Forum sur la musique classique
 
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 Jean Barraqué (1928-1973)

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joachim
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MessageSujet: Jean Barraqué (1928-1973)   Sam 28 Nov - 19:46

Jean-Henri-Alphonse Barraqué, né le 17 janvier 1928 à Puteaux et mort le 17 août 1973 à Paris, est un compositeur français ayant particulièrement contribué à l’évolution de la musique sérielle. Il a été un proche du philosophe Michel Foucault.

Dès le début des années quarante, alors qu'il chante à la Maîtrise de Notre Dame et apprend le piano, l'écoute de la Huitième symphonie inachevée de Schubert lui révèle sa vocation de compositeur. Il est l'élève de Jean Langlais (harmonie et contrepoint), et surtout, de 1948 à 1951, d'Olivier Messiaen dont il fréquenta assidûment le célèbre cours d'analyse musicale.

Créateur exigeant et à la carrière écourtée - il est décédé à 45 ans - son œuvre ardue et inachevée, voire hermétique au mélomane non averti, est considérée comme majeure. Elle s'inscrit dans le courant musical français de l'après-guerre (musique dite « contemporaine »), avec l'introduction des techniques compositionnelles du dodécaphonisme (sérialisme) et de la musique concrète (sons produits par des objets ou des machines). Toutefois, il reste un compositeur indépendant à l'écriture rigoureuse et concise qui développa la technique des "séries proliférantes" qu'il décrit comme un "mécanisme onirique" où les intervalles s'imbriquent et se désagrègent, engendrant une musique qui « s'invente sur elle-même et se détruit à mesure ».

De 1951 à 1954, il collabore avec le Groupe de Recherches Musicales dans le studio de musique électronique de la RTF fondé par Pierre Schaeffer, initiateur de la musique concrète. Pour Jean Barraqué, le compositeur est un "musicien qui organise des éléments à l'intérieur d'une limite." Sa Sonate pour Piano, écrite à l'âge de vingt-quatre ans, a souvent été rapprochée de la Deuxième Sonate pour Piano de Pierre Boulez, qui lui est contemporaine. Pour le musicologue et compositeur André Hodeir, « on n'avait pas rencontré une telle densité d'écriture depuis la Grande Fugue opus 133 [de Beethoven] ». Il y a dans cette sonate une mystique du silence que le musicologue François Nicolas qualifie de "mise en devenir silencieux de l'être sonore."

En 1955, il s'attelle à la composition d'une œuvre monumentale, La Mort de Virgile, un livre d'Hermann Broch que Michel Foucault lui avait suggéré et qui raconte le dernier voyage du poète au seuil de la mort et face à son œuvre. Malheureusement, seuls quelques fragments seront composés, d'autres détruits à la mort du compositeur ; ce sont eux qui constituent l'ensemble de sa production à partir de cette date. C'est dans son inachèvement que La Mort de Virgile livre la grandeur d'âme et l'humanité du compositeur, mais aussi sa peur existentielle constamment présente, son obsession morbide face à l'inéluctable. Le musicologue Philippe Barraqué souligne que ce destin implacable transparait dans "la fulgurance de sa musique vouée à l'échec, inaboutie, suspendue, gardant intactes les vertiges de sa créativité démesurée, à jamais non révélée."
Grand admirateur de Beethoven, de Schubert et de Webern, Jean Barraqué est l'auteur d'articles inspirés sur ces compositeurs, ainsi que sur ses conceptions visionnaires de la composition musicale. Une sélection de textes a été rassemblée dans un ouvrage6 publié en 2001, notamment une étude magistrale de la Cinquième Symphonie de Beethoven. Chercheur au CNRS, il est l'auteur d'une monographie sur Debussy qui met en évidence la rupture apportée par ce dernier dans la musique au début du XXème siècle (cf. ses analyses musicales de Pelléas et Mélisande et de La Mer).

Monographie Debussy (extraits)

"Une grande œuvre est essentiellement inachevée; susceptible d'évolution, elle suppose, dans sa passivité et son indifférence, la métamorphose. Toujours vivante, elle sait s'inscrire aussi bien par ses ombres que par ses lumières." (à propos de l'œuvre de Claude Debussy, p.15)
"Le second mouvement propose une pulvérisation sonore telle que le temps musical en devient presque insaisissable. La continuité y est sans cesse remise en valeur, détruite, effacée et reprise." (Analyse musicale de la Mer, second mouvement Jeux de vagues, p.190).
"(...), le Dialogue du vent et de la mer présente une réelle dualité hétérogène. (...) Chacune de ces deux forces peut entraîner une situation paroxystique. La première - celle du chaos - est personnalisée par des sonorités, des timbres et une accentuation très violente; la seconde exagère au contraire un caractère monoforme dans sa volonté "chantante". (...) Ces forces - et non plus ces thèmes - connaissent des métamorphoses conductrices, à fonctions mobiles, qui créent des zones de "Mutation poétique"." (Analyse musicale de la Mer, troisième mouvement Dialogue du vent et de la mer, p.192).


