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 Marius Constant (1925-2004)

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MessageSujet: Marius Constant (1925-2004)   Dim 18 Nov - 15:57

Bonjour Snoopy,

Désolé, mais voici un boulot de plus: Marius Constant (né en 1925).
Je ne connais qu'une oeuvre de lui, mais elle vaut vraiment le coup que vous consacriez un article à son auteur.
Il s'agit des Quatorzes Stations, pour percussions et six instruments.

Amicalement,
pl.
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joachim
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Dim 18 Nov - 17:36

Biographie de Marius Constant

Marius Constant est un compositeur et chef d'orchestre français, d'origine roumaine, né à Bucarest le 7 février 1925 et mort à Paris le 15 mai 2004;

Marius Constant passe sa jeunesse en Roumanie où il poursuit ses études au Conservatoire royal et où il obtient les Prix de piano, de composition et d’écriture. En 1946, il entre au Conservatoire national supérieur de Musique de Paris où il obtient, en 1949, les Premiers Prix de composition et d’analyse, simultanément à la Licence de concert pour la direction d’orchestre, à l’Ecole normale de Musique (dans la classe de Jean Fournet). Parmi ses professeurs, on peut citer Tony Aubin, Olivier Messiaen, Nadia Boulanger et Arthur Honegger.

Co-fondateur et directeur de France-Musique (1954-1969), Marius Constant a été également Directeur musical des Ballets de Paris de Roland Petit (1956-1963), Directeur musical de la Danse à l’Opéra de Paris (1973-1978), ainsi que professeur d’orchestration au Conservatoire de Paris (1979-1988), de composition et d’analyse à l’Université de Stanford (Californie). Fondateur et directeur de l’ensemble "Ars Nova", Marius Constant a été invité par les principaux orchestres d’Europe, des U.S.A., du Japon et par les Opéras de Berlin, Paris, Hambourg, le Bolchoï (Moscou), le MET (New-York), Covent Garden (Londres).

En tant que compositeur, parmi ses principales œuvres, on peut citer : 24 préludes pour orchestre, créé par Léonard Bernstein, Chaconne et Marche militaire par l’Orchestre de Philadelphie, Turner, créé au Festival d’Aix-en-Provence… Marius Constant a également écrit pour la scène : Eloge de la Folie, Le Paradis perdu, Nana, L’Ange bleu pour les Ballets de Roland Petit, Haut-Voltage pour Maurice Béjart, Candide pour la Compagnie Marcel Marceau, La Cerisaie, La Tragédie de Carmen, Impressions de Pelleas avec Peter Brook. En1996, l’Opéra de Normandie a créé Sade-Teresa.

La personnalité et la démarche artistique de Marius Constant sont parfaitement illustrées par cette phrase de Cioran qu’il aime citer régulièrement : "Celui qui parle au nom des autres est toujours un imposteur. Politiques, réformateurs et tous ceux qui se réclament d’un prétexte collectif sont des tricheurs. Il n’y a que l’artiste dont le mensonge ne soit pas total, car il n’invente que soi".

Principales oeuvres :

- 1950. Trio pour hautbois, clarinette et basson.
- 1951. Trois complexes pour contrebasse et piano.
- 1955. Musique de concert pour saxophone alto.
- 1959. Cyrano de Bergerac, ballet. Vingt-quatre préludes pour orchestre.
- 1961. Turner, trois essais pour orchestre.
- 1962. Chants de Maldoror.
- 1966. Éloge de la Folie, ballet.
- 1967. Paradis perdu, ballet.
- 1968. Winds, pour douze instruments. Chaconne et Marche militaire. Cinq chants et une vocalise.
- 1969. Le Souper, opéra. Traits-Cadavres exquis. Moulins à prières, pour deux clavecins.
- 1970. Messe des Pauvres, d'après E. Satie. Quatorze stations. Equal, pour percussions. Candide, ballet.
- 1972. Strings, pour clavecin.
- 1973. Faciebat Anno, pour orchestre.
- 1974. Le Jeu de Sainte-Agnès, opéra.
- 1975. Psyché, pour pianos et percussions.
- 1976. Nana, ballet.
- 1976-1980. Nana-Symphonie.
- 1977. Stress, en coll. avec M. Solal. Gli Elementi, concerto.
- 1978. Symphonie pour instruments à vent.
- 1981. Cent-trois regards dans l'eau, pour violon et orchestre. La Tragédie de Carmen, opéra. Musique pour La Cerisaie, de Tchekov, FR3 diffusion.
- 1983. Pelléas et Mélisande, symphonie.
- 1984. L'Ile inconnue.
- 1985. L'Ange bleu, ballet. L'inauguration de la maison, pour orchestre.
- 1986. Perpetuo.
- 1987. Trois poèmes élastiques, choeur.
- 1988. Concerto pour orgue de barbarie.
- 1989. Oratorio des Droits de l'Homme.
- 1990. Konzertstück.
- 1992. Impressions de Pelléas, opéra d'après Debussy. Brevissima, symphonie. Musique de Napoléon, film d'A. Gance.
- 1994-1995. Teresa, mélodrame.
- 1995. Chant de retour, oratorio.


