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 Ennio MORRICONE (cinéma)

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laudec

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MessageSujet: Morricone   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-07-10, 09:21

"Cinéma Paradiso" par Renaud Capuçon Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 185465 Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 395622 
https://youtu.be/Cj7miUnCojQ
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Anouchka

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MessageSujet: Morricone   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-07-11, 01:18

Consensus de mon mari, mon ami musicien vu hier, mon fils et moi :

Le plus beau thème, qui nous met les larmes aux yeux, c'est celui-ci, merci Ennio.... Crying or Very sad Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 333455

https://youtu.be/oag1Dfa1e_E
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Icare
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-08-07, 08:59

Ennio Morricone à propos de sa première empreinte musicale pour le Septième Art:

<<La musique de "Il Federale / The Fascist" a été la première musique de film signée par moi. Je dis cela, car avant ces débuts, j'avais déjà écrit (composé) de la musique pour des films signés par d'autres compositeurs. Luciano Salce lui-même, réalisateur de "Il Federale" m'a engagé pour écrire la partition de ce film, car pour son précédent film ("Le Pillole di Ercole"), le producteur Dino De Laurentüs m'avait rejeté, parce que je lui étais inconnu. Les producteurs de "Il Federale" (Broggi et Libassi) m'ont accepté et j'ai fait mes débuts avec cette partition dans un film qui a eu un grand succès. Avec moi, d'autres personnes ont fait leurs débuts: l'actrice Stefania Sandrelli, le directeur de la photographie Enrico Menczer, le producteur exécutif Gianni Minervini, je me souviens de ça comme un bon et chanceux film pour tout le monde. C'était en 1961, l'année de la naissance de ma fille Alessandra.>>

J'ai interrompu temporairement mon cycle "Piano ou orchestre" parce que j'avais simplement envie de réécouter plusieurs musiques de films d'Ennio Morricone. Ce compositeur, par sa musique, m'a accompagné toute ma vie, comme d'autres ce le fut avec Vivaldi, Mozart, Beethoven, Ellington ou qui sais-je encore...J'ai décidé de privilégier que des anciennes bandes originales, entre - on va dire - 1961 et 1978. Je n'ai pas privilégié cette période parce qu'elle est ma préférée chez ce compositeur - toutes ses périodes m'intéressent -, autant celle de la révélation que celle de la maturité et de la confirmation. Je n'ai pas nécessairement besoin de marquer une prédilection pour l'une d'entre elles. Chacune dispose d'un intérêt et d'une spécificité qui lui sont propres. J'ai donc réécouté une poignante partition composée pour une mini-série de Giorgio Pelloni qui s'intitule Noi Lazzaroni (1978). Une des particularités de cette musique est un emploi de la voix d'Edda Dell'Orso très différent de, par exemple, Il était une fois dans l'Ouest. Dans Noi Lazzaroni, elle prend une dimension plus viscérale, plus sicilienne, plus déchirante. C'est complètement autre chose.

