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 Alfred SCHNITTKE (cinéma)

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Icare
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-24, 23:20


Eléments biographiques

<<Alfred Garrievitch Schnittke, né le 24 novembre 1934 à Engels (oblast de Saratov) et mort le 3 août 1998 à Hambourg, est un compositeur russe de l'après-guerre d'origine allemande. Très influencé par Gustav Mahler, Schnittke se veut spirituellement engagé. Il est l'auteur, entre autres, de douze concertos, dix symphonies, six concerti grossi, une soixantaine de musiques de film et une œuvre abondante de musique de chambre. Inclassable – il aime citer Anton Rubinstein : « pour les classiques, je suis un futuriste, pour les futuristes, je suis un réactionnaire » –, sachant créer le scandale comme l'enthousiasme, Schnittke suscite des avis partagés et souvent passionnés de la part des musicologues et critiques. Ses satires polystylistiques, qualifiées de « bonbons acides » par le critique américain Alex Ross, même s'ils présentent Alfred Schnittke sous l'image fausse d'un ironiste facile, sont une voie d'entrée efficace dans le courant dont, maître de l'ironie1, il se présente comme le principal initiateur en musique: le polystylisme1. Immanquablement politisée, la musique de Schnittke est donc vulnérable à une étude purement historico-politique. Reste que sa musique profondément expressionniste contribue, par sa force et une dramaturgie souvent violente, à faire de Schnittke une figure majeure de la musique de la fin du XXème siècle.>> (Wikipédia - provisoire)

Mon troisième portrait est dédié à Alfred Schnittke, mais uniquement pour ses compositions destinées au Septième Art:

FILM MUSIC VOL. I comprenant une suite de The Story of an unknown actor et de The Commissar. Excellent, créatif, exaltant, poétique. Outre l'esprit inventif qui caractérise son approche, il démontre également un grand sens de la mélodie et de la fantaisie. Ce ne sont certes pas les versions originales, cependant, Frank Strobel avec le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin" en offre des interprétations de très bonne qualité. J'ai pris beaucoup de plaisir à les réécouter et ce n'est pas fini! Alfred SCHNITTKE (cinéma) 185465


Dernière édition par Icare le 2020-06-30, 19:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-25, 09:30


FILM MUSIC VOL. II. Il comprend quatre suites de ses musiques de films: une suite tirée de la partition qu'il composa en 1976 pour le film Les clowns et les enfants, une seconde suite tirée de la partition qu'il composa en 1969 pour le film La Valse, puis une troisième pour la partition qu'il composa en 1968 pour le film d'animation L'harmonica de verre et enfin une quatrième tirée de la musique qu'il composa pour L'ascension en 1976. Toujours par le formidable Frank Strobel et le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin". Je me régale à l'écoute de ces musiques tellement vivantes, entre "rétro" et modernité, audace et fantaisie, où une valse "straussienne" peut côtoyer une frénésie rythmique vaguement "stravinskyienne", le tout dans un style où l'on reconnaît aisément Alfred Schnittke. De la musique de film comme je l'aime! Alfred SCHNITTKE (cinéma) 185465
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-25, 16:36


FILM MUSIC VOL. III: Frank Strobel propose sur ce volume une suite de The Fairy-tale of Wanderings (1982-83) et une suite de Rikki-Tikki-Tavi (1976), toujours par le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin". Le plaisir est au rendez-vous pour les mêmes raisons que les deux volumes précédents avec cet art de développer une musique formidable à partir d'un thème mélodique d'une grande simplicité. J'aime aussi beaucoup les parties "popisantes" de ces B.O. et la manière dont elles sont orchestrées. Dans sa musique de film, à partir d'un matériau...on va dire ordinaire...Alfred Schnittke arrive, force d'un esprit imaginatif et d'un sens inné de la fantaisie, à "débanaliser" et à rendre le tout non seulement attractif mais intéressant: à chaque nouvelle écoute, j'y entends de nouveaux éléments, des petites choses qui ne m'avaient pas frappé lors des écoutes antérieures ou que j'avais tout simplement oubliées. Alfred SCHNITTKE (cinéma) 185465
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-25, 22:28

