Forum sur la musique classique
 
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 Luc Brewaeys (1959-2015)

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Icare
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 11 Avr - 18:10


Très intéressantes explications sur Talisker. Je prépare un cycle d'écoutes intitulé "5 Portraits". Ce sera l'occasion de réécouter toutes les oeuvres que je possède de cinq compositeurs belges; Luc Brewaeys (que Talisker connaît d'ailleurs très bien  Very Happy ), André Laporte, Pierre Bartholomée, Karel Goeyvaerts et Luc van Hove. Ce sera l'occasion pour moi de redécouvrir une nouvelle fois des musiques que je n'avais pas réécoutées depuis déjà trop longtemps.  
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Talisker

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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Sam 12 Avr - 8:40

Pourquoi pas, on s'amuse comme on peut..!
Il y a deux autres compositeurs belges que j'aimerais suggérer de découvrir. Ils ont une personnalité et un style musical tout à fait opposé, il s'agit de Serge Verstockt d'une part et de Frank Nuyts d'autre part. Si nécessaire, je peux envoyer des enregistrements de leurs oeuvres les plus signicatives, parce que surtout Frank Nuyts a composé des masses de musique. J'ai moi-même peut-être une légère préférence pour Serge Verstockt, mais c'est moins important.
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Icare
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Sam 12 Avr - 18:12


Et bien alors là, Serge Verstockt, je ne le connaissais même pas de nom.  Embarassed 
Quant à Frank Nuyts, ce nom me dit vaguement quelque chose, mais ce qui est sûr c'est que je n'ai encore rien écouté de sa musique.    En tout cas, concernant Philippe Hurel, tes conseils ont déjà porté leurs fruits. J'ai trouvé formidable son PHONUS pour flûte et orchestre...Je vais y venir avec mes mots sur le fil concerné.  
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laudec

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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 12:27

Je viens d'écouter avec bonheur les "préludes à Debussy" et j'aimerais en savoir plus sur ton intention ? Je ne connaissais pas les préludes de Debussy, c'est l'occasion pour moi de les découvrir et de les aimer également ! Pourrais-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?
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Talisker

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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 15:47

Concernant les Préludes de Debussy il y a une explication sur mon site. Mais, en bref, j'ai composé ces versions pour orchestre il y une dizaine d'années. C'était un rêve de jeunesse que j'ai finalement réalisé. Quand j'étais jeune j'ai joué une grande parties de ces Préludes au piano et j'avais déjà conçu l'idée d'en faire une version pour orchestre parce que Debussy ne l'avait pas fait lui-même. J'ai attendu un bon bout de temps afin de d'abord élargir mon expérience à écrire pour l'orchestre. Dès le départ j'avais choisi de ne pas toucher aux notes de l'original, je n'ai même pas écrit des octaves — une pratique régulière utilisée par les orchestrateurs afin de 'grossir' le son — si elles ne figuraient pas chez Debussy. Il s'agaissait donc surtout de bien choisir les sonorités orchestrales. J'ai énormément utilisé des sonorités mixtes (un instrument à vent combiné avec un solo ou duo de cordes par exemple) afin de créer des sonorités nouvelles et/ou inouïes, une chose que je fais beaucoup dans ma propre musique par ailleurs. Pour le reste j'ai avant tout essayé de bien capter les atmosphères des originaux tout en y ajoutant par ci par là ma touche personnelle.
Voilà, j'espère que ces mots vous auront éclaicis un peu sur ce sujet.
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 16:13

Oui, merci, c'est une démarche très respectueuse et qui donne un très bel effet à mon humble avis   
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joachim
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 17:31

Ces orchestrations des 24 Préludes de Debussy, j'adore, bien plus que l'original pour piano, qui m'ennuie parfois.

Je suis à l'écoute d'un court morceau de 4'34 intitulé Fasten Seat Belts (je ne sais pas traduire, même avec Google : les cloches sécuritaires ? ), toujours est il qu'on entend plusieurs fois des clochettes, et j'aime bien ce morceau !


Attention, je viens de télécharger la 8ème symphonie qui, je me souviens, ne m'avait pas plu quand tu nous l'as présentée la première fois. Je crois me souvenir aussi qu'elle était alors inachevée. Apparemment, elle est maintenant terminée ?

