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 Arnold Schönberg: Gurrelieder

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Snoopy
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MessageSujet: Arnold Schönberg: Gurrelieder   Mar 31 Juil - 21:10

Arnold Schönberg: Gurrelieder (Gielen, 2006)

par Adrien De Vries

Michael Gielen et ses troupes rehaussent la grandeur impériale de la partition en en soulignant les subtils climats dramatiques: tableaux extatiques des amants, ivres de leur propre passion; la démesure symphonique et le raffinement de l'orchestration qui dialoguent avec les deux solistes donnent toute la mesure d'un amour outrageant par son lyrisme radical, l'épouse Helvig ainsi éconduite

Dès 27 ans, en 1901, Schönberg travaille à la partition des Gurrelieder: fresque flamboyante et miniature extatique à laquelle il se consacrera encore dix années, jusqu'à en 1911, atteignant un ouvrage lyrique et orchestral, déconcertant par son ampleur expressive, convoquant à la fois Wagner, Richard Strauss (les Gurrelieder sont ainsi contemporains du Chevalier à la rose), Mahler... et Zemlinsky qui fut son professeur en composition et lui conseilla d'étoffer son projet qui au départ n'était qu'un cycle de lieder accompagnés... au piano. Le compositeur aborde pour la première fois, le rapport voix/orchestre.

D'après le roman "En Cactus springer ud" de l'écrivain danois Jens Peter Jacobsen (1847-1885), Schönberg échafaude sa dramaturgie vocale (l'oeuvre s'apparente ainsi à un oratorio profane). L'épisme évocatoire du texte, en liaison avec l'activité de botaniste de l'auteur, et aussi son lyrisme panthéiste qui sacralise chaque mouvement de la nature, offre au compositeur de superbes tableaux inspirés par le souffle des éléments. La légende de Gurre, château à quelques kilomètres d'Helsingor, où Shakespeare a choisi de placer l'intrigue d'Hamlet, convoque le couple des amants maudits, le roi Waldemar (Volmer) et sa maîtresse, la belle Tove Lille (Little Tove). Mais leur effusion sentimentale est rapidement interrompue par l'épouse royale, la reine Helvig (Waldtaube) qui assassine sa jeune rivale...

Michael Gielen et ses troupes rehaussent la grandeur impériale de la partition en en soulignant les subtils climats dramatiques: tableaux extatiques des amants, ivres de leur propre passion; la démesure symphonique et le raffinement de l'orchestration qui dialoguent avec les deux solistes donnent toute la mesure d'un amour outrageant par son lyrisme radical, l'épouse Helvig ainsi éconduite.

A l'ivresse sentimentale de l'amour paroxystique qui cite évidemment le Tristan wagnérien, à la fois poison et envoûtement, correspond ensuite dans la deuxième partie, le cynisme de Volmer, à jamais blessé par la perte de sa maîtresse: désespéré, il s'en prend à Dieu... Au final, grâce à une direction millimétrée et flamboyante, ajustant la violence des incantations vocales et l'activité d'un orchestre volcanique, Gielen saisit la complexité d'une partition qui regarde dans deux directions, entre passé et avenir, citations post-romantiques et prémices harmoniques pré-dodécaphoniques... Plus qu'une illustration de la fable amoureuse, cynique puis panthéiste, l'orchestre exprime tous les états de l'âme d'un héros fortement éprouvé. Comment ne pas songer en parallèle aux propres événements de la vie de Schönberg dont l'épouse Mathilde fut un temps la maîtresse du peintre Richard Gerstl? Passion, jalousie, pardon sont autant d'éléments structurant le fil émotionnel des Gurrelieder.

Gielen, disposant de solistes incontestables (saluons en particulier, le timbre empoisonné de Waltaube, ivre de noblesse blessée), offre ici une lecture à couper le souffle, dramatique et précise, tendue et analytique, humaine et évocatoire. Tous les registres poétiques de la partition sont saisis avec fluidité et souffle. La richesse référentielle de l'oeuvre, romantique et symboliste (car on songe souvent aux climats énigmatiques du Château de Barbe-Bleue de Bartok, 1919), a trouvé des ambassadeurs habités. Jamais narratifs ni illustratifs, les interprètes électrisés par un chef visionnaire, conduisent la texture somptueuse, son dramatisme sensuel, son ivresse et son flottement tonal, du côté de l'émerveillement, l'enchantement, de l'éblouissement onirique (cf le final qui est une apothéose de lumière). C'est d'un bout à l'autre, un balancement continu entre action et inconscient... juste option qui rétablit les Gurrelieder vers leur aboutissement que sont Erwartung, composé en 1919, créé en 1924, surtout Moses und Aron (1954), clé de voûte du dodécaphonisme. Lecture magistrale.

