Forum sur la musique classique
 
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 Paul Hindemith (1895-1963)

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Icare
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-07-30, 08:21


J'ai découvert, pas plus tard qu'hier soir, trois sonates pour piano de Paul Hindemith par le charismatique Glenn Gould. Je vois déjà les oriflammes désapprobateurs des anti-Gould s'ériger au loin...Hehe ...mais je n'en ai que faire car, personnellement, j'ai toujours aimé Glenn Gould, aussi bien son "touché" pianistique que sa personnalité que j'avais entrevue dans un documentaire, il y a certes très longtemps et qu'il me faudrait revoir: ce devait être sur ARTE....en même temps...Même ses légers chantonnements qui peuvent s'apparenter à une manie ou un tic ne me dérangent absolument pas. Glenn Gould est en quelque sorte mon pianiste fétiche. Quand je dis "fétiche", ça ne signifie pas pour autant qu'il est forcément mon préféré - j'adore Martha Argerich, Fazil Say et Christoph Eschenbach, sans oublier Sviatoslav Richer que je connais exclusivement par J. S. Bach. J'entends par "fétiche", le fait que c'est avec Glenn Gould et J. S. Bach que mon amour du piano a réellement commencé; les Variations Goldberg et le Concerto italien, là encore tant pis pour celles et ceux qui ne jurent Bach que par le clavecin ou sans Glenn Gould...Hehe ...

Glenn Gould, je l'appréhende désormais par trois compositeurs; J. S. Bach, Arnold Schoenberg et Paul Hindemith. Les trois sonates de Hindemith furent une totale découverte et, décidément, force est de constater que ce compositeur aura dominé (avec quelques autres) mes écoutes de 2020. La Sonate n°1 qui se constitue de cinq parties commence tièdement même si j'aime assez bien le thème du premier mouvement: ça manque pour moi peut-être d'intensité. C'est sur son cinquième et dernier mouvement que la musique d'Hindemith a pris tout son envol, du moins lors de cette première approche. Je suis d'ailleurs convaincu que les prochaines écoutes seront fructueuses en rebondissements. En revanche, j'adore lorsqu'une oeuvre, telle qu'elle soit, commence de "feu de Dieu", comme c'est le cas avec les deux autres sonates qui, elles,se composent de quatre mouvements, surtout la Sonate n°2 avec sont excellent "MäBig schnell", titre du premier mouvement: qu'est-ce que j'aime cet emploi grave et martelé du piano. C'est un caractère musical qui me prend toujours aux tripes, un "système" dont je suis très friand, et cela depuis le début que je m'intéresse à la musique! Néanmoins, plus globalement, c'est la Sonate n°3 qui m'a le plus captivé cette fois-là, je ne saurais même pas dire lequel des quatre mouvements j'ai préféré. Je pense avoir été tenu en haleine sur toute la longueur de cette sonate qui, comme la N°2, fait moins de vingt minutes - environ quatorze pour la seconde et dix-sept pour la troisième, contrairement à la N°1 qui dépasse les trente.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-07-30, 09:23

Personnellement, ces trois sonates d'Hindemith me laissent de glace, et plus par Glenn Gould... Evil or Very Mad Il existe une quatrième sonate, en fait composée beaucoup plus tôt (1920) alors que les trois autres sont de 1936. C'est son opus 17. On l'a cru perdue mais elle a été retrouvée.
Je préfère celle-ci...



https://www.youtube.com/watch?v=u6o2OVKi41o
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-07-30, 10:26

Je ne connaissais pas du tout cette quatrième sonate ni son interprète. Dans une écoute en aveugle, je n'aurais même pas deviné son auteur. Je viens de l'écouter mais j'ai été déçu car elle m'a laissé complètement indifférent. Après sa sonate pour quatre cors, c'est la seconde fois seulement qu'une oeuvre de Paul Hindemith me laisse indifférent, ce qui est très peu par rapport à tout ce que je connais déjà. Rien d'insupportable dans cette sonate qui a été reconstituée par un certain Billeter, je dirais juste qu'elle se laisse écouter d'autant plus qu'elle ne dure que neuf minutes, mais à aucun moment je n'ai frémi. Je ne saurais dire si c'est l'interprétation que j'ai trouvée trop neutre, froide, voire trop appuyée ou molle par endroit, ou si c'est la pièce en elle-même qui ne dégage rien. Je pense que c'est la pièce en premier lieu car je n'y ai pas rencontré ce que j'aime chez Hindemith, n'y ai pas trouvé un caractère intéressant comme dans, par exemple, le premier mouvement de la Sonate n°2. Je la mets loin derrière les sonates 2 & 3 et probablement même derrière la N°1 car, lors de la première écoute, j'ai beaucoup aimé le dernier mouvement qui, à lui seul et à une minute près, est presque de même durée que la quatrième sonate. Wink

