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 Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)

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Icare
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2019-05-02, 20:11


Il y a longtemps que je souhaitais découvrir son Octet pour deux hautbois, quatre violons, tambour et piano. En fait, j'ai envie de découvrir toutes les oeuvres de Galina Ustvolskaya, tant sa musique m'enthousiasme!! Et la découverte, aujourd'hui, de l'Octet ne fait qu'accroître mon enthousiasme. Dès le début, la musique instaure un climat de détresse, par le piano et les hautbois, une errance, une angoisse, un désespoir que les violons renforceront sous une forme obsessionnelle, insistante, définitive. Dans cet Octet, j'adore l'usage qui est fait de la percussion, une percussion grave qui joue un rôle significatif sur chacun des cinq mouvements. Dans le premier mouvement, elle est comme un couperet qui s'abat et décapite toute lueur de vie. Le piano, par son côté légèrement désaccordé m'interpelle dans le second mouvement, là encore avec le tambour qui donne des coups précis de massue sur un récit profondément mélancolique. J'adore vraiment ce piano obsessionnel et le jeu poignant du quatuor de violons. Le troisième mouvement est encore plus dépouillé, sa lenteur provoquant en moi un moment de réflexion et, en même temps, l'impression d'un chaos naissant. Je sens déjà que cet Octet va faire partie de mes oeuvres préférées de Galina Ustvolskaya. J'en vénère l'humeur globale et le ton employé. Le quatrième mouvement est beaucoup plus animé que le précédent, mais tout aussi désespéré, obsessionnel et même glauque. La grosse percussion ne perd rien de sa puissance dans les coups portés sur le mouvement final dont la résonance morbide n'arrive pas à éteindre le chant plaintif des hautbois et des violons à l'unisson. Une oeuvre qui pourrait être perçue comme dépressive, mais qui me procure un bonheur indescriptible.
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2019-06-29, 19:34



Une reconnaissance tardive:

Quelques oeuvres furent jouées en première audition à partir de 1968 devant des cercles restreints de Leningrad mais sans autre suite si bien qu'Oustvolskaïa resta ignorée de Moscou, de Varsovie et, a fiortiori, des audiences occidentales. Le "Grand Duo" pour violoncelle et piano (1968) est probablement la première oeuvre jouée à l'Ouest, lors des "Wiener Festwochen" 1986. Le 24 juin 1988, une composition nouvelle, la "Symphonie n°4 - Prière", fut créée en dehors de Leningrad, grâce à Roswitha Sperber et à l'action de son Institut des Compositrices de Heidelberg. Même après la perestroika, les exécutions restèrent rares et espacées. Ce n'est qu'en avril 1991 que Galina Oustvolskaïa connut la consécration d'un "Concert d'Auteur" à Saint-Pétersbourg organisé par le pianiste Oleg Malov dans le cadre du Festival de Printemps. En 1992 enfin, deux concerts entiers par l'Ensemble Saint-Pétersbourg dirigé par Oleg Malov, le plus fidèle de ses interprètes depuis un quart de siècle, furent donnés successivement à Saint-Pétersbourg et au Festival de Hollande. C'est le début de la percée dans le monde occidental avec des exécutions au Festival de Huddersfield en Grande-Bretagne (1992, 1999), au cycle Zeitflus dans le cadre du Festival de Salzbourg 1997, à Wien Modern et au Festival d'Automne de Paris en 1998, lors d'une Semaine Russe organisée par le Conservatoire de Berne en 1999. Plusieurs concerts organisés en Belgique à partir de 1993 par la Gele Zaal (Gand), en particulier avec Oleg Malov et A. Lubimov, sont à l'origine de l'enregistrement intégral par Megadisc des vingt-et-une oeuvres du catalogue sélectionné par la compositrice après la perestroika. frans C. Lemaire.
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2019-06-29, 19:52


