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 Le règne de la symphonie

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Icare
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MessageSujet: Morricone   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 11 Jan - 23:20

Seconde Partie:

Symphony for Richard III:

J'avais commencé la première partie de mon cycle par une symphonie qui n'en est pas complètement une; Symphony-Antiphony de Pelle Gudmundsen Holmgreen. J'avais bien aimé cette idée d'entamer un cycle d'écoutes autour de la symphonie sur une note ambiguë, une symphonie qui n'en est pas vraiment une ou qui se transforme très vite en une "antiphonie". Pour cette seconde partie, j'ai également opté pour une symphonie qui n'en est pas vraiment une, si ce n'est une "symphonie cinématographique", une symphonie imaginée pour les images d'un drame shakespearien; Symphony for Richard III (1997) d'Ennio Morricone par l'"Accademia Musicale Italiana" sous la direction du compositeur et avec Nello Salza qui assure les solos de trompette. Elle fut composée pour un film muet franco-américain datant de 1912; The Life and Death of Richard III d'André Calmettes et James Keane. C'est la seconde fois qu'Ennio Morricone compose pour une version rénovée d'un film muet. La première fois fut en 1992 pour La Dame aux Camélias (1915) de Gustavo Serena avec Francesca Bertini. Soit dit en passant, il avait déjà mis en musique la version moderne de Mauro Bolognini avec Isabelle Huppert (1981). Seulement onze ans séparent ces deux compositions et la différence d'approche est énorme. La grande chance que j'ai eu est d'avoir pu, à Gand en Belgique, assister à la création en concert de cette Symphonie pour Richard III avec le film du duo Calmettes-Keane en toile de fond. Les trompettes s'expriment avec fracas dès le départ de l'oeuvre, dans un climax tendu et sombre. Une grande gravité caractérise la première partie de la symphonie. La particularité du cinéma muet c'est qu'il laisse un espace complet d'expression à la musique. Trop concentré sur le jeu de l'orchestre, je n'ai pas beaucoup prêté d'attention aux images du film qui défilaient derrière. Ennio Morricone ne renonce pas aux différentes techniques qu'il a élaborées tout au long de sa carrière, se rapprochant en même temps de ce qu'il compose de symphonique pour le concert, hors cinéma, arborant ainsi des architectures complexes et fascinantes dans un langage souvent tourmenté et atonal. Il y développe de plus en plus ses ambitions musicales les plus personnelles et se libère des concessions que, généralement, le cinéma "grand public" exige. Il y a un morceau d'environ onze minutes qui s'intitule "The journey in London". Il est la charge lumineuse de l'ensemble, celui qui s'arrache avec grandeur et virtuosité de la noirceur ambiante. C'est comme une danse villageoise très primitive qui prend de plus en plus d'ampleur, se "contemporanise" jusqu'à se transcender totalement, se sublimant dans la répétition d'une même cellule mélodique de quelques notes qui s'étoffe au fur et à mesure de son ascension. J'en suis resté scotché. C'est très certainement le point culminant de cette "vraie fausse" symphonie. Il mit également en musique une version cinématographique d'Hamlet de Franco Zeffirelli (1990): Ennio Morricone excelle sur Shakespeare.

Introduction:

https://www.youtube.com/watch?v=0I4snqdWNQ4


Dernière édition par Icare le Mar 9 Avr - 21:26, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptySam 12 Jan - 18:46

Symphonie n°2 "Martyros Sarian".

Avec cette seconde symphonie, Boris Parsadanian nous offre une grande fresque dramatique qui se divise en trois mouvements avec un intermezzo; "Maestoso/Lento/Allegro con fuoco. Si j'évoque une fresque c'est en référence au peintre auquel cette oeuvre est dédiée, mais aussi pour la vaste panoplie de couleurs qu'elle déploie: Martiros Sarian ou Saryan, né le 28 février 1880 à Rostov-sur-le-Don et disparu le 5 mai 1972 à Erevan, fut un peintre arménien né en Russie. Il est souvent considéré comme le père de la peinture arménienne moderne. Lorsqu'il découvre l'Arménie, il ressent une passion presque charnelle pour elle, et n'a de cesse de la représenter par des toiles inondées de lumière et vibrantes de couleurs. Il fut le premier à réaliser la nécessité d'élaborer un style propre basé sur les anciennes traditions nationales. Sa palette est délibérément gaie, vive et colorée. Je trouve que l'"Intermezzo" est le passage de la symphonie qui répond le mieux à cette description. <<La couleur devrait chanter. Elle devrait exprimer la perception de l'essence de la vie qui réside en chaque être humain. En utilisant la couleur, j'augmente encore plus ce que je vois, afin que la lumière puisse être plus brillante dans mes œuvres.>> Martyros Sarian. Très sensible à la dimension dramatique de cette seconde symphonie de Boris Parsadanian, il y a les moments de grande fougue et ceux d'une infinie douceur. Il y a parfois ce cor que j'entends chanter par-dessus les montagnes, comme celui qui termine le "Lento". Et si c'était le chant d'une couleur égarée que le peintre a laissé vivre derrière son éclipse? Ces chants ponctuent l'oeuvre de Parsadanian, puisse-t-il s'agir d'une trompette, d'un cor, d'un hautbois ou d'une clarinette, dans les moments d'accalmie, entre les fulgurances. Dans l'"Allegro" final elles sont particulièrement virulentes, prêtes à déplacer des montagnes, mais sans jamais écraser ces chants les plus fragiles, tel ce magnifique hautbois, vers la fin, d'une tendresse infinie. D'ailleurs, cette symphonie achève son dernier souffle en douceur. Par le "URSS Symphony Orchestra" sous la direction d'Evgeni Svetlanov.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptySam 12 Jan - 22:36