Merci Joachim de m'avoir fait découvrir une oeuvre de Paul Hindemith que je n'aime pas. Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 231625
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-09-22, 23:03


J'ai retrouvé Paul Hindemith par un album auquel je suis désormais très attaché et qui réunit trois compositions pour quatuor à cordes. Par le "Kocian Quartet". La première oeuvre est la plus courte et s'intitule Ouverture du "Vaisseau Fantôme", "Jouée à vue par un orchestre thermal de deuxième ordre sur le coup de 7h. du matin, pour quatuor à cordes", Militärminimax - Minimax, "anthologie de musique militaire" (1923) et Quatuor à cordes - Opus 22 (1922). C'est un album purement instrumental qui n'est sans doute pas vraiment ou du moins complètement en phase avec le thème de mon cycle actuel: Je l'ai retenu comme album-interlude mais dans lequel tout lien avec la musique dite légère ou populaire n'est absolument pas exclu. J'avais écrit précédemment que Hindemith avait su manier l'ironie et la fantaisie avec beaucoup de dextérité et surtout de panache avec une préférence pour un morceau qui se situe dans Militärminimax, le sixième extrait dont la traduction française de son titre est celle-ci, d'un contenu peu orthodoxe: "Les deux drôles de pinsons, pièce de caractère, solo pour deux piccolos" - il n'y a pas de piccolos dans ce bijou mais quatre instruments à cordes qui excellent dans l'ironie tout en prenant un ton original. Ceci-dit, l'oeuvre qui me fait la plus forte impression est son Quatuor à cordes op.22 qui se compose de cinq mouvements, dont un très court qui apparaît davantage comme un interlude au quatrième (cinquième) mouvement. Cet opus 22 fut composé en novembre/décembre 1921 et est resté au répertoire de plusieurs interprètes, le Quatuor Amar dont Hindemith était l'altiste, le Quatuor de Budapest, celui de Prague, le Quatuor Kroll et le Fine Arts Quartet, puis, malheureusement, il disparut des programmes à partir du triomphe de la Seconde Ecole de Vienne. Je suis bien content qu'il soit ressorti du néant, notamment grâce au "Kocian Quartet" par lequel je l'ai découvert et réécouté ce soir. Conscient de l'effet qu'il me procure, je ne suis pas loin de le classer parmi mes quatuors à cordes préférés, toutes périodes confondues.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-09-23, 10:55

Icare a écrit:
La première oeuvre est la plus courte et s'intitule Ouverture du "Vaisseau Fantôme", "Jouée à vue par un orchestre thermal de deuxième ordre sur le coup de 7h. du matin, pour quatuor à cordes"

Tu ne donnes pas de détails - ou alors tu les ignores - alors en voici :

Dans sa jeunesse, Hindemith a complété le revenu familial en se produisant dans des bals, des auberges et dans des orchestres de cinéma, d' opérette et de spa. Plus tard, son sens de l'humour a occasionné de nombreuses pièces parodiques, dramatiques, instrumentales et vocales.

Ouvertüre zum „Fliegenden Holländer“, wie sie eine schlechte Kurkapelle morgens um 7 am Brunnen vom Blatt spielt est une parodie musicale pour quatuor à cordes de Paul Hindemith, basée sur l' ouverture du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner. La pièce date 1925 et dure environ huit minutes.

