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 Musique et Vin

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hugo65

hugo65

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MessageSujet: Musique et Vin   Musique et Vin EmptyMar 14 Jan 2020 - 23:39

« Je m’adonne à l’écriture ; j’associe, j’extrais la substantifique moelle des vins et d’œuvres musicales pour dégager l’alchimie qui se joue entre ces deux formes d’art.» Hugo Serres, L'Ecrit'Vin.

Bourgogne, Meursault, Leroy « Les Narvaux » 1995 VS Geirr Tveitt Concerto No 2 for Hardanger Fiddle , 3 Fjords , Part 3 Nordfjord, Giocoso

« En matière de vin, il faut savoir faire passer le plaisir avant le prestige » a dit Paul Claudel. Cette vérité reniée est transposable à la musique, harmonie des sens en émoi et de génies incompris. Le vin, le plaisir, le prestige, c’est Lalou Bize-Leroy. La musique, les sens en émoi, le génie incompris, c’est Geirr Tveitt. Elle vinifie un Meursault « Les Narvaux » 1995 pour sa maison de négoce Leroy, pour le panthéon du vin, il compose le Concerto No 2 for Hardanger Fiddle , « 3 Fjords », Part 3 : Nordfjord, Giocoso pour lui, pour l’éternité.
Elle est connue pour ses grands vins de prestige : volumes en bouche inégalés, longueurs infinies, race bourguignonne du terroir. Il est méconnu pour la profondeur de ses œuvres, pour la finesse et la puissance de ces morceaux, pour son idiome national et folklorique de la Norvège. Bref, tout les rassemble : la fraîcheur du climat, une terre d’ancêtres lointains, un travail profond, pur et transcendantal. Chaque vin est une mélodie, une histoire, chaque mélodie est un vin, une histoire.

A l’aveugle, dès le nez, le rythme est donné : je suis sur un légendaire chardonnay de Bourgogne, avec du vécu et encore une très belle acidité, et la patte du domaine je ne la reconnais pas ; je ne la connais pas. Tension, vivacité et jeunesse permettent de porter ce vin au firmament de la Bourgogne. En bouche, c’est encore le flou absolu : la trame acide étend le vin, le volume dantesque, la vitalité écrasante : mon palais reste coi devant ce sommet. « c'est un roc ! ... c'est un pic... c'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ? ... c'est une péninsule ! » clamait Cyrano de Bergerac dans l’œuvre éponyme d’Edmond Rostand. « A l’ouïe », la résonance est elle aussi droite, tendue, déterminée. La mélodie est folklorique, concentrée et allongée : mes oreilles se figent, mon sang se glace, mes poils se hérissent, mon corps est en trans.

Les rythmes sont soutenus et concordent. L’un est l’autre, l’autre est l’un. En japonais, déguster et écouter se traduisent de la même manière. Sagesse nippone. Durant toute la dégustation, durant les 9 minutes 40 de concerto, aucun affaissement ni relâchement, seulement un apaisement, un ressourcement, un recueillement. Chacun va puiser au fond de son terroir et de ses tripes pour offrir ce que mère patrie a de plus beau au fond de ses racines, de ses cordes. Commune droiture.

La cadence est infernale, transcendantale. Le grandiose me donne le tournis. Joie pour mes sens et mon âme, elle m’enivre, et la musique, le vin me transportent dans leur jardin secret. Ils tentent de me hisser à leur niveau pour respecter les préceptes de l’art oratoire, dont mon inspiration s’enchante : plaire, instruire, émouvoir. Ivresse je ne crois pas encore, nous sortons à peine d’un beau Dom Pérignon « œnothèque » 1992, mais allégresse c’est certain. Lalou vient du latin Laetitia : « allégresse, joie ».. Boire est une hérésie, déguster une frénésie.

« Si la musique nous est si chère, c'est qu'elle est la parole la plus profonde de l'âme, le cri harmonieux de sa joie et de sa douleur. » a dit Romain Rolland. La profondeur de l’âme de ce duo est démentielle, seule la bathymétrie pourra m’aider à en mesurer l’étendue. Quoique l’humilité, la curiosité et la patience pourraient être plus efficace ?

