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 Stéphane Delplace, né en 1953

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Icare
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MessageSujet: Stéphane Delplace, né en 1953    Mar 20 Juil - 16:30

Interview écourtée de STEPHANE DELPLACE réalisée par Jean-Michel Molkhou.2006.

  Stéphane Delplace,expliquez nous ce titre de "Klavierstücke"?

Je l'ai choisi à la fois par ironie envers l'inconsolable non germanique que je suis,par ironie encore quand je mesure l'immensité qui les sépare de ceux de STOCKHAUSEN,mais surtout en hommage à BRAHMS dont les "Klavierstücke" représentent pour moi un joyau incomparable.

 Pourquoi XIV?

Peut-être en écho au chiffre de J.S. BACH,qui est partout dans cette aventure. Bon nombre de ces pièces sont des extrapolations pianistiques d'idées de préludes contrapunctiques que j'ai écrits auparavant. Le "Klavierstück" en Sol majeur n°XIII procède par exemple du Prélude (& Fugue) en Si bémol n°XXIII qui fait partie de mes propres Préludes et fugues dans les trente tonalités. Si étrange que cela paraisse,je pense qu'il n'y a qu'un pas du prélude "bachien" à l'intermezzo "brahmsien". Ayant été fasciné par les premiers au point d'écrire des Préludes & Fugues,il me fut naturel de suivre la voie des seconds.

 Pourquoi vous référez-vous à ces deux compositeurs du passé?

Parce que BACH et BRAHMS ont écrit -- du moins pour moi -- la musique à la fois la plus dissonante et la plus tendre qui soit,une musique dont le tissu harmonique est sans cesse parsemé de "micro-instants" ultra-dissonants,sortes de douleurs douces,auxquelles seul le langage tonal peut donner une telle saveur. Parce que la force de leurs idées,la richesse de leur discours contrapunctique et la puissance de la forme procèdent invariablement chez eux de la pensée harmonique. Mais ce qui me les rend plus chers encore,c'est leur goût obsessif pour les degrés faibles et leur attachement particulier au sentiment modal,sur fond d'une implacable perspective tonale.

Ne craignez-vous pas d'être pris pour un pasticheur ou pire,pour un compositeur passéiste manquant d'imagination?

En fait je m'intéresse moins au contenant qu'au contenu; un monde nouveau même fascinant m'attire moins que celui dont l'épreuve des siècles garantit l'intelligibilité et rend accessibles les idées nouvelles les plus singulières. De plus l'affinité que j'entretiens avec ce patrimoine est telle que l'idée d'aller puiser ailleurs manque forcément d'attrait pour moi,et je trouve bien naïf de croire qu'il suffira pour accomplir son propre parcours,de saisir le relais des mains de ses prédécesseurs immédiats. Quant au modernisme,je me réfère à VALERY: << Le moderne se contente de peu!>> et à CIORAN: <<J'ai remarqué que ce sont les demi-imbéciles qui croient à l'avant-garde et les malins qui en parlent. Jamais je n'ai vu un esprit sérieux y prêter attention.>>.

Qu'est-ce qui vous frappe le plus chez les compositeurs contemporains qui écrivent pour le piano?

D'abord il faut définir ce que l'on entend par cette expression. S'il s'agit des lointains descendants de l'Ecole de Vienne (atonalisme, dodécaphonisme,sérialisme...) me frappe alors surtout et paradoxalement le manque de dissonance,de complexité réelle harmonique et rythmique,la disparition du principe "attente-surprise" et plus encore l'impossibilité de moduler,qui est à l'évidence la spécificité la plus précieuse du langage tonal. S'il s'agit des héritiers du minimalisme américain,auxquels se mêlent les fervents utilisateurs
de modes symétriques,j'avoue que l'étirement de leur discours,malgré sa séduction tonale,me laisse souvent sur ma faim. En résumé,je reconnais que l'abandon de la fonction (tonale) provoque chez moi un ennui comparable à celui que m'inspirent certaines musiques du XVIIIème siècle,dénuées de tout évènement,qui enchaînaient inlassablement des dominantes à des toniques et inversement. Il se réduit même parfois à l'effet d'une seule et perpétuelle dominante!!


Etes-vous un repenti de la musique atonale?

