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  Denis LEVAILLANT, né en 1952.

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Icare
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MessageSujet: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Ven 15 Avr - 13:25

J'ai découvert Denis Levaillant,il y a plusieurs années,par un disque qui regroupe ses "musiques pour le théâtre". Les oeuvres accompagnant des mises en scène d'Alain Françon sont intitulées ainsi: Les menteries du style Op.31 (1986),Suite pour Hedda Op.34 (1987),Bienvenue au Palais Mascotte Op.37 (1988). Pour les Menteries, l'instrumentarium se constituait d'une soprano,un clavecin,un violoncelle baroque,un violon baroque,un hautbois baroque,une clarinette baroque et un basson. L'exercice de style me parut sympathique comme le quatuor à cordes de Hedda et l'ensemble plus contemporain aux accents populaires du Palais Mascotte, néanmoins,je n'envisageais pas de poursuivre l'aventure avec ce compositeur. Mais la découverte inopinée de sa musique de chambre
regroupée sous le titre
Figures relança définivement mon intérêt pour la musique de Denis Levaillant. Le coup de coeur arriva tout d'abord avec un magnifique Quatuor à cordes "Le clair,l'obscur..." puis le Quintet "Nerone Blues" pour quatre cuivres et guitare électrique. Une faille s'était enfin ouverte,me laissant pénétrer l'univers quasi-atypique d'un musicien de conviction et de réel talent et dont on parle très (trop) peu,finalement. Ma troisième approche du compositeur français né à Paris en 1952, s'effectua par le biais d'un album de jazz intitulé Passages. Avec [/b]Barry Altschul à la batterie et Barre Phillips à la contrebasse,Denis Levaillant fait swinguer son piano sur des thèmes,la plupart composés par lui et dont certains sont jubilatoires. Pianiste virtuose,il se partage entre musiques de chambre,sonates, mprovisations et jazz. Son oeuvre recherche une synthèse entre les domaines habituellement opposés,entre des styles,des pratiques ou des domaines habitués à l'ignorance réciproque,voire à l'opposition frontale: Musique savante/populaire, écriture/improvisation,musique pure ou fonctionnelle, concert/ spectacle,...une attitude certes prisée par le public mais qui peut déranger ou défriser quelques académiciens...Sa recherche principale reste celle de l'expression,conçue sous une forme dramaturgique. Elle peut passer par la virtuosité instrumentale ou de l'écriture,mais aussi par une recherche d'inouï ou d'étrange,sans interdit particulier.

Ma quête se poursuivit avec ses "Musiques pour la danse" présentées sous les titres:
Passage de l'heure bleue Op.41 (1989),Les Pas Perdus Op.22 (1983),Aranzaquil Op.22b (1983),Dérive Op.17 (1982) qui me laissèrent toutefois une impression plutôt mitigée.
Je n'avais cependant pas dit mon dernier mot et l'écoute de certaines de ses pièces pour piano regroupées sous le titre [/i]Direct me confirmèrent ce que je ressentais depuis le début; un musicien polyvalent et inspiré. Quatre études africaines,Quatre chants d'amour profanes,Quatre portraits,Quatre préludes baroques définissent merveilleusement bien son idée du piano:

     <<
Le piano est pour moi,depuis toujours,un et un seul: territoire ouvert à toutes les musiques,lieu de passage,instrument métis. L'improvisation en particulier y est pour moi un geste naturel depuis l'enfance,lié à l'étude des oeuvres du passé,plus tard aux rencontres de musiciens de cultures différentes de la mienne,aujourd'hui quotidiennement relié à l'écriture. Je suis convaincu que la musique va bien au-delà des genres,et même de l'esthétique,et c'est mon instrument (le piano),plus têtu que moi,qui me le rappelle jour après jour. J'accepte sa randonnée,à condition de pouvoir travailler mon style: je ne suis ni un "jazzman" ni un "contemporain",
plus simplement un compositeur de mon temps.>>

Aujourd'hui,je viens de découvrir sur son site des extraits d'une autre facette de son art; la symphonique,par le biais de sa musique de ballet
La petite danseuse et son Opéra de la lune[i] pour récitant et orchestre d'après Jacques Prévert[b] et je fus aussitôt conquis.


