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 Antonio Vivaldi: Atenaide (Sardelli, 2007)

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Snoopy
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MessageSujet: Antonio Vivaldi: Atenaide (Sardelli, 2007)   Mar 25 Sep - 23:56

Antonio Vivaldi: Atenaide (Sardelli, 2007)

par Benjamin Ballifh

Outre la résurrection d'une oeuvre magistrale, l'approche superlative des interprètes, nous voici en présence d'une distribution idéale. Que Naïve confirme l'excellence artistique de son intégrale Vivaldi ne nous étonne pas: la réalisation est exceptionnelle. Cette Atenaide de Sardelli dit haut et fort que l'opéra vivaldien n'a jamais sonné aussi juste.

En 1728, pour mieux captiver son audience florentine, Vivaldi réemploie d'anciens "tubes" qui ont fait le succès de ses opéras antérieurs (tels Farnace, Orlando Furioso de 1727). Mais pour son héroïne Atenaide, promise à un empereur devant la parterre florentin, le compositeur excelle dans le ciselure psychologique, préfigurant l'aboutissement de L'Olimpiade: ample monologue du III où la folia d'Atenaide égale aisément celle de son Orlando, déjà magistral.

L'histoire de l'oeuvre reste énigmatique: sa création à Florence fut accueillie avec froideur comme l'attestent les témoignages d'insuccès. Une version plus récente datant du début des années 1730 pourrait laisser supposer que le compositeur ait eu l'intention de la reprendre à Vienne pour l'Empereur Charles VI... ou à Dresde.

Même si Vivaldi rechignait à mettre en musique la prose d'un poète qu'il ne défendait guère (Zeno), se soumettant à la mode florentine, l'opéra offre à la prima donna, et ici à Sandrine Piau, un rôle d'envergure. Son soprano colorature atteint un embrasement fascinant, évoquant la figure de l'Impératrice épouse de Théodose II (401-450). L'opéra de Zeno s'intéresse au portrait sentimental de la jeune femme qu'un concours de circonstance éloigne puis rapproche de l'Empereur. On connaît un témoignage de Montesquieu, heureux spectateur de la création de l'ouvrage au Teatro di Via della Pergola, entre les 29 décembre 1728 et 2 janvier 1729. Il fait mention entre autres des moyens considérables dont jouissait le compositeur pour produire son nouvel opéra, en particulier d'une distribution exceptionnelle (la soprano Maria Giustina Tucotti, Atenaide; le ténor bolonais Annibale Pio Fabbri, Leontino, le père d'Atenaide qui créa aussi plusieurs opéras de ... Haendel; ou encore, Anna Giro, la muse du compositeur dans le role de Pulcheria...). Disposé de tels vocalistes n'était pas surprenant s'agissant d'un compositeur qui fut aussi impresario c'est à dire dénicheur de talents.

Indice d'une réussite totale, tous les solistes affirment un engagement supérieur: agiles vocalement, jamais en difficulté, surtout en phase avec chacun de leur caractère. En Vivica Genaux, Teodosio trouve une interprète palpitante, juste. Guillemette Laurens, incarne la soeur de l'Empereur, Pulcheria, avec un tempérament articulé inouï, inédit dans sa carrière: couleurs, accents, souffle, précisions des vocalises... dans les rôles initialement tenus par les étoiles du chant baroque à l'époque de Vivaldi, brillent autant par leur recréation émotionnelle des personnages que leur justesse dramatique, l'Atenaide de Sandrine Piau et le Leontino, son père, de Paul Agnew.

Quant au général Byzantin, soupirant malheureux de Pulcheria, et rival de Probo et de Varane, Marziano, il vibre d'une même corde sensitive époustouflante grâce au contralto, fluide dans tous ses registres, de Nathalie Stutzmann... Même impression superlative vis à vis du Varane de Romina Basso...

En choisissant Atenaide, Federico Maria Sardelli montre avec quelle maîtrise, il "entend" communiquer ce "classicisme vivaldien", à mille coudées des convulsions de certains autres vivaldiens, tel Jean-Christophe Spinosi (autre ambassadeur de talent de la passion vivladienne). Question de tempérament et de sensibilité: autant de visions du théâtre de Vivaldi qui s'ingénient chacune à exprimer le génie de son oeuvre théâtrale. Ajoutons que l'ouvrage a été enregistré dans le lieu pour lequel il a été composé: le teatro della Pergola à Florence, seul bâtiment subsistant de l'époque vivaldienne. La compréhension de l'écriture vivaldienne affirme sans réserve la pertinence de Sardelli dans le sillon précédemment tracé par Arsilda (enregistré en 2001 chez CPO).

Le soin de Sardelli se manifeste pleinement dans l'éloquence instrumentale, la vitalité épanouie et même amusée et spirituelle des bois ou des cordes, surtout la diversité active des nuances dynamiques, restituant aux côtés des récitatifs parfaitement déclamés par l'ensemble des chanteurs, ce dramatisme foisonnant, autant nerveux que subtil. Ecoutez par exemple le pizzicato des violons de l'air de Marziano "Cor mio che prigion sei" (III, 8. Cd3)... le respect de Sardelli dans la restitution de la palette expressive vivaldienne fait miracle et place la présente gravure parmi les meilleures gravures de l'intégrale Vivaldi.
Outre la résurrection d'une oeuvre magistrale, l'approche superlative des interprètes, nous voici en présence d'une distribution idéale. Que Naïve confirme l'excellence artistique de son intégrale Vivaldi ne nous étonne pas: la réalisation est exceptionnelle.

Qu'aucun opéra de Vivaldi ne soit à l'affiche des théâtres européens, de surcroît dans l'Hexagone, reste inexplicable, surtout impardonnable de la part des directeurs de salle. Il leur suffirait d'écouter ce nouvel opus vivaldien pour reconnaître que le chant vivaldien, dirigé par un maître orfèvre, est au sommet de son expression. Il y a quelques années Jordi Savall avait porté la production de Farnace, Spinosi, La Vérità in cimento. Et puis plus rien... Cette Atenaide de Sardelli dit haut et fort que l'opéra vivaldien n'a jamais sonné aussi juste grâce à des musiciens en totale affinité avec la partition qu'ils servent. Magistral!

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Atenaide, 1728. RV 702-B
Opéra en trois actes
Livret d'Apostolo Zeno

Sandrine Piau, Atenaide
Paul Agnew, Leontino
Vivica Genaux, Teodosio
Guillemette Laurens, Pulcheria
Nathalie Stutzmann, Marziano
Romina Basso, Varane
Stefano Ferrari, Probo

Modo Antiquo
Federico Maria Sardelli, direction



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