L’un et l’autre en ont sous la pédale, tel Anquetil gravissant mes chères Pyrénées. Je n’ai désormais qu’un devoir : le déguster et l’écouter jusqu’à la dernière goutte, la dernière note. Sinon, je serai la seule fausse note. Geirr signifie « la lance » en norvégien, je saisis mieux cet aspect élancé, cet envol, cette longueur. Ils planent au-dessus de nous, en nous et on les suit du regard, du palais, de l’ouïe.

Richesse, variété et générosité encadrent ces deux œuvres d’arts. Ces aller-retours incessants au violon, ce va-et-vient en bouche qui persiste : être complet, voilà leur qualité suprême et commune. L’aromatique est aussi exceptionnelle qu’extravagante : le jasmin, le beurre de noisette, la noisette grillée, l’amande fraîche, la rose. Extravagante, c’est aussi le cas de cette musique classique d’inspiration folklorique. La puissance et la finesse sont ici aussi complémentaire que différente. La puissance, ce gras divin comme la beauté d’une sirène, enveloppant comme sa main dans mon cou, chaleureux comme son souffle dans mon oreille. Ce gras, ce n’est pas la lourdeur, c’est la stupeur.

Le solo du virtuose Geirr au violon hardanger est tout point semblable au solo que Lalou joue dans ses vignes, ses cuves, son chai. Le Fjord- vallée unique érodée par un glacier avançant de la montagne à la mer, envahie par la mer depuis la retraite de la glace- de Hardanger est la terre natale et enfantine de ce dernier. Quant à Lalou, si c’est à Paris qu’elle est « venue au monde » (comme disait Sacha Guitry en parlant de Mozart), c’est sur le terroir frais et bourguignon de Vosne-Romanée, Meursault, Auxey-Duresses et Saint-Romain qu’elle fait ses armes, et quelle artillerie ! L’un et l’autre nous livrent une texture différente, une densité profonde et une atmosphère surnaturelle.  « Le Vin est d’inspiration cosmique, il a le goût de la matière du monde. » a dit la reine de la Bourgogne. Etrangement, c’est aussi dans les Fjord de Geirr que s’étendent les aurores boréales, un cosmos envoûtant.

Durant son adolescence, Geirr décide de devenir compositeur, et c’est ainsi qu’en 1955 il commence le 1er concerto de cette œuvre magistrale. La même année, comme par hasard, Lalou décide soudainement de travailler dans la vigne comme elle raconte dans Bourgogne Aujourd’hui le 22 mars 2016 : « Si je restais avec lui (son père), il me laisserait faire de la montagne. Je n'ai pas réfléchi longtemps et j'ai dit d'accord. Nous avons fait demi-tour aussitôt ( de l’école hôtelière de Lausanne où elle postulait), et le lendemain, j'étais au bureau.» Dix un plus tard, en 1965, il achève son œuvre avec ce 2ème concerto en 3 parties, quant à Lalou, 33 ans, l’âge du bonheur, l’âge du Christ. Le cosmos..

La préface du CD publiée pour sa réinterprétation en 2002 est modeste : écriture enfantine, « Geirr Tveitt » en haut à droite, suivi en dessous par le nom de l’œuvre. Puis un dessin, un homme, visage caché sur un cheval au galop surplombant un marécage et des nénuphars, ça pourrait être une étiquette de Dagueneau. Tout comme Geirr et cette réédition, Lalou fait preuve d’humilité. Etiquette épurée, simple et élégante : « Leroy » en bas à gauche, « Meursault Les Narvaux » en grand au centre, « Négociants à Auxey-Duresses » en bas à droite. Le vin en reste lui aussi humble, ce n’est que « le vin du négoce », pas du Domaine d’Auvenay, et ce n’est qu’un « Meursault Les Narvaux », pas un Criots, pas un Bâtard, pas un Chevalier. La musique et le vin en avant, pas les hommes.

Il y a un avant, et un après Lalou, Geirr...