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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Ven 15 Avr - 16:07


Liste de ses oeuvres

Pour instruments solos:

Piano:

___Quatre études africaines (1990)
___Quatre chants d'amour profanes (1991)
___Quatre portraits (1980)
___Quatre préludes baroques ( 1990)
___Onze mouvements pour piano (1980)
___Un petit rien-du-tout,mélodrame pour un pianiste et une actrice d'après un texte de Maurice Roche (2004)
___Piano circus,théâtre musical pour un pianiste et un magicien (1993)

Clarinette:

___Easy/Uneasy pour clarinette basse solo. (1995)

Musique de chambre:

___Le clair,l'obscur...Quatuor à cordes n°2 (1996/97)
___Sept prières pour un canard sauvage /Quintette à vents (1998)
___Nerone Blues/Quintette de cuivres et guitare électrique (1991)
___Attractions pour quatuor de saxophones (1996)
___Eloge de la radio - théâtre musical pour ensemble (2000)

Avec électronique:

___Piano transit pour piano et transformations électroniques (1983)
___Eloge de l'eau - électroacoustique (1985)
___Drama Symphony - électroacoustique (1994)
___ElektroSpacePiano pour piano et électronique (2003)

Pièces symphoniques et concertantes:

___Les couleurs de la parole - poème symphonique (1991)
___Echo de Narcisse - concerto pour piano et orchestre (1995)
___Paysages de conte - concerto pour grand orchestre (1998)
___La petite danseuse de Degas - ballet créé pour le ballet de l'Opéra de Paris,le 25/04/2003. Chorégraphie de Patrice Bart.
___L'opéra de la lune pour récitant et orchestre d'après Jacques Prévert (2005)

Pièces vocales:

___Le Baigneur - opéra-bouffe adapté du roman éponyme de Maurice Roche (1976)
___Les Pierres noires pour choeurs à douze voix (1984)
___OPA mia - opéra avec mise en scène d'André Enkel et des décors signés Enki Bilal (1989)
___Madrigaux de guerre pour cinq chanteurs (1992)
___Tombeau de Gesualdo pour contre-ténor et douze voix mixtes (1994)

Un album de trio jazz PASSAGES avec Barre PHILLIPS à la contrebasse et Barry ALTSCHUL à la batterie. (1986)

Cinéma:

___La femme sur la lune pour le film de Fritz LANG (1995)
___Blindspot,un film réalisé par Ad BOL (2008/09)
___Music is the film (2010) n'est pas proprement dit de la musique écrite pour un ou plusieurs films,mais un album-hommage que
Denis Levaillant rend au cinéma. Chaque titre de cette suite pour ensemble de chambre a été conçu en regard d'un film qu'il a aimé. La réminiscence a suscité l'invention. Le tout constitue la bande originale d'un film imaginaire.
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Lun 4 Juil - 22:24

Le Clair,l'obscur...tel est le titre du Quatuor à cordes N°2 de DENIS LEVAILLANT,captivant d'un bout à l'autre,l'un des plus beaux de mon cycle.

Né d'un douloureux souvenir personnel,ce quatuor exprime à la fois la colère et la paix - au sens de la réconciliation avec l'être disparu. L'état d'esprit général est ainsi celui du refus ou de l'interrogation (pourquoi?), et il se révèle en premier lieu par un motif musical récurrent dans l'oeuvre entière (un principe d'écriture que j'affectionne en particulier),présenté par les quatre instruments simultanément au début,puis de façon successive le plus souvent. On peut voir à travers cet élément parfaitement perceptible l'un des moyens recherchés par le compositeur pour créer un réseau intelligible de relations entre différents moments et différentes formes du quatuor. Car l'idée de LEVAILLANT est bien ici,malgré la forme en trois mouvements de - faire entrer un objet passionnel unique,un élan du coeur,toujours en transformation - . Le titre de l'oeuvre suggère l'éventail d'un parcours de "couleurs harmoniques et rythmiques" où sont présents - "la douceur comme la violence,le clair comme l'obscur" - (j'ai toujours adoré ces contraires ou contrastes au sein d'une même oeuvre,d'un même mouvement) - "l'intime comme le révélé,du plus sourd (ou sombre) au plus clair".

