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 Esteban Buch, "Le cas Schönberg"

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Snoopy
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MessageSujet: Esteban Buch, "Le cas Schönberg"   Sam 24 Fév - 11:34

par Alexandre Pham

Un compositeur et sa résonance médiatique. S'il est toujours délicat d'évaluer une oeuvre pour elle-même, les échos et les réactions qu'elle suscite, enthousiastes ou scandaleuses, "parlent" pour elle et façonnent à travers les époques, son image et celle de son auteur.

Dans "Le cas Schönberg", Esteban Buch analyse la fortune critique du compositeur par lequel le scandale s'est imposé, durablement, pendant toute la carrière : l'inventeur du dodécaphnisme, opère la révolution du langage musical, à peu près comme Picasso et Braque, sur les traces de Picabia, font basculer la peinture du figuralisme à l'abstraction.

Pour beaucoup de "récepteurs", Schönberg est l'homme de la rupture, du chaos, il y a bien un avant et un après Schönberg. Magistralement documenté, à partir d'une dizaine de titres de presse Viennois, l'auteur analyse comment pour chaque création de ses oeuvres, entre 1898 jusqu'à 1913, de la création sereine de son Quatuor en ré majeur, à la création le 23 février 1913, des Gurrelieder, un musicien fait scandale.

Schönberg suscite une polémique unanime, celle qui a provoqué les foudres de la critique. Le texte fait l'inventaire des réactions, de leurs mots, de leur sens, intégrant désormais l'oeuvre du musicien dans le bain social et culturel qui a reçu sa musique à l'époque où il tentait de la faire connaître, et la faire comprendre. En cela, Schönberg, cible permanente des critiques haineux, est un cas d'école.

Plus tard, au moment de l'hitlérisme, le cas Schönberg s'est poursuivi. L'atonalisme porté par un juif : voilà de quoi susciter les haines barbares. Confronté à l'hérésie nazie, Schönberg passe évidemment pour un décadent, mais quand son oeuvre revêt l'éclat du modernisme le plus affûté, l'idéologie instrumentalise le phénomène et lui en conteste la paternité, préférant inventer une genèse du côté de Richard Strauss et de Pfitzner...

En filigrane, Esteban met aussi en perspective, la portée d'une oeuvre visionnaire et révolutionnaire, et la phraséologie des critiques, plutôt conservateurs. Quelle est la vrais raison d'être d'une critique ? D'un côté, le goût d'une époque, défendu bec et ongle par les médias, de l'autre la sensibilité des auteurs. Il y a bien, deux histoires : celles des créateurs ; celle des critiques. Et souvent, pour ne pas dire toujours, les grandes oeuvres n'ont pas tout de suite trouvé leurs critiques. Combien d'oeuvres que nous tenons aujourd'hui pour des chefs-d'oeuvre, ont-elles été au moment de leur création, l'objet de cabales et de scandales retentissants?

Le texte est d'autant plus pertinent qu'il mentionne la "dispute" sur le plan musical, entre musiciens et compositeurs, d'une part ; et, critiques d'autres part. Les hommes sont cités, leur combat, leur position. C'est la Vienne du début du XX ème siècle qui se précise : entre conservatisme et modernisme. Les Anciens et les Modernes, vieux débat à la Une des journaux, et dans les arènes des intellectuels et des musiciens. Le compositeur qui se définissait tout autant peintre, a laissé quelques portraits charges de critiques : deux visages caricaturaux sont ainsi reproduits dans le cahier central comportant près de 18 illustrations.
Plus troublant, exilé aux Etats-Unis, depuis l'invasion nazie, Schönberg, "le compositeur le plus controversé du XX ème siècle", reconnaît qu'il n'aurait jamais été lui-même sans les critiques "malicieux, furieux, médisants, agressifs..." qui lui ont barré la route. Mais il ne s'explique pas pour autant leurs réactions. Le jour de sa mort, le 14 juillet 1951, le New York Times mettait encore l'accent sur l'inventeur de l'atonalisme qui "déclencha un scandale"... Le génie fait-il peur?

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