Source : http://www.academie-des-beaux-arts.fr/membres/actuel/musique/Constant/fiche.htm
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Lun 19 Nov - 15:15

Il faudrait que je réécoute mais j'avais assez bien aimé les "14 Stations" et surtout "Stress". Une écriture nerveuse et pleine de surprises. Le reste est absolument introuvable généralement (il est très très mal édité en CD et même les vinyles ne courent pas les rues...)

Mais ce que je préfère chez lui c'est son orchestration du "Gaspard de la nuit" de Maurice Ravel, il a fait réellement un travail fantastique sur les couleurs et les timbres...
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Lun 19 Nov - 17:49

Alleluias, Håkan Hardenberger, 10:08mins.,
Marius Constant

http://www.eclassical.com/eclassic/sample?product_id=12412

C'est tout ce que j'ai trouvé à part des CDs

The Twilight Zone

Coco
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Lun 19 Nov - 18:42

Parait que le thème du feuilleton "Twilight zone" n'est même pas totalement de lui, en tout cas je l'adore pour ma part !
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Lun 19 Nov - 20:09

kfigaro a écrit:
Parait que le thème du feuilleton "Twilight zone" n'est même pas totalement de lui, en tout cas je l'adore pour ma part !

Je ne connais pas ce feuilleton non plus LOL

Coco
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Lun 19 Nov - 20:27

Mais si! C'est "la 4ème dimension". Excellent, surtout les vieilles séries. Avec le son , je suis certain que ça va vous dire quelque chose Wink

http://faultgame.com/images/twilzone.wav
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joachim
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Mar 20 Nov - 10:26

Le concerto pour orgue de barbarie et orchestre (1988) comporte comme deuxième mouvement un arrangement de l'Adagio pour orgue mécanique WoO 33/1 de Beethoven.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 18 Aoû - 16:15

Je possède pas mal d'oeuvres de ce compositeur et je pense les aimer presque toutes d'ailleurs, mais celle qui m'intéresse aujourd'hui est son Concerto pour violon: "103 regards dans l'eau" (version pour 12 instruments).

<< L'attirance de Marius Constant pour l'expression dramatique est incontournable. L'attestent non seulement ses divers ouvrages lyriques (profanes ou sacrés, originaux ou "adaptés", comme La Tragédie de Carmen d'après Bizet ou Impressions de Pelléas d'après Debussy) et ses partitions pour le ballet, mais aussi une bonne part de sa musique orchestrale et de chambre. Son Concerto pour violon n'échappe pas à cette irrépressible empreinte. Créé en 1981 par Patrice Fontanarosa et l'Orchestre de la Radio de Berlin sous la direction du compositeur, le Concerto pour violon;"103 regards dans l'eau" est né d'une double préoccupation: La première est formelle: à partir d'une vision unificatrice - déjà mise en oeuvre dans les 24 Préludes pour orchestre - Marius Constant constitue une mosaïque de petits instants, tous dissemblables, destinés à se fondre dans un grand tout. L'auditeur y hésite sans cesse entre la contemplation de ces aperçus furtifs, sortes de cartes postales, et la grande courbe qui sous-tend toute l'oeuvre. La seconde préoccupation est poétique: porté par ses méditations sur des textes philosophiques et poétiques, de Bachelard,Eluard,Poe ou Georg, Marius Constant élabore un enchainement de métaphores sur le miroitement, le reflet clair ou troublé, l'incidence lumineuse. Pour transmettre ce miroitement mosaïque à la mémoire de l'eau, le compositeur a choisi le violon puisqu'il est "le meilleur orateur de la matérialisation d'un langage hydrant". Ce n'est que pour ménager un soliste omniprésent que l'oeuvre est divisée en quatre parties, "avec les entractes habituels des concertos".>> Frank Langlois.

J'aime le caractère réverbérant de ce concerto et je pense que le soyeux et fluide quatrième mouvement en est le meilleur moment.
Violon - Rodrigue Milosi / direction - Claude Bardon.


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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 18 Aoû - 16:30

Parmi les concertos, je n'ai entendu que celui pour piano et celui pour orgue de barbarie. Je n'ai aimé que très moyennement Embarassed sauf évidemment le 2ème mouvement de celui pour orgue de barbarie qui, comme je le dis plus haut, est une orchestration d'une romance pour orgue de Beethoven. Inutile de dire à quel point ce 2ème mouvement tranche avec les deux autres.

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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 18 Aoû - 16:37

J'aime le concerto pour orgue de barbarie en entier et aussi le second mouvement et principalement dans cette orchestration de Constant qui est magnifique. Wink Dire qu'il tranche avec les deux autres mouvements... pas tant que ça en fait, en est juste l'interlude romantique. Mais le Concerto pour violon est encore plus beau bien qu'il se dispense totalement de Beethoven. Wink
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Icare
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Sam 15 Oct - 23:21


A propos de son ORATORIO "DES DROITS DE L'HOMME" que j'apprécie particulièrement et qui entre dans la catégorie des oratorios politiques.