Cette compositrice n'a pas fini de m'intriguer ni de me fasciner par une personnalité musicale qui s'octroie une place singulière l'histoire de la musique. Je sais qu'elle n'est pas d'un caractère apte à séduire n'importe quelle oreille. Elle est plutôt du genre qui divise, ce qui m'indiffère totalement tant je suis captivé par l'originalité de son approche. Néanmoins, Je l'avais découverte par ses oeuvres les plus souples, le Pianoconcerto de 1946 et la Symphonie n°1 de 1955 pour deux voix de jeunes garçons (Boris Pinkhasovitch & Pavel Semagin), réunis sur un même cd et que je viens de réécouter aujourd'hui. Effectivement, ces deux oeuvres paraîtrons sûrement les plus abordables aux réfractaires. Alors que cette symphonie fut composée pour un orchestre au complet, elle privilégie surtout les instruments à vent, ce qui lui confère une forme de volupté qui la rend immédiatement séduisante. Il s'en dégage une ambiance chambriste qui me sied à merveille. J'ai plusieurs morceaux de prédilection dans cette première symphonie. Pour la petite histoire, les huit mélodies chantées par les deux jeunes garçons s'appuient sur des textes de Gianni Rodari, un militant communiste italien qui connut son heure de gloire en Union soviétique sous le règne de Staline (un large recueil de Rotari a même été publié en géorgien). Le Concerto pour piano d'une durée qui n'atteint pas les dix-huit minutes est intense et carré, avec juste ce qu'il faut de virtuosité et de caractère pour en faire une oeuvre habile et captivante de la première note à la dernière...Par Oleg Malov et "The Ural Philharmonic Orchestra".
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2019-06-30, 11:27

C'est quand même étonnant ces atmosphères (ou univers) - je vous laisse le choix des mots - qu'elle est capable d'établir avec deux instruments, comme c'est le cas dans le Grand Duet pour violoncelle et piano de 1959 et le Duet pour violon et piano de 1964. Bien sûr, ce sont les parties les plus animées qui sont les plus captivantes - en tout cas pour moi - surtout celles qui dynamisent le Duet pour violon et piano qui, finalement, me fascinent encore plus que dans le Grand Duet. Les parties les plus statiques sont forcément les moins captivantes dans la mesure où elles placent l'auditeur (que je suis) dans une position d'attente, mais, paradoxalement, la profonde économie de notes du violoncelle...et du piano, à un moment donné, lors de la dernière phase du "Grand Duet", que j'interprète volontiers comme étant une "lente agonie", une "torture du temps qui s'écoule", m'est de plus en plus magnétique; une position presque muette et profondément solitaire de l'instrument: Cette solitude de l'instrument me plait de plus en plus. Au fond, je ne suis plus dans une situation d'attente mais dans l'accompagnement consenti de cette désormais prenante "agonie" ou "solitude du violoncelle", comme personnage désespéré d'un film où il finit par voler la vedette au piano malgré ses ultimes tentatives d'exister à nouveau. Chose étrange: en réécoutant ces deux "Duets" et les Compositions I, II, III, j'imaginais presque une curieuse cité quasi-déserte, dans le genre d'un western, de ceux que j'ai pu voir récemment, avec des attentes et des confrontations menées à des rythmes irréguliers. Je ne pense pas que l'on soit obligé de mêler une dimension cinématographique aux oeuvres de Galina Ustvolskaya pour les apprécier, c'est juste une fantaisie cinéphile qui m'a traversé l'esprit pendant l'écoute, si ce n'est qu'elle arrive à créer des tensions originales et prenantes entre, par exemple, le violoncelle d'Alexei Vassiliev que je trouve extraordinaire et le piano d'Oleg Malov dont le jeu m'impressionne tout autant. Le violon d'Alexander Shustin est également à l'origine de cette fantaisie cinéphile qui m'a traversé, par la présence dramatique qui rivalise en force - presque belliciste - avec le piano...Pourrais-je alors parler de "duels" plutôt que de "duets"...?...
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2019-06-30, 16:43

laudec a écrit:
J'ai écouté la composition 1 et le duo pour violon et piano sur YT et je peux dire que cette musique me parle directement mais dans le sens de l'angoisse, elle me met mal à l'aise et provoque un mélange de sentiments dont la tristesse est prédominante.  Je reste avec une sensation d'angoisse et cela je préfère l'éviter...mais je peux dire que je trouve  la création géniale dans son essence puisqu'elle parvient à perturber mon équilibre sans que j'aie envie de la rejeter...