Comme on pouvait s'y attendre du titre, la composition voit l'ouverture de Wagner mutilée. Pourtant, toutes les erreurs, le jeu désaccordé , l' imprécision rythmique et les déficiences interprétatives auxquelles un tel ensemble pourrait être sujet à une telle occasion sont "écrites méticuleusement", exigeant une grande compétence technique dans l'exécution, même si la fin le résultat est "pitoyable". À partir de la mesure 261, la pièce se dissout dans une valse (partie des Patineurs de Waldteufel), avant de revenir à Wagner et de se terminer par une finale chatoyante. Il n'est pas clair si l'œuvre d' Hindemith est une satire de Wagner, des interprètes incompétents, des "compositeurs ostensiblement dissonants", ou l'introduction d'éléments populaires dans la musique sérieuse. Quoi qu'il en soit, selon l'érudit de musique américain Daniel Albright, de toutes les retouches du Vaisseau Fantôme" dans la musique du vingtième siècle , c'est "le plus explicitement amusant".




https://www.youtube.com/watch?v=9QjodlxRxa8

En tout cas, Wagner a dû se retourner dans sa tombe en voyant son ouverture ainsi transformée, lui qui était un maniaque de la précision... Laughing
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-10-17, 22:43

Icare a écrit:
Je pense avoir de plus en plus, chez Paul Hindemith, une préférence pour ses oeuvres de petite et moyenne formations, surtout lorsqu'elles mettent les instruments à vent en avant...oh, le vilain jeu de mots involontaire... Laughing  Je viens d'en revivre l'expérience avec deux pièces de musique de chambre qui m'étaient encore inédites jusqu'à ce jour: Trio pour alto, heckelphone et piano - opus 47 (1928) et Quartette pour clarinette, violon, violoncelle et piano (1938). Il se trouve que la troisième oeuvre du disque est cette fameuse Sonate pour quatre cors de 1952, qui ne m'a jamais vraiment emballé, sans doute ce que j'aime le moins de Paul Hindemith parmi tout ce que je connais désormais. Comme il s'agit d'une autre interprétation, je l'écouterai quand même car sait-on jamais!?

J'ai donc fini par écouter cette Sonate pour quatre cors de 1952 dans cette autre interprétation, en complément du Trio pour alto, heckelphone et piano - Opus 47 et le Quatuor pour clarinette, violon, violoncelle et piano (1938) que j'ai bien sûr réécoutés aussi avec un plaisir identique aux fois précédentes, en clôture de mon cycle "23 façon de voir les anges". Cette sonate pour quatre cors que j'avais déjà dans une autre interprétation aux côtés de deux sonates pour cor et piano (1939 & 1943) que j'aime beaucoup, me paraît quand même un peu mieux par les musiciens de l'Ensemble Villa Musica qui m'ont semblé lui avoir insufflée une meilleure dynamique et, pour le coup, un aspect moins morne. Néanmoins, elle garderait sa dernière place si je devais établir une liste préférentielle de toutes les oeuvres que je connais de Paul Hindemith. Les quatre interprètes sont:

__Marie-Luise Neunecker
__Claudia Strenkert
__Wolfgang Wipfler
__Ursula Kepser

Les interprètes de la version par laquelle j'avais découvert cette sonate sont:

__Zdenek Tylsar
__Bedrich Tylsar
__Zdenek Divoky
__Jiri Havlik
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-10-26, 23:07


Paul Hindemith fait certainement partie des compositeurs que j'aurai le plus écoutés cette année. Et aujourd'hui, j'ai découvert deux nouvelles oeuvres que je ne connaissais pas encore. La Symphonia Serena, qui est la troisième de ses six symphonies, fut composée en 1946. Elle répondit à une commande de l'Orchestre Symphonique de Dallas qui la créa l'année suivante sous la direction d'Antal Dorati. Il paraît que Paul Hindemith prit beaucoup de plaisir à l'écrire et, selon Philip Borg-Wheeler, elle ferait songer dans sa construction à un concerto pour orchestre, ce qui ne m'a pas particulièrement frappé. En même temps, je n'en suis qu'à une première écoute. La symphonie Die Harmonie der Welt, quant à elle, fut imaginée et conçue courant 1951, seulement cinq ans après la Symphonia Serena. Puis elle fut créée l'année suivante par l'Orchestre de Chambre de Bâle sous la direction de Paul Sacher.