FILM MUSIC VOL. IV: Ce dernier volume des musiques de films d'Alfred Schnittke rejouées par Frank Strobel et le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin" est peut-être le moins captivant des quatre, du moins dans sa seconde partie, comprenant ce qu'il composa sur le film d'Elem Klimow en 1965, une musique légère plus banale bien que très agréable et divertissante malgré tout. Il y a toujours ces petits moments poétiques et malicieux qui redressent l'oreille, sont là pour me rappeler que je n'écoute pas n'importe quel musicien. Alfred SCHNITTKE (cinéma) 231625 Ils sont moins nombreux que dans les suites précédentes, dont celle tirée de la B.O. qu'il écrivit pour le documentaire satirique du même réalisateur Sport, Sport, Sport (1970) et avec laquelle elle est couplée sur ce quatrième volet. Cette musique qui invite Bach, le jazz et la musique légère est une petite merveille. Elle convoque, sous la forme de deux brèves citations, deux célèbres thèmes musicaux, Un Homme et une Femme de Francis Lai et un air magnifique sur lequel je n'arrive pas à mettre un titre, peut-être Tchaikovsky. Honte à moi, j'ai un trou! Hehe De plus, Schnittke adore introduire dans sa musique des instruments comme la mandoline, le clavecin, la flûte à bec ou encore le banjo, parfois dans des ambiances insolites ou fortes en ironie. J'adooooore!!!!!Alfred SCHNITTKE (cinéma) 333455 Alfred SCHNITTKE (cinéma) 333455
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-26, 13:34

Toujours avec le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin" mais plus pour le label "Capriccio" - cette fois, c'est pour "CPO" - Frank Strobel enregistre quatre suites de la musique de film d'Alfred Schnittke; My Past and Thoughts d'une durée de 14mn, Agony d'une durée de 20'45'', The End of St. Petersburg d'une durée de 12 mn et The Master and Margarita d'une durée de 13'14''. La pochette du disque est d'ailleurs quelque peu rebutante. Elle se réfère au film en deux parties d'Elem Klimov; Agonia qui relate l'influence de Raspoutine sur le Tsar et le complot contre le moine compromis: film qui fut, soit dit en passant, considéré comme "subversif" par les autorités soviétiques de l'époque. La pochette évoque donc la tête de Raspoutine avec de gros vers dégoutants dans les cheveux, beurk! Hehe En revanche, la musique d'Agony - Agonia est, selon moi, un pur chef-d'oeuvre de la musique de film, avec sa valse démoniaque, son tango plein de véhémence et son final passionné et d'une grande force émotionnelle. My Past and Thoughts développe une musique déjà plus délicate, moins déchirante. Il y a notamment un morceau à la fois si simple et si émouvant, merveilleuse mélodie avec violon solo planté dans l'aigu et voix légères: il s'intitule "Madonnen" et est plutôt court puisqu'il n'atteint même pas la minute cinquante. Et pourtant, quel effet il me procure...c'est indicible, merveilleux! Pour l'anecdote, vers la fin de cette suite, on y entend une citation assez appuyée de la Marseillaise. Je ne compte plus les B.O. où notre hymne national y est cité....Ah, le superbe Napoléon d'Arthur Honegger pour ne mentionner que cet exemple!...The End of St. Petersbourg est une performance plus mineure qui commence sur la pointe des notes avec un caractère vaguement menaçant par la grosse caisse et avant un solo de trompette: c'est un peu une lumière perdue dans la nuit. Après une musique sombre et sinueuse, éclate une marche militaire décomplexée. Le thème qui suit est mystérieux, énigmatique avant d'engendrer une idée thématique malicieuse: jolies combinaisons instrumentales pour exprimer un air entêtant. The Master and Margarita présente une musique moins grave et plus satirique. Toutefois, le thème principal est ce qui me touche le plus. Ennio Morricone, sur le même sujet, avait également composé un thème très beau dans son style à lui. Là, on y entend un foxtrot, un voland, un tango, une marche funèbre et puis une transformation radicale et clinquante du Boléro de Ravel. Revient en conclusion le très émouvant thème principal qui demeure, à mon goût, l'atout majeur de cette suite. Les cordes en sont l'élément dominant, semble démarrer une sorte de valse déchirante et déchirée, pour ne pas dire bancale. J'adhère!
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-26, 16:20

Tant de messages, m'ont mis la puce à l'oreille, je suis donc partie à la découverte de ce compositeur. Quelle surprise et quel bonheur ensuite, cette musique si personnelle, variée, émouvante, un univers qui me plaît énormément.
J'ai trouvé peu de musiques (sur YT) auxquelles tu fais référence Icare mais il y en a beaucoup d'autres, chaque fois assez uniques , éclairant une petite partie de son univers.
La musique de film "Les clowns et les enfants" j'ai trouvé et je me suis sentie au cirque, enfant ...
Les clowns et les enfants
Musique très expressive qui utilise des moyens inattendus et variés, j'aime ça Alfred SCHNITTKE (cinéma) 185465 De la musique exprimant la joie (moins ) comme la nostalgie, la tristesse, aucune émotion n'est ignorée.

