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 SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)

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MessageSujet: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:22

Monsieur de SAINTE COLOMBE fut un compositeur et joueur de viole français réputé, né vers 1640 et mort vers 1700.

Peu de détails sur sa vie sont connus : on ne connaît ni le nom de ses parents, ni ses dates de naissance et de décès exactes, mais de récentes recherches ont permis de découvrir qu'il se prénommait Jean et su'il eut comme professeur le théorbiste Nicolas Hotman. On possède en revanche quelques informations liées à son talent de violiste, notamment grâce à ses élèves, parmi lesquels Danoville, Jean Desfontaines, Marin Marais, Pierre
éliton et Jean Rousseau.

Il est probable qu'il soit à l'origine de l'ajout d'une septième corde à la basse de viole. Jean Rousseau signale qu'il maîtrisait l'art de la viole à la "perfection". Il appartenait probablement à la noblesse lyonnaise, et il est rapporté qu'il donnait chez lui des concerts de viole. Il ne fit pas un musicien de cour.

Avec 177 pièces pour viole seule et 67 pour deux violes, Sainte Colombe se révèle un compositeur prolifique. Parmi les compositions qui nous sont parvenues, des concerts à deux violes esgales. On peut par l'intermédiaire de ces compositions, avoir une idée de la virtuosité de ce Maître.
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Snoopy
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:30

Le Mercure galant de 1679 nous rapporte que Monsieur de Sainte-Colombe assista à la création d'un opéra de Jean-Baptiste Lully.

Jean Rousseau : « De tous ceux qui ont appris à joüer de la Viole de Monsieur HOTMAN, on peut dire que Monsieur de SAINTE COLOMBE a esté son Ecolier par excellence, & que mesme il l'a beaucoup surpassé; car outre ces beaux coups d'Archet qu'il a appris de Monsieur HOTMAN, c'est de luy en particulier que nous tenons ce beau port de main, qui a donné la dernière perfection à la Viole, a rendu l'execution plus facile & plus dégagéee, & à la faveur duquel elle imite tous les plus beaux agréments de la Voix; qui est l'unique modelle de tous les Instruments: C'est aussi à Monsieur de SAINTE COLOMBE que nous sommes obligez de la septième chorde qu'il a ajoûtée à la Viole, & dont il a par ce moyen augmenté l'estenduë d'une Quarte. C'est luy enfin qui a mis les chordes filées d'argent en usage en France, & qui travaille contiuellement à rechercher tout ce qui est capable d'ajoûter une plus grande perfection à cét Instrument, s'il est possible. On peut aussi ne pas douter que c'est en suivant ses traces que les plus habiles de ce temps se sont perfectionnez, particulièrement Monsieur MARAIS, dont la science & la belle execution le distinguent de tous les autres, et le font admirer avec justice de tous ceux qui l'entendent. Tous ceux enfin qui ont l'avantage de plaire, en ont l'obligation aux principes de Monsieur de SAINTE COLOMBE, & si quelqu'un vouloit chercher la perfection du Jeu de la Viole par d'autres moyens il s'en eloigneroit, en sorte qu'il ne trouveroit jamais » (Jean Rousseau, Traité de la Viole,1687).

Marin Marais publie un Tombeau de M. de Ste Colombe en 1701.

Évrard Titon du Tillet : « Il est vrai qu’avant Marais Sainte Colombe faisoit quelque bruit pour la viole ; il donnoit même des Concerts chez lui, où deux de ses filles jouoient, l'une du dessus de Viole, et l'autre de la basse, et formoient avec leur père un Concert à trois Violes. Sainte Colombe fut le maître de Marais; mais, s'étant apperçu au bout de six mois que son Elève pouvoit le surpasser, il lui dit qu'il n'avoit plus rien à lui montrer. Marais qui aimoit passionément la Viole, voulut cependant profiter encore du sçavoir de son Maître, pour se perfectionner dans cet Instrument; & comme il avoit quelque accès dans sa maison, il prenoit le tems en été que Sainte Colombe étoit dans son jardin enfermé dans un petit cabinet de planches, qu'il avoit pratiqué sur les branches d'un Mûrier, afin d'y jouer plus tranquillement & et plus délicieusement de la Viole. Marais se glissoit sous ce cabinet; il y entendoit son Maître, & profitoit de quelques coups d'Archets particuliers que les Maîtres de l'Art aiment à se conserver; mais cela ne dura pas longtems, Sainte Colombe s'en étant apperçu & s'étant mis sur ses gardes pour n'estre plus entendu par son Elève : cependant, il lui rendoit toujours justice sur le progrès étonnant qu’il avoit fait sur la Viole ; et étant un jour dans une compagnie où Marais jouoit de la Viole, ayant été interrogé par des personnes de distinction sur ce qu’il pensoit de sa manière de jouer, il leur répondit qu’il y avoit des Elèves qui pouvoient surpasser leur Maître, mais que le jeune Marais n’en trouveroit jamais qui le surpassât » (Évrard Titon du Tillet, Le Parnasse françois, 1732, article « Marin Marais »).

