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 Michel Schwalbé

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ojoj

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Michel Schwalbé Empty
MessageSujet: Michel Schwalbé   Michel Schwalbé Empty2012-09-14, 21:42

Alors que l’Europe des marchands et des politiques éprouve toujours le plus grand mal à trouver son unité et sa définition depuis près d’un demi-siècle, celle des artistes se perd dans le fond des âges. Depuis le règne de Louis XIV et l’influence des Médicis et autre Mazarin, nos musiciens, nos peintres et nos sculpteurs ont été envoyés faire leurs classes à Rome précisément dans la fameuse « Villa Medicis ». A l’ère baroque, toute l’intelligentsia germanique s’est mise à l’école italienne avec Bach ou Telemann nourris de Vivaldi avant que Goethe et Mozart n’effectuent les obligatoires « voyages en Italie » du siècle des Lumières…

Tout cela m’est revenu soudain à l’esprit lorsque j’ai découvert l’hommage unanime des medias allemands à Michel Schwalbé, le lieutenant français d’Herbert von Karajan, à l’occasion de son 90e anniversaire le 27 octobre dernier. Je ne veux pas lancer un vain cocorico, je préfère louer l’un des vrais bâtisseurs de l’Europe de l’esprit, la seule qui vaille dans la durée. Ce qui me frappe et me choque, c’est le silence de la France, qui s’est étendu jusqu’à notre ambassade dans la ville de Frédéric II, l’ami de Voltaire… Alors, j’ai eu envie de vous parler d’un homme, d’un destin exceptionnel qui s’est joué au fil des siècles, par-delà toutes les vicissitudes de l’Histoire, à travers toute l’Europe, d’Ouest en Est, aller et… retour.

Mais, au fait, qui est Michel Schwalbé ? Un violoniste européen – nous reviendrons plus tard sur sa formation musicale itinérante - que Karajan est venu débaucher en 1957 à Lausanne où il était le violon solo de l’Orchestre de chambre après avoir occupé le même poste à l’Orchestre de la Suisse romande à Genève de 1944 à 1946. Il avait alors fondé son propre quatuor et succédé au légendaire Joseph Szigeti à la tête de la classe de virtuosité du Conservatoire genevois. Karajan avait déjà dirigé (et repéré !) Michel Schwalbé en Suisse dans l’immédiat après-guerre et ne pensa plus qu’à le faire venir à Berlin lorsqu’il eut succédé à Furtwängler à la tête de la Philharmonie où il devait établir les bases de son empire musical sur le monde. Tenté par la carrière de soliste, très attaché à son indépendance, juif de surcroît, Michel Schwalbé avait toutes les raisons d’hésiter à suivre l’ambitieux Karajan à la réputation sulfureuse dans un après-guerre pollué par le nazisme.

Mais comme il me l’a plusieurs fois raconté, « on ne résistait pas au charme, à l’intelligence fulgurante comme à l’autorité naturelle de Karajan, ce grand sorcier ensorceleur »… C’est ainsi qu’un violoniste de nationalité française, né en Pologne et fier d’un patronyme fleurant bon la Catalogne – Schwalbé avec un é accent aigu comme celui de la Caballé, auquel il tient comme à son stradivarius le King Maximillian – se mit au cou une chaîne dorée pour suivre Karajan dans son rêve d’hégémonie mondiale dans ce ghetto occidental que constituait alors Berlin ouest au cœur d’une Allemagne communiste. Des jaloux, à Paris notamment, le lui ont reproché. Mais il resta fidèle à son empereur jusqu’à sa retraite en 1984. Dès 1963, Michel Schwalbé fut le premier citoyen français à enseigner au Conservatoire de Berlin concurremment à ses cours d’été au Mozarteum de Salzbourg.