LEVAILLANT cherche à "renouer avec l'expression" ,comme il le dit lui-même, et ce quatuor frappe tout spécialement par l'émotion qu'il véhicule sur trois registres (premier mouvement ; "méditatif" ; second mouvement ; "dramatique" ; troisième mouvement ; "tragique", à travers 24 tonalités parcourues successivement. Cette référence à des types d'écritures anciens n'est pas nouvelle dans la production du compositeur, et l'auditeur pourra rapprocher l'accord de ré mineur tenu peu après le début du troisième mouvement de cette même sonorité au début du "Tombeau de Gesualdo". "Le clair,l'obscur...,presque romantique par moment (et oui Joachim Very Happy ),rejoint d'ailleurs la poésie et l'immatérialité des plus beaux tombeaux musicaux de notre époque. Son style homogène repose néanmoins sur des moyens diversifiés ,avec une orientation particulière vers un langage rythmique vivant dont les modèles seraient la parole et certaines musiques de tradition orale.

Ce deuxième quatuor à cordes,écrit huit ans après le premier,fut créé par le Quatuor Arpeggione le 23 mars 1997 à l'Abbaye de l'Epan.

Je pense l'aimer autant que "La jeune fille et la mort" de SCHUBERT.
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Mar 12 Juil - 20:05


<< Le piano est pour moi,depuis toujours,un et un seul: territoire ouvert à toutes les musiques,lieu de passage,instrument métis. L'improvisation en particulier y est pour moi un geste naturel depuis l'enfance, lié à l'étude des oeuvres du passé, plus tard aux rencontres de musiciens de cultures différentes de la mienne,aujourd'hui quotidiennement relié à l'écriture. Je suis convaincu que la musique vit bien au-delà des genres,, et même de l'esthétique, et c'est mon instrument, plus têtu que moi, qui me le rappelle jour après jour. J'accepte sa randonnée, à condition de pouvoir travailler mon style: je ne suis ni un jazzman, ni un contemporain, plus simplement un compositeur de mon temps.

DIRECT rassemble quatre suites d'oeuvres composées séparément, qui, réunies, forment un programme très ouvert, s'adressant au plus grand nombre. Je m'y mets en situation de conteur, et explore toutes sortes de techniques pianistiques,dont certaines me sont très personnelles: le jeu forte avec la pédale una corda, des lignes monodiques tracées à deux mains opposées,des batteries d'accords expressives, des proliférations de courbes issues des ornements obsessionnels, des jeux de demie et de quarts de pédales,des résonances de touches enfoncées...mais il n'y a pas que la technique! >> Denis LEVAILLANT.

Effectivement,il n'y a pas que la technique et le fort de la musique,justement pour nous auditeurs,c'est de nous la faire oublier par sa beauté,par sa force poétique ou son aptitude à nous faire voyager au-delà des notes...et c'est ce que réussit très bien au fond la musique de LEVAILLANT qui aurait pu être la conclusion parfaite de mon cycle dédié au piano solo. Par exemple,dans ses Quatre Etudes Africaines (1990),ses jeux pianistiques évoquent tour à tour le Kora,le balafon,le djembé et la sanza. Dans Quatre Chants d'Amour Profanes(1991),c'est sa part émotionnelle qui y est explorée dans la retenue d'une forme musicale qui,je pense,saura éviter tout sentimentalisme dégoulinant. Ses Quatre Portraits (1980) sont des hommages à quatre pianistes d'exception: Samson François qui jouait RAVEL en pensant au jazz,Earl,Thelenious et Duke. Quatres Préludes Baroques (1990) expriment sa fascination pour l'art baroque. Il trouve plus d'une similitude entre notre temps et le début du XVIIème siècle. Toute une série d'oeuvres du compositeur est née de ce rapprochement, qu'une veine parfois provocatrice pourrait faire dénommer "néoprébarock". Le goût de la couleur,de l'ornement pour lui-même,de la juxtaposition plutôt que du développement,de la symbolique expressive; tout cela se retrouve dans ses préludes à la fois très contemporains et intemporels.
Profanes
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Mar 30 Avr - 23:17