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Jean-Pierre Marielle (M. de Sainte Colombe) dans le film " Tous les matins du monde" d’Alain Corneau
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MessageSujet: SAINTE COLOMBE   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:37

Oh la la Snoopy, tu me fais honte avec mon petit commentaire, mais merci car je n'ai rien trouvé de plus, avec toi j'ai des détails, j'avais d'ailleurs vu le film, je crois que c'était Jean Pierre Marielle qui tenait le rôle de Sainte Colombe, Benoît a raison, on ne peut pas tenir la distance avec ton savoir.
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MessageSujet: Sainte Colombe   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:38

PS, je n'avais pas vu la photo de Sainte Colombe, j'aurais dû me douter que tu en mettrais une
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MessageSujet: Sainte >Colombe   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:39

Et en plus en vieux françois,
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:42

SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Touslesmatinsdumondeqa6

Le résumé du film:

Le célèbre violiste Marin Marais se souvient de son maître, un musicien solitaire, monsieur de Sainte Colombe. Il raconte la vie austère de cet homme, l’éducation sévère qu’il infligea à ses deux filles après la mort de sa femme, ainsi que la recherche d’une perfection absolue dans son art. Il raconte l’initiation qu’il a reçue de lui et surtout l’antagonisme qui opposa le jeune ambitieux désireux d’être reconnu par la Cour au vieux musicien de l’ombre, intransigeant. À la suite d’une querelle avec son maître, Marin Marais poursuivit son apprentissage avec Madeleine, la fille aînée de Sainte Colombe, qui devint aussi sa maîtresse. Elle lui sacrifia tout, mais le jeune musicien s’éloigna pour mener une carrière brillante. La jeune femme se dessécha puis se suicida. Hanté par les secrets du grand maître, Marin Marais épia la cabane dans laquelle Sainte Colombe avait pris l’habitude de jouer pour faire revenir sa femme. Un soir, cependant, le vieil homme surprend son ancien disciple et lui révèle enfin son art.

Un double récit

Dans le film d’Alain Corneau, c’est le point de vue de Marin Marais qui prend en charge tout le récit. Le roman retrace dans sa chronologie la vie de Sainte Colombe depuis la mort de sa femme, ses relations conflictuelles avec son élève et avec sa fille. Le film rapporte la confession d’un musicien célèbre qui veut révéler son imposture en racontant pendant une leçon de musique tout ce qu’il doit à son maître. Parce qu’il se présente comme un souvenir, le flash-back est teinté d’une nostalgie coupable. Le prologue ainsi ajouté est constitué d’un long plan séquence de six minutes sur le visage de Marin Marais âgé pendant qu’un maître de musique administre une leçon hors scène, suggérant ainsi la vie de la Cour au XVIIIe siècle. L’annonce d’une imposture oriente le spectateur vers un secret à découvrir, ce qui rappelle la rivalité entre Salieri et Mozart dans le film Amadeus. L’antagonisme se résout dans la confrontation finale qui s’avère être une réconciliation. Marin Marais cherchait dans l’intimité jalouse de son maître ce qu’il renfermait en lui. Dans le prologue, Marin Marais occupe différentes situations : au sentiment d’échec répond une reconnaissance. Une fois mort, le maître (l’image de Sainte Colombe revenant dans l’épilogue) peut reconnaître le talent de son disciple qui l’a égalé voire dépassé : « J’éprouve de la fierté à vous avoir instruit », finit par avouer Sainte Colombe. L’enchâssement du récit d’initiation dans une scène de leçon de musique souligne l’importance du thème de la transmission qui s’est réalisée malgré les heurts ; la leçon qu’il a reçue de son maître est celle qu’il va léguer à ses élèves. Enfin, la focalisation interne introduit un doute sur le récit de la vie de Sainte Colombe puisque tout est perçu par un des protagonistes du drame, celui précisément qui est obsédé par le mystère. Cela confère à l’ensemble du film un caractère irréel, proche du conte. Devenu homme de légende aux yeux du disciple, le violiste peut faire apparaître sa femme en jouant seul dans la cabane. Tout peut être le fruit de l’imagination de l’artiste Marin Marais.

Deux conceptions de l’art

Sainte Colombe apparaît vêtu de noir dans un costume démodé, au chevet d’un ami qui vient de mourir. Il est dès la première image associé à une musique funèbre, il reste silencieux, et quand il parle, sa voix n’est qu’éclat comme s’il était incapable de communiquer. Il s’enferme dans une cabane, vit dans l’ombre et joue seul ou avec ses filles dans un cercle intime.