Je pense n'avoir jamais autant apprécié les trois symphonies de Joseph Haydn que j'ai réécoutée ce soir. Il s'agit des Symphonie n°6 en ré majeur "Le Matin"/ Symphonie n°7 en ut majeur "Le Midi" et Symphonie n°8 en sol majeur "Le Soir" par le "Concentus musicus Wien" sous la direction de Nikolaus Harnoncourt. Je crois même que la dernière fois que je les avais écoutées, elles m'avaient glissé dessus comme autant de gouttes d'eau sur un ciré. Il se pourrait que le ciré soit devenu poreux avec le temps ou, ce que je pense davantage, je fus aujourd'hui dans l'humeur adéquate pour apprécier enfin ces trois symphonies à leur juste valeur. Mon intérêt s'amenuise un peu sur la huitième, néanmoins le disque atteint presque les soixante-treize minutes! La prochaine fois, je commencerai l'écoute par la Huitième. Une très belle fraîcheur s'est manifestée dans la Sixième, celle du "Matin" avec cette flûte solo qui illumine l'aurore...et ce clavecin, ce basson du trio dans le menuet, ce violon solo qui sublime l'adagio...un triptyque symphonique qui fut composé en 1761 par un jeune créateur d'à peine trente ans...Ha tiens! J'adore les quelques secondes d'introduction du premier mouvement de la Symphonie n°6, une entrée en douceur avec la discrétion d'un rayon de soleil qui se faufile entre les rideaux que l'on s'empresse de tirer.

https://www.youtube.com/watch?v=qwGQELUJnfs


<<Mon prince était satisfait de toutes mes compositions, j'étais applaudi, je pouvais, en tant que chef d'orchestre, faire des expériences, observer ce qui produit l'impression et ce qui l'affaiblit, donc corriger, ajouter, couper, oser. J'étais à l'écart du monde, personne dans mon entourage ne pouvait me faire douter de moi et me donner du tracas, j'étais donc original.>>
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MessageSujet: Brotons   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyDim 13 Jan - 19:13

Symphonie n°5 "Mundus Noster":

Salvador Brotons, compositeur espagnol de la seconde moitié du vingtième siècle jusqu'à aujourd'hui, n'a jamais semblé beaucoup se préoccuper des recherches esthétiques de l'avant-garde européenne, ce qui ne signifie pas pour autant qu'il ne les a pas étudiées ni analysées. Sa musique s'inscrit aisément dans une continuité, sans rupture avec la tonalité, l'impressionnisme ni même le romantisme. La Symphonie n°5 "Mundus Noster" - opus 117 (2010) que je viens de réécouter en cette fin d'après-midi témoigne de cette volonté de prolonger la grande tradition symphonique avec son lot de lyrisme et d'épique, sans renoncer non plus à des moments plus intimistes. Elle se compose de quatre mouvements: "1) Power. Poverty. Ambition, 2) Meditation 1. Hypocrisy, 3) Meditation 2. Violence and the growth of 'ego', 4) Depressive lament. Hope. Elevation and excelling." C'est une oeuvre fortement charpentée avec de prompts changements d'humeur qui la rendent attractive sur toute sa durée. Il y a un caractère satirique, voire ironique, dans le second mouvement qui me plait bien, juste après la première "méditation", lors de la seconde partie du mouvement, "Hypocrisy". J'y entrevois une sorte de valse un peu bancale et amusée. L'ironie y est traitée avec brio et éloquence. Après la seconde "méditation" qui constitue la première partie du troisième mouvement, se développe une "violence", une animation où les percussions semblent vouloir rivaliser de leur présence avec l'orchestre. Ce n'est pas forcément une figure musicale très originale dans l'absolu, l'ayant beaucoup entendue ailleurs, dans d'autres oeuvres symphoniques qui lui sont plus ou moins contemporaines, mais cette association percussions/orchestre apporte un tonus malgré tout inattendu. Surtout, il me conduit contre toute attente vers un violon solo dont la voix saisissante me parait si amoureuse, tel un interlude exquis avant de reprendre son embardée et de se laisser emporter par un grand désir lyrique parfaitement assumé...  . "Elevation and excelling" qui appartient au quatrième et dernier mouvement, est à mon goût le meilleur moment de la cinquième symphonie de Salvador Bottons, le point culminant comme je dis toujours: d'abord par de délicates touches de la harpe et un appui passionné des cordes, le compositeur me conduit dans un romantisme décomplexé que d'aucun dira ne croiser que dans un certain cinéma hollywoodien. Pourquoi pas puisque dans cette symphonie, c'est finalement l'amour qui triomphe.

 https://www.youtube.com/watch?v=B5k2F0xZw68


Joachim, si tu n'aimes pas cette symphonie je me fais moine!
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MessageSujet: Heitor Villa-Lobos   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyDim 13 Jan - 23:17

La symphonie n'est pas le domaine dans lequel Heitor Villa-Lobos me touche le plus et je ne les connais d'ailleurs pas toutes. Je connais les 1, 4, 11, 10 et 12. La première fut composée en 1916 alors que l'Europe est à feu et à sang et porte le titre "The Unexpected/L'imprévu". Elle est constituée de quatre mouvements. Sa quatrième symphonie fut composée après la capitulation allemande, en 1919, et fut intitulée "Victory". Elle se compose également de quatre mouvements. La Symphonie n°10 "Amerindia" est une oeuvre monumentale de plus de 73 minutes, pour solistes (ténor, baryton, basse), choeur et orchestre qui se découpe en cinq mouvements. C'est aussi celle que je trouve réellement formidable et accomplie. Sa Symphonie N°11 date de 1955 et se découpe en quatre mouvements. La Symphonie n°12 de Villa-Lobos fut composée en 1957. Les symphonies n°1, 4, 11 & 12 sont interprétées par le "SWR Radio-Sinfonieorchester Stuttgart" sous la direction de Carl St.Clair. La Symphonie n°10 est interprétée par: Lothar Odinius, ténor/ Henryk Böhm, baryton/ Jürgen Linn, basse, et les "Members of the Staatsopernchor Stuttgart", le "SWR Vokalensemble Stuttgart" et le "Radio-Sinfonieorchester Stuttgart des SWR". Direction: Carl St.Clair.