Un grand compositeur du XXième ! merci pour la découverte Alfred SCHNITTKE (cinéma) 395622


Sonate pour piano

Histoire d'un acteur inconnu

Concerto grosso 1

Tango polyphonique

Sonate pour violoncelle 1

Choir concerto Chœurs à faire frisonner ...

Suite in the old style (menuet pour Icare Wink )

Requiem
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-02-26, 16:27

Dernier plongeon dans la musique de film d'Alfred Schnittke, mais cette fois par "Olympia", sans Frank Strobel et avec les versions originales. Cette compilation qui date de 1994 réunit quatre de ses musiques de films sous la formes de suites plus ou moins longues: The Story of an Unknow Actor (1976), Sport, Sport, Sport (1970), Agony (1973-74) et Music for an Imaginary Play (1985). C'est par ce cd que j'ai découvert pour la première fois la musique de film d'Alfred Schnittke. Les différents volumes par Frank Strobel et le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin" sont venus ensuite. Bien sûr, pour ce qui est de la qualité sonore, les "Strobel" sont supérieurs. En revanche, il peut m'arriver de préférer les versions originales. C'est le cas avec le thème principal - magnifique thème principal devrais-je préciser - de The Story of an Unknow Actor. La version de Strobel est certes très dynamique et envoûtante, bénéficiant de surcroît d'une très bonne qualité sonore, mais il n'y a rien à faire, je préfère la version initiale, les orchestrations, ce clavecin dans la dernière étape du morceau qui résonne encore dans ma tête au moment où j'écris ces lignes. Dans Agony aussi, il y a un extrait chaotique avec voix que je n'ai pas retrouvé dans la suite proposée par Strobel. Sinon, il y a trois extraits de Music for an Imaginary Play (1985) qui ne figurent dans aucun volume du chef allemand, ne sont présents que sur ce cd. Pour la petite histoire, il ne s'agit pas exactement d'une musique de film. Le réalisateur Yuri Lyubimov, en exil à l'Ouest et encore incapable de revenir à Moscou, projeta une dramatisation de Byësy - Les Possédés ou Les Diables de Dostoïevsky. Lyubimov avait discuté du projet avec Schnittke bien avant de quitter la Russie. Alfred Schnittke écrivit deux pièces brèves et une mélodie populaire (que le chef d'orchestre Gennady Rozhdestvensky développa en un mouvement central). Schnittke dit que l'orchestration est "pour un orchestre de théâtre 'épuisé' (kaputtes) où les groupes individuels sont représentés au moyen de musiciens laissés pour compte qui n'ont rien de mieux à faire. On y trouve une flûte, une trompette, un harmonica, une guitare, de la percussion, un piano et un 'choeur' de deux à trois voix qui chantent pathétiquement mais sans texte à travers du papier et des peignes." Le thème inexpérimenté de la première pièce devient rapidement obsédant, paralysant avec sa monotonie concise et carrée, comme nous l'explique Ronald Weitzman. J'adore le caractère obsessionnel et corrosif de ce morceau avec ce choeur de deux ou trois voix qui chante à travers du papier et des peignes. Ca crée un effet très ludique et même sarcastique. Very Happy
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joachim
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-03-18, 12:44

J'ai trouvé par hasard ce Glassharmonica que je n'avais encore jamais écouté. Tantôt lyrique, tantôt atonal et "bizarre" Au total je trouve que c'est pas mal du tout... par moments  Laughing

https://www.youtube.com/watch?v=FTeTaXJruhU



Sue la même page youtube, on trouve aussi cette "histoire d'un acteur inconnu", encore mieux !

https://www.youtube.com/watch?v=M3EuHTOLG8o
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laudec

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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-03-19, 14:30

Des parties assez minimalistes que j'aime beaucoup ainsi que les accents bizarres du glassharmonika, d'autres parties que j'aime moins, très intéressant tout cela !