Le jeune musicien, vêtu d’abord d’un pourpoint rouge, s’oppose au maître par la jeunesse et par le mouvement : il est celui qui arrive par les chemins et qui repart, il suit une trajectoire, tandis que son maître semble immobile, tout entier concentré sur une recherche intérieure. La scène de l’audition montre clairement l’opposition entre les deux personnages : le jeune virtuose joue de face en pleine lumière, alors que le violiste solitaire reste sur le côté dans l’ombre. Cette scène révèle également les deux conceptions opposées de l’art de la viole. L’adolescent a perdu sa voix et cherche dans la viole un substitut de la voix humaine, tout comme Sainte Colombe a perdu sa femme et cherche dans son art un moyen de la retrouver. Mais le jeune homme, dépité d’avoir été chassé de la Cour, voit dans cet instrument une forme de revanche ; il cherche à satisfaire une ambition. Son penchant pour les mondanités se confirme par la suite avec le costume blanc de courtisan et le goût pour les rubans. Loin de concevoir une revanche sur l’existence, Sainte Colombe cherche une consolation, l’apaisement d’une blessure qui n’est jamais dite. Sa conception de la musique repose sur des refus intransigeants qui éclatent dans la scène de la requête royale ainsi que dans celle du renvoi de Marin Marais. Non seulement il vit dans la solitude de la cabane endeuillée, mais il veut perfectionner un art à l’ombre du pouvoir officiel. Sa visite à un autre artiste de l’ombre, Lubin Baugin, peintre janséniste, confirme ce choix. Enfin, dans la scène du heurt violent avec son élève, le maître rembourse la viole brisée, mais il ironise sur « le cheval de cirque » que ce jeune gandin pourra acquérir avec cette somme. L’assimilation des musiciens de Versailles aux bateleurs du Pont-Neuf trahit ce même mépris pour l’univers factice de la Cour.

La comparaison entre les deux personnages fait ainsi apparaître toute une série d’écarts : le fossé des générations, un art du XVIIe siècle tourné vers le passé n’admettant pas une musique annonçant le XVIIIe siècle, une pratique proche de l’amateurisme et l’engagement dans une carrière, une création pour soi ou pour un public.

La mort

Marin Marais présente son maître comme un homme familier de la mort : « Il a tout regardé du monde avec la grande flamme qu’on allume au chevet d’un mourant. » Ce thème baroque de la proximité de la vie et de la mort se déploie tout au long du film dans une réflexion sur la création. De fait, Sainte Colombe apparaît à l’écran en train de jouer au chevet d’un de ses amis. L’opposition entre vie et mort apparaît essentiellement dans la dualité entre les deux filles : l’une choisit la vie quand l’autre s’abandonne à la mort. C’est le deuil de l’épouse qui entraîne l’enfermement dans l’art et permet la composition du Tombeau des regrets. De même, la mort de Madeleine est nécessaire pour que Marin Marais puisse donner libre cours à son génie. Les scènes de solitude font alterner des plans sur la mare bleutée, lieu de mort, et des plans sur la cabane, lieu de la libre improvisation. Ainsi, la mort s’avère être aussi source de vie et l’art permet de ressusciter la femme aimée. Marin Marais, devenu un artiste accompli dans l’épilogue, peut enfin honorer la mémoire de Madeleine en interprétant La Rêveuse.
Tel Orphée avec sa lyre, Sainte Colombe fait revenir sa femme du monde des morts grâce à sa viole. Avant de faire apparaître la belle morte, la caméra passe toujours par le regard extatique de Sainte Colombe, ce qui annule tout effet fantastique. Ainsi, il transcende son chagrin par la musique et par le rêve.

Littérature, musique et peinture

La voix off de Gérard Depardieu fait entendre la langue âpre et épurée de Pascal Quignard. Cette voix off rythme les séquences du film et, dans l’évocation de la vie menée par la famille de Sainte Colombe avant l’arrivée du narrateur, la voix précède l’image, qui est en quelque sorte illustrative.

L’autre art qui scande le récit est naturellement la musique. Presque toutes les scènes ont un rapport avec la musique quand elles ne proposent pas une interprétation. Dans la séquence consacrée à la mort de Madeleine, la musique remplace la parole durant l’ultime entretien avec son ancien amant ; dans la scène de la pendaison, la viole courbe et sensuelle est en arrière-plan.

Les jeux des deux musiciens sont différents. Pour Sainte Colombe, un jeu inspiré, passionné et mêlé de larmes. Pour Marin Marais, un jeu plus rapide, une virtuosité légère et un regard quêtant la satisfaction de son auditoire.

Dans la séquence consacrée à la visite chez Lubin Baugin, le propos de Sainte Colombe sur sa musique semble un manifeste : à la manière d’un sage oriental, le maître apprend à son disciple à écouter le sifflement du vent, puis le bruissement du pinceau et le bruit plus trivial de l’urine sur le sol. La musique est ainsi faite de simplicité et d’émotion comme le silence. C’est l’accès à cette dernière vérité pourtant pressentie qui est longtemps refusé au jeune homme.

