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 FRIDZERI (Alessandro Maria Antonio Frixer, dit)

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Snoopy
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MessageSujet: FRIDZERI (Alessandro Maria Antonio Frixer, dit)   Mar 6 Oct - 12:09

Ce violoniste et compositeur aveugle d'origine italienne qui travailla principalement en France et particulièrement en Bretagne. Né à Vérone en 1741, mort à Anvers en 1825, aveugle à l'âge de onze mois, ce célèbre virtuose sur le violon, la mandoline, la viole d'amour, l'orgue, le cor et la flûte, fut aussi inventeur et facteur d'instruments. Il dicta à sa fille Rose, à l'âge de 78 ans, donc vers 1819, ses mémoires, dont le manuscrit couvre une période de quarante ans, de sa naissance à 1771 environ. D'une écriture claire, avec quelques corrections, avec une orthographe des noms propres souvent phonétique, ce manuscrit est très lisible. Il est resté inédit.

Après avoir raconté avec verve son enfance à Vicence et ses précoces amours, il définit de façon très intéressante les styles de musique en Italie et donne bien des précisions et appréciations sur les talents des violonistes et sérénadistes alors en vogue. Il compare les Stradivarius qu'il a vus, se lie avec Antonio Salieri, puis avec Antonio Ruggieri (le père de «Mademoiselle Colombe») ; il est nommé organiste de l'église de Madonna del Monte Berico à Vicence, et devient l'élève de Gaetano Meneghetti, le rival de Tartini, dont il décrit les méthodes. Fridzeri quitte l'Italie à 24 ans, le 26 septembre 1765, avec le projet d'offrir ses talents au roi Louis XV ; le récit de son voyage est alertement mené. Il entend Pugnani à Turin, passe les Alpes sur une mule, vit un mois de fêtes à Lyon, où il devient localement célèbre. Son arrivée à Paris est décrite avec force traits pittoresques : la vie des rues, les filles de joie, les théâtres, les auberges... Reçu chez Papillon de La Ferté, il lui offre six sonates dédiées au Roi.

Le baron de Back, protecteur des musiciens, lui assure de quoi subsister.

Le témoignage est très précieux sur la vie musicale à Paris en 1766 : l'Opéra, les mécènes, les petits poètes, les coteries, les artistes, les femmes... ; précieuse aussi son appréciation de la technique des talents des musiciens et violonistes italiens alors à la mode à Paris : Boccherini, Pugnani, Salieri, Tartini, Barbella, Ferrari, Lolli... et le fameux violoniste Jarnowick, élève de Lolli, dont la vie fut scandaleuse.

En 1787, il décide de voyager et se fixe un moment dans chacune des villes du Nord, préférant les riches garnisons : celle d'Arras «à la table des Grenadiers de France... 24 colonels...et les dames !» ; sa bourse est pleine. Il évoque l'atmosphère musicale de chaque ville, appréciant aussi bien les musiciens que «la Belle Vie» : à Gand, il fait le concours du meilleur mangeur d'huîtres ; à Liège, le Prince-évêque le comble de bienfaits. Il parcourt l'Allemagne de prince en prince, rencontrant partout des musiciens de cours, «habillé en muscadin, avec diamants et dentelles», menant toujours en parallèle la Musique, la Table, et les Amours. Il se fixe à Strasbourg en 1769 et s'y plaît beaucoup. Il écrit deux Opéras, appréciant les bontés du Cardinal de Rohan, le vin rouge de Champagne... et toujours les dames. Il revient à Paris, car sa bourse a «une dyssenterie alarmante», essayant d'y faire jouer ses Opéras ; mais le goût musical a changé. Il donne des leçons à Madame de Genlis, se meuble avec luxe, devient franc-maçon et décide de se marier. Pour refaire sa bourse, il fait une tournée des villes normandes, bretonnes, puis dans le Midi. Il arrive à Marseille où l'évêque le couvre de présents ; à Lyon, il achète une robe de 600 francs pour sa femme.
Le récit de ses périples est plein de détails intéressants sur les mécènes régionaux et sur les artistes des troupes locales.

De retour à Paris, il fait la connaissance du comte de Châteaugiron qui l'emmène à Rennes, avec une bonne rente ; il y restera douze ans ! Là s'arrête le manuscrit.

On sait par ailleurs que Fridzeri demeura à Rennes jusqu'en 1791, puis vint à Nantes où il composa de la musique pour les fêtes Révolutionnaires. Il s'installa à Paris en 1794 et créa une Chambre Philharmonique.... rue Saint-Nicaise ! L'explosion de la machine infernale du 3 nivôse an IX le ruina. Il gagna la Belgique avec ses deux filles musiciennes, et s'installa à Anvers, où il finit ses jours comme professeur de violon et marchand d'instruments et de musique. Lorsqu'il dicte les présents mémoires, comme une confession destinée à un ami Ernest, le vieillard aveugle et bavard ne manque pas d'humour, ni de verve, et aime à raconter de piquantes anecdotes, notamment sur ses conquêtes féminines. Car Fridzeri fut un incroyable coureur de jupons ; il avoue avoir vécu une jeunesse longue et orageuse, le démon du sexe l'ayant toujours assiégé, et les dames cédant volontiers à ce jeune garçon dont elles ne pouvaient craindre d'être reconnues. Une scène scabreuse de ce Casanova-Lovelace a même été censurée (p. 49-50), évoquant une nuit d'amour avec deux femmes en goguette... C'est surtout un remarquable témoignage sur l'Europe musicale, par cet homme disgracié par la nature mais dont les multiples talents lui assurèrent de nombreux succès ; doué dune prodigieuse mémoire (il exécuta un concerto de Viotti, l'ayant entendu une seule fois). Il avait pratiqué un système de connaissance qui, reportant tout sur les sons, lui permettait d'avoir une approche profonde des êtres, et même des animaux, par leur voix. C'est ce qu'il appelle la «Science Physiologique interne», qui lui permit d'être à l'aise partout et partout recherché.
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FRIDZERI (Alessandro Maria Antonio Frixer, dit)
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