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  Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.

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Icare
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MessageSujet: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 21 Juil - 10:14


Robert Frederick Graettinger est né en 1923 dans la petite ville d'Ontario, en Californie. On ne sait presque rien en ce qui concerne le début de ses activités musicales, hormis qu'il jouait du saxophone lorsqu'il était au lycée. Alors qu'il avait 17 ans, il a assisté à une série de concerts de l'orchestre de Stan Kenton à Hollywood et, à cette occasion, a montré à ce dernier l'un de ses arrangements. "C'étaient des arrangements d'amateur, mais ils étaient ambitieux. Stan a conseillé à Robert de continuer d'écrire, puis l'a oublié." (Straight Ahead, p. 134)
Six ans plus tard, Kenton avait de nouveau un arrangement de Graettinger entre les mains - Thermopylae - et l'engageait sur-le-champ. En Graettinger, il voyait celui qui pourrait l'aider à se défaire de l'image du "Dance-Band" qui leur collait à la peau, et à se produire dans des salles prestigieuses telles que le Carnegie Hall. En février 1948, le "Progressive Jazz Orchestra" de Stan Kenton a joué pour la première fois City of Glass - une oeuvre de concert en plusieurs parties - au Civic Opera House de Chicago. Le Saxophoniste Art Pepper a décrit l'évènement: <<Il s'agit d'une composition révolutionnaire, (d')un exercice musical incroyablement difficile, c'est un miracle que nous en soyons venus à bout. C'est (Bob) Graettinger qui dirigeait. Un type grand et mince qui mesurait approximativement 1m 95: il ressemblait à un squelette vivant en train de diriger, à un mort aux yeux enfoncés, à un zombi musicien. Il nous mena au bout de la pièce, termina, fit volte-face, et fit un signe de tête en direction du public: ce dernier ne comprenait rien. La salle était comble: nous avions pressé cette partition jusqu'à la dernière note, et maintenant plus un son. Le public ne savait pas quoi faire. Nous non plus. Je regardais Stan (Kenton) et pensais: que va-t-il se passer maintenant? Que va-t-il faire? Stan regardait l'auditoire. Je saisis ce qu'il pensait, on pouvait le voir penser: tout-à-coup, il bondit au milieu de la scène, nous fit signe de nous lever, fit pivoter son corps en direction du public et boum! Celui-là commença à applaudir, applaudir, applaudir...se leva, et ce fut une ovation qui dura peut-être cinq bonnes minutes. Il fit tout lui-même et cela avec ses petites manoeuvres.>> (Straight Life, p.73)
Les réactions étaient très partagées. Le public 'fidèle' de Kenton n'y comprenait rien. Dans 'Down Beat' (revue musicale de jazz), Rob Darrell s'est prononcé à son sujet de la manière suivante: << Si vous êtes de constitution solide et avez des oreilles résistantes, je peux vous promettre une aventure dans un monde sonore nouveau que vous n'oublierez jamais...Graettinger est un véritable pionnier.>> Dans la revue musicale néerlandaise 'Glorieuse Klanken', Paul Lansink a écrit en 1955: << Avec des sonorités que l'on n'oublie pas aisément, c'est plus qu'une simple partition qui est jouée ici. Les limites de la musique - telles que nous les connaissons jusqu'à présent - sont franchies de manière véritablement géniale. Cette suite, City of Glass, fraye un chemin vers une nouvelle culture musicale, vers une expression vitale et dramatique, unissant instinct et intelligence.>>

Les musiciens qui travaillaient avec Robert F. Graettinger le trouvaient assez étrange. Il vivait dans les endroits les plus pauvres. Son mobilier se composait d'un matelas, d'un piano droit (à ses heures de faste), d'une assiette, d'une tasse, d'une petite casserole et d'un camping-gaz. Il pensait que du moment qu'il ingurgitait suffisamment d'oeufs brouillés, de lait et de vitamines en comprimés, il pouvait se permettre tous les abus. Il ne dormait presque pas. Il disait souvent: << Dormir c'est ce que l'on fait dans sa tombe.>>

