sont importantes. L'austérité des quatre cordes qui accompagnent et soutiennent la voix solitaire a partiellement disparu. J'y ai même ressenti une espèce de chaleur cérébrale, une forme de recueillement et une fascination de plus en plus concrète pour la voix de haute-contre. Plus globalement, le caractère chambriste et théâtral de cette partition m'a définitivement convaincu:

<<Opéra? Théâtre musical?

Un dîner. Avant le dîner, l'affairement du maître de maison...au milieu de son personnel. Un stéréotype de la vie sociale, en somme, et comme un écho de nombreux festins à l'opéra ou au théâtre. Mais point d'orchestre, point de fosse, point d'opéra: un quatuor à cordes, comme on eût pu en rencontrer dans les salons du début du siècle (XXème): Proust écoute Beethoven chez lui! Et un haute-contre, le seul personnage réel, qui erre entre la musique et le théâtre, entre ses invités et les fantasmes qu'il se découvre à leur endroit. Une tentative  qui n'essaie pas de réconcilier ce qui n'est pas réconciliable, mais qui n'oublie pas davantage de se servir de l'histoire du théâtre.
>>

Jacques Lenot.

  


Dernière édition par Icare le Mer 16 Avr - 17:33, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Mar 15 Avr - 18:44

Le Tombeau de Henri Ledroit, sur un poème de Jean de la Fontaine, pour sopranos, mezzo-soprano, alto, ténor, baryton, basse, hautbois d'amour, violoncelle, orgue, (Ensemble Oblique) et avec La Chapelle Royale sous la direction de Philippe Herrewegue, est selon moi une oeuvre majeure dans le corpus de Jacque Lenot. C'est magnifique et captivant d'un bout à l'autre. Après chaque nouvelle écoute, je garde un très bon souvenir du hautbois d'amour qui, par ses errances, apporte un surplus d'âme ci et là.       

<<La tradition de l'éloge funèbre en musique remonte au Moyen-âge, mais le genre du Tombeau a fleuri surtout dans l'âge classique français avec des oeuvres dédiées par les musiciens à leur maîtres ou à leurs mécènes. Dans la musique française de ce siècle (XXème), RAVEL comme BOULEZ, l'ont encore illustré. J'ai donc ici voulu célébrer HENRI LEDROIT pour son bref passage dans ma musique, dans la musique: il a si superbement incarné mon Déchaînement si prolongé de la grâce (Grande Halle de la Villette, décembre 1986, livret de Jean-Pierre Derrien) que j'ai récidivé avec un air de concert qui était tout à la fois remerciement et témoignage d'affection: "Celui qui est couronné" (Ensemble Intercontemporain, février 1989, livret de Jean-Pierre Derrien). HENRI LEDROIT ne l'a jamais chanté. Il est mort le 10 mai 1988.>>

Jacques Lenot.

Jean et Joachim, si jamais l'idée d'écouter quelque chose de ce compositeur vous chatouillait l'arrière du crâne, Hehe je pense que vous devriez choisir cette oeuvre-là: Le Tombeau de Henri Ledroit.  Wink
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Ven 2 Jan - 9:01

La bonne surprise fut que je commence à être bien plus réceptif à la musique pour piano de Jacques Lenot que je ne l'étais auparavant. C'est ce que j'appelle une évolution dans le bon sens. Certes, c'est un grand écart que je viens de réaliser entre ces oeuvres, pour l'instant; Six Premières Etudes, We Approach the Sea et Burrascoso, et les Valses d'Emile Waldteufel que j'avais réécoutées hier soir. Avec Jacques Lenot, sous les doigts téméraires du pianiste Winston Choi, ce ne sont pas de délicieuses mélodies un brin surannées qui m'entraînent romantiquement dans les tourbillons d'une valse, c'est un tout autre agrégat sonore fait d'impulsivité, de retenue, d'éclat, de nudité, d'accélérations brutales, de ruptures de ton et changements de rythme, aux dissonnances parfaitement maîtrisées, mais avec suffisamment d'arrondis et de mesure pour que cette poétique, parfois étrange et énigmatique, ne devienne jamais pénible à l'écoute, ni trop oppressante. Peut-elle s'avérer quelque-peu élitiste de premier abord, toutefois, si on veut bien essayer d'approfondir, ne pas s'arrêter à l'apparente froideur qui peut éventuellement ressortir d'une première écoute, c'est un feu souterrain et généreux qui s'élève, un feu pianistique assez fascinant et même troublant. Voilà ce qui est d'après moi une approche contemporaine réussie, pas juste un gars qui plaque des dissonnances les unes derrière les autres sans un souci de musicalité ni de cohérence. La musique de Jacques Lenot m'apparaît de plus en plus comme faussement abstraite, s'y dessinent progressivement un visage, un paysage, une voie, un récit, une ambiance.
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   Ven 2 Jan - 12:46


Les onze pièces pour piano qui constituent la seconde partie du disque sous le titre Préludes du Second Livre (extraits) prolongent selon moi le caractère étrange et énigmatique de sa musique: étrange, pas seulement ce qui en ressort mais aussi dans ma propre perception de celle-ci. Je dirais que cette musique m'est surtout magnétique plus qu'elle ne m'est émouvante. Je n'y trouve aucun appui, aucune rampe sur laquelle m'appuyer. Je suis en équilibre constant entre l'adhésion à un monde sonore qui se dilue judicieusement sous moi et l'abandon de ce même monde de miniatures impalpables. Pourtant, qu'il s'agisse des Préludes les plus animés ou des Préludes les plus dénudés, un magnétisme mystérieux opère, me tient en équilibre sur un sable plus mouvant qu'émouvant. Les constructions sont singulières, Le touché inspiré du pianiste Winston Choi, révèlent des paysages tantôt luxuriants, tantôt désertiques, tantôt partiels et suggérés. Le neuvième prélude, d'une grande nudité, minimaliste si on peut dire, suspendu dans le vide par quelques notes répétées, caresse le silence, s'agrémente, l'air de rien, d'un mince voile de mélancolie. Décidément, la musique de Jacques Lenot est un monde à part.
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MessageSujet: Re: Jacques LENOT, né en 1945   

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