Le cinéma rend également hommage à la peinture du XVIIe siècle avec le choix du plan fixe inauguré dans le prologue, les portraits de Madeleine, les clairs-obscurs dans les scènes d’intérieur rappelant les toiles de Georges de La Tour. Les couleurs saturées et la profondeur de champ s’inspirent de l’esthétique des vanités. Lorsqu’est mis en scène le plat de gaufrettes de Lubin Baugin, les différents éléments composant la nature morte trouvent leur place sur la table, ce qui entraîne l’apparition de l’épouse défunte, le tableau de Baugin apparaît ensuite par superposition puis un travelling arrière vient rappeler que cette nature morte est également un tableau cinématographique. Les mêmes objets se déplacent, circulent dans les mains au cours de la scène de confrontation entre les deux musiciens comme s’ils retrouvaient leur réalité. Ainsi, musique, peinture, vie et mort sont étroitement liés.
Le document

Dans une gazette de 1732 se trouve une notice consacrée au musicien Marin Marais, rédigée par Évrard Titon du Tillet, notice qui est à l’origine du travail de l’écrivain Pascal Quignard.

MARIN MARAIS

Parisien, né le 31 mai 1656. Ordinaire de la Musique de la Chambre du Roi pour la Viole, mort à Paris, faubourg Saint Marceau, le 15 août 1728, dans sa 73e année, inhumé à Saint Hippolyte, sa paroisse.
On peut dire que Marais a porté la viole à son plus haut degré de perfection, et qu’il est le premier qui en a fait connaître toute l’étendue et toute la beauté par le grand nombre d’excellentes pièces qu’il a composées sur cet instrument, et par la manière admirable dont il les exécutait.

Il est vrai qu’avant Marais Sainte Colombe faisait quelque bruit pour la viole ; il donnait même des concerts chez lui, où deux de ses filles jouaient, l’une du dessus de viole, et l’autre de la basse, et formaient avec leur père un concert à trois violes, qu’on entendait avec plaisir, quoiqu’il ne fût composé que de symphonies ordinaires et d’une harmonie peu fournie d’accords.

Sainte Colombe fut même le maître de Marais ; mais s’étant aperçu au bout de dix mois que son élève pouvait le surpasser, il lui dit qu’il n’avait plus rien à lui montrer. Marais qui aimait passionnément la viole, voulut cependant profiter encore du savoir de son maître pour se perfectionner dans cet instrument ; et comme il avait quelque accès dans sa maison, il prenait le temps en été que Sainte Colombe était dans son jardin enfermé dans un petit cabinet de planches, qu’il avait pratiqué sur les branches d’un mûrier, afin d’y jouer plus tranquillement et plus délicieusement de la viole. Marais se glissait sous ce cabinet ; il y entendait son maître, et profitait de quelques passages et de quelques coups d’archets particuliers que les maîtres de l’art aiment à se conserver ; mais cela ne dura pas longtemps, Sainte Colombe s’en étant aperçu et s’étant mis sur ses gardes pour n’être plus entendu par son élève : cependant il lui rendait toujours justice sur le progrès étonnant qu’il avait fait sur la viole ; et étant un jour dans une compagnie où Marais jouait de la viole, ayant été interrogé par des personnes de distinction sur ce qu’il pensait de sa manière de jouer, il leur répondit qu’il y avait des élèves qui pouvaient surpasser leurs maîtres, mais que le jeune Marais n’en trouverait jamais qui le surpassât.
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MessageSujet: Sainte Colombe   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:46

Trés beau film, trés belle musique, trés belle époque, enfin un film intelligent.
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Snoopy
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-18, 23:46

Oui c'était un beau film Wink
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joachim
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-19, 10:27

J'avoue que les pièces pour viole en général, qu'elles soient de Sainte Colombe ou de Marin Marais, ou d'autres (Couperin, Forqueray...), sont un aspect de la musique que je n'aime pas beaucoup. Je dirais même que je trouve la basse de viole plutôt ennuyeuse et sinistre. Embarassed

Mais selon la formule que j'ai faite mienne, ceci n'engage que moi Wink
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MessageSujet: SAINTE COLOMBE   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-19, 10:32

Il est vrai que la musique est trés austère, mais de temps en temps ce n'est pas désagréable, j'avais beaucoup apprécié ce film, son époque, ses décors, son sujet.
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Snoopy
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-19, 10:46

joachim a écrit:
J'avoue que les pièces pour viole en général, qu'elles soient de Sainte Colombe ou de Marin Marais, ou d'autres (Couperin, Forqueray...), sont un aspect de la musique que je n'aime pas beaucoup. Je dirais même que je trouve la basse de viole plutôt ennuyeuse et sinistre. Embarassed

J'avoue qu'au début je n'aimais pas trop non plus puis à force de l'écouter, d'y découvrir un intérêt musical. Le son seul de l'instrument, dépouillé, sa seule force et vibration en font un certain charme.
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MessageSujet: SAINTE COLOMBE   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-19, 11:08

Tout à fait d'accord avec toi, j'aimerais bien assister à un petit concert de Sainte Colombe, dans un vieux chateau moyennageux, dommage que ça n'existe pas, revenir en arrière, quitter le modernisme le temps d'un rêve.
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benoît

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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-03-19, 12:55

Moi aussi j' avais beaucoup apprécié le film,acheté le CD mais j' avoue que , hors du contexte, il faut que je me fasse violence pour écouter longtemps cette musique,dont l' austérité finit toujours par m' ennuyer.
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joachim
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MessageSujet: Re: SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700)   SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Empty2007-07-09, 20:08

Voici l'intéressant article de Jonathan Dunford qui a fait des recherches poussées sur Sainte Colombe.