https://www.youtube.com/watch?v=QCivIjRlZ_E


J'ai également réécouté la musique de son premier western Duello nel Texas (1963) de Ricardo Blasco où des éléments caractéristiques de son style apparaissent, puis celle plus complète de son premier grand succès international, Pour une Poignée de Dollars (1964) de Sergio Leone. Ensuite, j'ai réécouté sa première musique composée pour un film, celle de Il Federale (1961) de Luciano Salce. J'aime de plus en plus cette B.O., ses combinaisons instrumentales, ses thèmes: elle regorge de fantaisie, d'ironie et révèle un musicien créatif...une créativité et des talents d'arrangeur/orchestrateur qui, ceci-dit, s'affichaient déjà dans ses arrangements pour la RAI, lorsqu'il était encore très courant que les chanteurs s'accompagnent d'un orchestre. J'ai aussi réécouté une bande originale que l'on peut aisément qualifier de monothématique, composée pour un film d'Aldo Lado, La Cosa Buffa (1972-73), un thème d'essence romantique, légèrement obsessionnel, assez riche en soi par son traitement et ses orchestrations, qui évolue selon différentes physionomies et se trouve totalement transcendé dans sa dernière exposition. Désormais, je compte bien réécouter la musique un peu étrange et poétique qu'il composa en 1969 pour une sorte de film obscur héroïco-comique, Tre Nel Mille de Franco Indovina, réalisateur qui mourut brutalement trois ans plus tard dans un accident aérien. Je retrouverai ainsi, entre autres combinaisons sonores, la beauté délicate d'une harpe ou d'une guitare sèche, une certaine ironie et une ambiance parfois bruitiste et naturalistique, parfois mystique. Je ressens comme une forme de plénitude dans le thème principal pour guitare solo et cordes, et, plus globalement, un aspect antique émane de toute la partition, jusque dans les morceaux les plus étranges...je pense par exemple au tout dernier qui s'intitule "Arrivo al Castello 2#"...ou les plus primitifs, je pense alors  à la "Saltarelle des trois marionnettes avec plusieurs mandolines et une percussion, sorte de caisse au son très rudimentaire: Le saltarello ou la saltarelle est une danse joyeuse et vivante dont les origines remontent au saltatio des Latins. Elle s'est développée à partir du treizième siècle dans l'Italie centrale. Cette danse est d'origine ancienne, typique de l'Italie centrale où on la retrouve dans le Latium, les Abruzzes, les Marches, l'Ombrie et le Molise. Elle pourrait remonter au SALTATIO , qui fut très populaire chez les Latins avant la conquête romaine. La saltarelle ou le saltarello appartient à la même famille que la tarentelle, la ballarella, la zumbarella, la ciuppicarella et la pizzicarella. Ce sont originellement des danses de bergers et de paysans. Je n'ai jamais vu ce film, mais en écoutant la musique d'Ennio Morricone, je me sentais si loin du monde moderne, si loin de la civilisation, dans un autre temps tantôt doux-rêveur, tantôt poétique, tantôt étrange et aussi en osmose avec la nature; les arbres, les oiseaux, les ruissellements de l'eau. Je les entends dans la musique par les bois, les vents.

L'intrigue: <<L'intrigue du film se déroule en l'an 1OOO. Un chevalier (Fortunato) et deux soldats qui ont survécu à un champ de bataille (Cob et Famine), sont dépouillés de tous leurs biens, vêtements compris, par des bandits. Les trois infortunés parviennent à se rhabiller en déshabillant tour à tour trois religieux et à reprendre la route, affamés...Aventures et mésaventures se succèdent.>>
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Icare
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-08-28, 10:28

Ennio Morricone est sans doute le compositeur qui a eu le plus de collaborations suivies avec un réalisateur, on cite généralement celles avec Sergio Leone et Giuseppe Tornatore, voire Henri Verneuil, mais il y en a eu d'autres qui furent très fructueuses, celles avec Elio Petri, Giuliano Montaldo et Mauro Bologini, pour ne citer que celles-ci. Hier, j'ai réécouté un titre qui est le fruit d'une autre fructueuse collaboration avec le réalisateur Alberto Negrin. Le titre en question est Viaggio nel Terrore: L'Achille Lauro. C'est un film tv réalisé en 1990 et réunissant Burt Lancaster dans le rôle tragique de Léon Klinghoffer, Eva Marie Saint, Robert Culp, Brian Bloom, Dominique Sanda, Renzo Montagnani, Bernard Fresson et Gabriele Ferzetti. L'histoire relate la prise d'otage (fait réel) des passagers du navire de croisière l'Achille Lauro qui a abouti à l'assassinat de Leon Klinghoffer, un retraité juif-américain, par les terroristes du Front de libération de la Palestine le 8 octobre 1985. Les fondations sont posées, place à la musique.

Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Hqdefault

Outre un thème principal lyrique et mélodique dans la plus pure tradition du compositeur, la musique, écrite pour orchestre symphonique, est entièrement atmosphérique et atonale, mettant beaucoup en valeur les cuivres et les trompettes. Sa principale particularité est de jouer énormément sur l'attente et l'angoisse, avec cette volonté de créer une forme d'immobilité mobile. Elle ne prend pas le contre-pied des images d'Alberto Negrin, elle en renforce au contraire l'expression et étire le temps. On est très loin d'une partition romantique telle que Cinéma Paradiso ou profondément nostalgique comme Il était une fois en Amérique. Il s'agit davantage d'un voyage vers le chaos jouant sur le caractère insupportable de l'attente. Ennio Morricone avait déjà composé une musique pour un film qui s'articulait également autour de l'attente, l'attente d'un ennemi qui n'arrive jamais; dans une forteresse au milieu du désert; Le Désert des Tartares de Valerio Zurlini, une de ses toutes meilleures musiques pour le cinéma. Je n'en dirais pas autant pour Achille Lauro qui ne bénéficie pas du même potentiel de séduction: la musique ne cherche pas à flatter l'oreille, lyrique et consensuelle qu'au travers de son thème principal, profondément atmosphérique, elle s'obstine dans l'atonalisme le plus anxiogène fondé sur l'attente et le chaos.

Je pense à un thème en particulier qui caractérise parfaitement mon propos: "Two Sounds, Two Signals". Tout l'orchestre s'articule autour d'une seule note jouée au piano, toujours la même, sur la même fréquence et tonalité, imperturbable. Je pense d'ailleurs que ce type de construction autour d'une seule note a toujours fasciné ce compositeur et que lorsqu'un film lui en offrit l'opportunité, avec l'aval du cinéaste, il sauta sans hésiter sur l'occasion d'assouvir son goût pour la recherche et l'expérimentation. Ce morceau ne fait cependant pas partie de mes préférés. J'adore les cuivres dans les trois premiers extraits, surtout "A Night on the Mediterranean Sea" ou encore, plus loin, "Calm Sea". Les cuivres y sont somptueux, envoûtants, mystérieux. Dans les morceaux réellement fondés sur l'attente, plus angoissants, ma préférence va à une construction qu'il avait déjà expérimentée dans sa musique de chambre des années 1950 (Suoni per Dino), "Trumpets Signals" qui est une sorte de compte-à-rebours. Son efficacité "filmique" m'apporte des frissons même hors image.
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-08-30, 08:27

Folco Quilici & Ennio Morricone:

Mini-biographie:

Folco Quilici naquit à Ferrare (Italie) le 9 avril 1930 et mourut à Orvieto le 24 février 2018. Il mena une carrière de réalisateur, photographe et écrivain italien. Il était un documentariste apprécié , actif dans la diffusion naturaliste depuis les années 1950. Fils du journaliste Nello Quilici et du peintre Emma Buzzacchi, il est également le frère de l'architecte Vieri. Après avoir terminé le "Liceo Ginnasio Torquato Tasso" à Rome, il a commencé une activité cinématographique et s'est spécialisé dans la prise de vue sous-marine, devenant très populaire même au-delà des frontières nationales. Il a étudié la réalisation au Centre expérimental de la cinématographie. Il a été inscrit comme journaliste indépendant par l'Ordre national des journalistes à partir du 19 février 1963 et pour cette raison, il a été récompensé par le même Ordre, en 2013, pour ses 50 ans d'activité publicitaire. En 2006, le magazine Forbes l'a inclus parmi les 100 noms les plus influents au monde grâce à ses films et livres sur l'environnement et les cultures. En 2008, il a reçu le prix "La Navicella d'Oro", décerné par la Société géographique italienne , avec la motivation suivante:

<< En plus d'un demi-siècle d'activité professionnelle constante, il a configuré un modèle personnel de voyageur capable d'explorer et d'observer avec une rigueur et une poésie convaincantes les territoires les plus pertinents de la culture géographique, historique et artistique de la société humaine d'hier et d'aujourd'hui, obtenant des résultats stylistiques -expressifs de grande valeur et de grande valeur communicative>>

Je connais au moins trois collaborations entre Folco Quilici et Ennio Morricone, Oceano en 1971, pour le cinéma, Sardegna (1972), un épisode de la série documentaire L'Italie vue du Ciel (1966-1978) qui se compose de 14 épisodes en tout, et enfin Cacciatori di Navi/Chasseurs de Navires (1990) qui est une fiction, une sorte de thriller en milieu marin réunissant à l'affiche Michael Beck, Perry King, Fabio Testi, Paolo Bonacelli et Yuji Okumoto. La dernière fois que j'avais réalisé un cylcle "marin", j'avais retenu la plus belle de leur collaboration, Oceano, encore que Sardegna la suit de près. Hier, j'ai retenu Cacciatori di Navi pour une partition qui s'articule généreusement autour d'un thème principal ample et d'un lyrisme exacerbé, mettant en scène la virtuosité de deux frères joueurs de flûtes de pan, venu d'un pays d'Amérique latine (le Pérou?) et l'envoûtante flûte basse de Paolo Zampini sur les morceaux les plus lents, développant un son particulièrement caverneux, exotique. Il me procure à chaque fois une sensation de fraîcheur:

<<Né à Pistoia, il a complété ses études de flûtiste sous la direction de Mario Gordigiani, se perfectionnant plus tard avec Roberto Fabbriciani et Severino Gazzelloni. Depuis plus de 25 ans, il donne des concerts à la fois en tant que soliste et en tant que membre d'importants orchestres et ensembles: Sinfonica della RAI di Roma, Roma Sinfonietta, Gruppo di Roma, Orchestra dell'Amit, Solistes de l'Académie philharmonique romaine. Avec l'orchestre de l'UMR, il enregistre, en tant que soliste, des centaines de bandes sonores pour le cinéma, puis collabore avec Nicola Piovani pour des œuvres théâtrales; avec Franco Piersanti, pour les concerts consacrés à Nino Rota; avec Luis E. Bacalov. Etant un des interprètes préférés d'Ennio Morricone, il interprète depuis de nombreuses années sa musique de film mais aussi sa musique de chambre. Il a donné des concerts en France, Belgique, Angleterre, Allemagne, Norvège, Tchécoslovaquie, Israël, États-Unis, Espagne, Syrie. Il a enregistré pour Rai Uno, Mediaset et Tele Monte-Carlo. Il est professeur de flûte au Conservatoire "Luigi Cherubini" de Florence. Paolo Zampini apparaît, en tant que soliste, avec Gilda Buttà et Luca Pincini dans un CD (MegItaly - CNI) intitulé "Io, Ennio Morricone" et dans le DVD (Warner Music) "Arena concert", tous deux entièrement dédiés au répertoire des films mis en musique par le compositeur romain.>>

https://www.youtube.com/watch?v=18E_oOEIZh8

Folco Quilici à propos de Cacciatori di Navi:

<<Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai filmé l'aventure des "Cacciatori di Navi" (chasseurs de navires)? C'est parce que cela faisait de nombreuses années que je souhaitais mettre fin à mes images-fresques animées consacrées à la mer. En 1952, j'ai réalisé "Sesto Continente", un plein documentaire présentant scientifiquement la vie sous la surface des vagues. C'est en 1956 que j'ai montré - avec l'aide d'Ennio Flaiano - dans "Ultimo Paradiso" comment les océans avaient inspiré, sous une forme épique, notre littérature classique. En 1960, j'ai réalisé "Tikoyo e il suo pescecane" (Tikoyo et son requin) basé sur un texte d'Italo Calvino, et qui dépeignait la mer sous la forme d'une légende, ainsi que "Oceano" - c'était en 1970 - interprété dans le lumière d'un conte de la tradition populaire. "Fratello Mare" a été consacré en 1975 à la fin des Océaniens. Un autre côté du vaste monde liquide a été évoqué par un film: c'était le côté magique, le pouvoir magique de la mer, son pouvoir d'allumer - depuis des temps immémoriaux et partout - la peur, la terreur. C'est le sujet des vaisseaux fantômes, des dieux sombres des profondeurs. A ce sujet j'ai donc réalisé "Cacciatori di navi", qui raconte l'histoire de quatre amis insouciants qui, sans s'en rendre compte, défient le pouvoir secret et indomptable d'une "mer maudite". Et ils sont vaincus, après une aventure les impliquant dans un crescendo rendu possible par une mer extraordinairement spectaculaire comme celle du Brésil amazonien, où le film a été tourné.>>
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Icare
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-10-03, 09:29

Ces musiques qui me donnent envie d'aimer les films...