Ce soir, j'ai réécouté les symphonies n°1 et 11, tout simplement parce qu'elles sont réunies sur une même galette. Comme je l'ai déjà précisé sur son fil, ce n'est pas dans la symphonie que je préfère Heitor Villa-Lobos, peut-être une luxuriance un peu trop permanente qui aurait tendance à m'épuiser sur la durée. Et en même temps, des qualités expressives auxquelles je ne peux demeurer complètement insensible. Il y a au sein de jaillissements sonores de tout l'orchestre, des trouvailles, des coloris, des combinaisons qui font mouche. La première symphonie me plait de plus en plus, ceci-dit.

https://www.youtube.com/watch?v=qZ0kkxY-vfo


Dernière édition par Icare le Dim 20 Jan - 19:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyLun 14 Jan - 19:30

Aujourd'hui, j'ai réécouté deux autres symphonies de Heitor Villa-Lobos, les symphonies n°4 "Victory" (1919) et n°12 (1957). La Symphonie n°4 qui a été composée à Rio de Janeiro en 1919 ne peut être dissociée de la Troisième et la Cinquième que je ne connais pas encore. La conception de ces trois oeuvres a été conditionnée par l'intérêt que porta Villa-Lobos à la Première Guerre Mondiale, le poids de la tragédie, la joie de la victoire et cette tristesse de fin de conflit. La Troisième, c'est "La Guerre", la Quatrième, c'est "La Victoire" et la Cinquième - celle qui aurait été perdue - c'est "La Paix". C'est encore l'"Andante" (troisième mouvement) qui me touche le plus avec ces effets de harpe et cette même touche de piano agissant comme une ponctuation. Ce passage est très touchant. Dans l'"Andantino" du second mouvement on y surprend une citation logique de La Marseillaise. Il y a aussi une superbe danse dans le mouvement final, si habilement développée: est-ce la danse de la joie?

<<Comme l'ont souligné quelques musicologues européens, il est possible que le matériau mélodique de la quatrième symphonie rappelle certains thèmes de Tchaïkovsky ou de Borodine. Ces similitudes ne sont cependant pas d'une grande importance, dans la mesure où les principes esthétiques sur lesquels Villa-Lobos fondait son oeuvre n'avaient guère de points communs avec la démarche des maîtres russes.>> Gérard Béhague.

La Symphonie n°12 fut terminée à New York en 1957, le jour du soixante-dixième anniversaire du compositeur. Elle me touche moins que la Quatrième, néanmoins elle n'est pas dépourvue de qualités, ne serait-ce déjà une grande force expressive, avec une vaste palette de couleurs offerte à l'orchestre, un impressionnisme assez marquant dans le second et troisième mouvements, l'"Adagio" et le "Scherzo". A une belle panoplie de percussions, un apport original mérite d'être signalé: l'emploi d'écorces de noix de coco séchées dont j'avoue ne pas avoir vraiment repéré (identifié) la sonorité pendant l'écoute. En général, je suis très réceptif aux timbres qui se distinguent par leur originalité, qui font figure d'exotisme dans un orchestre classique, par exemple, ceux d'un instrument rare, d'un instrument que je ne connaissais pas, ou de matériaux ou objets divers desquels il est possible d'extraire des sons inédits. C'est quelque-chose qui aiguise mon attention.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyLun 14 Jan - 23:15


J'ai une nouvelle fois sublimé ma soirée en réécoutant la Symphonie n°10 "Amerindia" de Heitor Villa-Lobos. Il s'agit effectivement là d'une oeuvre plutôt longue et fastidieuse. J'étais resté longtemps sans la réécouter, néanmoins, étant donné qu'il s'agit d'une de mes oeuvres préférées du compositeur brésilien, avec Forest of the Amazon, je pensais très bien la connaître. Erreur: à trois reprises, j'ai cru qu'elle se terminait avec une conclusion qui, en réalité, n'en était pas une. Elle se constitue de cinq mouvements et le quatrième, "Lento", dépasse les trente minutes. Cette symphonie se rapproche ouvertement de l'oratorio, elle en porte le caractère dans une interprétation remarquable mentionnée deux commentaires plus haut. Elle fut composée en 1954, trois ans avant la Douzième, pour le quatre centième anniversaire de la ville de Sào Paulo et est dédiée à l'épouse du compositeur, Mindinha. Elle fut interprétée pour la première fois trois années plus tard, en 1957, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, avec Heitor Villa-Lobos en personne à la tête de l'Orchestre Radio-Symphonique de Paris et des choeurs de la Radiodiffusion française. La création brésilienne s'effectua à Sào Paulo, en septembre de la même année.

https://www.youtube.com/watch?v=hpIJPAA1mtI
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MessageSujet: Berlioz   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyMar 15 Jan - 21:54

Berlioz: Symphonie Fantastique, op. 14:

<<Le 11 septembre 1827, à une représentation de HAMLET donnée à Paris par une compagnie anglaise, Berlioz, alors âgé de 24 ans, s'enflamma pour la vedette, Harriet Smithson. Pendant deux ans ses feux brûlèrent sans s'affaiblir, mais ne rencontrèrent que froideur et même frayeur de la part de l'actrice, ce qui enfonça le musicien dans le désespoir. Peu de temps après le départ de Miss Smithson, il écrivait à un ami: "Elle est...à Londres et cependant je crois la sentir autour de moi...j'écoute mon coeur battre et ses pulsations m'ébranlent comme les coups de piston d'une machine à vapeur. Chaque muscle de mon corps frémit de douleur...Inutile!...Affreux!..." Tout juste deux mois plus tard, il annonçait au même ami l'achèvement d'une grande symphonie autobiographique: un programme serait imprimé et distribué aux éditeurs. Le titre en fut d'abord: "Episode de la vie d'un artiste, symphonie fantastique en cinq parties", mais par la suite, après que l'oeuvre eut été révisée et publiée, il fut inversé de façon à faire ressortir le caractère symphonique, l'aspect narratif passant au second plan. A lire le texte de Berlioz, on découvre que la symphonie est un testament de son amour pour l'actrice. >>

Je suppose que Harriet Smithson jouait le rôle d'Ophélie dans Hamlet de Shakespeare...

https://www.youtube.com/watch?v=0DWjI1uLSzw


Dernière édition par Icare le Jeu 17 Jan - 8:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Serebrier   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyMer 16 Jan - 18:04

Symphonie n°3 - José Serebrier: Une certaine expression du désespoir...

