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 André Jolivet (1905-1974)

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Icare
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Sam 25 Avr - 23:15

Je raffole toujours autant de sa Symphonie n°3, du Concerto pour piano et orchestre et de son Concerto pour violoncelle et orchestre n°1, toujours aussi subjugué et ému par une formidable, pour ne pas dire une éblouissante organisation des sons. Si la troisième symphonie démarre dans une grande intensité dramatique et obstinée, c'est le troisième mouvement que je trouve le plus abouti, le plus chargé d'émotion. Il en ira de même avec le Concerto pour piano qui débute pourtant sur les graves du piano, comme j'aime, là aussi c'est le troisième mouvement qui, dans sa folle construction, me transporte littéralement. Comme pour la troisième symphonie, c'est inventif, loin des formules toutes faites ni des formes trop polies. Le piano, mené de main de maître par Lucette Descaves, s'intègre à l'orchestre autant qu'il sait s'en détacher, peut-il s'accorder un rare moment d'une "tendresse posée" quelque-part dans le mouvement médium. Le matériau est brut, le geste viscéral, le "beau" éclaté, perverti. Il y a une part d'imprévisibilité qui me plait beaucoup, une musique faussement invertébrée, dont les tournures et les rebondissements stimulent indéfiniment l'esprit, un jaillissement d'idées qui ne faiblit jamais, se renouvelle continuellement. Parfois, une anarchie simulée, seulement simulée, parce que chaque son s'emboîte l'un dans l'autre le plus naturellement du monde, au profit d'une architecture sonore assez folle que le temps n'a même pas fissuré. Le Concerto pour violoncelle ne fait pas retomber la tension ni l'attention. Le violoncelle mène le jeu dès le premier mouvement, un jeu permanent, généreux et intense, magnifiquement exécuté par André Navarra. L'orchestre qui gravite autour, l'enrichit de quelques fulgurances jamais décisives, n'arrivera pas à lui voler la vedette. Le second mouvement est probablement celui qui me fascine le plus. L'orchestre, dans une architecture complexe et originale, semble entraîner le soliste dans un guet-apens, en devient l'élément dominant. Le troisième mouvement, à force d'échanges et de réparties au sein de combinaisons inventives, semble aboutir à une cohabitation viable entre les deux parties. Je me suis régalé, du contemporain comme je l'aime et l'aimerai très certainement toujours!
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Icare
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Lun 27 Avr - 23:40

<<De Mana (1935),j'avoue volontiers que le piano a glissé sur moi comme une goutte d'eau sur un ciré. Pourtant,je n'ai pas réussi à m'en détacher avant la dernière note,lui ai même trouvé une forme de beauté hermétique. Mana inaugura son amitié à Olivier Messiaen,frappé par la beauté et la nouveauté de l'oeuvre: <<Jolivet joue avec les silences: il le laisse se répandre librement autour d'une ligne unique, puis l'épaissit de larges résonances,le hache sauvagement de rythmes grinçants,et après avoir fait tournoyer dans l'espace ses derniers lambeaux avec quelques tambours de fureur ou cloches de mystère,il le tue brusquement par un gigantesque coup de gong.>> Je ne désespère pas de saisir un jour la poétique rugueuse de cette pièce énigmatique où le silence est un roi déchu. >>

Je crois que ce jour est arrivé. Je n'ai pas eu besoin d'y revenir successivement. Il y avait justement longtemps que je ne l'avais pas réécouté, mais cette fois, il me semble avoir percé le mystère qui la recouvrait d'un voile opâque, d'avoir saisi son récit et les diverses nuances de celui-ci, et, de ses six mouvements, c'est le dernier que je trouve le plus formidable. Comment avais-je pu passer à côté? Françoise Gobet, que je ne connais d'ailleurs qu'au travers de cette oeuvre, en est l'interprète. Si j'étais pianiste, c'est une oeuvre que j'aimerais beaucoup jouer. Sans doute parce que j'en ai saisi le sens, le développement, la poétique, sans doute aussi parce que je suis sensible à son caractère énigmatique et que la musique si singulière de Jolivet me fascine de plus en plus, tout simplement. Je lui trouve désormais une certaine beauté, mieux encore, une beauté certaine, une certaine violence et âpreté.  Le Concerto pour harpe et orchestre de chambre est toujours aussi chouette, si bien qu'il mériterait d'être plus souvent joué. Si les trois mouvements me plaisent, j'ai toutefois une préférence pour le troisième; c'est notamment grâce aux effets judicieux de quelques cuivres autour de la harpe solo. Les Pastorales de Noël pour flûte, basson et harpe sont très mélodiques et ont quelque chose de naturalistique. Je les aime bien avec une préférence assez marquée pour les troisième et quatrième. Il y a un usage du basson qui me plait plus particulièrement, sorte de nonchalance de jeu qui le rend irrésistible...
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Icare
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Jeu 30 Avr - 12:28