<< L'oratorio naît en Italie au début du XVIIème siècle; sa signification propre est: salle de prière, oratoire; en effet, les oratoriens agrémentaient leurs Assemblées par des interventions musicales. La connotation sacrée de l'Oratorio s'est perpétuée jusqu'à nos jours de par ses origines comme par le très grand nombre d'oeuvres d'édification bibliques etliturgiques, de moralités mystiques, de dramatisation d'un dogme,etc... (on observe aussi quelques "déviations" ; Oratorios mythologiques, allégoriques, profanes et - plus récemment - politiques). J'ai sous-titré "Des Droits de l'Homme: ORATORIo dramatique : son contenu tente d'abolir la dualité entre la matière présentée et la Conscience et, d'autre-part, j'ai voulu réduire la limite entre l'immobilisme du concert et la théâtralisation.

Origines est une traversée épique et rapide des six siècles des droits de l'homme tels que nous les concevons dans le monde occidental; de la "Magna Carta" à la Constitution des Etats-Unis d'Amérique, en passant par le "Habeas Corpus" et le "Bill of Rights" de l'Angleterre.

L'initiation est une plongée dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie; avec en introduction: une citation musicale impossible à contourner (comment mieux rendre la splendide gravité de "La Musique Funèbre Maçonnique" de Mozart?).

Dans Versailles, c'est par un Concerto pour clavecin et orchestre que l'effervescence et l'explosion de 1789 trouvent une transcription symphonique. Le clavecin joue imperturbablement la "Triomphante de Couperin" ; l'orchestre casse le mouvement, se déchaîne et submerge totalement l'air de cour. (j'adore ce mouvement qui oppose sans conflit direct la musique ancienne que représente le clavecin "couperinesque" et la musique moderne et atonale qu'exprime avec agressivité un orchestre tumultueux. Icare)

Les Doléances sont au nombre de trois : un lamento en triple-choeur sur les charges: la Taille, la Dîme, la Gabelle...une virulente revendication des femmes et enfin un souffle d'espoir sur la liberté des Cultes : ici le Cantique Protestant est chanté en contrepoint avec "Shema Israël", chant hébraïque.

La Déclaration (des Droits de l'Homme et du Citoyen) a posé un sérieux problème musical : les généreux principes de 17 articles ont été rédigés dans le plus pur style notarial. Le texte est inchantable, difficile à dire et un accompagnement orchestral du récit aurait été d'une facilité toute cinématographique. J'ai entrelacé le texte, récité à blanc par une voix de soprano ("Cinq lieder avec orchestre) qui, sur des poèmes de Lou Bruder, prolonge et en exalte les principes. (C'est d'après moi l'autre sommet de cet oratorio après "Versailles" et superbement interprété par Marie Atger. Icare)

Le dernier mouvement Final est un hymne choral et symphonique. En renversant le miroir, c'est le récitant principal (Alain Cuny) qui, ici (sur deux extraits de la "Tentation de Saint-Antoine" de Flaubert) va ponctuer et orner un chant, dont le leitmotiv est le mot AMOUR.

Les formes musicales utilisées sont multiples; Canon, Madrigal, Double et Triple-choeur, Ouverture, Concerto, Lied, Récitatifs, etc...
Une grande chorale mixte (avec une prédominance des voix d'hommes), un orchestre symphonique (avec une percussion éclatée dans l'espace), un clavecin solo (par Elisabeth Chojnacka), une soprano dramatique, récitants...Les interventions de la musique électronique colorient et dramatisent certains passages grâce aux sonorités d'une nouvelle lutherie.

Si il fallait définir un parcours pour cette oeuvre, ce serait un lent passage du récit épique vers l'abstraction et la poésie.
>>

Marius Constant.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 20 Oct - 19:24


Choruses and Interludes pour cor et orchestre:

<< dans les pays anglo-saxons, le cor fait souvent partie des formations de jazz et un grand nombre de cornistes célèbres est capable d'assumer des "Choruses", ayant assimilé le style si particulier de cette forme de musique. Le jazz n'est pas seulement une grille harmonique, une pulsation régulière et des interventions improvisées; c'est surtout la libération rythmique, l'abolition de la barre de mesure par anticipation ou retard des interventions, une grande palette de formes d'attaques et de fins de phrase, une complicité quasi charnelle entre les musiciens, avec la possibilité pour chacun de casser, à sa guise, le rythme général, et de générer des zones de tension ou de détente... C'est la raison pour laquelle j'ai introduit dans l'orchestre 4 instruments improvisateurs, possédant cette discipline; saxo-ténor,piano,basse et batterie. Par contre, le cor solo a une partition entièrement écrite, mais avec l'ambition de donner à l'auditeur l'impression que le soliste improvise constamment ses "Choruses".>> Marius Constant.


