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 Poro, Re dell'India de Haendel

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Snoopy
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MessageSujet: Poro, Re dell'India de Haendel   Mer 28 Fév - 11:38

En 1731, Haendel connaît l'un de ses plus beaux succès avec Poro, Re dell'India. Pourtant deux années plus tôt, en 1728, le compositeur se vit dans l'obligation déchirante pour lui qui avait tant donné pour sa réussite, de fermer le théâtre qu'il dirigeait, la "Royal Academy of Music". La scène était d'autant plus chère qu'elle avait accueilli ses plus grands ouvrages: Tamerlano, Giulio Cesare, Rodelinda, Admeto... C'est que parmi les publics de Londres, l'opéra italien a de moins en moins de succès. Les spectateurs préfèrent applaudir des productions en langue anglaise, tel le critique et parodique Beggar's opera de Gay et Pepusch.

Pas désappointé pour un sou, Haendel repartait en campagne, glorieux ambassadeur de la lyre italienne: il persuadait le directeur du King's Theatre, Heidegger, de produire de nouveaux serias, dignes, moraux, spectaculaires. Ainsi, le compositeur put se remettre à l'ouvrage, à peine huit mois après la fermeture de son Académie Royale de musique, et recruter sur place, divas italiennes et castrats non moins célébrés... Ainsi, le 2 décembre 1729, Lotario affirmait sur la scène du "Second théâtre lyrique de Haendel", la persistance d'une volonté jamais éteinte.
Mais, Lotario fut un four, comme l'opéra qui suiva, Partenope. Or rien de tel avec, Poro, créé le 2 février 1731. Presque 30 représentations: un succès en forme de record qui renouait avec son Siroe de 1728.

Rien ne fut négligé

Haendel s'assura les services poétiques d'un jeune librettiste, promis à un bel avenir: Pietro Metastasio. Le texte porte déjà l'idéalisme moral, vertueux et classique du futur poète de la Cour impérial de Vienne. En ce sens, le glorieux et vainqueur Alexandre, sait pardonner, être clément, abandonner pouvoir et amour en faveur du Roi de l'Inde, qu'il a préalablement soumis. Grandeur du héros, conquérant pacificateur. Il est étonnant à ce titre de constater que l'inspiration de Haendel, amateur des emportements fantastiques et de la passion dévorante, se soumette ainsi à la loi du rationalisme et de l'équilibre moralisateur. Au poète déjà classique dans les années 1730, période du pur rococo, correspondait le musicien des contrastes outrés, des violences et de la sauvagerie sentimentale. Haendel n'avait plus rien à perdre: tout accepter plutôt que rompre le cycle de ses productions italiennes!

Le compositeur opta pour une ligne mélodique favorisée, souveraine comme en témoigne l'air d'Erissena, "Son confusa pastorella" (Acte III), qui connut un triomphe populaire. Le compositeur ose néanmoins résister au style envahissant des napolitains, luttant contre la simplification inexpressive, selon lui, de l'harmonie, la simplicité fade des airs... Il devra pourtant déclarer forfait en 1741, constatant que l'opéra italien ne convainc plus. Pire, il fait fuir.
En 1731, avec Poro, rien de tel encore: la science des airs, l'opulence claire et intelligible de la mélodie indique que Haendel a acclimaté les ficelles des napolitains. Le succès de Poro vint également des chanteurs, virtuoses, célébrissimes: le castrat Senesino (Poro), Anna Maria strada del Po (Cleofide dans Poro) s'imposèrent, déclanchant l'hystérie du public. La chanteuse assez disgracieuse puisque surnommée sans ménagement pour sa personne, "the pig", compensait par d'évidentes dispositions vocales. Elle sera Alcina en 1735. Enfin, le ténor bolonais Balino, incarnait Alessandro: le seul ténor qui put rivaliser avec les plus grands castrats de l'heure. L'orchestre fourni, comprenait au moins trente cordes, quatre bassons. Un volume instrumental appréciable pour la salle du King's Theatre qui ne pouvait contenir que 800 spectateurs.

En 1732, Handel reprit quatre fois Poro. En 1736, Haendel voulut reprendre son opéra triomphal mais seule la Strada resta dans son théâtre. Tous les autres préférèrent rejoindre le théâtre rival, financé par le Prince de Galles, au Covent Garden, temple lyrique où se donnèrent désormais les plus grands succès napolitains.

Dans cette oeuvre où il faut reconquérir un public, Haendel doit se soumettre au diktat classicisant du jeune maître Métastase. Le premier acte d'exposition, assez terne, finit par presque rompre la corde de la patience. Seul le dernier air "ose" un mode mineur! Heureusement, le couple des souverains de l'Inde, Poro et Cleofide, qui se disputaient auparavant, ouvre le deuxième acte, en un duo d'amour embrasé et sensuel : kaput, Metastasio! Les palmes vertueuses du poète perdent de leur superbe. La fougue et le sang haendéliens resurgissent nettement. D'ailleurs, tout le second acte est dominé par le mode mineur, et le final affirme la prééminence du musicien, en un bon si mineur (solitaire et mélancolique comme nous le rappelle Charpentier): enfin, voilà le vrai visage de Haendel: sanguin, impatient, sombre, comme nous l'aimons sur la scène.

Poro, Re dell'india
Opéra en deux actes
Livret de Pietro Metastasio
Créé à Londres, King's Theatre,
le 2 février 1731
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Poro, Re dell'India de Haendel
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