Arnold Schönberg (1874-1951)
Gurrelieder (1911)

Melanie Diener, Tove
Yvonne Naef, Waldtaube
Robert Dean Smith, Waldemar
Gerhard Siegel, Klaus-Narr
Ralf Lukas, Bauer
Andreas Schmidt, le narrateur
Chor des Bayerischen rundfunks
MDR rundfunkchor Leipzig
SWR Sinfonieorchester Baden Baden und Freiburg
Michael Gielen, direction

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MessageSujet: Re: Arnold Schönberg: Gurrelieder   Mer 1 Aoû - 20:45

Adrien De Vries a écrit:
Michael Gielen et ses troupes ...blablabla... Comment ne pas songer en parallèle aux propres événements de la vie de Schönberg dont l'épouse Mathilde fut un temps la maîtresse du peintre Richard Gerstl?
toute cette loggorhée pour en arriver à un lieu commun.

Adrien De Vries a écrit:
Gielen, disposant de solistes incontestables (saluons en particulier, le timbre empoisonné de Waltaube, ivre de noblesse blessée), offre ici une lecture à couper le souffle, dramatique et précise, tendue et analytique, humaine et évocatoire. Tous les registres poétiques de la partition sont saisis avec fluidité et souffle. La richesse référentielle de l'oeuvre, romantique et symboliste (car on songe souvent aux climats énigmatiques du Château de Barbe-Bleue de Bartok, 1919), a trouvé des ambassadeurs habités. Jamais narratifs ni illustratifs, les interprètes électrisés par un chef visionnaire, conduisent la texture somptueuse, son dramatisme sensuel, son ivresse et son flottement tonal, du côté de l'émerveillement, l'enchantement, de l'éblouissement onirique (cf le final qui est une apothéose de lumière). C'est d'un bout à l'autre, un balancement continu entre action et inconscient... juste option qui rétablit les Gurrelieder vers leur aboutissement que sont Erwartung, composé en 1919, créé en 1924, surtout Moses und Aron (1954), clé de voûte du dodécaphonisme. Lecture magistrale.
aaaah ! enfin. Ça à l'air bigrement bien cette histoire ! Mais ce ne sont que de jolis mots. Suspect
Il n'a pas trouvé le moindre défaut... il n'a même pas fait référence aux versions Ozawa et Abbado, histoire de se faire une idée. J'en fais quoi de mon Ozawa ?
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joachim
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MessageSujet: Re: Arnold Schönberg: Gurrelieder   Jeu 2 Aoû - 12:15

Une oeuvre gigantesque qui dure 105 minutes ! Composée pour 5 solistes, choeur d'hommes, choeur mixte et grand orchestre.
Tout à fait tonale. Les amoureux du Schoënberg sériel et atonal n'y trouveront pas leur compte Very Happy
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MessageSujet: Re: Arnold Schönberg: Gurrelieder   Jeu 2 Aoû - 16:39

joachim a écrit:
Une oeuvre gigantesque qui dure 105 minutes ! Composée pour 5 solistes, choeur d'hommes, choeur mixte et grand orchestre.
Tout à fait tonale. Les amoureux du Schoënberg sériel et atonal n'y trouveront pas leur compte Very Happy
C'est un peu ce qui m'ennuie chez Schoënberg. Quand il donne dans le tonal, je préfère, à tout prendre, des compositeurs dont c'est la spécialité. Dans ce qu'on appelle "l'Ecole de Vienne", je suis nettement plus attiré par Berg et Webern qui ont adopté un langage plus "radical". Ceci dit, les oeuvres atonales de Schoënberg sont très bien faites, sous réserve que l'on aime cette musique, bien sûr... Enfin, je n'ai jamais compris sa démarche de transcription des valses de Strauss qui me paraît être un exercice dont le résultat est discutable.
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joachim
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MessageSujet: Re: Arnold Schönberg: Gurrelieder   Jeu 2 Aoû - 19:13

robert45 a écrit:
Enfin, je n'ai jamais compris sa démarche de transcription des valses de Strauss qui me paraît être un exercice dont le résultat est discutable.

C'est très simple : Schoenberg avait fondé en 1918 une Société d'exécutions musicales privées. Pour couvrir les dépenses, Schoenberg, mais aussi Berg et Webern ont transcrit, en 1921, quelques valses de Strauss pour les vendre aux enchères, mais ça n'a pas empêché la Société d'être obligèe de fermer ses portes l'année suivante.

Si ça t'intéresse, je peux te donner le détail des valses et leur instrumentation (il y en a cinq en tout).
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