La Symphonie n°3 pour orchestre à cordes avec soprano, en quatre mouvements, également appelée "Symphonie mystique" du compositeur uruguayen José Serebrier, démarre sur des chapeaux-de-roue par un presto énergique qui ne laisse aucun répit à l'auditeur. Les cordes saisissent aussitôt avec un usage envoûtant du violoncelle. J'ai été immédiatement aimanté par la dimension nerveuse et dramatique de ce premier mouvement. Par la suite, il n'y aura d'ailleurs pas une telle agitation. Le "Lento" (second mouvement) se développe à partir du même violoncelle solo, cette fois, plus grave encore et réfléchi. Dans une grande économie de moyens et d'effets, un violon s'imposera dans une errance un peu troublante, créant un contraste sonore plutôt viscéral. C'est comme un drame inéluctable qui s'installe et se poursuit avec des silences inquiétants dans le mouvement qui suit: l'"Andante mosso"  qui s'étend sur presque neuf minutes ne tranche pas brutalement avec la cadence du précédent morceau, même si elle connait une accélération dans l'intensité et propose une musique tourmentée qui ne décolle jamais vraiment. C'est sans aucun doute le passage de la symphonie le moins évident et en même temps le plus mystérieux. Le violoncelle joue encore de son charisme extraordinaire, sa gravité se confrontant aux cordes aiguës. Proche du désespoir, le violoncelle ne changera pas de ton au départ du quatrième mouvement, les cordes étant, elles aussi, sur la même longueur d'ondes. L'"Andante comodo" me conduira inexorablement vers un fragment de "requiem" d'une beauté saisissante, avec l'intervention de la soprano Carole Farley dont j'apprécie plus fréquemment le timbre de voix dans l'oeuvre d'Aubert Lemeland: très beau moment d'émotion et superbe conclusion.


Dernière édition par Icare le Jeu 17 Jan - 22:09, édité 2 fois
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MessageSujet: Schulhoff   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyMer 16 Jan - 18:33

Symphonie n°2 - Erwin Schulhoff Une certaine expression de la joie...

Erwin Schulhoff dédia la Symphonie n°2 de 1932 à la Radio Tchécoslovaque et à son fidèle ami Karel Boleslav Jirak. Bien que se composant de quatre mouvements, elle n'est pas très longue, excédant de peu les dix-sept minutes. L'oeuvre est concise, expressive, plus porteuse d'espoir que celle que j'ai réécoutée juste avant de Serebrier, n'hésitant pas à inviter le jazz accompagné d'un banjo dans le troisième mouvement. C'est presqu'une forme d'insouciance qui s'installe, distillant un optimisme contagieux. Schulhoff, au travers d'une orchestration plus ou moins dépouillée et en même temps très irisée,  illumine sa symphonie, notamment dans le tout dernier mouvement, d'une forte dose de fantaisie et de légèreté. Gracieux et énergique, les sons s'envolent au sein d'une architecture simple et franche. Je ne suis évidemment pas insensible à la bonhomie du premier mouvement, très extraverti et s'exprimant par les vents et les cordes sur un ton avenant et jovial.

https://www.youtube.com/watch?v=ig5QYpd-UBw


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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyJeu 17 Jan - 8:46

J'ai écouté trois nouvelles symphonies de Joseph Haydn par "Tafelmusik" sous la direction de Bruno Weil: Symphonie n°82 en ut majeur - "L'Ours", la Symphonie n°83 en sol mineur "La Poule" et la Symphonie n°84 en mi bémol majeur, toutes les trois sous la forme traditionnelle des quatre mouvements. Les deux premières portent comme sous-titre un nom d'animal, l'ours et la poule.

Pour en savoir un peu plus sur la Symphonie n°82 et sur son sous-titre "L'Ours cliquez ici

Ce n'est pas celle que j'ai préférée des trois pas plus que celle de "La Poule". Mon avis peut évoluer mais, lors de cette première écoute, ma préférence, légère ceci-dit, se porte davantage sur la Symphonie n°84, sans doute grâce à son "Largo" introductif et un "Andante" des plus stylés, d'une belle élégance, notamment par une délicate utilisation des bois.

https://www.youtube.com/watch?v=hZhNW1I_gg8
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyJeu 17 Jan - 18:46


<<J'ai mis longtemps avant de me pencher... au point de chavirer...sur les fameuses symphonies de Schubert. Après tout, j'étais encore bien jeune lorsque je me penchai sur celles de Beethoven et Mozart. Pourquoi ais-je donc enjambé le Schubert des symphonies (et ignoré Haydn) alors que je vénérais déjà une partie de sa musique de chambre? Je ne sais pas et, au fond, je ne regrette rien. Mes préoccupations se situaient ailleurs et, à ce moment-là, je vénérais probablement les symphonies de Norgard et Corigliano. Je ne pouvais être partout à la fois, au fourneau et à la charrue, sur un cheval et sur ma femme en même temps. Laughing  Le miracle n'a, en réalité, rien à voir avec tout ça. Mon cycle autour de Franz Schubert vient de démarrer avec les deux premières symphonies et je peux dire d'emblée que j'ai passé un bon moment. Je les ai perçues comme une musique du matin, une musique de l'aurore, une musique qui aime la vie et qui fait aimer la vie. C'est ce profond sentiment d'envie de vivre qui est ressorti de cette joyeuse découverte, surtout avec la seconde symphonie. La N°1 - D82 est plaisante et attachante, ayant eu, pour ma part, une affection particulière pour le premier mouvement, cependant, je ne peux pas dire que, dans son ensemble, l'aînée des symphonies de Franz Schubert m'ait fait chavirer. Non, la N°2 - D125 m'a semblé plus volumineuse, plus ample, plus consistante, plus convaincante aussi. Le second mouvement "Andante - Variations I-V" ne manque ni d'élégance ni même d'une certaine grâce. Au début, il ne fait que m'effleurer, puis, au fur et à mesure de son développement, il m'emporte comme par magie. Ce fut sans doute "l'effet Schubert".>>