"L'histoire d'un acteur inconnu", très beau mais enregistrement exécrable, dommage Alfred SCHNITTKE (cinéma) Icon_con
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-03-19, 15:19

laudec a écrit:
"L'histoire d'un acteur inconnu", très beau mais enregistrement exécrable, dommage   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Icon_con

Il en existe une version avec une bien meilleure qualité d'enregistrement (surtout plus récente) de Frank Strobel. Toutefois, c'est orchestré différemment et même si je l'aime aussi dans cette orchestration-là plus proche du concert, je garde une préférence pour la version d'origine ( de studio - orchestrations de Schnittke) qui place le clavecin beaucoup plus en avant. Pour ces raisons, je continue d'écouter les deux. Very Happy
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MessageSujet: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2016-03-19, 16:02

Ah oui, merci Icare, là c'est parfait, magnifique accompagné d'images du film "Tchaikovski" (pour la partie 4) sur YT. J'ai trouvé toutes les parties, ci-dessous.
La mauvaise qualité de l'enregistrement précédent, je ne la perçois qu'au jeu des cordes, ce n'est donc pas trop dérangeant en fin de compte.  Wink

L'Acteur inconnu -thème
Agitato 1
Agitato 2

La "Valse des adieux"

https://youtu.be/7cCO7J6cGyM
thème et marche
épilogue

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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2020-06-30, 21:26

La musique de film d'Alfred Schnittke par Ronald Weitzman - 1994:

Le ressort, cette capacité et cette ingéniosité à regagner ses pouvoirs régénérateurs, est un don miséricordieux accordé à certains artistes créateurs de l'ex-Union Soviétique qui ne pouvaient pas obéir à la voix intérieure de leur intégrité à cause des pressions écrasantes exercées par des filous haut placés. Le caractère indomptable d'Alfred Schnittke a une histoire cachée particulièrement complexe qu'il serait désinvolte et téméraire d'essayer de dérouler ici. Il suffit de mentionner qu'entre 1962 et 1964, il écrivit la musique d'une soixantaine de films alors qu'il était difficile, et parfois impossible, pour d'autres de ses compositions d'être exécutées. l'union des compositeurs et le ministère de la Culture de l'URSS pouvaient tout simplement interdire des concerts, des enregistrements et la publication de musique qui ne concordait pas avec l'érection d'une "société socialiste plus trempée"; ils ne manquèrent pas non plus d'user de ce droit. Les partitions de film de Schnittke occupent une place importante et instructive dans l'oeuvre générale de ce compositeur. Il est significatif que dans les morceaux enregistrés ici, il évite d'écrire la musique explicative qu'on aurait attendue dans des compositions de ce genre. Il possédait déjà bien formulé en lui-même un talent aux proportions encyclopédiques qui avait absorbé le style et le contenu d'oeuvres d'une foule de prédécesseurs et de contemporains distingués. En effet, pendant qu'il travaillait à la partition du film de Mikhail Rom "Nevertheless I believe" (que les Soviétiques lancèrent sous le titre de "The World Today"), Schnittke composait aussi sa Première Symphonie, une oeuvre qui amena une détente intérieure qui, à son tour, eut un effet incommensurable sur son développement futur. Sa musique de film nous laisse une impression du monde sonore spécial de Schnittke (qu'il nomme lui-même "Klangwelt") essentiel à ses compositions majeures.

J'entame, cette fois, un "Portraits croisés" plus particulier que les précédents puisque je réalise une série d'écoutes alternées entre trois compositeurs et non plus deux; Vyacheslav Artyomov, Edison Denisov et Alfred Schnittke, ce dernier seulement par le biais de sa musique de film: à chaque fois, il s'agira d'une compilation. La première que je viens de réécouter était parue chez "Olympia", la seule qui contient des versions originales de:
The Story of an Unknow Actor (1976)
Sport, Sport, Sport (1970)
Agony (1973-74)
Music for an Imaginary Play (1975)
J'étais heureux de retrouver ce grain de folie et toute cette fantaisie, ironie, dérision, auto-dérision, qui la traverse entre mélancolie et gravité.
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2020-07-03, 07:20

Icare a écrit:
FILM MUSIC VOL. I comprenant une suite de The Story of an unknown actor et de The Commissar. Excellent, créatif, exaltant, poétique. Outre l'esprit inventif qui caractérise son approche, il démontre également un grand sens de la mélodie et de la fantaisie. Ce ne sont certes pas les versions originales, cependant, Frank Strobel avec le "Rundfunk-Sinfonie-Orchester Berlin" en offre des interprétations de très bonne qualité. J'ai pris beaucoup de plaisir à les réécouter.