Depuis le temps que je cherchais à découvrir l'oeuvre orchestrale de Denis Levaillant sur cd, je fus comblé lorsque je trouvai à un prix très correct un double album en forme de livre et doté d'un fascicule magnifiquement illustré des commentaires du compositeur, en français et en anglais, et des peintures de David Chambard. J'ai, ce soir, écouté le premier cd qui contient trois oeuvres: Echo de Narcisse (concerto pour piano et orchestre), Paysages de Conte (concerto pour orchestre) et La Petite Danseuse (suite N°1 pour orchestre). Aucune de ces trois oeuvres ne m'a laissé indifférent. Au contraire, je ne saurais même pas dire laquelle, lors de cette première écoute, m'a fasciné le plus, tant j'ai été transporté par une musique qui n'est pas seulement le résultat d'une écriture rigoureuse, rédigée avec compétence et minutie! Elle se place même au-delà de ces considérations matérielles et objectives. C'est surtout une musique habitée où les idées fusent dans un agencement et un développement maîtrisés à la perfection, et cela bien que l'on dise, souvent à raison, que la perfection n'existe pas ou n'est jamais atteinte. Lorsque je dis que cette musique est habitée, c'est qu'en dehors de toutes ses qualités intrinsèques, propres à l'écriture et aux techniques employées, il en émane selon moi une grandeur spirituelle ou tout au moins poétique qui manque parfois cruellement dans une certaine musique contemporaine; cette dimension poétique et spirituelle qui échappe à toute analyse et qui tire ces trois oeuvres par-dessus l'épaule du monde des hommes. Dans le concerto pour piano, je pense que Narcisse est le soliste qui se contemple dans le reflet de l'orchestre. Si cette musique, comme pour Paysages de Conte et La Petite Danseuse, n'est pas exempte de "modernité", le second mouvement développe un grand thème lyrique et amoureux qui ne déplairait sûrement pas à Joachim. Le Concerto et la Suite N°1 pour orchestre sont également riches en trouvailles de toutes sortes, en thèmes forts et marquants, élaborant par endroits des effets sonores et timbriques insolites, saisissants. Parler d'un grand coup de coeur devient subitement un euphémisme! Denis Levaillant se définit davantage comme un compositeur de son temps plutôt que comme un contemporain ou un jazzman. Je le considère comme l'un des compositeurs français d'aujourd'hui les plus intéressants avec Bernard Cavanna et Régis Campo. J'ai désormais hâte d'écouter le second cd qui réunit trois autres oeuvres; Les Couleurs de la Parole pour orchestre, Drama Symphony et La Femme sur la Lune par l'Ensemble Intercontemporain. Ce sera probablement pour demain. Very Happy
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Ven 3 Mai - 18:31

Citation :
J'ai désormais hâte d'écouter le second cd qui réunit trois autres oeuvres; Les Couleurs de la Parole pour orchestre, Drama Symphony et La Femme sur la Lune par l'Ensemble Intercontemporain. Ce sera probablement pour demain.

C'est chose faite et le plaisir fut également immense. Décidément, ce compositeur, qu'il écrive dans le domaine du jazz, de la petite formation, pour le piano ou encore pour l'orchestre symphonique, il m'épate. Les trois oeuvres réunies sur le second cd et mentionnées à l'intérieur de la citation, proposent une musique plus sévère, plus encrée dans l'atonalisme. Sur ce plan, on peut dire qu'elles tranchent avec les pièces du premier cd. Les Couleurs de la Parole révèle une musique sinueuse et complexe mais si colorée et expressive que la magie opère sur toute sa longueur. J'ai vraiment été marqué par les combinaisons instrumentales, les constructions rythmiques et harmoniques:

<<Même quand j'écris de la musique "pure", j'ai un rapport très fort à la dramaturgie. Dans O.P.A Mia (opéra représenté en 1990), j'avais traîté l'orchestre comme un acteur racontant une histoire. Ici, je poursuis cette correspondance avec la voix parlée en approfondissant l'écriture rythmique, les couleurs et les qualités d'articulation de chaque instrument. Les phrases que l'on prononce trop vite, que l'on répète; les paroles à double sens; les choses que l'on chuchote; les formules que l'on scande; les lignes entrecroisées, comme des entrelacs; les rythmes "parlando"; les vitesses: tout ceci fait le matériau des COULEURS DE LA PAROLE, écrites pour un orchestre "bois par deux", et qui sollicite quantité de changements de timbres et de modes de jeux. L'oeuvre est construite dans un mouvement circulaire et ascendant, en trois parties elles-mêmes divisées en trois parties. Elle doit être jouée avec beaucoup de sûreté rythmique, et en même temps, un certain emportement émotionnel.>> Denis Levaillant.

L'oeuvre est dédiée à la mémoire de Rimsky-Korsakov qui, selon Levaillant, a inventé l'orchestre des couleurs modernes, et, entre autres, a été parmi les premiers à utiliser les percussions comme des consonnes dans le langage.
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Ven 3 Mai - 18:58

Drama Symphony, "Cinematic symphony" pour sons d'orchestre traîtés, composée entre 1994 et 1995, est une oeuvre étonnante et au concept original. Elle est également dédiée à la mémoire d'Edgar Varèse. Elle développe un monde sonore inouï, complètement flippé, une musique intense qui entretient une tension expressive permanente et fascinante d'un bout à l'autre.
Les sons électroniques y sont très élaborés, jamais rebutants, comme une extension surréaliste des sons traités de l'orchestre:

<<Les sons d'origine de DRAMA SYMPHONY sont des extraits des COULEURS DE LA PAROLE, échantillonnés, puis traités et mixés comme des matières concrètes. Aujourd'hui, l'aller et retour entre l'écriture instrumentale et le travail en studio est pour moi extrêmement fécond. Le mélange de ces techniques de composition crée une sorte d'orchestre virtuel, qui tout en ayant l'expression des ensembles connus, aurait une constante présence, une mise en place rythmique infaillible, un équilibre de plan idéal, une dynamique inouïe, et la capacité de jouer des sons continus "a tutti" sans le moindre effort. Cet intermonde, cet orchestre hybride, entre le symphonique reconnu et un son tout à fait nouveau, j'avoue qu'il me fascine, et parfois m'effraie, comme cet intermonde entre le réel et le virtuel dans lequel nous commençons à vivre. Le contenu descriptif de DRAMA SYMPHONY m'a été donné par les archétypes de la musique de film, dont le "drama" est un genre moderne, et qui recouvre aussi bien le sentiment de la violence, du suspens, de la découverte, du mystère, que la description de l'introspection et de la réminiscence - toutes situations décrites dans la production vernaculaire avec force synthétiseurs et boîtes à rythmes. Tout au long de ce travail, j'ai pensé à EDGAR VARESE et à son utopie symphonique, et c'est pourquoi cette oeuvre est dédiée à sa mémoire.>> Denis Levaillant.

La Femme de la Lune, composée en 1995, pour ensemble (octuor) et traitements en temps réel, dédiée à la mémoire de Gyorgy Ligeti, est également une bien belle musique. Le sixième et dernier mouvement "Le Voyage dans l'Espace" a toute ma préférence.
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 18:45

L'instant musical

https://www.youtube.com/watch?v=M8BcicU9vvo


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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 19:09

J'ai bien aimé sa façon d'"apprivoiser "le clavier pour ses "études africaines" et puis son expressivité... c'est ce que j'ai trouvé de plus "africain" dans sa musique !
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 19:49