édit  : Bon, eh bien elle me plaît plus que la première fois  Very Happy  J'ai l'impression que pour la musique de Luc, il ne faut pas se limiter à une fois, il faut "l'apprivoiser".

Je me trompe, ou bien c'est uniquement un orchestre à vents avec percussions ? Je ne discerne pas de cordes...
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Talisker

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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 18:03

Fasten Seat Belts signifie: attachez vos ceintures. Cette pièce assez rapide était commandé par l'orchestre d'Anvers pour être utilisée comme bis pour leur tournée au Japon à l'époque. Une particularité de cette pièce est que la moitié de l'orchestre est accordé un quart de ton plus bas pour pouvoir réaliser les effets voulus. J'aime beaucoup les cloches et elles sont donc également présentes ici.

La 8ième n'est pas encore terminé, il manque encore un grand Final que j'espère achever l'année prochaine. Il y pour l'instant trois mouvements, le 3ième s'encaine au second. Il y plein de cordes, la pièce est ècrite pour très grand orchestre, mais il est vrai que les vents (surtout les 5 cors) et les percussions jouent un rôle de premier plan. Dans le Final les cordes deviendront plus importants.

Je suis content de lire que ma musique se fait apprivoiser..!!
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 13 Avr - 18:51

Oui, c'est une musique qui s'apprivoise. Ce n'est pas une musique qui se livre entièrement lors d'une première écoute. Sur ce point, elle répond merveilleusement à la doctrine de Brahms. Comme je dis toujours, il y a des musiques de séduction immédiate et des musiques de séduction progressive. Very Happy C'est en apprivoisant ces musiques que l'on se rend compte de leur profondeur, leur cohérence, leur richesse, que l'on peut saisir tout le travail qu'il y a derrière.

D'ailleurs pour cette raison, lorsque je tombe sur des oeuvres qui ne m'ont pas plu, j'essaie toujours d'exprimer mon ressenti, même négatif - la sincérité est primordiale - plutôt que de juger à l'emporte-pièce et de tenir des propos lapidaires . Démolir avec des mots est bien plus facile que construire avec des notes. J'ai un profond respect pour ça et je suis content de voir que ce forum est finalement plus ouvert aux diverses esthétiques de la musique savante du XXème siècle qu'il ne le paraissait de prime-abord. Je ressens beaucoup de sincérité dans la musique de Luc, beaucoup de passion et une foi évidente en son art. C'est à cela que se définit, selon moi, un grand compositeur.

La musique finit toujours par triompher!! 
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joachim
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 21 Avr - 10:55

J'ai essayé aujourd'hui une des oeuvres en solo, et me suis téléchargé Le Chant de la sirène, de 1994. Si je ne me trompe, c'est un basson solo ? Curieux d'avoir choisi cet instrument pour un chant de sirène, j'aurais plutôt choisi la harpe, la flûte !  Wink  Musicalement, j'aime bien cette petite pièce de 6'38, où le basson doit par moments arriver à sa limite extrême dans l'aigu.

J'ai encore Fêtes à tensions, et la symphonie n° 1 en attente d'écoute.


edit : Cette symphonie n° 1, ne serait-ce pas une réponse aux 4'33 de John Cage ? Il y a de longs moments de silence. Ou alors, ça vient de l'enregistrement ?   
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MessageSujet: Symphonie n° 1   Lun 21 Avr - 15:11

En effet, Joachim, l'enregistrement de la Première Symphonie est très (trop) doux, mais l'oeuvre elle-même est également très douce en général, excepté de l'énorme Tutti qui se trouve par ailleurs à la Section d'Or de la pièce, c'est donc fait exprès ;-)
L'idée était en fait de composer une musique soi-disant électronique sans électronique pour orchestre. Un critique Hollandais décrivait l'orchestre comme un orgue avec des tuyaux pleins de fuites..: je crois que j'étais inspiré un peu par la musique de Salvatore Sciarrino à l'époque. C'était cependant ma première 'grande' oeuvre spectrale, même si mon esthétique est — bien sûr — totalement différente de celle des collègues français comme Grisey ou Murail. On pourrait dire que cette symphonie était une expérimentation en quelque sorte, ce que j'ai composé par après était/est bien plus typiquement 'Brewaeys'.
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Jeu 24 Avr - 16:33