Non,j'ai toujours su qu'elle était pour moi une impasse. en revanche,je ne nie pas ses vertus expressives,qu'il peut m'arriver d'utiliser à l'orchestre quand il s'agit d'illustrer le "drame",mais je ne veux avoir recours  à aucune imagination visuelle qui m'aide à soutenir son écoute in abstracto. Le "schisme" est l'oeuvre d'A.SCHOENBERG qui,dans une remise en question du langage musical,a voulu considérer l'harmonie fonctionnelle comme un paramètre à l'égal des autres (rythme,hauteurs,timbre,intensité...),alors qu'il s'agit en fait du tronc de la musique,et non d'un membre dont on peut à la rigueur se passer pour avancer. Le plus extraordinaire est qu'il a fait ce pari en écrivant des pièces pour piano qui continueraient de se réclamer des "Klavierstücke" de BRAHMS. En fait,il ne s'en autorisait plus que le squelette,ayant abandonné la chair qui en faisait la beauté. N'oublions pas qu'il a lui-même prophétisé à la fin de sa vie: << Il reste de belles choses à écrire en do majeur!>> Cependant,je n'ignore pas qu'un grand nombre d'auditeurs et de musiciens,peu sensibles à l'exigence harmonique,ne ressentent évidemment aucun sacrifice,et se rangent logiquement du côté du "progrès". Du reste,n'a-t-on pas récemment entendu le plus célèbre héritier de l'Ecole de Vienne s'interroger: << Que faire de BRAHMS?>>.


Dernière édition par Icare le Mar 7 Avr - 20:30, édité 2 fois
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Snoopy
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MessageSujet: Stéphane Delplace    Sam 17 Sep - 14:50

par Grégoire Hetzel

Après avoir commencé l'étude du piano dans son très jeune âge, Stéphane Delplace continuera seul, sans maître, sans partition, à apprivoiser, en improvisant, la musique.

A l'âge de dix-sept ans, il décide de s 'y consacrer pleinement, et, tout en étudiant le piano et l'orgue, commence à composer.
La douleur née de la dissonance, la beauté du glissement, du frottement des lignes, des harmonies et des disharmonies qu'elles entretiennent entre elles ne laissent pas de le fasciner.

La découverte de la Fantaisie en Sol majeur pour orgue de Bach est un choc.

Delplace approfondit alors sans relâche l'apprentissage de l'écriture et entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris où il fera ses classes de contrepoint, d'harmonie, de fugue et d'orchestration.

Mais de son propre aveu, c'est auprès de ses compositeurs d'élection (Bach, Brahms, Ravel...) qu'il forme sa pensée musicale.
Au début des années quatre-vingt, harmonisant la gamme «par ton» tout en prenant le contre-pied de la solution modale debussyste, il découvre une configuration harmonique tonale singulière d'où naîtront de nombreuses œuvres dont l'oratorio De Sibilla (d'après Virgile), créé à Saint-Germain des Prés en 1990, devenu le Prélude & Fugue VI en Si bémol mineur/livre I.

Conforté dans l'idée que le langage tonal n'a pas épuisé ses possibi1ités, le compositeur recherchera alors toujours la force d'expression d'un langage clair, se gardant de sacrifier à un quelconque progressisme.

Les Klavierstücke pour piano (1995-99, éd.Eschig), le Double concerto Laus Vitae (1998), le Tombeau de Ravel, pour grand orchestre (1997), Odi et Amo (d'après Catulle) ou les Variations dans le Ton de Sol pour violoncelle seul (1995), pour ne citer que quelques-unes de ses partitions, ont en commun une même quête de la beauté de la douleur harmonique et du contrepoint qui lui est assujetti.
Quelques obsessions hantent ces œuvres, qui sont de véritables signatures de leur auteur: l'altération des degrés faibles, mis en relief comme si Delplace, sans sortir du système «solaire» tonal, voulait en explorer les planètes les plus reculées, ou comme s'il voulait visiter la «géographie de ces terres connues par cœur dont le sous-sol reste pourtant encore tant à exploiter».

Une autre question le retient : celle du thème, de l'idée originelle, d'où tout découle naturellement sans que le compositeur sache à l'avance où le mènera cette idée, que la conduite contrapuntique et harmonique prend elle-même en charge.

« Après avoir saisi une idée musicale, je n'ai plus qu'à me retirer, je laisse la matière artisanale et affective épuiser toute la substance de mon idée, et me donne l'illusion que la solution trouvée est celle que tout le monde eût choisie. Pour moi, l'important est d'approfondir, non d'inventer des formes nouvelles ».

Delplace aime à citer Cioran, dont les mots de « géométrie tendre » ou d' « exercice sur fond métaphysique » à propos de Bach lui siéent également, et qualifient particulièrement bien ses Trente Préludes & Fugues.

Sa détermination à écrire de la musique tonale le tenant naturellement éloigné des cercles officiels de la musique contemporaine, ce n'est qu'en 2000 qu'il rejoint le groupe Phœnix fondé par Jean-François Zygel et Thierry Escaich.

L'Académie des Beaux-Arts lui décerne en 2001 le Prix Florent Schmitt.
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Icare
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Sam 17 Sep - 16:31


Sans vouloir jouer les emmerdeurs de service, je l'aurais placé parmi les compositeurs,moi...
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Sam 17 Sep - 16:52

Voila ton voeu exaucé Wink
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Olivier



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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Sam 17 Sep - 19:10

Icare a écrit:

Sans vouloir jouer les emmerdeurs de service, je l'aurais placé parmi les compositeurs,moi...