J'aime beaucoup ses Etudes Africaines pour piano. Mon Etude préférée est "Au Balafon" qui démarre sur une tonalité singulière du piano (peut-être préparé à ce moment-là) avec, à deux reprises, une superbe touche mélancolique, seulement je ne l'ai pas trouvée sur Youtube. Il y a en revanche "Au Djembé" qui est surtout très rythmique, ce qui est logique au fond:

https://www.youtube.com/watch?v=H3YfVNaKtq4

Un très bel extrait, ci-dessous, de LA PETITE DANSEUSE

https://www.youtube.com/watch?v=0Mx73V7OWLI


Dans ses pièces pour piano, j'adore aussi ses QUATRE CHANTS D'AMOUR PROFANES, mais il ne faudrait pas négliger non plus ses intéressants QUATRE PORTRAITS et QUATRE PRELUDES BAROQUES.


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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 19:56

Je n'aime pas quand il joue au djembe sur son piano, même s'il le fait avec beaucoup de virtuosité
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 20:02


C'est plus particulier car essentiellement rythmique. Tu aurais préféré "Au Balafon". Et que penses-tu de LA PETITE DANSEUSE, la vidéo juste après?
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 4 Mai - 21:35


Ambiance légère, fragile, un peu dissonante ce qui n'est pas trop dérangeant, mais ce n'est pas trop mon style de musique. Je préférais de loin "à la kora"
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 21 Déc - 10:48

Ah le jazz! Un genre musical qui me fascine et m'exalte toujours autant. Je ne pouvais consacrer un cycle entier au piano sans passer par la case du jazz. L'oubli aurait été beaucoup trop cruel, bien trop injuste. Le piano est très présent dans le domaine du jazz, un acteur prolixe et remarquable, un être incontournable! Le premier volet du double-album Les Passagers du Delta par le trio jazz ALP, Barry Altshul à la batterie, Denis Levaillant au piano et Barre Phillips à la contrebasse. Des onze thèmes présentés, huit sont signés Levaillant, deux, Altshul et un, Phillips. Celui-ci est un magnifique solo de contrebasse alors que "Drum role" est une excellente démonstration de batteur de la part de Altshul. Parmi les morceaux composés par Levaillant, il y a le tout premier, intitulé "Free Mandela", une pure merveille d'une grande sensualité, langoureux, hypnotique, tellement beau, irrésistible lorsque la contrebasse entre en scène. Dans beaucoup de passages, tout au long de ce premier volet, le piano est saisissant, formidable de charisme dans "Dance from nowhere", un brin mélancolique dans "Around the blues", trépidant et incisif dans d'autres moments. Et comme le dit si bien et si justement Pascal Anquetil:

A réécouter aujourd'hui ces trois artistes de l'instant et de l'instinct, on se dit que le temps n'existe pas et que cette conversation à trois n'a pas pris une ride, garde la même fraîcheur d'émotion et provoque la même puissance de surprise.

Oui, pendant l'écoute de ce disque, le temps n'existait plus pour moi. J'étais happé par un jazz qui me convenait idéalement, avec un "Free Mandela" qui fut la plus parfaite introduction qui soit. Exquis!    
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Dim 22 Déc - 19:22


Dans le second volet Les Passagers du Delta, le trio reprend plusieurs des thèmes du premier volet mais dans des traitements sensiblement différents, ce qui m'a d'ailleurs permis de mieux saisir la beauté de "Time Colours" (Levaillant). J'ai été bluffé par la virtuosité de ces trois formidables musiciens et peut-être plus encore dans "Pressing one" (Levaillant). A couper le souffle! J'étais heureux d'une reprise plus courte du fameux "Dance from nowhere" (Levaillant) et la cerise sur le gâteau fut pour moi le thème conclusif espiègle et très attachant; "Just arrived" (Levaillant). Excellent.     
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Mar 4 Mar - 20:38

A l'occasion de mon cycle "Aux portes du jazz", j'ai réécouté un album de Denis Levaillant que j'apprécie beaucoup et qui s'intitule Music is the film. Ce sont les moments les plus mélancolique et pluvieux qui me touchent le plus:

Cet album est un hommage que je rends au cinéma. Chaque titre de cette suite pour ensemble de chambre a été conçu en regard d'un film que j'ai aimé. La réminiscence a suscité l'invention. L'ensemble constitue la musique originale d'un film imaginaire. Pour moi, la musique est une "caméra subjective" qui éclaire des situations et révèle des paysages intérieurs. "Music is the film", c'est la musique qui raconte l'histoire. Je poursuis dans cette oeuvre ma quête d'une nouvelle musique française, profondément harmonique, influencée par le jazz et les musiques populaires, une musique d'aujourd'hui pour tous dont les mélodies sont autant de portes d'entrée dans un univers de couleurs orchestrales personnelles, résolument post-contemporain.