Lorsque je découvre et apprécie, dans le sens contraire de la "normalité", une musique avant le film auquel elle se rapporte, je finis (pas toujours mais souvent - ça dépend quand même un peu du synopsis) par avoir une furieuse envie de voir le film en question, avec le secret espoir de l'aimer autant que la musique qu'il a généré dans le cerveau du compositeur. J'avais déjà évoqué cette "envie" qui est en même temps une pure curiosité intellectuelle, avec Une Nuit d'Olivier Florio, mais aussi Fräulein Doktor (film d'Alberto Lattuada - 1968) qui permit à Ennio Morricone d'écrire pour l'image une de ses pages symphoniques les plus abouties et personnelles dans une écriture contemporaine qui lui était chère. Le film évoque un personnage ayant réellement vécu, celui d'une espionne énigmatique, surnommée Fräulein Doktor, et qui aurait agi pour le compte des services secrets germaniques, au cours de la Première Guerre mondiale. Le morceau en question atteint presque les neuf minutes et s'intitule "The poison gas battle at Ypres". Il s'agit sans doute d'une scène de guerre vers la fin du film particulièrement brutale et effrayante où l'on peut voir des soldats allemands montés sur des chevaux, portant des masques à gaz. Leur apparence est alors monstrueuse, faisant croire à des créatures hybrides hideuses, entre humains et éléphants. Il y a dans la pièce symphonique de Morricone qui est une sorte de marche macabre pachydermique, des barrissements par les cuivres: l'allusion n'y est sûrement pas inconsciente.

Au-delà d'une musique très appropriée et apocalyptique, cette scène montre toutes les horreurs de cette guerre avec l'utilisation des gaz, arme de destruction massive. Même si aucune époque n'est parfaite, je suis quand même heureux d'être né en 1963 et de n'avoir pas connu ça. Comment peut-on arriver à un tel degré de cruauté et d'horreur? Joachim, tu connais ce film?

https://www.youtube.com/watch?v=tqiuOhNke-M


Dans un tout autre genre, une autre musique d'Ennio Morricone me donne envie de voir le film pour lequel elle a été imaginée et conçue. Il s'agit de Grazie Zia/Merci ma tante, un film dramatique italien de 1968 réalisé par Salvatore Samperi. Grazie Zia devait concourir au Festival de Cannes de l'année 1968, hélas, le festival a été annulé en raison des événements de cette même période en France. Le film réunit à l'affiche Lou Castel dont la prestation m'avait beaucoup plus dans Les Poings dans les Poches de Marco Bellocchio (1965), la superbe Lisa Gastoni et Gabriele Ferzetti que j'avais personnellement découvert par le rôle de Morton dans Il était une fois dans l'Ouest de Sergio Leone (1968). Le synopsis: <<Alvise (Lou Castel) est un jeune homme qui se croit paralysé. Il reçoit un traitement pour son problème psychologique. Son père laisse Alvise quelques jours aux soins de tante Lea (Lisa Gastoni), qui est la sœur de la mère d'Alvise. Alvise devient amoureux de sa tante et Lea lui rend également la pareille progressivement. Lea rompt sa relation avec Stefano (Gabriele Ferzetti) pour être avec son neveu. Alvise promet de faire l'amour à Lea si elle joue avec lui et le bat à l'un des jeux. Lea et Alvise jouent à un certain nombre de jeux menant au jeu ultime de l'euthanasie.>> La partition d'Ennio Morricone emploie d'une manière assez insolite et obsessionnelle un choeur d'enfants. Ce ne fut pas la première fois: Chi l'ha vista morire d'Aldo Lado (1972), Quando l'amore e sensualita de Vittorio De Sisti (1973)...Si je cite ces deux exemples, ce n'est pas un hasard car les voix d'enfants y sont tout autant obsessionnelles et manifestent un même sentiment de malaise...et de mal-être, perversité, etc...Dans Grazie Zia, l'approche y est peut-être encore plus corrosive par une orchestration et des constructions mélodiques particulièrement minimalistes. Pourtant, ce matin, cette musique m'a procuré une certaine fraîcheur et un bien-être certain.
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-10-08, 08:59