Pour Fête à tensions, est-ce qu'il y a un fil conducteur ou un argument quelconque ? Voici une pièce en un seul mouvement d'une quinzaine de minutes qui ne m'a pas déplu... ou alors c'est que je m'habitue à Luc  Very Happy


Je suis en train d'écouter Réquialm, qui à n'en pas douter est la version qu'à pensé Luc d'un Requiem. Il commence lugubrement, ensuite intervient une soprano, qui traduit peut-être sa tristesse, sa douleur ?
A l'occasion, Luc, si tu pouvais nous fournir le texte ? Je ne comprends pas ce qui dit la chanteuse, pas même si c'est du français ou une autre langue...
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 25 Avr - 15:30

Au risque de déplaire: à l'exception de mon opéra aucune de mes oeuvres a un argument, désolé. Je compose de la musique abstraite, ce qui ne signifie bien sûr pas su'il n'y a aucune émotion dedans, mais ça reste toujours abstrait. Le temps de gestation de mes pièces est généralement assez long, avant d'écrire la partition j'essaie un tas de choses et je fais bien de changements dans ma tête. Cela fait qu'il m'est impossible de me rappeler les émotions de telle ou telle oeuvre, mais cela n'est pas trop important pour moi puisqu'il n'y a que le résultat sonore qui compte pour moi.
Mon Réquialm n'est donc pas tout à fait un Réquiem, si vous ressentez une tristesse dans cette musique c'est bon pour moi mais je n'en ai pas mis dedans, certainement pas consciemment. Le texte est du poète allemand Hans Helms, extrait de 'Fa:hm Ahniesgwow' et n'est pas écrit dans une langue spécifique. Il y a des bribes de mots reconnaissables mais il n'y a aucune signification. C'est d'ailleurs la raison que j'avais choisi ce texte pour ma première oeuvre vocale, je voulais à tout prix éviter de composer de la musique trop déscriptive. Ce n'est pas à moi de dire si j'ai réussi...
Concernant Fêtes à tensions, il y a la notice de programme (en anglais) sur mon site, mais il me semble de me souvenir que j'avais posté cette notice ici en français, il y a un an et demi.
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 9 Mai - 17:06

Pour moi, la musique est un art fondamentalement abstrait et je ne recherche jamais à saisir l'éventuel argument du compositeur. Je pars du principe que chaque oeuvre doit conserver sa petite part de mystère.  Very Happy  Mon cycle autour des compositeurs belges vient de commencer et comme l'a si justement dit notre ami Talisker quelques mesures plus haut: "chacun s'amuse comme il peut".Laughing Ce cycle va contenir toutes les oeuvres que je possède de Luc Brewaeys en cd, toutes celles de Karel Goeyvaerts, celles d'André Laporte, celles aussi de Pierre Bartholomée puis de Luc van Hove. De belles redécouvertes en perspective! Comme musique d'ouverture, j'ai choisi les 24 Préludes de Claude Debussy recomposés pour orchestre symphonique par Luc Brewaeys, avec le "Royal Flemish Philharmonic" sous la direction de Daniele Callegari. Pour le moment, je n'ai réécouté que les douze premiers Préludes et j'ai vécu un moment merveilleux, fantastique, fulgurant. Quelle belle écriture orchestrale, pleine de couleurs, de nuances, d'énergie, d'ombres et de lumières! J'ai déjà hâte d'écouter les douze restants, assurément une musique dont je ne me lasserai probablement jamais. Merci Luc!   
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 9 Mai - 18:47

Je viens de réécouter les douze autres Préludes selon Brewaeys et, cette fois, j'ai été impressionné par le tout dernier "Feux d'artifice". J'en ai adoré le traitement symphonique, sa puissance expressive, sa palette de couleurs vives, son effervescence...  
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 9 Mai - 22:47