Dans un des thèmes majeurs de The Story of an unknow actor, celui qui est rebaptisé pour la circonstance "Agitato I", dans la dernière exposition du thème, la plus intense, la plus passionnée, Frank Strobel a remplacé le clavecin de la version originale par les percussions. Cependant, le clavecin intervient dans un autre morceau. Je me demande à chaque fois pourquoi il a effectué ce changement même si d'un autre côté le thème fonctionne très bien aussi avec les percussions, au-delà de ma préférence pour la version d'origine. Elle lui confère certes un ton moins baroque, mais disons que pour moi le clavecin était davantage électrisant. La musique est dans son ensemble aussi triste que celle d'Elephant man de John Morris ou encore Les Misérables de Michel Magne: c'est l'impression que j'ai lorsque j'écoute "La valse de l'adieu" Vu l'histoire du film, c'est le contraire qui serait étonnant. L'"Agitato", à l'inverse, m'inspire une résignation transcendée, une acceptation du désespoir transformée en un ultime souffle de vie avant la mort: le désespoir musicalement métamorphosé ou exacerbé sous la forme d'une délivrance de soi.

L'histoire d'un homme inconnu date de 1975 et a été mis en scène par Alexander Sarchi sur un scénario d'Alexander Sarchi et de Wladimir Waluzki. Le titre original est "Powest Oneiswestnom Aktjore".

Synopsis du film: Un acteur de théâtre a presque définitivement achevé sa carrière; un jeune écrivain écrit une pièce pour lui. L'auteur y incorpore tout l'univers des représentations, l'expérience de vie et le charisme de l'acteur. Juste avant les répétitions, le rôle principal est attribué à un collègue plus jeune. - Source: Lexique international du film.

La Commissaire/Komissar est un film réalisé par Alexander Askoldow (1967-68) La musique d'Alfred Schnittke est de ton moins mélancolique. Elle prend dès le magnifique premier extrait une couleur un peu orientale avec une belle flûte solo qui portera une danse très typée mais également dénaturée dans le morceau suivant. Il est vite évident dans mon esprit que Schnittke s'éclate en écrivant ce genre de musique. Le morceau complètement atonal et cacophonique qui suit en est une autre copieuse illustration: un agencement de couleurs et une exubérance très caractéristiques de son style, puis tout s'apaise au son d'une flûte devenue presque méditative. Une danse revient et sera vite défaite et tournée en dérision, caricaturée, exagérée, détruite, dématérialisée. Entre marche militaire, musique klezmer chahutée, la douceur d'une flûte très émouvante et thèmes de tension aux effets exaltants, si la musique de Schnittke sait être ironique, exubérante et insolente, elle sait aussi se poser et devenir très belle sur un morceau intitulé "Regen", même si je sens que le thème va se désarticuler provisoirement pour retrouver la "beauté plus sage" du thème principal: il y a toujours ces effets d'autodestruction qui restent menaçants, prêts à désintégrer le tissu mélodique et enchanteur du thème, celui qui illustre à mon sens la profonde expérience du bonheur de vivre car, effectivement, il m'inspire le bonheur dans sa forme la plus pure et la plus naïve.

Synopsis du film: Une commissaire de l'Armée Rouge ne vivant que pour ses convictions politiques, met au monde un enfant en pleine guerre civile contre les troupes fidèles à leur Tsar. De son mépris initial pour cette jeune vie se développe, sous l'influence d'une famille juive vivant dans des conditions misérables et qui l'hébergent, une profonde expérience du bonheur de vivre. Débordant de merveilleuses compositions imagées et de métaphores fascinantes, le film illustre le conflit entre la politique inhumaine et l'indestructible respect humain. Sur l'arrière-plan de la situation historique se développe un plaidoyer intemporel pour la force morale d'une vie humaine, une déclaration de sympathie impressionnante pour la compréhension de la vie et de la culture juives. - Source: Lexique international du film.
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2020-07-04, 11:03

J'ai vraiment eu une très bonne idée d'intégrer dans mon "Portraits croisés" à trois, la partie la plus "légère" et surtout la plus extravertie de l'oeuvre d'Alfred Schnittke, déjà parce que ça apporte un contraste utile entre les musiques sombres et plutôt sévères d'Artyomov et de Denisov, ensuite parce qu'il sait déconstruire et reconstruire, comme peu savent le faire, de la "musique banale" en des perles exubérantes et endiablées, traversées par un sens assez inouï de la fantaisie et de la dérision. Une simple valse passée dans la broyeuse schnittkienne ressort sous les traits ré-articulés d'un ovni musical flamboyant, cette manière personnelle qu'il a d'en exagérer les formes, de les intensifier et de les désintégrer au profit d'une douceur "pro-baroque", garante d'une once de mélancolie transpirant d'un piano ou d'une flûte. J'aime, par exemple, la musique du film L'Ascension qui, elle-même, est construite sous la forme d'une ascension, une ascension qui s'arrache avec solennité de la souffrance... vers la délivrance? La liberté?