œuvres

1950  : Trois mélodies, pour voix et piano (1re version de Séquence).
1950  : Séquence, pour voix, batterie, et divers instruments.
1950-52 : Sonate pour piano.
1954  : Étude de musique concrète.
1957-68 : Le Temps restitué, pour soprano, chœur et orchestre.
1957  : Sonorité jaune, musique pour un documentaire sur Kandinsky (orchestre).
1958-59 : Musique de scène, pour diverses pièces de théâtre de Jean Thibaudeau (orchestre).
1959  : ...au-delà du hasard, pour quatre formations instrumentales et une formation vocale.
1961  : Discours, pour 11 voix solistes, piano et grand orchestre (œuvre inachevée).
1966  : Chant après chant, pour six batteurs, voix et piano.
1966  : Lysanias, pour solistes, piano et orchestre (œuvre inachevée).
1968  : Concerto, pour clarinette, vibraphone et six formations instrumentales.
1973  : Portiques du feu, pour chœur à dix huit voix (œuvre inachevée).
1973  : Hymnes à Plotia I et II, pour quatuor à cordes et piano (œuvre inachevée).
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joachim
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MessageSujet: Re: Jean Barraqué (1928-1973)   Mar 31 Mai - 20:33

On  trouve sur 3 CD l'intégrale de ses oeuvres achevées, soit 7 en tout.




Pas une pour racheter l'autre. C'est l'horreur, c'est la cacophonie  



https://www.youtube.com/watch?v=Ko31xTn5D0Y
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Icare
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MessageSujet: Re: Jean Barraqué (1928-1973)   Mar 31 Mai - 22:09

Tu aurais dû te douter que sa musique ne te plairait pas. Ce musicien s'est situé à la pointe de l'avant-garde française avec Pierre Boulez, très engagé dans le sérialisme. Personnellement, j'aime bien "Le Temps Restitué" et son "Concerto". De temps en temps, j'aime bien revenir sur ces deux oeuvres même si, évidemment, je ne les écouterais pas tous les jours. Mais lorsque je veux vraiment réécouter de la musique sérielle, je pense souvent à ces deux oeuvres et à ce compositeur en premier. Il incarne quand même pour moi le bon côté de la musique sérielle. Alors évidemment, ceux qui ne trouvent aucun bon côté à la musique sérielle n'auront qu'à passer leur chemin et chercher le bonheur ailleurs. Je connais beaucoup moins ses autres opus, dont celui que tu as posté ci-dessus. Il me semble avoir abordé, dans un temps reculé, un peu de son oeuvre pour piano, mais comme pour celle de Boulez ou Dutilleux, je n'ai pas persévéré...
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Icare
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MessageSujet: Barraqué   Mar 7 Juin - 16:20

joachim a écrit:
Je reconnais qu'avec la nouvelle génération des compositeurs contemporains, l'ancienne appellation "contemporains = horreur" n'a plus systématiquement cours. Mais reconnais quand même que des "horreurs" il y en a eu, en particulier dans les années 1950/60. Pense à Barraqué qui n'a composé que ça...

Nous n'avons visiblement pas la même notion de ce qu'est une "horreur". Toi, tu l'associes au "tout atonal" ou au sérialisme, alors que moi je l'associe davantage au dilettantisme, à certains individus qui vont, par exemple, bidouiller un nombre d'âneries sur des claviers/synthés et se prennent pour des compositeurs ou qui font brailler le plus fort possible des guitares électriques dans des concerts sur trois accords et se prennent pour des grands guitaristes. Après, je suis d'accord qu'il y en a qui ont pu faire n'importe quoi sous prétexte d'expérimentation. Ce n'est quand même pas le cas de Jean Barraqué qui est un musicien rigoureux. Honnêtement, si j'avais été compositeur dans les années 50/60, j'aurais volontiers tenté l'atonalisme sous toutes ses formes même si j'aurais continuer de composer de la musique tonale. Je pense qu'il y aurait eu pour moi quelque chose de très stimulant et même d'excitant d'écrire une oeuvre sérielle ou tout simplement expérimentale, tout en préservant suffisamment de musicalité.

Jean Barraqué ne compose pas d'horreurs. C'est injuste de dire ça.  Sa musique est certes sérielle mais érudite et élaborée, celle d'un musicien compétent et exigeant, très exigeant. Après, je comprends que l'on puisse la trouver froide, hermétique, prise-de-tête, ou même prétentieuse, trop intellectuelle, mais elle est très soignée et respectable. J'aime bien une grande partie de son Concerto et Le Temps Restitué. J'y ressens même une certaine forme de beauté...de la beauté dans une certaine froideur apparente...toutefois, je reconnais une appréciation exclusivement cérébrale qui ne me comble jamais totalement...J'y regrette un peu trop de rigidité et j'aurais apprécié un peu plus de souplesse et de musicalité à mon goût pour que je puisse en raffoler, disons cependant que ces deux oeuvres ne me laissent pas indifférent, ce qui demeure un point positif...[/quote]