Philip Borg-Wheeler nous explique: <<Comme la symphonie "Mathis le peintre" (1934), Die Harmonie der Welt s'apparente étroitement à un opéra du même nom. Le compositeur choisit pour sujet des deux opéras le peintre médiéval Matthias Grünewald et l'astronome, philosophe et musicien du dix-septième siècle Johannes Kepler, dont il admira beaucoup le sérieux moral en essayant de définir la place de l'artiste dans la société. Les deux hommes vécurent à des périodes tourmentées de l'histoire et furent déchirés entre leur propre développement professionnel et leur participation aux bouleversements sociaux du monde extérieur. Hindemith connut les mêmes difficultés lors de la montée au pouvoir des nazis. Quoique ceux-ci aient interdit sa musique en 1934, Hindemith ne quitta pas immédiatement son pays (il pensait qu'il était artistiquement peu souhaitable de se couper de ses racines); il s'installa en Amérique en 1940.>>

La grande diversité des textures instrumentales n'est pas seulement appréciable dans la Symphonia Serena, mais aussi dans Die Harmonie der Welt. Sans connaître l'extase, j'ai apprécié ces deux oeuvres - ou plutôt des moments dans ces deux oeuvres - un peu pour les mêmes raisons que les deux premières symphonies de Malcolm Arnold: des orchestrations très aérées et parfois subtiles, des contrastes sonores entre le bloc symphonique et, par exemple, la petite flûte naturalistique ou simplement lunaire qui entraîne tendrement mes yeux vers le confort du ciel, ces instants poétiques qui me sont précieux. L'avantage de ces symphonies, à mes oreilles, c'est qu'elles n'abusent pas de la masse orchestrale, tout comme celles d'Arnold.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2020-10-28, 17:25


__Symphonie en mi bémol en quatre mouvements
___Nobilissima Visione - Suite orchestrale en trois mouvements
_Neues vom Tage - Ouverture pour orchestre

Par le "BBC Philharmonic" sous la direction de Yan Pascal Tortelier.

Quelques notes de Jeremy Barham sur la Symphonie en mi bémol:

<<Le simple fait qu'en 1940 Hindemith ait décidé de composer une oeuvre pour une formation symphonique traditionnelle, et qu'il ait choisi de la couler dans le moule conventionnel d'une forme en quatre mouvements, tout en incluant une indication de tonalité dans son titre (bien qu'il n'existe par d'armure à la clef) témoigne de ses conceptions musicales de plus en plus réactionnaires. A l'égard de ce qui pouvait lui sembler un chaos musical (et en tout cas un chaos politique), sa "mission" devint une relation de réévaluation, de conservation et d'établissement d'un ordre. On peut identifier deux tendances dans les oeuvres de Hindemith qui suivirent Mathis der Maler et Nobilissima Visione. L'une d'elles est l'intérêt croissant pour les vieilles formes musicales - sonate, symphonie, concerto - l'autre est représentée par l'utilisation plus ouverte de la tonalité, dans la ligne de ses propres traités. Pendant ses premières années passées aux Etats-Unis, Hindemith accepta de donner un bon nombre de conférences. Il commença à travailler à sa symphonie à Tanglewood, en avouant avoir été incité à composer cette oeuvre par la sonorité somptueuse de l'orchestre de Koussevitsky, le "Boston Symphony Orchestra", qu'il y avait entendu régulièrement (la création de l'oeuvre sera cependant confiée au "Minneapolis Symphony Orchestra" dirigé par Mitropoulos). En synthétisant les textures contrapunctiques de la musique baroque, la tension rythmique et le 'fortspinnung' (d'où dérive la nature de nombreuses figures thématiques et d'accompagnement), les procédés formels et de développement classiques, les 'gestes' romantiques sur grande échelle, et le langage harmonique modérément dissonant, propre à Hindemith, la Symphonie en mi bémol est un exemple raffiné et 'précoce' de l'aspiration du du compositeur à l'intégration de la totalité de l'héritage musical allemand, qui semblait devenir l'objectif principal de ses oeuvres de cette époque.>>