Ma sincère gratitude,                                                                                                                                                                              

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Hugo Serres

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hugo65

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MessageSujet: Musique et Vin   Musique et Vin EmptyJeu 23 Jan 2020 - 23:13

Bonjour à toutes et à tous,

Voici un nouveau texte, avec une musique légèrement moins classique en revanche :

« Je m’adonne à l’écriture ; j’associe, j’extrais la substantifique moelle des vins et d’œuvres musicales pour dégager l’alchimie qui se joue entre ces deux formes d’art.» Hugo Serres, L'Ecrit'Vin

Vouvray, Domaine du Clos Naudin "Goutte d'Or" 2011 VS Antonio Molina, Adios a España

« La modestie, c’est la housse du talent. » a dit Aurélien Scholl. Modestie et talent sont les points communs de Philippe Foreau et Antonio Molina. Succès reconnus mais modérés « à cause » de la modeste Vallée de la Loire, du méconnu Flamenco ? L’un sort de son écrin un Vouvray « Goutte d’Or » 2011, l’autre une interprétation féerique d’« Adios a España ». Armand Foreau, le grand-père possède quelques vignes et établit la notoriété de la maison (premier à embouteiller ses vins à Vouvray à l’époque) en commençant à creuser la cave en 1910, qui s’achève en 1970. Le père, André, prend les commandes du domaine en 1969, la même année, dans « Galas del Sabado », Antonio, descendant d’une humble famille d’Andalousie, révèle « Adios a España  », un chant lyrique espagnol racontant l’histoire d’un espagnol triste d’immigrer.

En 1983, Philippe perpétue la coutume familiale : « Comme mon grand-père et mon père, je reste attaché aux méthodes traditionnelles et à une logique biologique pour la culture de nos 12 hectares situés en première côte et âgés en moyenne de 37 ans. » explique-t-il récemment. Quant à Antonio, il éblouit l’Espagne de son style andalous, inimitable et de sa voix cristalline. Durant ses tournées (théâtre, cinéma, chanson), il sillonne les routes avec une auto offerte par Franco. Philippe aussi sillonne ses vignes avec son tracteur, mais c’est bien à la main que la vendange se fait, à la voix que le chant s’exprime.

Et même si les péripéties du temps tracassent Philippe, il reste immuable : « Les années sèches, c’est un beau millésime assuré, on est gagnant sur tout la ligne. Les années humides favorisent la pourriture grise et il faut se battre dans la vigne pour sortir quelque chose de correct ». assure-t-il. 2011, hiver froid et sec et printemps chaud et sec. Après 1947 et 1990, le tour de force de la cuvée emblématique du domaine, la « Goutte d’Or », est venu.

Je carafe MA « Goutte d’Or » 2011 (ouverte soudainement après un piteux Condrieu 2015 d’un producteur dont je tairai le nom et l’insistance d’un copain dégustateur). Il arrive à la fin d’une trilogie sucrée de haute volée : Alsace Domaine Zind-Humbrecht « Clos Jebsal » Pinot Gris VT 2010, Vouvray Domaine Huet « Constance » 2003. Zind très bon, Constance excellente, Goutte d’Or … un superlatif que les mots extraordinaire, exceptionnel, magique, monumental, inoubliable ou encore immense ne sauraient suffisamment résumer. « Adios a España  » connaît le même destin, entendu et dévoré par hasard, au fil de mes découvertes musicales.

La robe est dorée telle une « Goutte d’Or ». Le nez est un peu fermé dû à cette ouverture précoce mais l’exotisme de la Loire est bien là, accompagné d’un parfum de foie gras, comme le Sauternes exhale la moutarde (si si c’est vrai). En bouche, c’est soyeux, sirupeux, une grosse matière me tapisse et me caresse le palais : « Bonita, alegre y graciosa como una rosa de abril » comme chante Antonio. « beso », c’est ce que ma bouche tente de déposer sur chacune de ces gouttes d’or qui « perfuma mi corazón » de ses arômes de rhubarbe, de fraise, de mangue, de pommes, de fruits mûrs, et de foie gras..

Un « oración » serait salutaire pour espérer reboire ce nectar digne des dieux. « La Grande Pièce », c’est la parcelle plantée en 1970 au sommet du plateau du Clos Naudin (qui n’a rien d’un Clos ) et qui engendre les plus beaux vins. C’est aussi là où ont lieu les dîners de prestige et divin, car c’est bien à la table des dieux que doit se déguster cette merveille, aux côtés d’Yquem ou d’Egon-Muller. Son producteur serait sans aucun doute d’accord : « Philippe Foreau sait transmettre dans ses vins le bonheur qu’il prend à les projeter dans le seul et unique espace qui leur revient de droit : les grandes tables » écrit la RVF.