En écoutant son Concerto pour piano, orchestre à cordes et tambour et son Octet pour deux hautbois, quatre violons, tambour et piano, j'ai pensé à ce que tu avais écrit comme ressenti à l'époque, et aussi étonnant que ça puisse paraître dans l'absolu, cette notion d'angoisse qui se mélange à un fort caractère dramatique, je la ressens également, mais pas dans le sens où elle me met mal à l'aise. Au contraire, je la ressens comme une "amie", une "confidente", une "parente" de mes propres pensées. Cette compositrice est particulièrement douée pour créer des ambiances anxiogènes qui génèrent à la fois une grande tension dramatique et de la mélancolie. L'octet prend à un moment donné l'allure d'une procession funèbre alors que la tonitruance caractérise un concerto virtuose et profondément tourmenté, prenant alors l'allure d'une tragédie russe abstraite. Il en ressort des tensions exquises au sein de structures sonores singulières qui me fascinent complètement. J'adore ce type de combinaisons instrumentales, que ce soit dans le concerto ou dans l'octuor. La Sonate n°3 interprétée au piano par Oleg Molov est un peu l'oeuvre sage du cd mais qui parvient néanmoins à me tenir éveillé sur ses dix-sept minutes. Le concerto est, quant à lui, interprété par Pavel Serebryakov et le "Chamber Orchestra of the Leningrad State Philharmonic Society".
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-07, 16:26

Cet OCTET de Galina Ustvolskaya me bouleverse et me fascine complètement, sans doute son caractère désespéré, sa recherche du silence et son impossibilité de se taire sur les larmes d'un piano à la sonorité particulière ni sur la geinte des quatre violons. La grosse percussion est l'autre élément sonore qui m'interpelle. Elle a une forte présence mais dans un registre limité et autoritaire. Je ne peux m'empêcher de revenir à la sonorité sombre du piano qui égrène ses notes sur le ton inébranlable de la fatalité. Il me ramène à un emploi qu'en fit Ennio Morricone sur une de ses nombreuses bandes originales, sauf qu'au moment où j'écris ces lignes je ne me rappelle toujours pas de laquelle il s'agit. Peu importe, ce lien que je fais entre le piano de la Russe et celui de l'Italien, parce qu'ils m'évoquent la même sonorité désespérée, rajoute à l'émotion une once de nostalgie. Bref, ce piano troublant et dramatique, cette percussion charismatique aux effets morbides, les deux hautbois et les quatre violons forment un octet étourdissant et terriblement pessimiste...J'en suis définitivement amoureux:

https://www.youtube.com/watch?v=l-fSRrsEXJI


Dernière édition par Icare le 2020-03-07, 19:11, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-07, 18:23

Je me relis et je maintiens que je trouve la musique de Galina Ustvolskaia géniale, elle parvient tellement bien à rendre palpable les émotions et sentiments de tristesse et d'angoisse qui m'envahissent parfois et pour lesquels je n'ai pas de mots. Me dire que la musique elle, parvient à exprimer ce que je ne peux dire, m'aide à mettre ces sentiments à distance et à les dépasser. J'aime cette musique pour cela, mais je suis encore plus heureuse de reconnaître dans la musique d'autres compositeurs les sentiments de joie, d'émerveillement, de légèreté, que j'éprouve lorsque les angoisses sont dépassées Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 395622 .
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-07, 22:03

Encore une perle de Galina Ustvolskaya : son Concerto pour piano (1946), enregistré live à Utrecht en 2010 Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 333455

Conductor - Reinbert de Leeuw, Piano - Alexei Lubimov,
Director - Rob van der Berg, The Netherlands (2010).



https://youtu.be/AkclYqRqniw
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-08, 08:04

laudec a écrit:
J'aime cette musique pour cela, mais je suis encore plus heureuse de reconnaître dans la musique d'autres compositeurs les sentiments de joie, d'émerveillement, de légèreté, que j'éprouve lorsque les angoisses sont dépassées Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 395622 .