Denis Levaillant.

   
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Mer 5 Mar - 22:00

J'aime beaucoup aussi, quand sa musique est dépouillée comme dans 'Le dernier pèlerinage"  ou son "Free Mandela", son "Jazzface" et son "Music is the film" dont j'ai pu découvrir des extraits sur son site ici
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Jeu 10 Avr - 10:13

Il me parut plaisant de démarrer mon cycle en hommage aux compositeurs français par le biais de Denis Levaillant et plus principalement par son oeuvre pour le saxophone. Je ne vais pas trop m'épancher sur les oeuvres que je viens d'écouter, puisqu'il s'agit d'une découverte. Je serai davantage prolixe lors de prochaines écoutes. Ce que je peux déjà avancer c'est que le disque débute magnifiquement sur l'un des plus beaux extraits de sa musique orchestrale du ballet La petite Danseuse; Le Miroir mettant en scène le saxophone. Sinon, j'ai bien aimé sa Manhattan Rhapsody pour saxophone ténor et piano, en sept mouvements ainsi que Le Fakir en quatre mouvement pour saxophone soprano et piano. Le premier et troisième mouvements m'ont séduit par leur douceur respective, la voix caressante et rassurante du saxophone, alors que le quatrième mouvement, plus dynamique celui-là, m'a transporté par sa construction rythmique particulièrement chiadée. Toutefois, les deux oeuvres qui ont le mieux saisi mon attention, lors de cette première écoute, sont The Joyfull Night en deux mouvements pour flûte, saxophone ténor, piano et célesta, et Les Accords Secrets du Capitaine Nemo pour douze saxophones. Dans le quatuor, ce qui m'a frappé, c'est la combinaison sonore fournie par le saxophone et la flûte que je trouve assez étonnante, superbement servie par Jean-Michel (saxophone) et Sophie (flûte) Goury. On entend, dans cette fabuleuse association de timbres, une grande complicité entre les deux interprètes. A noter également dans cette oeuvre un rapport assez fusionnel entre le piano et le célesta, le second étant même un peu dans l'ombre du premier. Concernant la pièce pour douze saxophones, elle m'évoque tout simplement un grand orgue. J'ai bien accroché à ce qui s'en est dégagé d'hésitant, de ludique, de clair, de lumineux, de torturé/trituré et même de mystérieux, sous certains aspects: qu'une envie: réécouter pour mieux m'en imprégner.   
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Sam 12 Avr - 20:37


Petite biographie (Wikipédia):

Denis Levaillant est un compositeur français né à Paris en 1952. Il est également pianiste, polyvalent puisqu'il s'est à la fois spécialisé dans la musique contemporaine et l'improvisation. Il a eu pour partenaires entre autres, Pierre Rigaud, Jean-Jacques Avenel, Didier Levallet, Mino Cinelu, Jean-Louis Chautemps, Pierre Favre, Tony Coe, Kenny Wheeler, Jean-François Jenny-Clark, Michel Portal, Barry Altschul ou Barre Phillips... Il approfondit les possibilités de traitement numérique du son au GRM. Il collabore à de nombreux spectacles de danse (Dominique Bagouet, Dominique Petit, Stéphanie Aubin, Brigitte Lefèvre), de théâtre (Alain Françon) et de cirque, et plus généralement développe sa vision personnelle du spectacle vivant, mêlant avec la lumière et des musiciens de cultures diverses tous les éléments précédents. Il obtient une maîtrise de philosophie (1974), le Prix Italia (prix international de création radiophonique, 1988), une résidence à la Villa Médicis hors les murs (1983, New York). Son œuvre cherche une synthèse entre des domaines habituellement opposés, entre des styles, des pratiques ou des domaines habitués à l'ignorance réciproque, voire à l'opposition frontale. Musique savante/populaire, écriture/improvisation, musique pure/fonctionnelle, concert/spectacle, ... Une attitude certes prisée par le public, mais qui peut déranger ou défriser parfois quelques académiciens ... Sa recherche principale reste celle de l'expression, conçue sous une forme dramaturgique. Elle peut passer par la virtuosité instrumentale ou de l'écriture, mais aussi par une recherche d'inoui ou d'étrange, sans interdit particulier.
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MessageSujet: Re: Denis LEVAILLANT, né en 1952.   Ven 11 Aoû - 11:00