Voilà ce que j'avais écrit en mars 2015 sur les deux premières symphonies de Franz Schubert que j'écoutais pour la première fois. Ce que j'attends d'une oeuvre musicale c'est qu'elle me transporte, m'émeut...autant dire que nous sommes tous et toutes dans cette attente-là, et Schubert sait faire ça, que ce soit par sa musique de chambre, son oeuvre vocale, ses lieds et même ses symphonies. La première symphonie gagne un peu plus en intérêt au fil des écoutes. J'ai aimé ses arrondis et ses teintes, sa beauté fragile et si sûre à la fois: elle est pourtant le fruit d'un jeune créateur de seize ans, achevée le 28 octobre 1813. Onze ans plus tard, Schubert écrivit une lettre à son ami peintre Leopold Kupelwieser dans laquelle on put lire: "En fait de lieder, je n'ai pas fait grand-chose de neuf, mais je me suis néanmoins livré à plusieurs essais dans le genre instrumental, ayant composé deux quatuors...et un octuor et je désire encore écrire un quartetto, car je veux avant tout me frayer ainsi la voix de la grande symphonie." La seconde symphonie en si bémol majeur fut composée entre 1814 et 1815. Hier, je la préférais à la Première, aujourd'hui, je ne saurais dire laquelle des deux m'a le plus captivé: une élégance, une jeunesse, une fougue juvenile et une douceur irrésistible par moments, un soin des couleurs...Je vais toutes les réécouter à l'occasion de ce cycle, sauf la Septième...Crying or Very sad
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MessageSujet: Schubert   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyJeu 17 Jan - 22:19


J'ai réécouté ce soir la Symphonie n°3 en ré majeur et la Symphonie n°4 en ut mineur "Tragique" de Franz Schubert , un approfondissement toujours par le "Berliner Philharmoniker" sous la direction de Karl Böhm...Je ne tenterai d'autres interprétations que lorsque j'estimerai connaître suffisamment ces symphonies...La Troisième est très alerte et d'une humeur souvent positive. La Quatrième, en revanche, prend dès le départ, un ton nettement plus sévère et grave. Son sous-titre le laissait cependant prévoir. Si je l'aime beaucoup, c'est principalement grâce à son quatrième et dernier mouvement "Allegro" qui n'a finalement plus rien de tragique à mon oreille. Il me passionne par son thème principal, fort bien trouvé, qui a quelque chose de "doucement ludique", de faussement léger. J'y ai presque ressenti une forme d'humour, une sensation que j'ai du mal à définir et qui m'a beaucoup "amusé" pendant l'écoute...est-ce sans doute une perception trop personnelle pour être partagée...En tout cas, j'adore cet allegro conclusif auquel s'ajoute la beauté profondément dramatique de l'adagio introductif! La troisième symphonie m'a moins transporté, ce qui ne signifie pas non plus que je ne l'ai pas appréciée lors de cette nouvelle approche. J'ai bien aimé son énergie et l'aura positive qu'elle dégage.

https://www.youtube.com/watch?v=r4Oxnf0Q20c


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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 9:13

Sur les quatre premières symphonies de Schubert, et aussi sur la 6ème, on sent nettement l'empreinte de Beethoven. Par contre, la 5ème est différente, c'est plutôt l'influence de Mozart et aussi un peu de Haydn.

C'est à partir de la 7ème que les symphonies sont réellement "schubertiennes".
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MessageSujet: Eisler   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 10:25

Une symphonie de chevet n°7:

La SYMPHONIE ALLEMANDE de HANNS EISLER fut composée pour la majeure partie entre 1935 et 1937,le bref épilogue fut ajouté avant la création à Berlin (24 avril 1959). De la technique dodécaphonique maniée très personnellement (avec inversion,écrevisse ou reflet d'écrevisse) jusqu'aux intonations d'agit-prop,l'oeuvre particulièrement appréciée par le compositeur lui-même est un répertoire des procédés de style les plus divers. J'aime énormément cette monumentale symphonie. Elle fait vibrer chaque partie de mon être. J'en aime le souffle tragique qui l'anime et l'extrait que j'ai choisi lui prête même un lien avec l'opéra et le documentaire:

https://www.youtube.com/watch?v=DIKIpmuA5YY


<<Avec l'image poétique de BRECHT qui présente l'Allemagne comme une "mère blaffarde souillées",le prélude (citations de L'Internationale et des "Victimes Immortelles") évoque le "Mal à l'Allemagne". Dans la seconde partie,la plainte se concrétise dans la passacaille en une accusation contre la terreur nazie dans les camps de concentration ( "Symphonie des camps de concentration" était du reste le titre primitif de l'oeuvre). La quatrième partie,avec le poème de BRECHT "A Postsdam sous les chênes" évoque l'appui donné par la caste militaire au fascisme naissant,tandis qu'une marche funèbre orchestrale dans la 5ème partie thématise les souffrances indicibles des victimes d'après le poème de BRECHT; "Sonnenburg". La 7ème partie (d'après "L'enterrement du provocateur dans un cercueil de zinc" de BRECHT) dénonce les méthodes de la propagande fasciste. A une "Cantate des Paysans" avec le chant d'exhortation "Lève-toi paysan" succède "La cantate des ouvriers" d'après "Le chant de l'ennemi de classe" écrit par BRECHT en exil. La partie orchestrale qui suit exprime sous un aspect dialectique la souffrance et la confiance,et la symphonie en onze mouvements s'achève par l'épilogue d'après un quatrain de BRECHT "Manuel de la Guerre". pour illustrer les vers "Voyez nos fils sourds et ensanglantés...réchauffez les,ils ont froid", EISLER conseillait la projection de photos en rapport avec le texte: des soldats allemands à moitié morts de froid devant Stalingrad.>>
HANS CHRISTOPH WORBS.