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Icare
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 21 Juil - 10:20


Un petit interlude musical après la lecture:

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Icare
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 21 Juil - 12:57


La musique que Robert F. Graettinger et les autres arrangeurs de l'équipe, Pete Rugolo et Franklyn Marks, ont écrit ensuite pour le nouvel "Innovations Orchestra" - agrandi alors par des bois et des instruments à cordes - était encore plus avant-gardiste. Selon Shelly Manne, batteur: << Il essayait d'écrire de la musique électronique pour des instruments conventionnels.>> Pour Bill Russo, tromboniste et compositeur: << Un grand nombre de ses accords te faisait mal aux dents, et en particulier te travaillait les plombages.>> L'honneur d'avoir réussi à obtenir de Capitol Records l'enregistrement du second City of Glass de Graettinger (ainsi que celui de son autre grand opus This Modern World) revient à Kenton, l'incomparable chef de Bigband. A propos de Graettinger, ses convictions étaient claires et il les exprimait ainsi: << Sa musique est magnifique. Je sais qu'elle est magnifique! Pour moi, cela ne fait aucun doute!!>>

En 1952, la dissolution de cet orchestre - pour des raisons financières - a mis fin à la coopération entre Kenton et Graettinger. Jusqu'à la mort de ce dernier, quelques années plus tard, plus personne n'a entendu parler de lui. . Ce silence a duré presque 40 ans. Après une année entière de recherche semblant parfois vaines, "un rêve est devenu réalité": en mai 1993, juste avant la première répétition de l'Ebony Band, le dernier paquet de partitions arrivait des Etats-Unis, contenant des oeuvres qui, en grande partie, n'avaient jamais été jouées ou enregistrées. Ce paquet s'est avéré contenir presque uniquement des parties instrumentales, parfois incomplètes, et aucune partition d'orchestre!! Cela a rendu le jugement et le choix des pièces assez difficile. La semaine de répétition sous la direction de l'infatigable Gunther Schuller en a cependant été d'autant plus passionnante. L'inoubliable souvenir des anciens disques vinyls de 1952 s'est changé alors en une nouvelle sensation: jouer de la musique de Robert F. Graettinger ou exécuter les grandes oeuvres d'Edgar Varese, Charles Yves ou Arnold Schoenberg, cela est devenu pour moi comparable. Tout a été imputé à Graettinger. A son propos, on a parlé de "postwagnérien mélodramatique, influencé par Schoenberg, Varese ou Mossolov, de précurseur d'Ornette Coleman". En réalité, il a été un autodidacte d'une imagination rare, qui a écrit une 'autobiographie émotionnelle' (selon son auteur) au moyen du langage musical. Il a été génial lors de ses meilleures heures, incomparable et - comme Gunther Schuller l'a si bien dit: << Un être extrêmement original.>>

Robert Frederick (Bob) Graettinger disait de lui-même: << Je vis en altitude, au-dessus de la forêt.>> C'est aussi comme cela que sonne sa musique.

Propos de Werner Herbers.
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Icare
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Jeu 26 Juil - 17:25



En réécoutant City of Glass aujourd'hui, je me suis fait la réflexion d'un jazz impressionniste particulièrement fin et délicat qui a dû surprendre à l'époque les amateurs du genre. Mon oreille généralement accoutumée à la forme classique et contemporaine de la musique, s'est pour le coup sentie flattée, emmenée par un jazz qui sait à la fois entrainer et charmer, ne serait-ce par un très bel alliage des bois et des cuivres, une cadence envoutante et propice à la réflexion. La musique semble swinguer lentement au-dessus d'un paradis où Kenton croiserait Debussy. Le disque, dont toutes les oeuvres sont sous la direction de Gunther Schuller, contiennent d'autres pièces composées par Graettinger, mais aussi par Franklyn Marks et Pete Rugolo. De ce dernier, s'élève dans les sphères de l'excellence un savoureux Mirage pourtant bien réel et dont la composition date de 1943.