Et comme je te comprends!! Au fond, je ne fonctionne pas différemment et c'est bien un concerto festif qui m'a profondément séduit après l'octet de Galina Ustvolskaya, un concerto festif pour trombone et orchestre à cordes de Paolo Ugoletti. Puis, ce matin, je me suis remis Hary Janos - Suite et Danses de Galanta du grand Zoltan Kodaly, par le "Philharmonia Hungarica" sous la direction d'Antal Dorati. Dans le genre extraverti, expansif, comme un jaillissement lyrique...même festif par moment...c'est parfait! J'ai besoin de cela aussi. Dans la vie, nous traversons différentes étapes, des plus confortables aux plus déstabilisantes, et sommes donc traversés par différents sentiments, différentes humeurs. Nous sommes traversés par la joie, la peur, l'angoisse, la tristesse, l'espoir, le désespoir, la solitude, le sentiment amoureux, la douleur, la jouissance, la colère, le sentiment de paix, de paix avec soi-même: la paix intérieure, la paix avec les autres. Dans un monde riche en couleurs je ne saurais me satisfaire d'une musique en noir et blanc. Dans celle de Galina Ustvolskaya et plus précisément dans son octet, je ressens essentiellement la solitude, la mélancolie et même le désespoir avec un accent de fatalisme appuyé par la grande percussion. C'est sans doute une atmosphère musicale que je convoite très souvent et dans laquelle je vais me vautrer allègrement. Néanmoins, j'ai toujours besoin d'une aurore, d'un soleil, d'une lumière qui traverse la nuit ou qui dessine une porte de sortie à l'extrémité du tunnel. Certes, j'ai peur de vieillir, plus peur de mal vieillir que de bien mourir, peur de la maladie et de la souffrance. Ces peurs ne cessent de traverser mon esprit à des moments où je me retrouve seul avec moi-même, mais, heureusement, ces peurs légitimes sont tempérées par un espoir et une volonté de vivre eux aussi légitimes. Le tout est alors de pouvoir se garantir, à soi et aux siens, une vie digne jusqu'à la mort où peurs et espoirs (inévitables) cohabitent dans un maximum de sérénité. La musique (et le cinéma dans une certaine mesure) est une passion vitale qui contribue à cet équilibre mental, en compense la fragilité initiale. Le fameux Octet pour deux hautbois, quatre violons, percussion et piano de Galina Ustvolskaya fait idéalement écho aux peurs et à la mélancolie qui m'habitent, autant qu'une oeuvre comme les Danses de Galanta de Zoltan Kodaly répond positivement à mes espoirs et ma volonté de vivre, voire de vaincre - même si c'est utopique - mes peurs.
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-23, 07:57

Icare a écrit:
Je viens de réécouter, ce matin même, une nouvelle fois, ses Compositions I, II & III. Je crois que ces musiques m'obsèdent! La violence du récit, la brutalité répétée du langage percussif, cette musique débarrassée de tout sens épique, de tout lyrisme, de toute chair humaine, de tout arrondi, de laquelle semble jaillir un sentiment de fatalité, d'inexorabilité, dépourvue de la moindre note d'optimisme, juste quelques notes en suspens, en guise d'apaisement, après les coups d'assommoir de la grosse caisse (dernier mouvement de la seconde "Composition"), les cordes épaisses des huit contrebasses, le piano percussif et insistant, les sons comme autant de marteaux qui enfoncent les portes, les unes derrière les autres, d'un monde chaotique, irréversible, désolé et désolant, parfois à la limite du supportable...la grosse caisse qui tombe et n'en finit pas de dégringoler ses sons lourds et secs, à faire trembler les murs de ma maison, à faire trembler les murs de ma raison...Cette musique navigue aux frontières de la folie et de l'obsession et j'en deviens fou... fou heureux... Very Happy 