En écoutant de la musique de chambre de Luc Brewaeys, neuf pièces au total réunies sur un même disque, je me suis rappelé que je n'étais, en général, pas très friand des oeuvres pour instrument solo, sans accompagnement, surtout lorsqu'il s'agit d'instruments à vent, comme certains bois ou certains cuivres. Si je ne peux pas dire qu'il en va ainsi avec le violon, c'est grâce aux divines Partitas de J. S. Bach...le violoncelle, c'est plutôt grâce à une superbe sonate de Kodaly et au très talentueux Jean-Paul Dessy, encore que c'est un instrument que j'accepte plus facilement en solo que le violon, de manière générale. Avec des instruments comme le cor, le saxophone, le basson ou encore le trombone, j'ai plutôt tendance à décrocher si c'est sans accompagnement. Si je ne suis pas vraiment entré dans Jacquerie - Jacques qui rit pour cor seul, Le chant de la sirène pour basson a retenu mon attention jusqu'au bout et plus encore Attention - Alto solo!. Le saxophoniste Pierre Delamar a réussi à m'emporter dans son jeu, à me rendre sensible à la richesse sonore de son instrument même dans un contexte complètement dépourvu d'accompagnement. Est-ce ces oeuvres en particulier ou une évolution personnelle? Je pense que tout ça est lié, que c'est la musique qui nous permet d'admettre des formes que l'on avait tendance à rejeter, plus précisément la qualité et particularité de certaines compositions qui permettent l'élargissement de notre sensibilité.

Maintenant, les deux oeuvres que j'ai préférées de cette écoute sont des pièces plus ou moins longues pour un ensemble d'instrumentistes. D'abord, il y a Oban avec ses sonorités cinglantes, ses gestes musicaux brusques, ses formes chahutées. Sans grande concession, peut-être une petite pointe de douceur à un moment précis, le récit est âpre, tortueux. Au final, j'aime bien le caractère chahuté et corrosif de cette partition. Puis, il y a Due cose belle  tua il mondo; l'amore e la morte.... C'est curieux, mais cette oeuvre, malgré un titre italien, m'a davantage évoqué l'Asie par certains de ses timbres et gestes musicaux, comme si l'esprit de Toru Takemitsu la hantait plus ou moins. A un moment donné, la flûte sonne un peu à la manière d'un shakuhachi. L'humeur change vers les 8 minutes 40, lorsqu'un piano rythmique entre en scène, engendrant ainsi un formidable moment d'action avec les autres instruments de l'ensemble dont les interventions brutales osent interférer avec fulgurance.   
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Sam 10 Mai - 17:41

Talisker a écrit:
Un peu d'explication sur Talisker, qui est en effet une marque de whisky. Tout d'abord, cette musique, comme (presque) toutes mes autres oeuvres, ne décrit rien de concret, il s'agit donc de musique absolue. L'idée du choeur de clarinettes vient du commanditaire. En 1993, la ville d'Anvers, d'où je suis originaire, était la capitale culturelle d'Europe. Le concert, ou mieux l'évènement, d'ouverture allait avoir lieu dans l'immense halle de la Gare Centrale. Ce lieu a une longueur de réverbération exceptionnelle d'environ 7 secondes, même un peu plus. Il fallait donc une pièce adaptée à cette acoustique spécifique. Après un peu de réflection nous avions décidés de cette instrumentation un peu insolite, surtout aussi parce qu'il existait un choeur de clarinettes et un ensemble de 6 percussionistes au Conservatoire d'Anvers à l'époque. L'idée et le choix des solistes était les miens. La musique est lente en général et elle respire plutôt calmement, les passages rapides sont rares. J'ai vraiment pris le temps d'exposer les idées musicales, la pièce évolue lentement. Les solistes commencent seuls et ont tous un passage 'concertant' dans le courant de la pièce. Je ne sais pas très bien ce que je peux encore ajouter, la musique parle pour elle-même je crois.