Une musique peut me bouleverser par sa forte mélancolie, la beauté de ses thèmes, la mélodie, la façon dont elle est développée et orchestrée. Une musique peut me fasciner par sa violence, sa viscéralité, son caractère obsessionnel, tranchant, électrisant: puis-je en sortir émotionnellement comme foudroyé! En réécoutant La Sconosciuta - L'inconnue en français - qui correspond à la huitième collaboration entre Ennio Morricone et Giuseppe Tornatore, des tas de choses ont traversé mon esprit: un amour profond de la musique de sa forme la plus classique qui soit à sa forme la plus aléatoire et abstraite, sans qu'aucune de ces formes n'annulent l'autre, au contraire, se rejoignent, se télescopent en moi comme autant d'expressions et émotions musicales devenues essentielles, incontournables, ne serait-ce déjà par leur complémentarité. J'ai aussi pensé, pendant l'écoute, même si, en même temps, j'étais complètement sous l'emprise émotionnelle de cette musique, n'en perdait pas une miette, comme par exemple la plus douce et discrète des harpes égrainant un paisible "Lento", à des faits d'actualité et de société, les violences conjugales, ces femmes qui meurent sous les coups d'hommes violents. J'ai aussi pensé à la petite Victorine: j'ai revu ce visage aux traits si doux et aux yeux magnifiquement bleus. Je ne sais pas pourquoi ces pensées ont traversé mon esprit pendant que j'écoutais cette partition d'Ennio Morricone. Peut-être parce que la musique, même si elle n'a aucun rapport avec les évènements qui nous rendent joyeux ou nous attristent, nous rapprochent malgré nous des faits de la vie qui nous bouleversent ou nous préoccupent. Je dis "nous" alors qu'il serait sans doute plus prudent que je dise "je". Peut-être parce que la musique est l'écho transcendé de notre temps, le miroir sonore des images qui nous imprègnent. Certains prétendent que la musique est pour eux un échappatoire, qu'elle est leur moyen de prédilection pour s'évader, temporairement du moins, de la laideur ou ne serait-ce que de la lourdeur du monde qui les entoure ou de la vie qu'ils mènent. Pour ma part, si la musique m'est indispensable, ma matière première en matière de spiritualité, je ne dirais pas qu'elle est mon moyen d'évasion, en tout cas pas entièrement. Elle est plutôt l'énergie qui transcende mes pensées, les sublime, et qui me permet de regarder le monde en face, en pleine lumière, avec ses beautés et ses laideurs, ses tumultes urbains et ses paysages sans fin, ses villes, ses déserts, ses forêts, ses mers, ses montagnes, ses intempéries mais aussi ses guerres et ses fêtes et ses manifestations de vie.

https://www.youtube.com/watch?v=rU-lJoJwCBk


Cette partition d'Ennio Morricone est interprétée par l'"Orchestra Roma Sinfonietta" sous la direction de son auteur. Elle invite plusieurs solistes dont les violonistes Marco Rogliano & Marco Serino, l'altiste Fausto Anzelmo, fidèle collaborateur du compositeur, le violoncelliste Luca Pincini, le clarinettiste Franco Ferrante, la guitare électrique de Rocco Zifarelli, la contrebasse électrique de Nanni Civitenga et la batterie pop de Vincenzio Restuccia. Ennio Morricone a également sollicité les services, pour un morceau en particulier, de Rocco Petruzzi, spécialisé dans le rock-métal électronique. Le morceau fait partie des extraits que je préfère avec un orchestre qui prend progressivement de la consistance tout en préservant une certaine distance avec la partie électronique, une approche complètement inédite de son auteur à ce moment-là. La partition est tour à tour mélancolique, inquiétante, obsessionnelle, tumultueuse, mystérieuse, troublante, désespérée, fataliste, viscérale, chahutée, lacrymale, magnétique et électrisante.
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-10-08, 10:43

Quel  bel hommage à la musique, le style inimitable d'Icare  Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 185465 et la musique de Morricone Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 333455

Je préfère écouter la musique que de voir ce film No
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MessageSujet: Re: Ennio MORRICONE (cinéma)   Ennio MORRICONE (cinéma) - Page 21 Empty2020-10-11, 15:30