Le Mystère Sainte Colombe

Jonathan Dunford

Sainte Colombe, un obscur violiste du XVIIème siècle oublié par la plupart des adeptes de la viole de gambe et des musicologues, s'est vu soudainement placé au centre de toutes les préoccupations par la sortie du film "Tous les matins du monde" (1991), dont le scénario se base sur un roman éponyme de Pascal Quignard[1].

Le film dépeint un musicien austère, élevant seul ses deux filles, vivant dans un château isolé et rejetant le faste et la sécurité de la Cour du Roi Soleil. Le roman comme le film s'appuient sur la documentation alors peu abondante dont disposaient les musiciens et musicologues en 1991.

A quel point le véritable Sainte Colombe était-il proche de son personnage cinématographique? Aucune certitude ne sera jamais acquise, mais quelques années d'une patiente recherche[2] ont pu dévoiler certains jalons sur qui il était et comment il vivait. Cet essai ne donnera pas de réponses définitives ; actuellement il n'en existe aucune. Quoi qu'il en soit, la documentation présentée ici permettra de corriger certaines erreurs et idées fausses qui se sont glissées cette dernière décennie concernant la biographie et les œuvres de ce génie trompeur, et servir de base aux futurs chercheurs.

Le film reçut un énorme succès commercial, remportant également sept Césars. Il apporta une reconnaissance immédiate à la viole de gambe et à sa musique. Alors que le jusque-là inconnu Sainte Colombe concentrait toute l'attention, un article prétendant avoir découvert la véritable identité de Sainte Colombe fut publié sur la première page du journal Le Monde[3]. Selon le musicologue qui avait rédigé cet artcile, le véritable nom de Sainte Colombe était Augustin d'Autrecourt et il vivait à Lyon dans les années 1650. Quoi qu'il en soit, une meilleure observation des sources permit de comprendre qu'il s'agissait d'une mauvaise interprétation. En effet, un professeur de musique qui enseignait également la viole à Lyon a bien existé dans cette période. Aussi avons nous trouvé dans les archives de l'Hospice de la Charité à Lyon le texte suivant :

"Acte de reception du Sieur de Ste Colombe, Maitre musicien, pour la maison.

Sieur Augustin Dandricourt dict Sainte Colombe, maître musicien à Lyon, a esté recu par la compagnie appres avoir esté informée de ses bonnes vies mœurs et cappacité pour enseigner et establyr la musique aux enfans adoptifs de ceste maison au nombre nécessaire maintenir celle des filles de Sainte Catherine aussi adoptives, et à ceux qu’il verra les plus proprres leur apprendre la composition et la viole, et leur fire les leçons tous les jours affin de faire au plus tos qu’il se pourra ung cœur de musique complet, et venir assister aux divins offices pour les festes acoustumees, et pour les deffuncts bienfacteurs, ce qu’il a promis de faire et de s’en aquiter le mieux qu’il luy sera possible. A remercie lesdits sieurs recteurs qui lui ont accordé pour ses gages la somme de cent cinquante livres par an, quartier par quartier." [4]

Le nom D'Autrecourt mentionné dans Le Monde vient d'une erreur de lecture de l'écriture manuscrite du XVIIème siècle. Mieux encore, il s'agissait de Monsieur Dandricourt[5] qui, comme il est prouvé dans ce document, utilisait le pseudonyme de Sainte Colombe ou Sainte Culumbe. Il existait dans cette région une famille importante du nom de Sainte Colombe qui était bienfaitrice de l'Hospice de la Charité[6] et certains liens de famille ont pu exister entre le professeur de musique et cette famille. Cependant, depuis la parution de l'article erroné du Monde, le nom mal lu "D'Autrecourt" s'est répandu et peut être aujourd'hui trouvé dans des articles, ouvrages, pochettes de disque etc. Il est grand temps d'éliminer toute association entre le nom D'Autrecourt et celui du musicien Sainte Colombe.