Parmi les oeuvres plus tonales et mélodiques du compositeur, j'aime particulièrement Suite Liturgique, Mélodie avec petit ensemble (1942) pour ténor (Jean Giraudeau), hautbois (Jean Brizard), violoncelle (Robert Casler) et harpe (Lily Laskine). L'association pour la partie instrumentale du hautbois, violoncelle et harpe, est très séduisante et, en plus, j'aime beaucoup le timbre de voix de ce ténor. Plus globalement, j'y retrouve quelque peu, la fragilité, la transparence et la sérénité de ses Pastorales de Noël en plus émouvant.
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laudec

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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Jeu 30 Avr - 12:44

Je n'étonnerai sans doute personne en disant que ces Pastorales de Noël me plaisent avec leur petit côté mystérieux !
Voici le lien vers YT Wink

https://youtu.be/WtlhidMy9rA
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Icare
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Jeu 30 Avr - 13:43

Et il y a ce chant de Linos avec cette flûte solo envoûtante qui me conduit en pleine nature. J'aime aussi la combinaison sonore entre les trois cordes classiques du trio et la harpe. Chez moi, c'est une association instrumentale qui fonctionne presque à tous les coups:

https://www.youtube.com/watch?v=-AoMXN_ET7E



Pour Laudec. Very Happy
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Icare
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   Ven 1 Mai - 17:17

Icare a écrit:
<<L'art est le moyen d'exprimer une vision du monde qui est une foi>> déclare Jolivet au sujet de son Concerto pour ondes Martenot. Je dirais qu'il a su comme insuffler une dimension spirituelle aux ondes Martenot que j'ai trouvées bien plus inspirées que dans celui de Marcel Landowski. Inquiétantes,d'une certaine façon,presque irrationnelle dans son long périple face à la puissance matérialiste et cartésienne de l'orchestre.
Pour Jean Roy; << Jamais Jolivet n'a été plus efficacement relié aux forces obscures  de la terre et au rayonnement lumineux des espaces stellaires. Et l'âme du Martenot ,errante entre ciel et terre,comble toutes les distances avec ce don d'ubiquité, d'immatérialité,de surréalité qui lui appartient en propre.>> Voilà bien une oeuvre qui avait tout pour me séduire! Very Happy

Je ne pensais pas,en ce moment de plénitude,être encore plus fasciné par son magnifique Concerto pour basson,orchestre à cordes,harpe et piano (1954). Comme il est dit dans la petite note du CD,il s'agit moins sans doute d'un corps à corps entre le virtuose et l'orchestre,mais davantage d'une aventure partagée  entre l'exploration et la méditation où "le rythme est le débit du lyrisme". Les interventions du piano y sont irrésistibles,tandis que la harpe plus rare; comme des perles d'émotion égrainées autour d'un basson élégant et solennel. Je ne suis pas loin de le considérer comme l'un des plus beaux Concertos pour basson du XXème siècle!

C'est avec un certain pincement au coeur que je clos mon cycle "Constant, Jolivet, Messiaen...Dutilleux", pas exactement comme je l'avais décidé au départ, sur les concertos pour ondes Martenot et basson d'André Jolivet. J'avais prévu la musique de chambre de Marius Constant "Strings", la Turangalila-Symphonie d'Olivier Messiaen, le Concerto pour violon L'arbre des songes d'Henri Dutilleux, les deux concertos pour trompette et Missa Uxor Tua d'André Jolivet, seulement ce sont des oeuvres que j'ai réécoutées il n'y a pas si longtemps. Je préfère y revenir plus tard, à une autre occasion. Ceci-dit, avoir terminé ce cycle sur le Concerto pour basson, orchestre à cordes, harpe et piano de Jolivet fut un très bon point final. Le second mouvement fut pour moi un moment exquis, plus exquis encore vers les 4'30", lorsque le piano entre en scène avec beaucoup d'aplomb et de prestance. J'aime aussi l'apport de la harpe quand elle s'associe au jeu du basson. Je pense même préférer le concerto pour basson à celui pour ondes Martenot qui cependant est très attachant aussi. Sinon, comme je viens de le laisser entendre, j'ai du mal à me défaire de ce cycle, même si j'ai, paradoxalement envie de passer à autre chose. Il m'a beaucoup pris, émotionnellement parlant, car j'étais vraiment dans mon élément.
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MessageSujet: Re: André Jolivet (1905-1974)   

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André Jolivet (1905-1974)
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