Je l'ai redécouverte aujourd'hui et tout ce que je peux dire c'est que de toutes les oeuvres que j'ai écoutées de Luc Brewaeys, Talisker est celle qui m'a le plus impressionné et qui continue de m'impressionner. Il y a un passage qui m'a particulièrement frappé avec le choeur de clarinettes, je dirais quelque -part entre la dixième et quatorzième minutes. Il y a comme un mouvement presque aquatique des clarinettes, comme un flux très intense où elles se meuvent généreusement...C'est une sensation d'enivrement à l'écoute, comme un torrent qui s'écoule plutôt lentement mais avec une certaine intensité. J'ai trouvé cette partie-là de l'oeuvre vraiment géniale. Un jet de percussions métalliques interrompt ce mouvement et la musique prend alors une autre dimension, part progressivement vers autre chose, vers une autre façon de maîtriser l'espace et le temps, comme si celle-ci se disloquait, se diluait, se répartissait en plusieurs particules, devenant mystérieuse et onirique avant de se reconstituer et reformer un peu ce "flux marin" que j'évoquais plus haut.     

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Icare
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Sam 10 Mai - 23:34

La Symphonie n°2 est un terrain accidenté, plein de remous et de rebondissements. Si parfois, les oeuvres de Luc Brewaeys mettent du temps à prendre forme, cette symphonie démarre brusquement et il n'y a pas beaucoup de répit pour l'auditeur. Il est emporté dans un marasme où il n'y a finalement que très peu de flottement. C'est en quelque sorte l'anti-thèse de la Symphonie n°1 qui, elle, est insaisissable, impalpable, angulaire, statique, comme le souffle d'un vent lointain, une terre infiniment plate (en apparence) qui retient sa respiration, brutalement ébranlée par des coups ponctuels de percussions. Quelques sons aigus s'échappent de cette lente respiration, mais rien de plus. Il faudra attendre presque  douze minutes avant qu'un hurlement viscéral ne vienne déchirer l'humeur faussement douce de cette symphonie. La terre reprendra son souffle de croisière, mais pas sûr qu'il s'agisse là d'un apaisement...Peut-on y voir subjectivement l'implacabilité du temps qui se meurt. Je ne l'ai jamais autant appréciée qu'aujourd'hui. La seconde symphonie prend toute sa force, selon moi, dans sa dernière phase, lorsqu'une percussion non évolutive et, par conséquent, obsessionnelle, entre en scène. Tous les éléments actifs de l'orchestre semble s'articuler sans faiblir autour de ce jeu minimaliste de la percussion. Ce qui est étrange c'est que cette "percussion minimaliste et obsessionnelle" semble revenir dans la dernière partie de la Symphonie n°3 comme si, celle-ci était le prolongement onirique de la Seconde. Jusqu'à maintenant, de ces trois symphonies, la n°2 avait toute ma préférence, suivie de près par la Troisième. Depuis ce soir, la Première est devenue ma préférée.     
Requialm est peut-être la pièce de ce disque dont je me sens le plus proche. Italophile par ma sensibilité, j'ai été séduit par l'italianité de cette musique qui s'exprime notamment dans l'usage de la voix "chantante" de la soprano. Mais ce qui m'a encore plus fasciné, c'est le traitement de l'orchestre par et en rapport à celle-ci, d'égal à égal si j'ose dire, avec toute sa complexité de "langage" et cela sans jamais que la voix ne s'en trouve amoindrie. Je ressens beaucoup de musicalité dans cette oeuvre ainsi qu'un équilibre parfaitement géré entre la voix et l'orchestre.   
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Dim 11 Mai - 22:27

Dans les deux oeuvres que je viens d'écouter ce soir et pensais déjà bien connaître, Non Fasciate ogni Speranza pour soprano et orchestre et la Symphonie n°5, un élément a particulièrement figé mon attention: l'usage des percussions, prédominantes dans la symphonie et qui jouent un rôle également important dans l'oeuvre avec soprano. Elles m'ont vraiment impressionné vers quatre minutes environ, dans la première partie de la cinquième symphonie, et je les trouve très attractives vers les 22 minutes de Non fasciate ogni speranza , dessinant à ce moment-là une cadence presque swinguante. L'oeuvre démarre d'ailleurs sur des effets "bruitistes", sorte de frottements ou de raclements - pas facile à définir - des sons prolongés, telluriques, avant que la musique ne prenne forme par un enflement orchestral dramatique. C'est à ce moment-là que la voix entre en scène, joue sa partition entre chant et narration. Un autre point intrigant est le jeu de deux (ou plus?) saxophones qui, dans une partie relativement calme de l'oeuvre, me font immédiatement penser à une cornemuse. J'ai trouvé cette filiation amusante et il se pourrait que le compositeur ait un goût pour ce genre de transformation; ainsi, une clarinette ou un haubois (?) peut évoquer le son tellurique et guttural du didjeridoo.