J'ai, ces derniers jours, réécouté six oeuvres pour orchestre ou ensemble de Denis Levaillant: Echo de Narcisse (concerto pour piano et orchestre), Paysages de Conte (concerto pour orchestre), La Petite Danseuse (suite N°1 pour orchestre), Les Couleurs de la Parole, Drama Symphony et l'octuor La Femme sur la Lune. Aucune de ces six oeuvres ne m'a laissé indifférent. Au contraire, je ne saurais même pas dire laquelle me laisse une plus grande impacte, tant j'ai été transporté par une musique qui n'est pas seulement le résultat d'une écriture rigoureuse, rédigée avec compétence et minutie! Elle se place même au-delà de ces considérations matérielles et objectives. C'est surtout une musique habitée où les idées fusent dans un agencement et un développement maîtrisés à la perfection, et cela bien que l'on dise, souvent à raison, que la perfection n'existe pas ou n'est jamais atteinte. Lorsque je dis que cette musique est habitée, c'est qu'en dehors de toutes ses qualités intrinsèques, propres à l'écriture et aux techniques employées, il en émane selon moi une dimension poétique...premier point...et une intelligibilité ou force communicative... second point...qui manque parfois cruellement dans une certaine musique contemporaine, je ne vous dirai pas laquelle. Maintenant, ceci étant dit, qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'y a pas d'audace créative dans son approche de la musique, que tout cela manque d'imagination, parce que c'est faux. Ne pas confondre avec Jérôme Ducros. Au contraire, je dirais que les trois oeuvres que j'évoque ici réunissent caractère, fantaisie/féérie et inventions sonores et rythmiques dans un tourbillon musical qui m'est intelligible, d'une grande expressivité. Pour moi, la bonne musique contemporaine, c'est celle qui justement vous fait aimer la musique contemporaine et non celle qui vous complexe de ne pas la comprendre, même, si en parallèle, elle doit susciter la curiosité et l'effort chez l'auditeur afin de le faire sortir des sentiers battus et de ses habitudes d'écoute, c'est-à-dire lui proposer autre chose que ce qui le caresse dans le sens du poil. Je suis bien d'accord donc sur le fait que la musique (l'art en général) ne doit pas encourager la pantouflardisation. Inutile pour autant de basculer dans un total ascétisme qui ne sert qu'à vider les salles de concert. Je pense que Denis Levaillant a parfaitement intégré cette philosophie dans sa musique. Dans le concerto pour piano, il me semble que Narcisse est le soliste qui se contemple dans le reflet de l'orchestre-miroir. Très dramatique ce premier mouvement. Quelle intensité! Si cette musique, comme pour Paysages de Conte et La Petite Danseuse, n'est pas exempte de "modernité", le second mouvement développe un grand thème lyrique et amoureux. Le raffinement est tel qu'il m'invite au rêve. Le Concerto et la Suite N°1 pour orchestre sont également riches en trouvailles de toutes sortes, en thèmes forts et marquants, élaborant par endroits des effets sonores et timbriques insolites, saisissants. Je considère Denis Levaillant, je l'ai déjà dit, comme l'un des compositeurs français actuels les plus intéressants avec Bernard Cavanna, Dominique Lemaître et Régis Campo.
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