Je dois reconnaître que le compositeur m'a bien eu car j'ai réellement cru que le jeu du corniste (Jean-Jacques Justafre) était en grande partie improvisé dans cette pièce concertante que je n'arrive à ressentir autrement que comme un jazz d'excellent niveau qui correspond exactement à ce que j'aime dans ce domaine.

---Avec aussi Andy Emler au piano, Pierre-Marie Bonafosse au saxophone-ténor, François moutin à la guitare basse et l'Orchestre Symphonique de Nancy sous la direction de Jérôme Kaltenbach.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Ven 21 Oct - 17:04


Concerto pour orgue de barbarie et orchestre:

<< Premier concerto avec orchestre écrit pour cet instrument dans l'histoire de la musique. Trois mouvements:
__Le premier, bâti autour d'une cadence, met en valeur la vitesse des traits de l'orgue mécanique (traits impossibles à réaliser sur un instrument "manuel"). Au milieu, un mouvement "scherzando" qui évoque les cabinets d'automates, si répandus à la fin du XVIIIème siècle.
__Le deuxième mouvement, intitulé "Beethoven aussi..." s'articule autour de l'Adagio Assai de la suite écrite par le jeune compositeur en 1799 pour la "galerie d'art" du Comte Deym-Muller, grand collectionneur viennois d'automates. Le Comte Deym-Muller (1752-1804) a joué un rôle déterminant auprès de Mozart et de Beethoven. C'est à lui que nous devons le fait que Mozart ait écrit ses Fantaisies K. 594, 608, 616 et Beethoven, la suite (Adagio Assai, Scherzo et Allegretto) pour orgues mécaniques. Cet aristocrate originaire de Bohème, était à la fois antiquaire, collectionneur et sculpteur, passionné d'art et de mécanique. Le Comte Deym-Muller tenait dans le centre de Vienne une "galerie d'art" ou un "cabinet de curiosités" ou encore un "musée fantastique". Dans ce lieu étrange où se pressait un nombreux public, on pouvait admirer des statues de cire (avec de véritables chevelures) qui représentaient des personnalités de l'époque, des orgues mécaniques, des boites à musique, une machine à écrire, des automates, etc... des statues en bronze et en ivoire ayant un caractère érotique. En 1799, la galerie fut visitée par la Comtesse de Brunswick accompagnée de ses filles Thérèse et Joséphine. Juste un mois après leur rencontre, Deym-Muller épousait Joséphine Brunswick. L'anecdote n'est pas sans importance quand on sait les liens qui unissaient Joséphine Brunswick et...Beethoven, (devenue veuve en 1804, Joséphine ne devait-elle pas devenir "l'Immortelle Bien-aimée" de Beethoven?)
__enfin, le Finale de ce Concerto, tel un feu d'artifice, utilise toute la gamme des possibilités techniques de l'orgue: notes et accords répétés, percussions multiples, clusters en formation et en décomposition, fusées montantes et descendantes.
>>

Marius Constant.

Je trouve cette relation inédite entre l'orgue de barbarie et l'orchestre réussie et bien que le second mouvement soit porteur d'un très beau thème de Beethoven, ma préférence va vers le Finale avec ses feux d'artifice et ses fusées montantes et descendantes.
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Icare
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 27 Oct - 11:42


"Concertante" pour saxophone et orchestre.

Bien que je ne connaisse pas encore celui pour piano, Son Concerto pour saxophone est peut-être celui que je préfère et vais jusqu'à le considérer comme l'un des tous meilleurs (pour cet instrument) du XXème siècle parmi ceux que je connais.


<<Ma difficulté pour écrire une oeuvre pour l'instrument d'Adolphe Sax a été, paradoxalement, ses trop grandes possibilités: c'est l'instrument caméléon; avec les cuivres, il prend le timbre de cuivre, se marie à merveille avec la famille des bois et se fond, sans effort, à l'intérieur des cordes. Avec cela, une grande tessiture, une agilité diabolique et une variété énorme de vibratos, d'attaques et de sons percutants.
__I.RAGA: Sur une apparente immobilité harmonique le saxophone évolue à l'intérieur d'une cellule pentatonique. Les instruments accompagnateurs ont deux rôles: créer des ombres autour du soliste et, en reprenant des fragments du thème, réaliser une réverbération naturelle.
__II. CAKE-WALK: Par contraste, un mouvement de dérision organisée. Le discours clownesque du saxophone est traité en Fugue et en Choral. A un critique qui me taxait de frivolité, je ferais mienne de la définition d'un grand philosophe (Cioran) qui dit:
"Personne n'atteint d'emblée la frivolité. C'est un privilège et un art; c'est la recherche du superficiel chez ceux qui s'étant avisés de l'impossibilité de toute certitude, en ont conçu le dégoût..."
__III. PASSACAGLIA: Toujours Cioran: "La Musique est la folie du silence".>> Marius Constant.
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Icare
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Ven 27 Jan - 14:54


Découverte aujourd'hui de sa musique de ballet Nana symphonie et ce fut pour moi un beau moment de plaisir et d'émotion. J'ai aimé l'expression sombre et tourmentée de cette oeuvre, cependant, je préfère encore laisser la parole au compositeur:

<<Commande de l'Opéra de Paris , le ballet "Nana" fut donné pour la première fois le 21 mai 1976 au Palais Garnier. Une chorégraphie de Roland Petit sur un livret d'Edmonde Charles Roux. Une analyse magistrale du roman de Zola figurait en préface du programme, elle était de Roland Barthes. Nana est la fille de Coupeau, l'ouvrier alcoolique de L'Assommoir. Mauvaise actrice et bonne courtisane, Nana concentre autour d'elle toute une société d'hommes, banquiers, journalistes, officiers, nobles, hauts fonctionnaires de Napoléon III. elle en vit somptueusement, défait des fortunes, pousse les uns à la ruine, d'autres au vol et les derniers au suicide; quand elle a tout détruit autour d'elle, Nana s'en va, s'évapore un temps dans quelque mythique Russie, puis elle revient mourir de la petite vérole à Paris, le jour-même de la déclaration de guerre (1870).

On voit le mouvement symbolique de cette oeuvre: Nana, la fille du peuple, pourrit la bourgeoisie, la perd - et se perd avec elle. A la débâcle militaire de 1871, correspond une désagrégation de la France impériale, plus profonde, à la fois physique et morale: toute la société du Second Empire, corrompue par Nana, s'écroule... la France entière succombe sous les fruits du fascisme impérial.

"Nana" est vraiment un livre épique, non seulement par l'excès admirable des peintures, mais aussi par le tempo même, qui est le tempo bien connu des catastrophes. Zola veut peindre une dégradation, une débâcle, et tout le mouvement de son récit se plie à cette intention. Par exemple, le tempo du début est lent, minutieux, paresseux, nous sommes dans le bonheur d'une inflation de plaisirs, l'auteur s'arrête longtemps sur une seule soirée, puis au fur et à mesure que la pourriture gagne, que les hommes sont de plus en plus tenacement englués de Nana, le récit s'accélère, les mois de la fin sont comme des minutes du commencement: la désagrégation est emportée dans un mouvement progressif, qui rend de façon hallucinante un caractère implacable.

Musicalement, j'ai introduit un personnage qui, s'il ne figure pas dans le récit de Zola, a fortement marqué la société prussienne de l'époque; Richard Wagner. L'action de "Nana" se situe au moment de la première représentation de "Tannhäuser" à Paris avec la fameuse cabale de l'intelligentsia de 1861. La première scène du ballet montre ces messieurs, le sifflet à la bouche, quittant Venusberg pour un cabaret misérable où se produisait "la blonde Vénus" - Nana. L'ombre de Wagner se trouve renforcée dans la scène finale où l'orchestre introduit la "Kaiser Marsch"; hymne aux paroles serviles et haineuses par lequel le musicien allemand règle ses comptes aux français qui l'ont rejeté.

La symphonie (dans le sens berlozien du terme), composée en 1980, est un condensé du drame et se divise en cinq mouvements.
1) La rencontre, ou la difficulté de séduire. Face à face, la courtisane et l'homme de la Cour. Un mouvement en équilibre instable. A l'intérieur du discours musical, des plages d'immobilité: le temps est arrêté.
2) La bourse où tout se fait et se défait; scherzo impétueux, crépitant, vertigineux, grande virtuosité d'ensemble.
3) Pas de deux ou l'unique moment de pureté. Trois thèmes entrecroisés; celui de Nana (qui traverse tout l'ouvrage), un second thème expressif cadenciel, confié au piano et celui de la tendresse sublimée, de l'apaisement après l'amour, par les violons dans un registre sur-aigu.>>

Ce mouvement est selon moi le sommet de cette "Nana symphonie", j'en ai presque eu la larme à l'oeil lors de l'entrée des violons sur-aigus.
<< 4) Quadrilles, personnage principal: le violon solo qui annonce et scande, à la manière des "square-dances", la ronde.
5) A Berlin ou la fin d'un monde. Le départ à la guerre, ponctué par des batteries prussiennes. un air de fête dérisoire est balayé par l'orchestre qui attaque la "Kaiser-Marsch" de Wagner; mais de loin, en surimpression, se profile le Horst Wessel-Lied. (C'est une projection historique de l'idée du "fascisme impérial" dont parle Roland Barthes. La désagrégation du Second Empire annonce et prépare l'holocauste de la dernière guerre). Et, le vent se lève et dans une violente rafale, emporte tout.
>>

Dans ce dernier mouvement, j'aime comment le thème de Wagner est érodé et désagrégé par la musique de destruction habilement conduite par Marius Constant. J'adore cette "Nana Symphonie".
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Pianoline
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Ven 27 Jan - 23:48

Ouaou, elle doit être très interessante à écouter ! Tu devrais même faire une copie de ton post dans les analyses d'oeuvre !
Je ne pense pas trouver cette oeuvre sur youtube par contre, y aurait-il un moyen que nous la partages ? Very Happy
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Icare
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Sam 28 Jan - 8:26