L'avantage avec Sans mobile apparent (1971) c'est que je connais tout autant le film de Philippe Labro que la musique d'Ennio Morricone. Il fait partie de tous ces thrillers ou films policiers d'une époque pour lesquels je garde une réelle affection, qu'il fussent mis en musique par des Quincy Jones, Lalo Schifrin, Dave Grusin, Jerry Goldsmith ou donc Ennio Morricone comme c'est le cas pour celui-là: le synopsis: "Nice, 1971. Le commissaire Carella enquête sur deux meurtres semblables commis la même journée. Deux autres surviennent le lendemain. Une course contre la montre s'engage pour trouver le lien entre ces quatre meurtres sans mobile apparent…" Je me suis toujours demandé comment lui était venue l'idée du thème principal qui surprend par la nonchalance de sa mélodie sifflée et sa partie centrale délicieusement obsessionnelle. Elle colle si bien à l'atmosphère du film et du personnage du commissaire Carella interprété par Jean-Louis Trintignant, ou est-ce plutôt la musique d'Ennio Morricone qui détermine l'atmosphère du film..?..

Bien sûr, le compositeur n'est plus là pour m'apporter une réponse satisfaisante, et quand bien même le serait-il, il a mis en musique un grand nombre de films après celui-ci et ce n'est pas sûr qu'il se souvienne de tous les détails qui l'ont conduit à cette composition, sans compter qu'il pourrait évoquer le mystère de l'inspiration. Toutefois, ce n'est pas ce thème (main title/end title) en particulier qui m'a amené à l'inclure dans mon cycle actuel. Cette B.O. en est d'ailleurs la conclusion. Ce sont d'autres moments musicaux, notamment un que je trouve très électrisant et qui m'avait beaucoup marqué lorsque j'avais vu ce film pour la première fois: c'est lorsque Carella se met à courir et que se plaque sur l'action une musique faite d'un piano martelé et répétant un même motif, de cordes speedées et ultra-dissonantes et d'un effet électronique particulier que l'on retrouve dans d'autres bandes originales du compositeur comme Le Serpent (1973) de Henri Verneuil. Malheureusement, je n'ai pas trouvé cet extrait (film-musique) en question, néanmoins l'effet électronique se retrouve aussi dans le main title.

https://www.youtube.com/watch?v=AlJyWiKFBLI


Je crois qu'il s'agit du SYNKET ou SYN-KET mais sans en être complètement sûr. Il me semble quand même que Ennio Morricone en parle dans son livre-entretien Ma musique, ma vie, conçu avec le journaliste et compositeur Alessandro De Rosa qu'il faudra que je le relise car truffé d'informations intéressantes et aussi d'échanges plus techniques et parfois philosophiques entre les deux musiciens. Il s'agirait d'après ce que j'ai compris d'un synthétiseur modulaire. J'ai trouvé cette partie d'article: <<Inspiré par les idées de Harald Bode proposées dans le JAES Journal de 1961, Paul Ketoff a conçu un nouveau synthétiseur à transistor contrôlé en tension, beaucoup plus petit, pour remplacer le Fonosynth (et encore une fois, indirectement financé par Colombia Princeton). Ketoff a présenté son nouvel instrument baptisé "Syn–Ket" (Synthesizer-Ketoff) au compositeur américain John Eaton à l'"American Academy", qui a rapidement reconnu les possibilités d'utiliser le synthétiseur pour des performances live; c'est-à-dire des performances sans aucun magnétophone - les performances de musique électronique de cette période reposaient généralement sur le son enregistré car les synthétiseurs étaient énormes, stationnaires, multi-composants, basés en studio et beaucoup trop gros pour passer à un espace de performance en direct.>>

Si c'est bien de cet appareil qu'il s'agit, Ennio Morricone l'employa également dans La Classe ouvrière va au Paradis d'Elio Petri qui est daté à la même année que Sans Mobile Apparent, et, dans un usage très différent, dans Quando la Preda è l'Uomo/Quand la Proie est l'Homme (1972) de Vittorio De Sisti. Dans le film de Philippe Labro, ce son électronique a un effet rampant et vénéneux. J'ai toujours imaginé qu'il s'agissait du bruit que faisait le serpent alors que le serpent ne fait pas ce bruit-là: comme un son-parasite qui traverse la musique, qu'elle soit tonale ou atonale, un son qui finit par lui appartenir définitivement, au point que si je devais entendre cette musique sans cet élément électronique, il me manquerait quelque-chose, un peu comme Le Clan des Siciliens sans la guimbarde.
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Snoopy
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