Lui qui avait commencé à enregistrer les concertos du grand répertoire violonistique dut ravaler ses ambitions personnelles pour seconder, au poste envié de premier violon solo du plus célèbre orchestre du monde, Herbert von Karajan, ne se contentant pas de préparer le pupitre des cordes, mais se chargeant même des répétitions générales lorsque le « jet-maestro » faisait des sauts à Vienne, à Salzbourg et surtout à la Scala de Milan dont il était l’actif directeur artistique dans les années 60. Il fut surtout l’interface entre un chef tyrannique et une collectivité de musiciens, certes disciplinée, mais à cheval sur ses prérogatives. Il évita de justesse le clash lorsque Karajan voulut imposer à ses lions Sabine Meyer comme clarinette solo en 1983. Il n’était hélas plus là quand l’atmosphère entre les Berlinois et le chef a tourné au vinaigre entre 1985 et 1989.

Heureusement pour nous, Michel Schwalbé tient au bout de son archet tous les grands solos de violon du répertoire symphonique européen dans les enregistrements les plus célèbres signés par Karajan : juste contrepartie à un servage au plus haut niveau ! Herbert von Karajan, grand seigneur, savait, en effet, laisser du mou à la corde et son premier Konzertmeister n’a presque jamais manqué de liberté pour pratiquer la musique de chambre ou poursuivre sa carrière de pédagogue. En débauchant Schwalbé, Karajan savait très bien ce qu’il faisait, à savoir « dégermaniser » sa phalange berlinoise pour lui communiquer ce caractère international qui devait favoriser l’expansion par le disque de son imperium musical. Car Schwalbé constitue de par sa formation un pont entre les deux principales écoles de violon d’Europe, la russe fondée par Leopold von Auer au Conservatoire de Saint-Pétersbourg et la franco-belge autour d’Eugène Ysaye à la chapelle créée par la Reine Elisabeth de Belgique.

Le jeune Polonais travailla d’abord avec un élève d’Auer, Moritz Frenkel, avant de venir à Paris poursuivre ses études avec Enesco (professeur de Menuhin !) et Monteux, mais surtout le très grand pédagogue du Conservatoire et de l’Ecole normale de musique Jules Boucherit, principal représentant avec Jacques Thibaud de l’école franco-belge. C’est là que juste avant la guerre Michel Schwalbé prit la nationalité française. Il semble voué à la synthèse des différentes influences européennes par le destin même de ses ancêtres qu’Isabelle la catholique força à quitter la terre d’Espagne pour se réfugier d’abord en Provence parmi les « Juifs du pape » en Avignon avant de gagner plus à l’Est encore la Pologne. Le grand regret de Michel Schwalbé est de n’avoir pu fonder à Paris la grande école de cordes dont il a rêvé toute sa vie.

Après sa retraite, Maurice Fleuret, directeur de la musique, l’avait pourtant reçu pour en parler. Une visite de son cher Conservatoire de Paris avait même été prévue, mais elle capota en raison de l’opposition de certains dans ce qui était alors un bastion du conservatisme plus qu’un conservatoire… et il dut se rabattre sur celui de Lyon ! Aujourd’hui, depuis Berlin où il s’est retiré, il va à Moscou et à la Juilliard School de New York. Paris continue à le snober. Ce qui est somme toute assez logique …

Jacques Doucelin

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MessageSujet: Re: Michel Schwalbé   Michel Schwalbé Empty2012-10-20, 14:10

Bras droit de Herbert von Karajan, dont il fut durant près de trente ans le Konzertmeister à la Philharmonie de Berlin, le violoniste Michel Schwalbé est mort à Berlin le 9 octobre, à quelques jours de son 93e anniversaire.


Né à Radom le 27 octobre 1919, il tint toujours à l'orthographe atypique de son nom pour un juif du cœur de la Pologne, le "é" final rappelant l'origine catalane des siens chassés d'Espagne à la fin du XVe siècle. Le jeune Michel commence très tôt l'étude du violon à Varsovie avec Moritz Frenkel, lui-même élève de l'illustre pédagogue hongrois Léopold Auer (1845-1930), qui forma notamment Nathan Milstein et Jascha Heifetz.

Diplôme de l'Académie de musique de Varsovie en poche (1931), il poursuit sa formation en France, grâce à un oncle diplomate, et reçoit au Conservatoire de Paris les enseignements et les conseils de Jules Boucherit (1877-1962) pour le violon, George Enescu (1881-1955) pour l'interprétation et Pierre Monteux (1875-1964) pour la musique de chambre et la direction d'orchestre. Une équipe aussi prestigieuse qu'exceptionnelle. C'est alors que Schwalbé adopte la nationalité française. Mais la guerre le déracine encore. S'il s'engage dès le début du conflit comme soldat français, il est menacé par son origine juive polonaise.