Je ne sais pas comment et je n'ai trouvé aucun lien sur Youtube. On trouve peu de choses en écoute, toutefois j'ai eu la surprise d'y trouver les fameux Préludes pour orchestre sous la direction de leonard Bernstein. Je ne les connais pas encore et le peu que j'en ai écouté m'a évoqué une approche différente de Nana symphonie, une musique plus cérébrale et introvertie, plus personnelle, avec moins de concession. Pour l'instant, je ne veux pas découvrir ces préludes sur youtube, j'attendrai de les trouver en CD car je sais qu'ils existent dans ce support. Marius Constant fait selon moi partie des compositeurs avant-gardistes qui ont su écrire une musique moderne intelligente car à dimension humaine.
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Sam 28 Jan - 8:40

Tu peux écouter quelques morceaux ici: http://muzofon.com/search/Marius%20Constant

Ici tu peux en écouter pas mal: http://www.musiquecontemporaine.fr/fr/search?disp=all&query=Marius+Constant&exp_inl=on&exp_aud=on&so=ta

J'avais un autre lien avec toutes ses oeuvres à écouter mais beaucoup de liens sont morts
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Sam 28 Jan - 10:55

J'aime assez cette Nana symphonie, qui n'est pas remplie de ces dissonances qui m'horripilent tellement chez les contemporains.
C'est même l'oeuvre de Marius Constant qui a ma préférence ! Avec le concerto pour orgue de barbarie à cause du 2ème mouvement.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Mar 30 Avr - 19:09

joachim a écrit:
J'aime assez cette Nana symphonie, qui n'est pas remplie de ces dissonances qui m'horripilent tellement chez les contemporains. C'est même l'oeuvre de Marius Constant qui a ma préférence ! Avec le concerto pour orgue de barbarie à cause du 2ème mouvement.

Je l'ai réécoutée aujourd'hui et toujours le même enthousiasme! Very Happy Maintenant, je ne saurais dire pour l'heure s"il s'agit de mon oeuvre préférée de Marius Constant. Dans un futur pas trop lointain, je vais organiser un cycle où je vais réécouter toutes les oeuvres que je possède de lui, ainsi je saurai celle qui me procure le plus d'effets.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Jeu 25 Juil - 18:21

Je viens de me replonger dans une musique plus austère que sa Nana Symphonie avec ses pièces de musique de chambre regroupées sur le disque intitulé Strings. On y trouve tout d'abord deux pièces pour clavecin non accompagné; Siletes et Moulins à Prières, toutes deux interprétées par Elisabeth Chojnacka. En remontant le fil de l'histoire, les formidables Toccata d'Alessandro Scarlatti résonnent encore dans ma tête et le clavecin est un instrument que j'ai toujours aimé, même dans le contexte du jazz comme, par exemple, celui de Lalo Schifrin ou dans une certaine musique de film. Puis, il y a eu Bach, bien sûr! Pour ce qui est du clavecin non accompagné dans le contemporain, trois compositeurs lui ont dédié quelques pages en solo qui m'ont bien plu, Karel Goeyvaerts, Ennio Morricone et justement Marius Constant pour les deux pièces que je viens de citer. Elles explorent différentes facettes sonores de l'instrument, tapissent un champs timbrique saisissant et électrisant. 

Pierres-Jewels pour violoncelle solo et deux violoncelles se divise en sept éclats bruts; "Améthyste, Rubis, Saphir, Emeraude, Diamant, Topaze et Parure". L'oeuvre semble taillée dans la pierre précieuse en autant de pièces concises et d'une beauté qui lui est propre. Je ferais la même remarque pour les compositions suivantes, Phantasma pour violon et piano, Harpalycé pour harpe seule, Recitativo pour alto seul (très belle, celle-là), Trois Portraits pour violoncelle et piano ( le troisième portrait est vraiment très beau) et Die Trennung pour quatuor à cordes. Dans chacune de ces oeuvres, j'en aime la physionomie timbrique ainsi que le caractère infiniment intime et énigmatique d'une expression musicale concise et très esthétique qui me fascine davantage par la beauté qu'elle imprime en moi que par ce qu'elle exprime de virtuose ou de concret à mes oreilles. Disons qu'elles sont tout simplement d'une beauté indicible, insaisissable mais saisissante.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Dim 30 Nov - 18:52