 Dans la Symphonie n°5, après le long passage très réussi des percussions, entre plusieurs séries de fougue et de tonnerre, la musique sait s'approprier des moments plus intimistes et sereins, comme un hautbois (ou cor anglais?) qui se suspend dans l'espace, ou des moments d'une plus grande légèreté portés par des vents volubiles, sollicitant ainsi l'oeil de l'oreille en lui faisant voir un petit oasis de verdure à peine fleuri. Il en ressort alors un autre élément qui fige mon attention: je ressens dans la musique de Luc Brewaeys, en dehors d'expressions diverses et contrastantes purement musicales et timbrales, des forces qui s'opposent, la vie et la mort, le bien et le mal, la peur et l'espoir, la dignité et la volonté de vaincre, le réalisme et le rêve, la lutte et le recueillement...A un moment donné, peut-être le plus beau de cette Symphonie n°5, une petite combinaison de bois joue réellement sur le ton de la lumière et de la distance, comme à la recherche d'une certaine pureté ou d'infini. J'ai trouvé ce moment particulièrement magique et onirique. Les trois dernières minutes sont également superbes. Il y a comme ça des musiques qui vous tirent vers le haut, qui vont même au-delà de la musique. Le spirituel, ce que certains contemporains ont tendance parfois à négliger. Pas chez Luc!   

Ps: Je ne connais pas encore les Symphonies n°4, 6, 7 & 8, mais il faudra qu'elles soient formidables pour que je les préfère à la Cinquième.  
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 12 Mai - 19:27

Je viens d'écouter aujourd'hui quatre oeuvres de Luc Brewaeys, celles que je connaissais le moins jusqu'ici; Painted Pyramids (2008) pour piano, 5 instrumentistes et live électronique, Si sentiva un po' Stanco... (2001) pour trompette seule, Black Rock Unfolding (2009) pour violoncelle et live électronique et Les Méandres de la Mémoire (1997) pour recorder(s) et piano. Une seule de ces compositions m'a laissé au bord du chemin et je ne surprendrai personne, surtout après avoir lu un de mes commentaires plus haut, si je cite la pièce pour trompette sans accompagnement. Je n'ai pas été touché par le soliloque de cet instrument. L'oeuvre qui, au contraire, m'a complètement séduit est celle qui porte un superbe titre; Les Méandres de la Mémoire. J'ai été subjugué par le jeu de la flûte et celui du piano. Cette pièce est absolument géniale et je pèse mes mots, d'une grande musicalité et tellement fascinante à suivre dans chacun de ses méandres. En plus, j'ai ressenti une grande complicité entre le flûtiste Jan Van Hoecke et le pianiste Pieter D'Hoore au point que je me demande si cette oeuvre (chef-d'oeuvre) n'a pas été composée pour eux (?) Alors bien sûr, j'y ressens, outre une étonnante complicité, toute la virtuosité qui va avec et j'applaudis des deux mains la prestation des interprètes...mais une virtuosité transcendée par un grain de folie, une musicalité inouïe...J'espère que d'autres musiciens s'intéresseront à cette pièce de musique de chambre. Elle est jubilatoire et j'imagine facilement le plaisir des musiciens à l'interpréter.     