Dernière édition par Icare le Ven 18 Jan - 16:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 10:50

C'est aussi l'œuvre de Hans Eisler que je préfère Wink  C'est lui qui a composé le très bel hymne de l'ex RDA, Auferstanden aus ruinen (Ressuscités des ruines) qui est dans l'esprit de cette symphonie allemande dont il pourrait servir d'épilogue.

https://www.youtube.com/watch?v=DTV92wqYjfA
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 11:00

Merci Icare, je découvre cette symphonie de Hanns Eisler avec émotion ainsi que le poème de Brecht Le règne de la symphonie - Page 3 248345
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 16:59

J'ai réécouté deux autres symphonies de Franz Schubert, les N°5 & 6. Plutôt placées sous l'influence de Beethoven, la Cinquième se démarquerait par son rapprochement avec Mozart et Haydn...toujours est-il que cette Symphonie n°5 dans un style qui effectivement m'évoque davantage Mozart, et cela dès le premier mouvement qui m'a séduit par son élégance et son apparente légèreté, me ravit d'emblée par son thème enchanteur. Je me suis encore plus cette fois-ci imprimé de sa poétique, de ses couleurs, de ses gestes et de ses rythmes. Et si j'ai été aussi perméable à la force de séduction et à la beauté du thème principal du premier mouvement, j'ai trouvé que le second touchait à l'exquis, surtout lorsqu'il se déboise, en faveur d'un seul bois, un seul instrument...Je ressens beaucoup de fragilité, de sensibilité, à ce moment-là, quand la musique invite, par une construction, un développement judicieux et inspiré, à quelque chose qui touche, en quelques notes, au merveilleux. C'est en cela que, personnellement, je reconnais un grand compositeur, ces petits moments de pure magie qui s'élèvent d'une oeuvre et que notre mémoire s'applique à immortaliser, ces petits moments qui paraîtront peut-être anecdotiques à d'autres et me font fondre à chaque fois. Je n'ai pas été autant séduit par la Symphonie n°6, sans doute n'y ai-je pas rencontré ces petits moments de pur délice, cependant j'ai bien aimé les second et quatrième mouvements, notamment le quatrième qui m'a un peu rappelé, dans l'esprit, celui de la Symphonie n°4 mais sans me passionner autant.

https://www.youtube.com/watch?v=cdLuvGsjwlA
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyVen 18 Jan - 23:12

J'écoute en ce moment la Symphonie n°8 - "Inachevée" de Franz Schubert, juste après l'imposante Symphonie n°9 du même auteur dont je vénère le quatrième mouvement. Dans la N°8, c'est prioritairement le premier mouvement, l'"Allegro moderato", qui me passionne. Son thème principal autour duquel la musique s'articule est tout simplement exquis. Je suis comme ensorcelé par ce thème mélodique, ce qui est souvent le cas dans la musique de Schubert et déjà vrai dans plusieurs de ses symphonies dont le quatrième mouvement de la Neuvième. Bien que le développement thématique dans les symphonies de Schubert est souvent rapporté à Beethoven, à l'exception de la Cinquième qui évoquerait davantage Mozart, personnellement, elles me procurent des impressions et des plaisirs différents. Il n'y a pas si longtemps, j'avais réécouté à l'occasion de ce cycle plusieurs symphonies de Beethoven, mais ce fut un autre voyage, une autre puissance, une autre ampleur. Etrangement, avec les symphonies de Franz Schubert, je n'ai pas l'impression de trop m'éloigner de sa musique de chambre, comme si ces huit opus, malgré l'utilisation d'une formation instrumentale bien plus ample et honorée par des moments de grande passion, conservaient presque magiquement une dimension intimiste de toute beauté, propice au recueillement. Ca m'est particulièrement frappant et irrésistible dans le second mouvement de sa huitième symphonie, probablement ma préférée du compositeur...dire qu'elle est inachevée alors qu'elle relève visiblement d'une grande inspiration...

https://www.youtube.com/watch?v=uWnKMzAedK4
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptySam 19 Jan - 19:30


Une symphonie de chevet n°8:

Il y avait trop longtemps que je n'avais pas réécouté cette Symphony 1997 de Tan Dun qui emploie déjà le merveilleux violoncelliste Yo Yo Ma et réussit un formidable emprunt de l'"Hymne à la joie" de Beethoven...Mais est-ce vraiment une symphonie au sens strict du terme? Je ne suis pas sûr, moi-même, de la percevoir comme telle, bien que la symphonie semble avoir subi quelques évolutions (voire mutations?) au fil des siècles, sans compter que je me suis laissé entendre dire que la "symphonie était morte", de la bouche de compositeurs comme Pierre Boulez... Avec la symphonie de Tan Dun, nous sommes loin des traditionnels quatre mouvements; il s'agirait davantage d'une oeuvre symphonique en trois parties: "Heaven/Earth/Mankind", et plusieurs sous-parties. Elle m'apparaît sous la forme d'un grand kaléidoscope qui débute et s'achève sur un très beau choeur d'enfants qui porte le titre de "Song of Peace", porté par l'orchestre et la percussion, avec des passages presque austères pour violoncelle seul et d'autres moments plus amples et épiques, tels des fragments d'une grande symphonie qui se décompose et se recompose. Le choeur d'enfants serait source d'espoir - "Mankind" se traduisant de l'anglais par "Humanité" - donc source d'humanité...un chant magnifique pour la paix.