On sait également que Sainte Colombe a étudié auprès d'Hotman à Paris[7]. A-t-il pu faire régulièrement un aussi long voyage entre Lyon et Paris? D'autant plus que Dandricourt, ce modestement payé directeur de chœur, qui pour partie de son travail apprenait à quelques filles à jouer de la viole comme instrument continuo pour accompagner le chœur, pouvait difficilement être le même Sainte Colombe qui plus tard, en 1678, fut proclamé par le Mercure de France, comme étant "si célèbre pour la viole"[8] et qui donnait des concerts à Paris, des cours aux plus grands violistes tels Marais et Rousseau[9],

D'autres recherches sur le véritable Sainte Colombe menée dans les "Insinuations de Châtelet"[10] aux Archives Nationales de France, m'ont permis d'y découvrir une Françoise de Sainte Colombe s'est mariée en 1669[11]. Son père était un certain "Jean de Sainte Colombe bourgeois de Paris" et l'un de ses témoins de contrat de mariage était un organiste du nom de Nicolas Caron (organiste à Saint-Thomas de Louvre et à l'église Sainte Opportune). Plus tard, je découvris que Jean de Sainte Colombe avait son témoin en 1658.

Cherchant plus loi, je découvrais que dans les années 1650 et 1660, Jean de Sainte Colombe était le père de deux filles, Brigide et Françoise, et vivait dans la rue de Betizy (aujourd'hui la rue de Rivoli) dans le quartier de Saint-Germain-l'Auxerrois. Cette rue coupe la rue de la Monnaie et la rue Bertin Poirée; assez curieusement, ce sont deux des premières adresses du jeune Marin Marais. Plus encore, dans la rue Saint-Germain l'Auxerrois, située une rue plus haut, vivait le célèbre violiste Du Buisson.

Dans son Parnasse François (1732), Evrard Titon du Tillet nous donne une description précise de l'homme Sainte Colombe. De lui nous apprenons le compositeur "donnait des Concerts dans sa maison au cours desquels deux de ses filles prenaient part, l'une au dessus de viole, l'autre à la basse, formant avec leur père un Consort de trois Violes."[12] Ces filles ont-elles pu être les filles de Jean Françoise et Brigide? Là encore de plus amples recherches ont dévoilé que l'aînée de ses filles, Françoise de Sainte Colombe, s'est mariée avec Jean Varin, professeur de mathématiques du Roi et titulaire d'un poste à Belfort, alors que sa sœur, Brigide, s'est mariée avec Louis Lebé, un des secrétaires du Marquis de Segnelay, qui était implanté à Versailles. Les Lebé, une famille d'éditeurs de livres et de partitions, étaient étroitement associés à la fameuse famille Ballard. Nous savons également que le musicien Sainte Colombe entretenait des liens très proches avec une famille d'éditeurs appelée "Allain" (cf. le Concert à deux violes appelé "L'allain")[13]. Il est intéressant de noter que de nombreux noms liés à Jean de Sainte Colombe étaient de confession protestante.

Tous ces nombreux documents plaident en faveur de Jean de Sainte Colombe et pour l'instant, au cours de mes nombreuses années de recherches aux Archives Françaises, je n'ai jamais trouvé Jean de Sainte Colombe en tant que musicien mais constamment en tant que "bourgeois de Paris". Cette connexion protestante plausible est un élément important; l'antagonisme envers les non-catholiques était assez répandu après 1685 et la Révocation de l'Edit de Nantes. Sainte-Colombe a-t-il pu être protestant et, conséquemment, méprisé par les registres officiels ? Jusqu'à ce que nous trouvions enfin un document se référant à Jean pour le musicien, ou se référant à Jean en tant que musicien, nous ne pouvons être certains qu'il s'agit du musicien Français adulé.

Ensuite il y a la réclamation d'un ou de plusieurs fils, certainement illégitimes, donc sans inscription dans les registres officiels. Dans son ouvrage Réflexions sur l'Opéra publié en 1742, Rémond de Saint-Mard prétend avoir connu un des fils de Sainte Colombe. Il le décrit comme "un homme simple qui n'avait pas assez d'imagination pour mentir[14].".

Six suites pour basse de viole seule de "Mr de Sainte Colombe le fils"[15] sont à découvrir à la bibliothèque de la Cathédrale de Durham. Elles font partie d'un volume de 300 pages de musique pour basse de viole seule, conprenant des œuvres de Marais, Dubuisson, Simpson et de nombreux autres compositeurs. Il a été entièrement copié par un violiste amateur et pasteur protestant du nom de Phillip Falle[16]. Curieusement, des notes à l'encre rouge se trouvent seulement sur la musique de Sainte Colombe le fils. Falle a-t-il pu être un étudiant de Sainte Colombe le fils, dont nous savons qu'il a vécu à Edimbourg pas très loin de Durham?[17]

La bibliothèque de Durham abrite également une dissertation théologique en Latin d'Henri Auger de Sainte Colombe qui était un pasteur protestant originaire du Béarn[18]. Son acte de naissance indique qu'il est né près de Pau, en Béarn (France), le 1er juin 1680, de Monsieur le Baron Jean de Sainte Colome (un "m", aucun "b") et de Marie de Landorte.