En 1954, Antonio écrit la pièce de théâtre « Hechizo » (J’ensorcèle). Sa douce voix cristalline est assimilable à la potion magique de Philippe : un sort m’est jeté. « L’une des missions du vin est de satisfaire la soif et d’accompagner la nourriture comme une gourmandise supplémentaire. Il n’y a pas de véritable gastronomie sans le goût du vin. » déclare-t-il. Comme d’habitude, je déguste cet élixir avec un dessert « maison » de mon cuisinier préféré à base de rhubarbe, de fraise, de spéculos et de chantilly. Un sorte d’apothéose ?

Philippe clame : «1947 était une année remarquable pour les liquoreux. Mon grand-père avait mis de côté toutes ses fins de presse, car elles représentaient la quintessence du vin. La couleur or donna son nom à la cuvée». D’enchaîner à propos de 1990 : «Ma meilleure parcelle bénéficiait d’un botrytis de grande qualité. Après avoir attendu fin octobre, j’ai décidé de tout vendanger en une seule fois, sans tri, et d’effectuer une presse très lente. Le jus qui coulait était d’un incroyable jaune soutenu ». Année d’Or, Juanito Valderrama remet un disque de platine à Antonio. Or, platine, leurs couleurs ne peuvent être que luxuriantes.

Ce grain de voix, le même grain de qualité que Philippe tire de ce fameux botrytis (il attend que la pourriture noble s’établisse de 40% à 100% sur les grains) pour qu’ensuite la trie la plus riche soit utilisée pour la « GO ». La cuvée 2011 de 7000 bouteilles est « preciosa ». «Les grands vins doivent impérativement répondre à un triptyque immuable: la finesse, la digestibilité et la grande longueur en bouche» assène Philippe. Et quelle longueur ! Du jamais bu depuis le Meursault « Les Narvaux » 1995 de Leroy. Les 240 gr de sucre résiduel ont l’effet « chewing-gum » en bouche : collant au palais avec fraîcheur, persistance et complexité en plus. La longueur est kilométrique et aussi aérienne que l’envolée finale et lyrique d’Antonio de 20 « caudalies » qui tapisse la pièce et mes oreilles par son grain pur. Tiens, en 1942, il est tapissier à Madrid. Sur ces sols argilo-siliceux, le terroir se nomme « perruche ». Je parlerai ainsi de « vin perroquet » : qui disent beaucoup de choses.

Le prolixe Philippe affirme : « Il ne faut pas avoir peur de l’acidité ». Tension fougueuse acidité maîtrisée, jeunesse enivrante, j’abonde dans le sens de cette « vérité ». L’avenir est prometteur et tout comme Antonio, lorsque l’on a l’élégance de la « mar serena », la finesse de la « brisa », l’équilibre de le « tierra » et l’air majestueux du « sol », on peut affronter le temps avec fierté et confiance. « Boire du vin, au-delà de la gorgée avalée, c’est s’interroger sur les mystères de son goût, c’est comprendre son origine, son cépage, sa terre, c’est comprendre les conditions climatiques qu’il a reçues, c’est aussi comprendre son potentiel. » déclare Philippe. Savoir d’où l’on vient, où l’on est et où l’on va. « Je veux quitter le port, j’ai l’âge des conquêtes, Partir est une fête, Rester serait la mort. » chantait Jacques Brel.

« Terre inculte » et « broussailles », c’est la définition gauloise de vober qui a donné son nom à l’AOC Vouvray crée en 1936. « Les grands vins ont en commun avec les grands esprits de vous rendre intelligent. » écrit la RVF à propos des vins du Clos. La boucle est bouclée, la bouche jamais. En 1989, une fibrose pulmonaire s’empare d’Antonio et le met chaos en 1992. La grandeur d’âme ne suffit pas à rendre ses poumons invincibles. Un clin d’œil, en 1997, grande année liquoreuse en Loire, « Adios a España » d’Antonio est réédité en CD. Quant à MA deuxième « Goutte d’Or » 2011, elle patientera sagement en cave, et d’ici là j’espère goûter la 2015, la 1990, la 1947 ou encore la 1921, non estampillée GO mais vinifié pareillement…

Ma sincère gratitude,

HS


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Ma sincère gratitude,

Hugo Serres

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