COMPOSITIONS I, II & III, la première: << écrite pour flûte piccolo, tuba et piano, sous-titrée "Dona nobis pacem", repose sur la phrase initiale du tuba procédant par expansion au cours des répétitions jusqu'à l'aboutissement sur des glissandos...>> une musique qui s'appuie principalement sur les rythmes et la répétition, jouant beaucoup des timbres instrumentaux et de leur résonance.
La COMPOSITION II bénéficie d'un effectif inhabituel; huit contrebasses et percussions (caisse de 43 cm X 43 cm). Elle porte aussi un sous-titre "Dies irae".
La COMPOSITION III, intitulée "Benedictus", a été conçue pour quatre flûtes, quatre bassons et piano.
C'est une musique que j'aime écouter lorsqu'un grand silence règne autour de moi et il n'y a pas meilleur moment que la nuit pour une écoute optimum. C'est sans doute aussi parce que le silence fait partie de ces trois "Compositions": le son et le silence, le son dans tout ce qu'il a de plus abrupt, de plus affirmatif, de plus obsessionnel, et le silence dans ce qu'il a de moins vide et de plus étrange, le son imposant du basson qui introduit la première "Composition" et la réponse d'abord laconique du piano, avant les vifs effets d'une flûte piccolo. Ce n'est pas la première fois que le piano me fascine dans une oeuvre de Galina Ustvolskaya. Outre le Concerto pour piano et les Compositions I & III, il y a également ce fameux Octet qui est en même temps le dernier opus que j'ai découvert d'elle. Son piano m'inspire la fatalité, le chaos, le désespoir ou plutôt le "sans espoir de retour", alors que le basson, d'une pensée plus modeste mais tout aussi obsédante, me rattache à une dimension plus humaine. Dans la Composition I, par exemple, il y a un ralentissement du chaos, un espace de plus en plus important entre les trois instruments et donc un silence de plus en plus présent, un silence qui a une présence, un silence charismatique, si j'ose dire. Il en devient l'élément dominant que la flûte piccolo, d'expression vive, tentera d'en rompre l'équilibre, en vain. Le silence domine nettement moins dans la troisième "Composition", chahuté par les pulsions viscérales des bois et du piano, même si ce morceau m'inspire aussi la fatalité, le "sans espoir de retour", un chaos méticuleusement ordonné. C'est lorsque la dernière pulsion, par le dernier souffle des flûtes, s'éteint que le silence prend alors toute sa profondeur et légitimité.

https://www.youtube.com/watch?v=FkNZldE6Y2Y
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joachim
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-23, 10:11

Bof, c'est comme pour la peinture contemporaine genre Rothko, faut une explication (comme celle que tu donnes) pour réussir à "comprendre" cette musique. Avec Haydn, pas besoin de se creuser la cervelle Laughing
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-23, 11:20

joachim a écrit:
Bof, c'est comme pour la peinture contemporaine genre Rothko, faut une explication (comme celle que tu donnes) pour réussir à "comprendre" cette musique. Avec Haydn, pas besoin de se creuser la cervelle Laughing  

Pourquoi "comprendre", la musique c'est d'abord "ressentir", à moins que l'on parle de "compréhension émotionnelle", ce qui me plait assez.
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laudec

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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty2020-03-23, 12:57

Cette Composition n° 1, quel fabuleux trio, très drôle de surcroit Laughing et différent de ce que j'avais déjà apprécié de Galina Ustvolskaya ! Merci Icare pour cette découverte et cette ambiance qui touche à l'absurde pour moi, très vivifiant.

Pour moi, cette musique me parle directement via les émotions, je n'ai pas l'habitude de mentaliser la musique, je me contente du ressenti  Wink 
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MessageSujet: Re: Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006)   Galina Ivanovna Ustvolskaya (Oustvolskaïa) (1919-2006) - Page 2 Empty

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