Delplace a été déplacé depuis qu'il a été interviewé.
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Sam 17 Sep - 19:48


Grand défenseur de la musique tonale, il méritait bien ici un tel delplacement.
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Sam 21 Juin - 23:57

Il y avait longtemps que je n'avais pas réécouté une oeuvre de Stéphane Delplace. Je viens de le faire avec ses Variations dans le ton de sol pour violoncelle seul et interprété par Emmanuel Boulanger. Un beau violoncelle hors du temps.  I love you I love you 
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Mar 7 Avr - 20:27

Icare a écrit:
Il y avait longtemps que je n'avais pas réécouté une oeuvre de Stéphane Delplace. Je viens de le faire avec ses Variations dans le ton de sol pour violoncelle seul et interprété par Emmanuel Boulanger. Un beau violoncelle hors du temps.  I love you I love you 

Pour la petite histoire, cette oeuvre de Stéphane Delplace a été créée en 1995 par le violoncelliste Emmanuel Boulanger. La Sarabande qui sert de thème principal est issue d'une première suite pour violoncelle dédiée à Paul Tortelier, et avait été préalablement développée sous forme de "Thème et Variations" pour clavier, avec 19 variations dans le ton de Ré. La rencontre du compositeur avec Emmanuel Boulanger fut l'occasion pour lui de revenir au violoncelle et de transcrire, grâce à son aide, celles qui pouvaient être envisagées sur cet instrument. Encore une fois, ce violoncelle, loin des tourments de l'avant-garde, m'a bien plu.
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Dim 10 Jan - 9:26

Ce matin, le hasard d'une conversation a voulu que je réécoute la partition que Stéphane Delplace composa pour Mauvais Garçon, un film de Jacques Bral avec parmi les acteurs principaux Delphine Forest, Bruno Wolkowitch et Ludmila Mikael. La musique a été composée en partie d'après Francesco Tarrega, compositeur et guitariste espagnol (1852-1909). Delplace emploie une formation de chambre, une voix d'homme et une voix de femme, du moins pour le thème principal, un piano, un bandonéon, deux guitares et un quatuor à cordes. C'est une musique très simple dans ce qu'elle exprime, très douce et mélancolique, un brin sentimentale, mais qui n'atteint jamais la mièvrerie ni la larmoyance. La tristesse qui en émane, par moment, est d'une certaine beauté. Elle est pure et cela dès le départ, lors du "Duo", où les voix respectives d'Ilona Shale et David Linx confrontent leur doux et langoureux murmure sous forme de vocalises, une plainte languissante qui s'élève dans une mélancolie quasi-transcendée. Cette B.O. est d'essence latine, entre Espagne et Argentine, lorsque l'on tombe sur "7/8ème" et une sorte de danse entre le bandonéon de Juan José Mosalini et le piano de Sophie Cristofari. Tout au long de cette courte B.O. de 34 minutes environ, il se passe de belles choses, de jolies tournures, de bien sympathiques développements, qui en font une partition attachante et même touchante.

Interview:

https://www.youtube.com/watch?v=jFQeka7qcJ4
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Icare
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    Jeu 26 Jan - 10:02

Ce matin, alors que le soleil tente une percée par-dessus les toits des maisons, j'ai réécouté avec un certain plaisir et un plaisir certain ses Quatorze Klavierstücke sous les doigts inspirés du pianiste Jean-Louis Caillard. Je ne les connais d'ailleurs que dans cette interprétation-là et ignore s"il en existe au moins une autre...Je ne pense pas....On comptera onze "intermezzo", un "Capriccio", une "Ballade" et un "Epilogue". J'aime bien ce piano assez mélancolique par moment, avec une pointe de romantisme ci et là et parfois quelques constructions mélodiques qui m'ont bien accroché. L'épilogue est plutôt doux...Une filiation avec Bach & Brahms? Je ne connais pas encore l'oeuvre pour piano seul de Brahms. Mais voici toujours un extrait de l'interview qui tourne justement autour de ces Quatorze Klavierstücke:

Pourquoi vous référez-vous à ces deux compositeurs du passé?

Stéphane Delplace: Parce que BACH et BRAHMS ont écrit -- du moins pour moi -- la musique à la fois la plus dissonante et la plus tendre qui soit,une musique dont le tissu harmonique est sans cesse parsemé de "micro-instants" ultra-dissonants,sortes de douleurs douces,auxquelles seul le langage tonal peut donner une telle saveur. Parce que la force de leurs idées,la richesse de leur discours contrapunctique et la puissance de la forme procèdent invariablement chez eux de la pensée harmonique. Mais ce qui me les rend plus chers encore,c'est leur goût obsessif pour les degrés faibles et leur attachement particulier au sentiment modal,sur fond d'une implacable perspective tonale.

Pour qui est intéressé, il peut lire l'entretien en entier en début de topic. Wink
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MessageSujet: Re: Stéphane Delplace, né en 1953    

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