La Symphonie en mi bémol n'est pas forcément l'oeuvre qui m'a le plus intéressé sur cet album. J'ai retenu plus d'éléments flatteurs (faute de mieux) pour l'oreille dans la Suite orchestrale Nobilissima Visione, toujours ces petites combinaisons instrumentales et douces sonorités qui confèrent un peu de poésie à sa musique. Mais, tout comme avec la Symphonia Serena et Die Harmonie der Welt, je n'ai pas navigué dans les dédales d'une musique super fascinante ou super émouvante, plutôt dans les remous pas trop mous d'un symphonique divertissant qui ne manque pas d'attrait: il y a toujours par moment une petite flûte qui vient égayer l'ensemble, c'est surtout vrai dans Nobilissima Visione. La pièce que j'ai le mieux appréciée lors de cette première écoute est l'Ouverture pour orchestre Neues vom Tage. Cette 'ouverture' est tirée de l'opéra bouffe en trois actes du même nom (Nouvelles du Jour - en Français - 1928-29) qui appartenait à un genre représentatif typique de ce mouvement, reconnu sous le nom de 'Zeitoper' (opéra du temps), et dont les sujets traitaient des problèmes contemporains qui faisaient appel à des éléments populaires. Créé en 1929 au "Kroll Theater" de Berlin par Klemperer, il fut le dernier opéra de Paul Hindemith à être joué en Allemagne avant la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Pour la petite histoire, Goebbels, le Ministre de la propagande du Troisième Reich jugea cet opéra obscène, en le désignant comme une preuve de la décadence morale des compositeurs. Personnellement, j'aimerais bien que cet opéra soit rejoué. En attendant, je me contente de la petite ouverture du même nom qui, sur un peu moins de sept minutes, m'envoûte par sa belle construction.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2021-05-08, 20:29

Ce cycle fut l'occasion pour moi de revenir sur la musique de chambre et pour orchestre symphonique de Paul Hindemith et plus précisément des oeuvres que je n'ai pas encore suffisamment écoutées. Après tout, il n'y a pas si longtemps que je me suis intéressé à sa musique avec plus d'assiduité. C'était l'année dernière et depuis, petit à petit, j'approfondis l'univers de ce musicien, je me laisse balader au gré de ses rythmes et couleurs. Aujourd'hui, j'ai commencé par sa musique de chambre, avec le Quartette pour clarinette, violon, violoncelle et piano (1938), le Trio pour alto, heckelphone et piano, opus 47 (1928) et la Sonate pour quatre cors (1952). L'oeuvre qui me touche le plus est le Trio, non pas parce qu'il emploie le heckelphone et bien que j'apprécie le son un peu nasillard de l'instrument - je pense que je l'aurais autant aimée avec un hautbois ou un cor anglais - mais pour une certaine douceur qui la traverse, des formes arrondies et des timbres soyeux qui me placent dans une humeur quasi-printanière. Le Quartette me plait à peine moins, bien qu'il me parait plus virtuose que le Trio. J'ai un peu mieux apprécié la Sonate: au fond, je ne suis pas complètement insensible au charme des quatre cors.

Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 S-l400

Je pense avoir été, cette fois-ci, encore plus captivé par les deux oeuvres symphoniques que j'ai réécoutées quelques heures après. Je ressens de mieux en mieux toute la richesse poétique de cette musique au fil des écoutes dont les combinaisons sonores sont souvent flatteuses pour mes oreilles. La grande diversité des textures instrumentales n'est pas seulement appréciable dans la Symphonia Serena, mais aussi dans Die Harmonie der Welt. J'apprécie l'écriture des bois dans ces deux oeuvres, les contrastes entre les parties les plus orchestrées et celles très dépouillées, parfois jusqu'à l'expression exclusive d'un hautbois qui articule son chant solitaire par-dessus les arrondis des collines ou le scintillement semi-lointain d'un carillon, l'expression insistante de la fragilité d'un individu confronté à la puissance de la masse orchestrale, le bouillonnement, le jaillissement de tutti orchestraux qui se dilate dans des orchestrations aérées jusqu'à la sérénité d'un soliste aventurier ou l'impassibilité apparente des cordes qui tracent des chemins plaisant dans mon esprit soudainement apaisé et vagabond.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2021-05-21, 12:30