De nombreuses lettres ont été laissées par Henri Auger et, curieusement, on le retrouve à Londres aux mêmes moments que Sainte Colombe le fils. En 1713, on retrouve mention de ce dernier dans le journal Londonien The Daily Courant, dans une annonce pour un "concert benefice for Mr Sainte Colombe" qui fut donné à l'Hickford Room de Londres[19]. Ont-ils pu être liés ? D'après les dates, ils ont pu être cousins. Un professeur de viole, à Londres en 1716 du nom de "Mr Cynelum,"[20] a également pu être le même Sainte Colombe le fils, son nom semblant être une version anglicisée pour faciliter sa prononciation par un anglophone.

Il semblerait qu'il ait existé deux branches de la famille Sainte Colombe originale, l'une protestante et du Béarn et l'autre catholique de Lyon. Les archives protestantes de Paris portent mention dans le "répertoire Haag" d'un Sainte Colombe Parisien (sans prénom) qui est noté en 1700 comme étant "fort suspect de religion."

Une liste des musiciens Parisiens, établie en 1692 par Abraham du Pradel, référence un Sainte Colombe mais inscrit une ligne de pointillés à la place d'une adresse[21] et ce nom de Sainte Colombe n'apparaît pas du tout dans le registre d'imposition des musiciens en 1696[22].

Le Tombeau de Sainte Colombe est bien sûr dans le second livre de Pièces de Viole de Marais publié en 1701. Mais le même livre contient le Tombeau pour Lully qui est mort en 1687. Tout ceci laisse penser que Sainte Colombe est décédé aux alentours de 1686 – 1700.

Il y a quelques années un correspondant a indiqué un article d'un certain Claude Astor Musique et Musiciens à Saint Julien au XVIIe siècle, Un Sainte Colombe à Brioude[23]. Cet article est accompagné d'un testament et d'un inventaire de Marie d'Estoupe, veuve du Sieur de Sainte Colombe, qui a été enterré à Brioude le 13 novembre 1688 au cimetière de l'église de Saint-Julien[24]. Ce musicien qui s'est installé à Brioude à une date inconnue emportant avec lui un nombre impressionnant d'instruments. La liste recense deux orgues portatifs, deux épinettes, sept violes de gambe (quatre basses et trois dessus) et un luth. Il est plus que probable qu'il y est arrivé peu de temps avant sa mort; il n'était en effet peu courant de voir une femme habiter seule une collégiale. Malheureusement son prénom n'est jamais mentionné dans aucun des documents.

Avec plus de recherches patientes et méticuleuses il serait possible d'aboutir à une évidence ferme et conclusive qui donne une date de naissance et une date de décès et peut-être même une généalogie à ce grand maître de la viole. Notre équipe s'est souvent confrontée à des essais infructueux lorsque les archives sont littéralement parties en fumée aussi bien à Paris qu'en Province. Peut-être que des recherches en Grande-Bretagne (où il reste de nombreuses archives pour la plupart intactes) nous permettront de résoudre le mystère Sainte Colombe.

Source : http://jonathan.dunford.free.fr/html/sainte-c.htm


Dernière édition par le 2007-07-09, 20:16, édité 1 fois
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joachim
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Jonathan Dunford nous donne aussi le catalogue des oeuvres :

Œuvres

Toute la musique de Sainte Colombe tient en quatre livres:


- Deux livres pour viole seule (106 pièces) à la Bibliothèque Nationale d'Ecosse connus sous le nom des manuscrits de Panmure. Ils ne sont pas signés mais un inventaire de 1685 présente ces deux livres en tant que "viole lessons of Mr. St. Columbe in two books"[25].

- Un livre pour viole seule (144 pièces) à Tournus (Bourgogne), connu comme le manuscrit de Tournus. Ce manuscrit n'est lui pas non plus signé mais environs 70 de ces pièces se trouvent également dans les manuscrits écossais. Cette concordance et le style d'écriture de la musique les désigne clairement comme étant des œuvres de Sainte Colombe.

- Les Concerts à Deux Violes Esgales, une collection de 67 duos sont maintenant conservés à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Environ 4à de ces pièces se trouvent en version solo dans les manuscrits mentionnés ci-dessus.


L'hypothèse qu'il manque la partie d'une seconde viole dans les manuscrits pour viole seule a été avancée. Néanmoins, il y a de bonnes raisons de penser que ces œuvres faisaient plutôt parties d'une longue tradition d'un répertoire pour viole seule dominant dans l'Europe du XVIIème siècle. Rien qu'en France nous connaissons l'important répertoire pour viole seule d'Hotman, qui nous a laissé approximativement 45 pièces pour basse de viole seule et de Dubuisson dont les œuvres qui nous sont parvenues sont au nombre de plus de cent pièces [note de bas de page pour renvoyer le lecteur à l'article de Stuart du même volume]. Cette tradition s'est continuée avec la musique soliste de Demachy puis de Marin Marais et du propre fils de Sainte Colombe. La première parution de la musique de Marais date de 1686 et était un ensemble de pièces pour viole solo. En 1688, le violiste Jean Rousseau rapporte dans une lettre que "tout le monde joue la musique de [Marais]". Ce n'est que l'année suivante, en 1689, que Marais franchit une nouvelle étape et édita une partie de "basso continuo" pour son premier livre. C'était la première fois en France qu'un accompagnement est publié pour la viole ou pour n'importe quelle autre musique instrumentale, jusqu'au commencement d'une nouvelle vague qui devait se perpétuer au XVIIIème siècle.