Alfred Schnittke: un clown valeureux (extrait) par Steffen Georgi:

<<A propos d'Alfred Schnittke et de sa "double vie", il reste surprenant qu'au nom d'une certaine idée condescendante de la musicologie, et ceci en dépit de plus de 60 musiques composées pour des films - on parle de musique dite "de divertissement" - il reste toujours difficile de faire admettre que ses musiques de films révèlent beaucoup, voire tout, de son oeuvre musicale. De toute évidence, ce genre de musique renvoie aussi sûrement à l'extraordinaire complexité qui caractérise sa personnalité musicale que ses symphonies, concertos, musiques de chambre et musiques vocales ou que l'opéra; on peut même dire qu'elles élucident un certain nombre d'hypothèses analytiques, avec lesquelles trop de liberté ont été prises sans avoir jamais été réellement étayées.>>

Le Clown et les Enfants est un film d'Alexander Mitta, réalisé vers 1976. Je n'ai pas beaucoup d'informations sur le film lui-même. Ce que j'apprends du cinéaste, né en 1933 sous le nom d'Alexandr Rabinovitch, c'est que ses films mettent en scènes des histoires fantastiques où l'ironie oscille dangereusement entre l'hilarité et le sarcasme. Ils se déroulent à la frontière de l'absurde et déroutent par leurs images dérangeantes, comme proches de l'abîme. Inutile de préciser que ces univers, tels qu'ils sont décrits, ne pouvaient que correspondre idéalement à la personnalité d'Alfred Schnittke. Son imagination débordante mêlée à son immense savoir-faire ne pouvaient qu'exceller! Pour Le Clown et les Enfants, le compositeur réinvente et bouscule l'atmosphère du cirque avec un sens de la dérision et de la mélancolie qui lui est propre, laissant s'exprimer les célesta, clavecin, clarinette, accordéon, entre autres...Suite à cette première collaboration entre Schnittke et Mitta, il y en aura trois autres; Comment le tsar Pierre Le Grand a marié un Noir (1978), L'équipage (1979), Le conte des voyages (1982), sans compter un documentaire sur le compositeur lui-même; Schnittke. Portrait avec amis (1996).

En complément de la suite de Le Clown et les Enfants, Frank Strobel propose également trois autres suites pour ce volume II, une tirée de la musique que Schnittke composa pour le téléfilm de Victor Titov, La Valse (1969) qui, heureusement pour moi, n'est pas straussienne, une suite, le meilleur de l'album, de la superbe bande originale qu'il composa pour le film d'animation de dix-neuf minutes L'Harmonica de verre (1966) d'Andrej Chrschanowski et L'Ascension (1976) de Larissa Chepitko. La prochaine fois que je reviendrai sur cet album, je concentrerai mon propos soit sur La Valse, soit sur L'Harmonica de verre ou soit sur L'Ascension, films & musiques.
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2020-07-05, 19:49