Paul Hindemith est un compositeur que je commence à bien connaître. J'ai déjà pas mal approfondi son oeuvre, que ce soit dans le domaine de sa musique de chambre ou symphonique. Je peux même avancer qu'entre 2020 et 2021 il fait partie des compositeurs que j'aurai le plus écoutés et appréciés. Bientôt, je découvrirai un opéra intitulé Das Nush-Nushi qui correspond à une acquisition récente et me permettra sans doute d'apprécier une autre facette de son art: après sa musique de chambre, ses concertos, ses symphonies et sa musique de film, je vais pouvoir me pencher sur son approche de l'opéra. Paul Hindemith m'intéresse suffisamment pour titiller l'esprit "complétiste" qui est en moi: Je serai toujours plus intéressé par l'oeuvre mineure d'un compositeur dont la personnalité musicale me fascine que par l'oeuvre présentée comme majeure d'un compositeur dont le style ne m'a jamais emballé plus que ça. Pour l'instant, je ne saurais pas encore dire avec exactitude ce que je mettrais en haut ou en bas dans l'oeuvre de Hindemith. En tout cas, son Quatuor à cordes opus 22 de 1922, par le "Kocian Quartet", serait plutôt de celles que je placerais volontiers en haut. Sans doute que l'Ouverture du "Vaisseau fantôme" pour même formation fait partie de ses opus mineurs, mais quelle bien sympathique introduction d'un album entièrement consacré au quatuor à cordes, avec un sens de la fantaisie qui se poursuit avec élégance sur Militarminimax, avant que ne s'impose une humeur très différente, celle de l'Opus 22. Comme le demande le thème de mon cycle "Chamber & Orchestral", j'ai aussi réécouté de Paul Hindemith quelques-unes de ses oeuvres pour orchestre symphoniques:
Symphonie en mi bémol, en quatre mouvements
Nobilissima Visione, Suite orchestrale en trois mouvements
Neues vom Tage, Ouverture symphonique
Par le "BBC Philharmonic" de Yan Pascal Tortelier.
J'apprécie de plus en plus ces musiques, les couleurs orchestrales, une certaine volupté dans l'agencement des sons...avec toujours une mention spéciale pour l'Ouverture.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2021-06-04, 17:22

Décidément, entre 2020 et 2021, Paul Hindemith fait partie des compositeurs que j'aurai le plus écoutés. Aujourd'hui, je suis revenu sur trois sonates pour piano par Glenn Gould que j'ai écoutées à deux reprises et sur trois oeuvres symphoniques que j'ai également écoutées à deux reprises. Fut un temps où Hindemith était juste un compositeur que je ne connaissais que de nom. Disons que pour une raison qui m'apparaît un peu mystérieuse aujourd'hui, il ne cessa de titiller ma curiosité, jusqu'au jour où je franchis un premier pas avec ses pièces de chambre pour cor, puis, une dizaine d'années après, avec ses concertos pour instruments à vent. C'est à partir de 2020 qu'un grand pas dans sa musique fut franchi. Du côté de l'Allemagne, le premier compositeur qui avait attiré mon attention et sur lequel j'avais jeté mon dévolu, au point de me procurer tous les albums qui me tombaient sous la main, fut Hans Werner Henze. Je n'ai, globalement, pas été déçu. Bien au contraire! Je découvris un univers qui, le plus souvent, me fascina. De plus, lorsque j'aime suffisamment un compositeur, j'en accepte d'autant plus les opus mineurs ou considérés comme tels. Henze me conduisit "assez automatiquement" à Siegfried Matthus, Heiner Goebbels qui, eux, me conduisirent à deux figures charismatiques et plus anciennes de la musique allemande du vingtième siècle; Hanns Eisler et Kurt Weill. J'ai très vite eu l'impression que Paul Hindemith, d'après ce que j'avais pu lire sur lui, était un peu le chaînon manquant, le compositeur qui manquait pour constituer, du moins à mon sens, le coeur de la création musicale allemande de la période moderne à la contemporaine. J'ignorais cependant que la musique de Hindemith me captiverait à ce point, pratiquement autant que celle de Henze et Eisler. J'ai donc réécouté les trois premières Sonates pour piano, avec toujours une prédilection pour le premier mouvement de la seconde, et par le "Los Angeles Philharmonic Orchestra" sous la direction d'Esa-Pekka Salonen:
Symphonic Metamorphosis on Themes of Carl Maria von Weber en quatre mouvements,
The Four Temperaments - Theme and Variations en cinq mouvements, avec Emanuel Ax au piano,
Mathis der Maler en trois mouvements.
Que ce soit dans ces trois oeuvres symphoniques ou dans les trois Sonates pour piano, l'approfondissement porte ses fruits. De nouveaux chemins fort attrayants et parfois émouvants se sont dévoilés au sein d'une écriture élaborée, expressive, jamais trop directe, mieux cette fois-ci que lors de la première écoute.
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty2021-09-09, 20:35

Hindemith devait aimer les instruments qui sortent de l'ordinaire, comme le heckelphone, mais aussi le trautonium, pour lequel il a composé ce petit Konzertstück pour trautonium et cordes :



https://www.youtube.com/watch?v=kvg7H0co5Rw
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MessageSujet: Re: Paul Hindemith (1895-1963)   Paul Hindemith (1895-1963) - Page 2 Empty

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