Aujourd'hui, je me suis prêté au jeu des comparaisons dans le domaine de l'interprétation, ce qui n'est pas quelque-chose que je fais très souvent. J'ai réécouté à la suite le concerto pour violon de Marius Constant; 103 regards dans l'eau, d'abord par la version "Patrice Fontanarosa - Radio Symphonie Orchester Berlin - Marius Constant" puis par la version "Rodrigue Milosi - Orchestre de Caen - Claude Bardon" qui est celle par laquelle j'ai découvert, approfondi et aimé cette oeuvre. Ce qui fut étonnant dans l'absolu lors de cette modeste expérience, c'est que la version "Fontanarosa/Constant" que j'ai écoutée en premier m'a paru plus poétique et émouvante que la seconde à laquelle j'étais cependant familiarisé...surtout le quatrième mouvement particulièrement fin et soyeux dans cette interprétation-là...d'une infinie douceur et si dépouillé dans son orchestration, un grand moment intimiste qui crée une proximité privilégiée entre le violon et l'auditeur. La version "Milosi/Bardon" me semble cependant mieux traduire la réverbérance de l'eau, l'aspect mosaïque de sa surface, ou alors le réalise-t-elle de façon moins nuancée. Perplexe, je me demande si mon impression aurait été la même si j'avais commencé par la version "Milosi/bardon" et poursuivi par la version "Fontanarosa/Constant"...?... Est-ce que mon attention ne s'est pas un peu émoussée lors de la seconde écoute, suffisamment pour imaginer que l'interprétation précédente était forcément meilleure ou du moins plus adaptée à ma sensibilité? Ce qui m'a paru évident pendant ces écoutes comparatives c'est que les différences de tempi et autres m'ont paru infinitésimales: peut-être que Claude Bardon, à l'instar de Simon Rattle avec les concertos pour violon de Szymanowski, accentue davantage le caractère moderne de l'oeuvre que Constant qui, lui, appuie davantage l'aspect poétique et onirique. Simple impression que de futures écoutes ajusteront ou contrediront.
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Ven 24 Avr - 8:07

J'ai réécouté trois oeuvres de Marius Constant auxquelles je tiens énormément; tout d'abord 14 Stations pour percussion et six instruments (violon, alto, violoncelle, clavecin, trombone/posaume et guitare électrique préparée), puis Stress pour trio de jazz, piano, quintette de cuivres et percussion et enfin Psyché pour deux pianos et percussions. Ce que j'ai finalement aussitôt apprécié dans 14 Stations, à l'instar des écoutes précédentes, c'est le côté aléatoire...ou faussement aléatoire...d'une musique invertébrée ou structurée de manière non classique mais qui, malgré tout, détermine un magnifique agencement des sons, développe un climat viscéral qui, chez moi en tout cas, suscite beaucoup de plaisir à l'écoute. Je trouve vraiment que, sur ce point et beaucoup d'autres, Marius Constant est un compositeur à part, d'une très grande singularité, un poète moderne pouvant autant rebuter que fasciner. Pour ma part, je suis fasciné par ce musicien et n'hésite pas à le classer parmi mes trois compositeurs contemporains français de chevet, aux côtés d'Olivier Messiaen et André Jolivet. J'aime ces musiques dont l'originalité bouscule l'attention du mélomane, le conduit dans un univers sonore spécial, titille son imagination, à partir du moment où le récit musical demeure cohérent, jamais abscons. C'est le cas des 14 Stations de Marius Constant. Voici d'ailleurs le propos du compositeur:

<<Un long cheminement à travers les méandres d'une voie bordée de plus de cent instruments de percussion. 14 mouvements enchaînés recréant un chemin de Croix; les sous-titres: autant de repères délimitant le contour de l'oeuvre. Malgré la diversité des timbres utilisés, la Percussion est traitée en instrument unique, masse sonore à vocation expressive. Des éléments ont été conçus et construits spécialement pour cet ouvrage: clavier de deux octaves de wood-blocks, sourdines de toms en mousse synthétique, jeu de plaques-cloches dans l'extrême grave, grelots accordés, etc...Des utilisations nouvelles d'instruments traditionnels: cymbale ou gong posés sur la peau d'une timbale chromatique afin que les vibrations des métaux soient contrôlées par la tension (ou détente) de la peau, des rimshots en glissades, claves contre les lames du jeu de timbres.>>

Outre une palette très inventive de timbres neufs, ce qui n'est certes jamais suffisant en soi pour produire une oeuvre digne de ce nom, la musique de Constant recèle beaucoup de musicalité dans un récit qui s'avère suffisamment cohérent et doté d'une certaine profondeur et une profondeur certaine. 14 Stations fait désormais partie des meilleures oeuvres pour percussions parmi celles que je connais, qu'il s'agisse de pièces pour percussions seules ou de concertos. J'aimerais m'arrêter aussi sur les deux autres compositions mentionnées en début de commentaire; Stress & Psyché que j'ai réécoutées à la suite de celle-ci et que j'ai également beaucoup appréciées, mais ce sera pour une prochaine fois ou peut-être tout-à-l'heure...on verra. Very Happy
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MessageSujet: Re: Marius Constant (1925-2004)   Sam 25 Avr - 18:34

Icare a écrit:

A propos de son ORATORIO "DES DROITS DE L'HOMME" que j'apprécie particulièrement et qui entre dans la catégorie des oratorios politiques.