Frank Strobel a écrit que les bonnes musiques de films sont celles que l'on siffle dans la rue en sortant du cinéma, sans vraiment savoir d'où viennent les mélodies. Personnellement, j'ai toujours adoré ces mélodies solidement construites et exploitées sur toutes les coutures qui pénètrent mon cerveau et finissent par m'obséder, au point de les siffloter un peu partout, dans le métro, les magasins, la rue, à travers bois...sous la douche...eh ben non, jamais sous la douche car je ne chante ni ne siffle jamais sous la douche, pas même "Singin'in the Rain". Hehe Néanmoins, on ne peut réduire une bonne musique de film à cette particularité et il existe évidemment d'excellentes compositions pour l'image qui ne sont ni "sifflables" ni même mélodiques. Il n'y a pas une règle absolue dans ce domaine. Il explique aussi, un peu plus loin, que le véritable rôle de la musique de film peut être clairement ressenti lorsque l'on regarde plusieurs fois de suite une séquence de film neutre, tout en l'accompagnant de différentes pièces musicales: l'oeil est complètement à la merci de l'oreille, mais, à l'inverse, l'oreille se fait très exigeante si l'oeil ne fournit pas d'images détournant l'attention...je dirais...favorisant la concentration sur elles ou accaparant toute l'attention. Fut une époque, où sur les films "grand public" les réalisateurs et producteurs misaient sur des musiques harmoniquement riches pour palier la faiblesse des images, pour compléter ce que, visuellement, elles ne pouvaient offrir. les cinéastes misaient sur la musique pour émouvoir et "manipuler", créant ainsi une espèce particulière de mélomane; le béophile. Au fil du temps, notamment sur les grosses productions hollywoodiennes qui misent beaucoup sur les effets spéciaux et des images qui en mettent plein la vue, la musique les accompagnant a perdu de sa puissante narrative et émotionnelle, s'est simplifiée et appauvrie. Donc, plus l'image d'un film va être "harmoniquement" riche en informations visuelles de toutes sortes, plus le langage harmonique de la bande originale s'appauvrit et plus celle-ci se "minimalise", se réduisant ainsi à son minimum fonctionnel.

https://www.youtube.com/watch?v=StLwUsGCVmM


Heureusement, la musique d'Alfred Schnittke n'appartient pas à cette époque-là, elle appartient à une époque où elle bénéficiait encore d'un large espace d'expression au sein d'un film et sur lesquelles les cinéastes comptaient, à tort ou à raison, pour relever certaines scènes bien précises, voire les utiliser parfois comme un personnage à part entière, créer des émotions que les images ne peuvent procurer seules. Que ce soit pour Le conte des randonnées qui est un conte fantastique d'Alexander Mitta réalisé entre 1982 - 1983 - j'avais déjà évoqué sur ce fil, ci-dessus, leur première collaboration Le Clown et les Enfants (1976) - ou Rikki-Tikki-Tavi (1975), un film pour enfants réalisé par Alexander Sguridi (1904-1988), considéré comme le pionnier des films documentaires soviétiques sur les animaux, Alfred Schnitte y projette toute sa verve habituelle mêlant mélancolie, exubérance, douceur, dérision, cynisme, ironie, cruauté, lyrisme, dérision, transformation et dépoussiérage des vestiges du passé, audaces anachroniques, allusions subtiles et moqueuses...une musique qui, comme l'écrit Frank Strobel: "Tourne, rit, pleure et caresse"...je dirais: tournoie, ricane, éclate de rire ou en sanglots, mord, s'attendrit, exulte, déchire, dévaste...Corrosive et passionnée.
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) Empty2020-07-07, 07:58


Du courage à l'ironie par Steffen Georgi:

<<Les cinéastes Larissa Schepitko, Elem Kilmow, Alexander Mitta, Viktor Titow, Andrei Tarkowski -, maîtres du Septième Art soviétique, réclamaient la musique d'Alfred Schnittke. Nombre de leurs films présentèrent des contes grotesques, du théâtre absurde ou des documentaires pathétiques. Cependant, la plupart de ces films, dont Schnittke écrivit la musique, était reliée par un fil conducteur: celui d'un profond message qui échappait au courant traditionnel, à la raison d'état, par le biais d'une ironie camouflée, une manière fréquemment pratiquée dans l'ex-union soviétique. Karl Kraus ayant décrété que toute oeuvre d'art est susceptible d'être interdite sur seul ordre du censeur, les régisseurs et leurs compositeurs se cantonnèrent dans le peu d'espace qui leur restait pour s'exprimer, jonglant souvent avec la menace constante du couperet.>>