J'adore cette oeuvre (City of Glass) et à chaque écoute elle me fascine un peu plus. J'aime son côté lancinant, obsessionnel et brutal à la fois. Il y a aussi une tension qui me plait bien.
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Pianoline
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 28 Juil - 11:51

J'ai beaucoup aimé la première musique, qui m'a été familière, je connais cet air. Il est entraînant, répétitif et populaire je trouve.

Les deux autres ont un style un peu à part je trouve par rapport à la première, et elles m'ont fait pensé à de la musique entre Bartok pour ses grandes oeuvres orchestrales et ses recherches harmoniques et Berg pour son concerto Wozzeck, qui est plus dodécaphonique, aux couleurs plus brutales et modernes.
Je classerai donc Transformation and Renewal et City of Glass entre la musique de Bartok et Berg. (même si j'avoue que mes comparaisons sont quand même très larges et pas précises...)

J'ai bien aimé écouter ces oeuvres car on trouve une consonnance moderne voire contemporaine, mais avec un attrait un peu jazzy (rien que par le choix des instruments qui me font penser un peu à un gros big band, :p) On a la rencontre entre jazz et musique savante classique. :)
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 28 Juil - 21:13

Pas trop mon truc
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Icare
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Sam 28 Juil - 23:27

Pianoline a écrit:
J'ai beaucoup aimé la première musique, qui m'a été familière, je connais cet air. Il est entraînant, répétitif et populaire je trouve.
J'ai bien aimé écouter ces oeuvres car on trouve une consonnance moderne voire contemporaine, mais avec un attrait un peu jazzy (rien que par le choix des instruments qui me font penser un peu à un gros big band, :p) On a la rencontre entre jazz et musique savante classique. :)

Oui, c'est un jazz cérébral, plus intellectuel en quelque sorte, celui qui flirte avec la musique savante du XXème siècle, autant que la musique savante du XXème siècle ait pu flirter, elle aussi, avec le jazz, s'en enrichir...Stravinsky, Henze, Corigliano et la plupart des compositeurs américains. d'ailleurs, Pianoline, si tu as un moment, je te conseille de visionner la vidéo où le pianiste québécois s'exprime sur les 24 Préludes pour piano de François Dompierre dans le fil que je viens de dédier au compositeur. Il est très intéressant. Ce dont je suis persuadé c'est qu'il te donnera envie, tout comme à moi, d'écouter cette oeuvre, peut-être plus toi encore qui joue du piano. Je m'intéresse beaucoup à l'interaction et inter-réaction entre jazz et classique. Je pense que quelque-part Lalo Schifrin représente un idéal pour moi, même si son jazz est moins cérébral et plus mélodique que celui de Graettinger qui mourut prématurément en 1957 des suites d'un cancer à l'âge de 34 ans seulement.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2a/Pete_Rugolo,_Stan_Kenton,_and_Bob_Graettinger,_1947_or_1948_(William_P._Gottlieb_04941).jpg

Sur la photo: Pete Rugolo, Stan Kenton et Bob Graettinger.
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Pianoline
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Dim 29 Juil - 1:21

Ok, j'écouterai ca avec plaisir, merci beaucoup ! Very Happy
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Dim 29 Juil - 1:23

Icare a écrit:


Oui, c'est un jazz cérébral, plus intellectuel en quelque sorte,

S'il faut être sorti de polytechnique pour écouter du jazz maintenant... Laughing
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Dim 29 Juil - 16:45

Pianoline a écrit:
Ok, j'écouterai ca avec plaisir, merci beaucoup ! Very Happy

C'est juste une photographie des trois musiciens.
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Pianoline
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   Mar 31 Juil - 0:12

Nan mais, j'écouterai les morceaux que tu m'as proposé... avec plaisir, rhoooo Hehe
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MessageSujet: Re: Robert F. GRAETTINGER, l'oeuvre d'une vie.   

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