J'adore sa réappropriation de l'Hymne à la joie:

https://www.youtube.com/watch?v=tBUiDnCEfTY
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptySam 19 Jan - 20:30

Ce Tan Dan, tout de même, oser s'approprier la 9ème... En plus, c'est pas trop mal Laughing

Pour Schubert, peut-être as-tu la curiosité de vouloir écouter la 7ème symphonie, une fausse inachevée car elle a été entièrement écrite, mais manque seulement l'orchestration (sauf les 111 premières mesures orchestrées, le reste est pour piano), ce qu'a réalisé Weingartner dans les années 1920, et aussi Newbould plus récemment. Mais je préfère Weingartner, que voici, même si l'enregistrement est plus ancien...

Personnellement je trouve cette 7ème absolument géniale, plus que la 6ème.



https://www.youtube.com/watch?v=ZTXsh7YDblc
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptySam 19 Jan - 23:05

Merci pour ce lien. Wink

Une symphonie de chevet n°9:

Il y a bien une symphonie atypique du vingtième siècle qui m'a toujours fasciné: "One Symphony" de Michael Mantler. C'est même à partir de cette oeuvre que j'ai approfondi ce compositeur. J'en ai aimé la noirceur, l'intensité dramatique qui ne se relâche jamais. Le motif principal, dans un premier temps, fondé sur quatre notes, constitue d'une certaine manière la colonne vertébrale de la symphonie qui, par ailleurs, ne manque pas de rebondissements ni de contrastes saisissants. Entre le violon solo poignant et porteur d'un romantisme fortement tourmenté, le son plein et brillant des bois qui se télescopent avec les cordes, le jeu tonitruant et rythmique d'une trompette solo, instrument de prédilection du compositeur, les combinaisons sonores entre claviers et xylophone, les reprises solennelles et implacables du motif principal, comme une éloge à la fatalité, les quatre coups assénés à la porte de l'enfer, la symphonie est une tragédie sans paroles et en quatre actes. Elle est interprétée par "The Radio Symphony Orchestra Frankfurt" sous la direction de Peter Rundel. L'introduction par le motif de quatre notes sur cordes graves est particulièrement inquiétant. Il donne aussitôt le ton sur le climat qui va dominer toute l'oeuvre. A l'époque où je l'ai découverte, j'affectionnais presque exclusivement les musiques les plus sombres et désespérées et "One Symphony" de Michael Mantler fut une révélation pour moi. Tant de désespoir exprimé avec autant de dextérité et d'intensité, de scènes tragiques jetées au visage avec lesquelles j'imagine le plus oppressant des drames. D'une certaine façon, il pourrait très bien s'agir de la bande originale d'un film imaginaire. C'est certainement un aspect qui m'avait beaucoup intéressé à l'époque en plus de son caractère obsessionnel et son tempérament abrasif. le fantôme du jazz n'est jamais très loin non plus ni le thème principal qui enfonce un peu plus la symphonie dans l'abîme. C'est quasiment l'expression de la mort ou du chaos transcendée par les cordes. L'apport le plus humain est la profonde tristesse du violon solo qui, finalement, séchera ses larmes dans le tourbillon infernal de l'orchestre, un orchestre continuellement chahuté par ses brutaux changements de rythmes et ses diverses combinaisons instrumentales. La partie finale reprendra le thème de l'introduction: comme un point de non retour...
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyDim 20 Jan - 19:11


Une symphonie divertissante:

Voilà l'histoire d'une symphonie controversée et non dépourvue d'une certaine vulgarité de ton parfaitement assumée. c'est celle de la Symphonie n°4 - "Rock" de Imants Kalnins. Lorsqu'on lit le parcours du compositeur, on ne doute pas qu'il soit un musicien classique. Alors, pourquoi a-t-il composé une Symphonie "Rock" en 1972? Kalnins explique: <<J'adore la musique académique, mais dans les années soixante, je me suis épris de ces quatre gars de Liverpool et j'ai commencé à écrire de la musique rock, ce que je fais encore aujourd'hui. La symphonie est-elle une histoire d'amour en quatre mouvements - la cour, la romance, la réalité, finalement la séparation? Voyez-vous, c'est vraiment cela, surtout la quatrième partie, mais j'ai voulu aussi lui donner le sentiment général de son temps. Nous étions dans la plus grande prison du monde, rien de plus. Nous ne pouvions pas obtenir d'informations. Qu'y a-t-il de nouveau dans la musique occidentale, dans le monde? Le thème du premier mouvement, "Allegretto", est tiré d'une de mes chansons. J'avais un groupe rock mais les autorités (de mon pays, Lettonie) ne le permirent pas. Pour protester, j'ai pris cette petite chanson (Seven Sad Stars - 1970) et j'en ai fait une partie de symphonie. J'espère que les auditeurs comprendront que je proteste contre le fait qu'on ne permette pas aux gens de faire ce qu'ils veulent. C'est une chanson rock et c'est pourquoi j'avais besoin de ces éléments rock, de façon à ce qu'on puisse comprendre ce que je voulais dire.>> Elkhonon Yoffe, bibliothécaire en chef de l'Orchestre Symphonique de Détroit et un viel ami d'Imants Kalnins, dit: <<Il écrivit cette chanson pour le groupe avant qu'il soit banni et les gens la reconnurent immédiatement. C'est pourquoi c'était une démonstration politique qui devint très populaire en Lettonie.>> Plus qu'une symphonie simplement divertissante? Une porte ouverte sur la liberté d'exprimer ce que l'on souhaite exprimer dans un monde qui opprime l'insolent, oppresse le rêveur? Est-ce le mur d'une prison de la pensée qui s'écroule ou l'expression d'une caricature de liberté qui a échappé à son contrôle de compositeur sérieux? J'en adore pourtant la limpidité, la répétition fortement appuyée d'une même cellule mélodique, sans doute l'air de la chanson interdite, du petit rock enchaîné. En évoquant le second mouvement que je trouve d'une candeur et d'une outrance irrésistibles, Imants Kalnins raconte qu'il s'agit là du rêve de quelque-chose, un rêve de paix, d'amour ou encore le rêve d'être en harmonie avec le monde. Ce second mouvement me procure vraiment ce désir de liberté, un désir de liberté mélangé avec le sentiment du bonheur. Kalnins dit également: <<Je n'ai pas d'ambitions dans ce monde. Je trouve difficile d'avoir des ambitions. Quand on a des ambitions, on n'a pas le temps de vivre - n'en est-il pas ainsi?>>. Une influence russe est prêtée au scherzo du troisième mouvement, passionné et dramatique, imbibé de la même fraîcheur que les deux mouvements précédents, un autre pont érigé vers la liberté et l'amour humain qui symbolise le "Moderato rubato" final avec la soprano Jackie Short; un cycle de chansons romantiques par le biais desquelles l'auteur nous confie une dernière pensée: <<On peut perdre sa liberté et la retrouver mais on ne peut vivre sans amour.>>