Dernière édition par Icare le Dim 12 Juin - 20:46, édité 1 fois
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joachim
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MessageSujet: Re: Jean Barraqué (1928-1973)   Mar 7 Juin - 19:36

Icare a écrit:
Jean Barraqué ne compose pas d'horreurs. C'est injuste de dire ça.  Sa musique est certes sérielle mais érudite et élaborée, celle d'un musicien compétent et exigeant, très exigeant. Après, je comprends que l'on puisse la trouver froide, hermétique, prise-de-tête, ou même prétentieuse, trop intellectuelle, mais elle est très soignée et respectable. J'aime bien une grande partie de son Concerto et Le Temps Restitué. J'y ressens même une certaine forme de beauté...de la beauté dans une certaine froideur apparente...toutefois, je reconnais une appréciation exclusivement cérébrale qui ne me comble jamais totalement...J'y regrette un peu trop de rigidité et j'aurais apprécié un peu plus de souplesse et de musicalité à mon goût pour que je puisse en raffoler, disons cependant que ces deux oeuvres ne me laissent pas indifférent, ce qui demeure un point positif...

Quand on écoute du Mozart, on n'a pas besoin de se creuser les méninges pour apprécier sa musique. Tes mots "trop intellectuelle" me font penser à ces peintres genre Mark Rothko ou Pierre Soulage - pour ne citer qu'eux - , où là aussi il faut réfléchir pour trouver ces croûtes dignes d'intérêt.

Tiens, un autre exemple de Barraqué, sa longue sonate pour piano et encore, c'est ce que je trouve de plus abordable avec le concerto pour clarinette et vibraphone :



https://www.youtube.com/watch?v=0OE7UmKmix0


Et Séquence, ce n'est pas mieux.

https://www.youtube.com/watch?v=2WD9YjJxw4M

Pour critiquer la musique contemporaine de ce genre - sérielle ou autre - j'avais pris comme exemple Jean Barraqué, mais je n'ai rien de plus contre lui que des Boulez ou Stockhausen ou Xenakis.
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Icare
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MessageSujet: Re: Jean Barraqué (1928-1973)   Mar 7 Juin - 21:17

Quand on écoute du Mozart, on n'a pas besoin de se creuser les méninges pour apprécier sa musique.

Et que fais-tu alors de ceux qui apprécient Et Mozart Et Barraqué dans ta caricature?
Qui t'a dit que l'amateur de contemporain avait besoin de se creuser les méninges pour apprécier? J'entendais par "trop intellectuel" "trop cérébral" ou ..."trop ascétique" voilà le bon terme...toujours ardu de tenter une description objective sur ce que l'on ressent en musique... c'est-à-dire qu'il s'agit de ressenti par l'esprit avant tout et non de compréhension d'une oeuvre au sens décryptage de ce que le compositeur (ou le peintre) aurait voulu dire ou faire passer. De ça, dans l'absolu, je m'en fous car je n'en ai pas besoin pour ressentir ou éprouver du plaisir. La musique de Barraqué obéit autant à une logique et une même rigueur que celle de Mozart. C'est juste l'esthétique choisie qui correspond ou non à notre sensibilité. Je n'ai pas besoin non plus de me creuser les méninges pour apprécier "La femme qui pleure" de Picasso, c'est juste la représentation géométrique et surréaliste qu'il en fait qui me plait. Ce que je voulais dire, en revanche, c'est que la musique de Barraqué m'intéresse surtout par les deux oeuvres mentionnées dans mon précédent commentaire mais ne me comble pas sur tous les plans, contrairement, par exemple, aux Notations pour orchestre de Pierre Boulez dont le ressenti est chez moi autant cérébral que physique et qui me comblent, quant à elles, sur tous les plans, comme une sorte de juste milieu de ce que j'accepte émotionnellement dans le genre moderne. C'est évidemment aussi personnel et subjectif que de trouver horrible une musique simplement parce qu'elle est sérielle. Tu as mis Séquence pour soprano et ensemble en ligne. Honnêtement, je ne vois pas ce qu'il y a d'horrible? Ce n'est ni lyrique ni épique. C'est sériel et ascétique, certes, sans aucun doute, mais j'y ressens malgré tout une forme de beauté, quelque chose de poétique. Je ne vois pas en quoi "austérité" ou "rudesse" serait synonyme de "laideur" ou d'"horreur". Sur ce point, je ne suis pas d'accord du tout. Ce que je comprends, néanmoins, c'est que cette approche ne correspond pas à ta sensibilité, ni plus ni moins. Ca ne la rend pas illégitime pour autant. Mains

Par exemple, la musique purement électronique est souvent horrible à mon oreille alors que d'autres sensibilités vont être fascinés par ses mondes sonores inédits...La vérité en art, du moins sur ce point, est personnelle.

Sinon, je n'ai aucun goût véritable pour la peinture abstraite mais j'aime ce que font Eva Fischer et Kandinsky, sauf que leur peinture, en général, ne m'est pas abstraite...
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