Painted Pyramids me plait également beaucoup. J'aime particulièrement le jeu du piano au sein de cette petite formation instrumentale tout comme j'ai aimé aussi le violoncelle dans Black Rock Unfolding, viscéral, poignant, avec un apport assez maîtrisé de l'électronique. Avec Luc, c'est souvent une porte qui s'ouvre sur un monde onirique. C'est plein de sensibilité et de couleurs, très intense aussi...Ce que j'aimerais dire à Luc, c'est que mon approche de la musique n'est pas forcément intellectuelle ni musicologique. Elle est primordialement sensuelle et poétique. Si je pense être conscient de la valeur objective d'une oeuvre que je suis entrain d'écouter, c'est sa valeur subjective qui m'intéresse le plus. Si mes propos peuvent peut-être paraître "très" dithyrambiques ou peu critiques, c'est que, de toute façon, je m'exprime peu, voire jamais, sur des oeuvres et des compositeurs qui ne m'intéressent pas, ne me touchent pas. On ne parle jamais plus mal d'une musique que l'on n'a pas aimée. Que pourrais-je dire d'inspiré d'une oeuvre qui ne m'inspire pas? Quand j'accepte intellectuellement et émotionnellement - les deux sont liés - une musique, je l'accepte globalement et finis par aimer ses points forts, évidemment, mais aussi ses points faibles. Si je n'arrive pas à l'accepter globalement, je la rejette. C'est pour cette raison que lorsque je fais l'éloge de, par exemple, la Symphonie n°5, l'éloge sera globale elle aussi: j'accorderai finalement la même importance à ce que j'appelle les "passages d'attente" et les "moments de grâce musicale". Toute la mécanique qui conduit alors au point culminant constitue à mon sens toute la poétique de la symphonie: elle est le mécanisme qui mène à l'orgasme, et c'est ce que je recherche en musique; ce moment exceptionnel où la musique va soudainement transcender sa propre réalité technique et conceptuelle, toucher à l'exquis...j'ai presque envie de dire "au divin"... L'analyse froide et rationnelle concerne la valeur objective d'une oeuvre. Pour ma part, je m'intéresse principalement à sa valeur subjective, à sa dimension abstraite, peut-être parce que c'est ma seule façon de l'aborder.

Maintenant, je m'offre un "spécial" André Laporte.
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Stadler
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 20 Juil - 19:53

Pour info, Luc Brewaeys sera à l'honneur lors du Concert de ce soir en Prélude à la Fête nationale.

Le programme complet :

Along the shores of Lorn - Luc Brewaeys

Concerto pour piano et orchestre n° 2, op. 83 - Johannes Brahms

Pour les nombreux forumeurs qui n'ont pas la télévision belge, voici un lien vers un enregistrement de cette oeuvre Wink

https://www.youtube.com/watch?v=nvi4SmtY1cU

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joachim
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 20 Juil - 20:03

Merci pour la nouvelle, qui confirme aussi qu'il est toujours en bonne santé après ses cancers.

Si tu y vas et peux lui parler, donne lui bien le bonjour de Joachim, Icare, enfin du forum entier
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Stadler
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 20 Juil - 20:06

Hélas, je n'y vais pas.

Pour être honnête, c'est même un peu par hasard que j'ai vu le programme
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Icare
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Lun 20 Juil - 20:23


Oui, merci pour cette formidable nouvelle car j'étais un peu inquiet. J'aime beaucoup ce compositeur et j'espère qu'il a définitivement vaincu la maladie. J'ai écouté le début du lien posté par Stadler et j'accroche toujours aussi bien à son univers. Wink
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Stadler
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MessageSujet: Re: Luc Brewaeys (1959-2015)   Ven 18 Déc - 12:13

J'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer :

Le compositeur belge Luc Brewaeys est décédé.

Citation :
Le compositeur Luc Brewaeys, originaire de Mortsel, est décédé à 56 ans de suites d’un cancer

C’est ce qu’a annoncé la rédaction de la VRT vendredi. Il avait écrit plusieurs œuvres pour des orchestres belges et étrangers. Il a aussi collaboré dans les années 80 avec le compositeur grec Iannis Xenakis.

Les œuvres de Brewaeys ont été jouées notamment par les orchestres de La Monnaie, deFilharmonie, l’Orchestre national, Champ d’Action et Ictus.

Le compositeur a écrit des dizaines de compositions et a reçu plusieurs prix pour son travail.

Il aimait aussi tenter des expériences musicales. En 2011, l’œuvre qu’il avait composée pour le Concours Reine Élisabeth avait ainsi fait polémique, le jury l’estimant trop complexe. Le Concours s’était alors déroulé exceptionnellement sans œuvre imposée en demi-finales.

Je boirai un bon whisky ce soir à la mémoire de Talisker, son nom sur ce forum Crying or Very sad
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Luc Brewaeys (1959-2015)
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