REMARQUÉ PAR DEUX CHEFS ILLUSTRES

Dès la chute de Paris en juin 1940, il se replie en zone libre, à Lyon, fréquentant le conservatoire du lieu, puis, fin 1942, gagne la Suisse. Genève, où il poursuit sa formation et, recruté par Ernest Ansermet (1883-1969), fondateur de l'Orchestre de la Suisse romande, il en devient le violon soliste. De Genève, il gagne Lausanne où il exerce les mêmes fonctions de 1946 à 1957. Les paradoxes de l'histoire font qu'il est remarqué par deux chefs illustres, eux aussi réfugiés en Suisse mais pour des raisons diamétralement opposées : Wilhelm Furtwängler et Herbert von Karajan. Interdits de baguette par les Alliés pour leur compromission avec le régime nazi, tous deux échappent à cette sanction en Suisse et découvrent ce jeune violoniste virtuose dont la mère et la sœur ont péri à Treblinka.

Au festival de Lucerne, Karajan le dirige bientôt et n'aura de cesse, de retour à Berlin, d'y attirer ce musicien d'exception. Il lui faudra être patient. Schwalbé a en effet repris au conservatoire de Genève la classe de virtuosité de Joseph Szigeti (1892-1973), parti dès 1940 pour les Etats-Unis, renonçant pour cela à une éphémère aventure chambriste puisque le quatuor Schwalbé ne survit pas à sa nomination (1946-1948).

TROIS DÉCENNIES DE COMPLICITÉ

En 1957 toutefois, Karajan l'emporte et Schwalbé devient Konzertmeister de la Philharmonie de Berlin, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite en 1986. Ces trois décennies de complicité ont beaucoup fait pour la conquête par le maestro autrichien de l'empire de la musique symphonique occidentale. Chargé des répétitions qui peaufinaient le son de la mythique phalange ("le plus beau stradivarius du monde", commentait en connaisseur le violoniste), Schwalbé s'efface devant les solistes prestigieux que choisit Karajan, malgré une légendaire version d'Ein Heldenleben (Une vie de héros) de Richard Strauss en 1959 ; jusque dans la stratégie discographique du maestro, qui ne lui abandonne que l'un de ses versions des Quatre Saisons de Vivaldi, mais sa puissance illumine l'opus 30 de Strauss, Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra) (DGG, 1974).

Assidu du festival de Salzbourg, le musicien Schwalbé n'oublie pas le pédagogue qu'il fut et enseigne au Mozarteum, comme à l'Académie de Berlin, où il est le premier français à avoir cet honneur. Un succès qui fait des jaloux et ruine son projet, retraité, de fonder à Paris une école supérieure de cordes. Malgré les interventions de Marcel Landowski et Maurice Fleuret, l'affaire ne se fait pas, Schwalbé étant retourné s'établir à Berlin, réservant désormais son enseignement à l'Académie de musique Hanns Eisler de Berlin, au Conservatoire de Moscou ou à la Juilliard School de New York.

Musicien profondément européen par son parcours comme par sa formation, Michel Schwalbé eut une histoire trop tourmentée avec son désir d'être français pour que sa notoriété s'y installe. Puisse sa disparition rendre justice de son choix.

Philippe-Jean Catinchi Le Monde
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MessageSujet: Re: Michel Schwalbé   Michel Schwalbé Empty2012-10-20, 15:56

Merci beaucoup ojoj pour cette intéressante présentation. En ce qui me concerne je n'avais jamais entendu parler de lui et effectivement je trouve que tu as eu une bonne idée de nous le présenter.

Puis-je me permettre de rajouter que durant la guerre en Suisse, il a dû y rencontrer aussi Hermann Scherchen qui a commencé à venir en Suisse dès 1933 ou 34 pour s'y établir définitivement par opposition aux nazis. Sa famille louait une partie de notre maison. Il a dirigé l'OSR d'Ansermet, la Tonhalle de Zürich et enregistré aussi avec eux.

Mains
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