Pour ce quatrième volume sur la musique de film d'Alfred Schnittke, Frank Strobel a confectionné deux suites tirées de sa collaboration avec le cinéaste Elem Klimow: le film documentaire Sport, Sport, Sport (1970) et The adventures of a dentist (1977). Dans Sport, Sport, Sport, on retrouve ce grain de folie qui secoue habituellement la musique de Schnittke et ces combinaisons instrumentales peu orthodoxes réunissant, entre autres, la guitare électrique, le célesta qui développe une mélodie exquise et quelque peu bachienne, un piano préparé et trois bongos. Bien que d'aspect mélancolique, l'esprit satirique n'est jamais loin, au contraire, il est bien présent sur toute la suite, traversée en forme de clins d'oeil par quelques éléments cuivreux de jazz, par exemple. L'esprit satirique chez Schnittke s'exprime souvent par une exagération des formes et maintes falsifications de musiques populaires, pop, rock, folklore, jazz...De l'exubérance de certains passages, il extirpera malicieusement toute la tendresse et la fantaisie dont il est capable. Un véritable sens de l'humour et de la dérision irradie les parties les plus parodiques de sa musique, citant à un moment donné deux airs connus, dont Un homme et une femme de Francis Lai sous forme de flash de trois quatre secondes. En revanche, sur The adventures of a dentist, la musique s'assagit, frise davantage l'exercice de style varié, l'"easy listening", favorise plus la mesure que la démesure. Il n'en demeure pas moins une musique plaisante qui se termine cependant sur un thème doux-amer que je trouve magnifique mais qui ne trahit pas le ton global de cette suite. D'une simplicité renversante par sa mélodie, il démarre par une guitare électrique des plus douces et des plus berçantes qui soient, du "easy listening" de belle facture comme on pouvait en trouver dans les années 1960/70 avec des compositeurs comme Les Baxter. D'une infinie délicatesse, ce final est un sourire musical qui exprime le bonheur et la légèreté. Il ne pouvait mieux tomber en cette soirée du 6 juillet 2020 d'un cinéma en deuil.
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MessageSujet: Re: Alfred SCHNITTKE (cinéma)   Alfred SCHNITTKE (cinéma) EmptyHier à 00:11

Je retrouve une dernière fois Frank Strobel dans son exécution d'oeuvres d'Alfred Schnittke composées pour l'image. Je suis d'emblée saisi, comme à chaque fois, par les deux premiers extraits, "Petersburg" & "Madonnen" de My Past and Thoughts, un film d'Alexander Herzen (1973), le premier pour le caractère à la fois fort et solennel du choeur et de la percussion, le second par la beauté élégiaque du violon solo soutenu par le choeur et qui sera reprise par la flûte, au service d'une mélodie simple et répétitive mais qui a quelque-chose de poétique. Le même thème reviendra dans le morceau suivant avec de légères modifications. Et puis il y a le plus ludique des menuets que je n'ai jamais entendu: ha, si tous les menuets pouvaient être de cette fantaisie-là! C'est juste avant que la Marseillaise ne s'installe dans un morceau de tension assez obsessionnel: le morceau s'intitule "Das Ende der Revolution". J'aime beaucoup le "Finale", le ton grave du choeur et de la percussion que je retrouve plus pénétrant encore que dans la première exposition. Après la version originale d'Agony, tirée du film homonyme d'Elem Klimkow (1974-81) parue chez "Olympia", celle de Frank Strobel lui est quand même fidèle et donc d'excellente facture, probablement la meilleure bande originale d'Alfred Schnittke, du moins à mon goût: la puissance des thèmes principaux, leur caractère diabolique ou simplement épique, porteur de mélancolie et de solennité...la valse quasi-apocalyptique qui semble inviter le diable à sa danse...C'est une musique très différente qui illustre The End of St. Petersburg (1927), un film muet de Wsewolod Pudowkin. Il n'en ressort cependant rien de croustillant à l'exception d'un seul extrait sans titre, néanmoins le plus long et développé des cinq proposés. Il porte à lui seul cette suite sur ses épaules. J'en aime le traitement mélodique et les orchestrations avec ce son cristallin qui l'accompagne sur toute sa longueur, ajoutant de l'étrange au mystère. La dernière suite correspond à ce que Schnittke composa pour le film de Juri Kara, Le Maître et Marguerite (1993-94). Ce roman de Mikhaïl Boulgakov inspira plusieurs cinéastes. Le Maître et Marguerite fut déjà mis en images au début des années 1970 par Aleksandar Petrovic avec Ugo Tognazzi et Mimsy Farmer, sur une très belle musique (monothématique) d'Ennio Morricone. Dans un genre différent et certes plus varié, je retiens surtout de l'approche du compositeur russe la beauté d'un thème principal qui ouvre et conclut la suite, un thème grave et presque fataliste dominé par les cordes avec un usage avare du clavecin. Un hautbois en éclairera la touche finale. se distingue également dans cette suite de treize minutes environ, un truculent "Foxtrot". S'achève ainsi la partie "Schnittke/cinéma" de mon cycle "Portraits croisés" x 3.

Alfred Schnittke s'éteignit le 3 août 1998, en pleine période où je m'intéressais profondément à ce compositeur et où je commençais à être très attaché à sa musique.
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