 << L'oratorio naît en Italie au début du XVIIème siècle; sa signification propre est: salle de prière, oratoire; en effet, les oratoriens agrémentaient leurs Assemblées par des interventions musicales. La connotation sacrée de l'Oratorio s'est perpétuée jusqu'à nos jours de par ses origines comme par le très grand nombre d'oeuvres d'édification bibliques etliturgiques, de moralités mystiques, de dramatisation d'un dogme,etc... (on observe aussi quelques "déviations" ; Oratorios mythologiques, allégoriques, profanes et - plus récemment - politiques). J'ai sous-titré "Des Droits de l'Homme: ORATORIo dramatique : son contenu tente d'abolir la dualité entre la matière présentée et la Conscience et, d'autre-part, j'ai voulu réduire la limite entre l'immobilisme du concert et la théâtralisation.

Origines est une traversée épique et rapide des six siècles des droits de l'homme tels que nous les concevons dans le monde occidental; de la "Magna Carta" à la Constitution des Etats-Unis d'Amérique, en passant par le "Habeas Corpus" et le "Bill of Rights" de l'Angleterre.

L'initiation est une plongée dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie; avec en introduction: une citation musicale impossible à contourner (comment mieux rendre la splendide gravité de "La Musique Funèbre Maçonnique" de Mozart?).

Dans Versailles, c'est par un Concerto pour clavecin et orchestre que l'effervescence et l'explosion de 1789 trouvent une transcription symphonique. Le clavecin joue imperturbablement la "Triomphante de Couperin" ; l'orchestre casse le mouvement, se déchaîne et submerge totalement l'air de cour.   (j'adore ce mouvement qui oppose sans conflit direct la musique ancienne que représente le clavecin "couperinesque" et la musique moderne et atonale qu'exprime avec agressivité un orchestre tumultueux. Icare)

Les Doléances sont au nombre de trois : un lamento en triple-choeur sur les charges: la Taille, la Dîme, la Gabelle...une virulente revendication des femmes et enfin un souffle d'espoir sur la liberté des Cultes : ici le Cantique Protestant est chanté en contrepoint avec "Shema Israël", chant hébraïque.

La Déclaration (des Droits de l'Homme et du Citoyen) a posé un sérieux problème musical : les généreux principes de 17 articles ont été rédigés dans le plus pur style notarial. Le texte est inchantable, difficile à dire et un accompagnement orchestral  du récit aurait été d'une facilité toute cinématographique. J'ai entrelacé le texte, récité à blanc par une voix de soprano ("Cinq lieder avec orchestre) qui, sur des poèmes de Lou Bruder, prolonge et en exalte les principes. (C'est d'après moi l'autre sommet de cet oratorio après "Versailles" et superbement interprété par Marie Atger. Icare)

Le dernier mouvement Final est un hymne choral et symphonique. En renversant le miroir, c'est le récitant principal (Alain Cuny) qui, ici (sur deux extraits de la "Tentation de Saint-Antoine" de Flaubert) va ponctuer et orner un chant, dont le leitmotiv est le mot AMOUR.

Les formes musicales utilisées sont multiples; Canon, Madrigal, Double et Triple-choeur, Ouverture, Concerto, Lied, Récitatifs, etc...
Une grande chorale mixte (avec une prédominance des voix d'hommes), un orchestre symphonique (avec une percussion éclatée dans l'espace), un clavecin solo (par Elisabeth Chojnacka), une soprano dramatique, récitants...Les interventions de la musique électronique colorient et dramatisent certains passages grâce aux sonorités d'une nouvelle lutherie.

Si il fallait définir un parcours pour cette oeuvre, ce serait un lent passage du récit épique vers l'abstraction et la poésie.
>>

 Marius Constant.

J'ai réécouté l'oratorio dramatique "Des Droits de l'Homme"et, outre la longue citation mozartienne dans le second mouvement "Initiation", c'est davantage l'exploration contemporaine de la "Triomphante" de Couperin joué imperturbablement par le clavecin dans un complexe atonal saisissant, lors du troisième mouvement "Versailles" qui a réveillé le républicain qui sommeille en moi...Que raconte-je là?  Hehe... J'ai particulièrement aimé le contraste de deux esthétiques que séparent plusieurs siècles et qui s'emboîtent ici de façon magique, comme si elles étaient faites pour se rencontrer, voire fusionner... comme si le baroque devait un jour ou l'autre embrasser l'atonalisme, Couperin se faisant enlasser par Schoenberg...le triomphant et le dramatique dans un même morceau...J'ai trouvé ce passage jubilatoire! L'autre grand moment de cet oratotio est sans aucun doute aussi son point crucial, dans le long mouvement "Déclaration", le plus long puisqu'il dépasse les 26 minutes. Alain Cuny en est le récitant principal et la soprano Marie Atger y joue également un grand rôle. Le clavecin de Elisabeth Chojnacka, grande claveciniste qui opéra déjà dans les 14 Stations de Marius Constant, ne fait déjà plus partie du paysage orchestral, les cordes, le piano, les percussions, les choeurs, y occupant un horizon sonore tendu et dramatique. La déclaration des droits de l'homme contient beaucoup de points d'esclamation. L'oratorio, après ce long moment au fondement très sérieux et solennel, bénéficie d'un Final élégiaque où les choeurs prennent soudainement une tonalité très belle.
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Marius Constant (1925-2004)
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