https://www.youtube.com/watch?v=c-8jj0jZQVs
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyDim 20 Jan - 21:32


Une autre symphonie pour la liberté:

Jean Daetwyler est l'auteur d'une musique qui, en général, me plait beaucoup. Parmi ses oeuvres, il y a la Symphonie de la Liberté pour soprano et orchestre, en trois mouvements, interprétée par Barbara Martig-Tüller et l'"Orchestra della Radiotelevisione della Svizzera Italiana" sous la direction du compositeur. En voici l'histoire racontée par celui qui est sans doute le mieux placé pour la raconter: <<J'ai toujours rêvé d'écrire une oeuvre importante qui avait pour thème une puissante ambition. Au bout de cinquante ans, j'ai trouvé: c'était la Liberté. Elle seule, avec l'argent de l'amour, incite encore l'homme à sacrifier sa vie pour une idée! Mais la liberté n'est pas une réalité gratuite. Il faut la conquérir. Et trente siècles d'histoire humaine ont jonché le chemin de la liberté de milliers de cadavres. C'est cela, le thème de LA SYMPHONIE DE LA LIBERTE. Le premier mouvement est brutal,violent. Toutes les révolutions,des Egyptiens à nos jours, grondent dans ce tumulte qui est le bruit de fond de toutes les revendications humaines. Le deuxième mouvement est ce chant de la liberté, ce chant au début plein de risques et de frénésie vers un avenir plein de menaces. Le troisième mouvement représente la liberté qui émerge, qui essaye de se maintenir au-dessus de la mêlée, de la routine, des égoïsmes qui veulent le maintien des préjugés. Je n'ai jamais composé pour aligner des notes. Il me faut une motivation, car j'ai quelque chose à dire. Quel plus beau motif que la liberté!>>

La Symphonie de la Liberté pour soprano et orchestre révèle une oeuvre très expressive où les cuivres et les bois y jouent un ballet bucolique, vivifiant, d'une incroyable tonicité. Le premier mouvement est purement orchestral, un ballet de rythmes et de couleurs dont la force expressive phagocyte aussitôt l'attention. La sopraniste Barbara Martig-Tüller n'intervient qu'à partir du somptueux second mouvement "Lento,Misterioso & scherzo",mais pas pour chanter un texte poétique ou politique. C'est sous l'effet solennel et voluptueux de la vocalise et en harmonie avec les sons de la nature qu'elle s'exprime. Le dernier mouvement et peut-être le plus passionné où les bois dans un tournoiement virtuose suggère une tempête très fournie, développe une mélodie entêtante qui semble s'être échappée d'un grand film romantique des années cinquante. cette partie musicale d'une emphase captivante n'est pas sans faire penser, à tort ou à raison, à Arthur Honegger, m'évoquant sa musique du film Le Démon de l'Himalaya. Cette magnifique évocation du vent,comme un immense souffle de vie dont la voix attendra l'essoufflement avant de reprendre à son compte la superbe mélodie. Le final sera une sorte d'hymne à l'amour, à la vie, à la liberté.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Le règne de la symphonie - Page 3 EmptyLun 21 Jan - 11:12

joachim a écrit:
Pour Schubert, peut-être as-tu la curiosité de vouloir écouter la 7ème symphonie, une fausse inachevée car elle a été entièrement écrite, mais manque seulement l'orchestration (sauf les 111 premières mesures orchestrées, le reste est pour piano), ce qu'a réalisé Weingartner dans les années 1920, et aussi Newbould plus récemment.

Il y a beaucoup de prétendantes au titre de "Septième Symphonie" de Schubert, la numérotation des symphonies étant encore plus retorse que celle des symphonies de Dvorak:

- ce fut parfois celles qu'on appelle plus couramment la Huitième (donc la fameuse "Inachevée") en si mineur et la Neuvième en ut majeur (parfois appelée la "Grande" pour la différencier de la "petite" ut majeur, c'est-à-dire la Sixième);

- plus rarement, l'orchestration du Grand Duo (Sonate pour piano à quatre mains), à laquelle plusieurs se sont attaqué (dont notamment Joseph Joachim);

- enfin, Newbould a encore sévi avec une autre Septième, à partir d'esquisses des années 1820-1821:



Et comme ce serait trop simple comme ça, chacun aura bien sûr reconnu le Scherzo de cette Septième reconstituée, car c'est celui, au demeurant irrésistible, que Pierre Bartholomée avait utilisé pour reconstituer... la Dixième:

https://www.youtube.com/watch?v=2VA3-ZCNEdA
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