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 Philippe Fénelon: "Histoires d'opéras"

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Snoopy
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MessageSujet: Philippe Fénelon: "Histoires d'opéras"   Mar 5 Juin - 23:38

par Adrien De Vries

Né en 1952, auteur de Salambo, le premier opéra en création à l'Opéra Bastille (1998), Philippe Fénelon se prête au double jeu de l'écriture musicale: analyste avisé et accessible des oeuvres du répertoire, d'une part; compositeur à sa table, pris dans les rets de la machine créative, d'autre part. Texte doublement saisissant.

Première Partie. L'écoute des oeuvres lyriques suscite les commentaires du spectateur: Philippe Fénelon ne fait pas que composer des opéras, il en a écouté et vu beaucoup. En auditeur exigent, il s'attache surtout à souligner ce qui aide à la clarification de la dramaturgie. Les 10 textes de cette première section, qui sont des essais, évoquent chacun un aspect des productions des oeuvres vues en majorité à l'Opéra de Paris. Tous ont été publiés dans les programmes accompagnant les spectacles. Cette première partie, intitulée "Ecouter/écrire", propose plusieurs immersions dans les oeuvres, du "dernier voyage" du Pelléas et Mélisande de Debussy au Capriccio de Strauss dont le spectateur éveillé met en lumière "le miroir du compositeur". Orchestration, formes et couleurs musicales, correspondances et émergence des thèmes mélodiques...

Philippe Fénelon analyse, introspecte, repère et dresse les cartographies psychologiques, la typologie des genres, identifie une manière de construction et d'ossature interne qui soude les oeuvres à leur course souterraine. Il s'agit moins de commentaires sur les mises en scène que d'un repérage des lignes de force des partitions écoutées. "Rien n'est jamais laissé au hasard" nous dit-il en suivant l'action de De la maison des morts de Janacek; l'analyste développe commentaires et annotations afin de dévoiler la richesse et la cohérence de l'oeuvre; même suggestions argumentées concernant l'apport de Haendel à l'opéra dans Ariodante dont il décèle le "chant de liberté"; friche et matière à moult modifications, coupures, refontes, le Guillaume Tell de Rossini est un chant du cygne à réévaluer cependant que nous découvrons grâce aux lumières de l'observateur aux aguets, "un geste salvateur" dans La Damnation de Faust de Berlioz, lequel influence Wagner tout en ayant puisé chez Liszt...

Ordre inversé dans la seconde partie: "Ecrire/composer". Dans l'ultime section, qui regroupe le dernier tiers de la pagination, l'auditeur lyrique baisse la garde et reprend le flambeau en laissant le compositeur se saisir de la plume. Autour de ses quatre oeuvres importantes, Sancho, Les Rois, Salambo et Faust (créé au Capitole de Toulouse à partir du 25 mai 2007), Philippe Fénelon ouvre la porte de son atelier (précisément de son Journal intime): un compositeur d'aujourd'hui nous parle de son métier de compositeur. Difficultés, obstacles, doutes du concepteur confronté à la promesse d'une oeuvre en devenir, qui n'existe que lorsqu'il met au propre l'ensemble des esquisses parfois nombreuses, souvent contradictoires. C'est surtout la chronologie restituée de chaque conception, et les thèmes littéraires que la musique rééclaire d'un jour nouveau. Dans Les Rois, il y est question de labyrinthe et de l'amour d'Ariane pour son demi-frère, le Minotaure, enfermé par Minos. Dans Salambo, le lecteur attentif, sensible aux résonances violentes et chatoyantes du roman historique de Flaubert, livre le travail de coupes et de sélection nécessaires, incontournables effectuées sur la source romanesque: dont..."le style est transféré à la couleur des instruments". Il s'agit moins d'une illustration du "modèle" que sa transcription dans un langage renouvelé qui en souligne des aspects invisibles... Mais le compositeur qui a coupé le texte de Flaubert, essuie lui-même, plusieurs tentatives de coupures des scènes qu'il a écrite, au moment des répétitions à l'Opéra Bastille. Salambo est d'ailleurs la première création qui y est produite: les esprits sont échauffés à la mesure de cet "événement". Et pour Faust, le compositeur nous redit son amour de l'opéra. Au final, il est naturel qu'un amoureux aussi sensible sur le phénomène lyrique, spectateur aux critiques très fines et argumentées, se retrouve à composer lui aussi des opéras. Un retour aux sources en quelque sorte. Dans le dernier chapitre, Philippe Fénelon dévoile la généalogie des opéras vus et écoutés qui ont façonné son goût et sa sensibilité, sa compréhension profonde de la scène lyrique.

La lecture de ces pages vivantes, organisée selon la chronologie du journal (jusqu'en mai 2004 lors de la création des Rois à Bordeaux), traversées d'anecdotes, de souvenirs, d'analyses précises d'un aspect d'une mise en scène, sur une oeuvre écoutée, aimée, découverte, demeure page après page, captivante. Ici, se dévoile un peu de la magie lyrique sous la plume d'un compositeur de notre temps qui est le premier, depuis ses études, émerveillé par cette énigme, divine équation associant chant, musique, théâtre... Plus qu'une analyse asséchante, Philippe Fénelon nous offre son chant d'amour pour l'art lyrique. Quel meilleur hommage en 2007 qui marque les 400 ans du genre?



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