Je pense que dans la société française du XVIIème siècle, la basse de viole jouait un rôle comparable à celui de son proche cousin le luth, en tant qu'instrument soliste sans accompagnement [26] et que dès lors, la musique de Sainte Colombe s'inscrit beaucoup plus dans la tradition continue du XVIIème siècle d'une musique pour viole sans accompagnement. Au moment où ce siècle s'achève, il commença à exploiter et à développer une nouvelle forme qui lui est propre, les duos pour deux violes.

Cette tradition de transformer une pièce soliste en un duo pour deux basses de violes commence en France avec Nicolas Hotman[27], pour autant il existe de nombreux exemples en Angleterre de pièces pour solo ou duo de violes écrites par Hume, Corkine et Ferrabosco entre autres. En fait, il existe peu de pièces solo de Sainte Colombe que l'on trouve réécrite en duos dans ses Concerts à Deux Violes Egales. La partie de seconde viole des Concerts à Deux Violes Esgales est souvent beaucoup plus exigeante. On peut imaginer que la partie soliste était donnée à un élève avec lequel Sainte Colombe devait improviser une seconde partie plus virtuose[28].

On attribue à Sainte Colombe l'ajout d'une septième corde à la basse de viole et l'invention des [wound bass strings] "... we owe to him this beautiful left hand position which brought viol playing to perfection [et] allowed him to imitate the greatest qualities of the human voice ... ; we also owe to M. de Sainte Colombe the 7th string which he added to the viol. Finally, he ... introduced the use of silver-spun strings in France, and he continually works to find anything to improve this instrument, if it were possible."[29] Que ce soit vrai ou faux, peu importe. La musique de Sainte Colombe parle d'elle-même. C'est la première musique en France qui utilise la septième corde, ce qui ressort du tout premier prélude pour viole seule du manuscrit de Tournus. La virtuosité nécessaire pour jouer cette musique dépasse de loin celle de ses prédécesseurs comme Hotman et de ses contemporains tel Dubuisson. Les solos tout autant que les duos montrent l'intuition de Sainte Colombe dans l'improvisation et un coup d'archet "diaboliquement" agile qui faisait l'admiration de ses disciples parmi lesquels Marin Marais[30].

La réputation de Sainte Colombe et son sens de l'innovation ont sûrement conduit la viole à une place prédominante comme instrument soliste en France sous l'Ancien Régime. Il a dû avoir un rôle influant dans l'évolution du répertoire de la viole française du XVIIème siècle passant d'une musique pour basse de viole seule non accompagnée à, à la fin du siècle, une musique pour basse de viole soliste accompagnée par un continuo à la basse de viole. Le nombre imposant de duos, ainsi que leur extraordinaire durée et beauté, écrits par Sainte Colombe sont cruciaux dans ce développement, mais ne doit pas laisser dans l'ombre le fabuleux répertoire pour viole seule qui l'a précédé.

Il reste seulement à espérer que nous découvrirons de plus en plus ce compositeur exceptionnel pour la viole de gambe.


Editions Modernes


Jean (?) de Sainte Colombe, Recueil de Pièces pour Basse de Viole Seule,

Facsimile des manuscrits MS 9469 et MS 9469 (manuscrits Panmure) à la National Library of Scotland, Edimbourg, Genève : Editions Minkoff, 2003.


Jean (?) de Sainte Colombe, Recueil de Pièces pour Basse de Viole Seule

Facsimile du manuscrit M.3 de la Bibliothèque municipale de Tournus

(manuscrit Tournus), Genève : Editions Minkoff, 1998.


Concerts à Deux Violes Esgales du Sieur de Sainte Colombe, Société Française de Musicologie, 1998.


Sainte Colombe le jeune, Five suites for solo bass viol, ed. Jonathan Dunford, Strasbourg: Les Cahiers du Tourdion, 1998.
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Ludwig a écrit:
Trés beau film, trés belle musique, trés belle époque, enfin un film intelligent.

C'est grace à ce film que j'ai quitté une dizaine d'année le jazz pour explorer la musique classique. D'abord le baroque (gros flash sur Haendel), puis Beethove (j'aime moyen Mozart SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) Languepe ), les romantiques (l'intégrale symphonique) pour finir par trouver ma voie dans: Bruckner, Malher, Sibelius, la musique française SAINTE COLOMBE (v.1640-v.1700) 200256
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