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 Le règne de la symphonie

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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mar 25 Déc - 22:47

Ce soir, j'ai réécouté les Symphonies n°2 & 7 par le "Berlin Philharmonic Orchestra" sous la direction de Herbert von Karajan. Voilà ce que j'avais écrit sur la N°2, la fois précédente: <<Il y a beaucoup de classe et d'élégance dans cette symphonie. Bien qu'interprétée par le "Berlin Phlharmonic Orchestra" sous la direction de Herbert von Karajan, ce n'est pas trop la puissance que j'ai ressenti dans cette musique, mais une grande élégance et un certain raffinement. J'y ai même ressenti une forme de légèreté...un équilibre entre force et légèreté...C'est un peu ça, avec une préférence assez nette pour les premier et quatrième mouvements. Je trouve le thème principal de l'"Allegro molto" particulièrement subtil.>> Lors de cette nouvelle écoute, mon attention s'est davantage concentrée sur le "Larghetto du second mouvement. Je l'ai trouvé plus séduisant cette fois-ci. Mais globalement, si c'est une symphonie que j'aime bien, elle ne me comble pas autant que l'"Héroïque". Il est normal d'avoir ses préférences. Very Happy  Concernant la Septième, je suis toujours autant fasciné par les deux premiers mouvements, ce qui comprends évidemment le très célèbre "Allegretto".

https://www.youtube.com/watch?v=haseluAw20M


Il y a des morceaux qui, ainsi, me transportent au-delà de la musique, le formidable état de grâce, ce moment d'une inspiration unique que certains n'hésiteront pas à qualifier de "divine", comme si à cet instant précis de l'impulsion créatrice un lien invisible et indicible s'était établi entre le compositeur et le divin. Il y a des moments musicaux comme celui-là qui ne laissent quasiment indifférent personne. Certes, ce n'est pas la page la moins célèbre de Beethoven et il y en a d'aussi somptueux moins connus et écoutés, mais comment ce génial "Allegretto" aurait-il pu ne pas épouser la corde sensible du plus grand nombre d'entre nous? Je ressens dans ce morceau une souffrance profonde et, paradoxalement, une profonde envie de vivre et de vaincre.
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Kristian

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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 0:04

Icare a écrit:
Il y a des morceaux qui, ainsi, me transportent au-delà de la musique, le formidable état de grâce, ce moment d'une inspiration unique que certains n'hésiteront pas à qualifier de "divine", comme si à cet instant précis de l'impulsion créatrice un lien invisible et indicible s'était établi entre le compositeur et le divin.

C'est exactement ça, cher Icare. Mains

Quand on est ainsi dans le sublime confinant au cosmique, il ne reste plus qu'à tirer l'échelle, et le mot « divinité » n'a plus beaucoup d'importance, car la musique devient alors l'incarnation absolue qui se suffit à elle-même et n'a plus besoin de quoi que ce soit d'autre.

Merci beaucoup de me l'avoir rappelé : c'est sur ce mouvement que la dépouille de ma mère est allée à son ultime purification, celle du feu, il y aura quatre ans dans quelques jours.
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 9:58

A propos de la cinquième symphonie de Beethoven - Aurélie Loyer:


<<« De même que tu te jettes ici dans le tourbillon mondain, de même tu peux écrire des œuvres, en dépit de toutes les entraves qu’impose la société. Ne garde plus le secret sur ta surdité, même dans ton art. » (Beethoven, 1806, inscription en marge d’une esquisse de son Quatuor op. 59 n° 3 ). Beethoven est plus décidé que jamais à produire sa symphonie, quelle que soit la réaction du public viennois qu’il redoute ou les difficultés qui jalonnent sa vie. Il travaille dans l’idée que ses œuvres doivent avoir un lien entre elles, comme si chacune représentait une partie d’une œuvre globale, d’un univers musical extrêmement construit. Il compose sa Symphonie n° 5 entre 1804 et 1808, mais il mûrit son projet depuis bien plus longtemps : on trouve des premières esquisses datées de 1803, année de la composition de sa Symphonie n° 3, dite Symphonie « Héroïque », et les premières idées de cette symphonie lui seraient même venues dès 1795. Mais il termine bien d’autres compositions entre temps, comme Fidelio, son unique opéra, qu’il retravaillera à maintes reprises, l’Ouverture de Coriolan, la Symphonie n° 4 , la Messe en ut, et il travaille en réalité à sa Symphonie n° 5  simultanément à la Symphonie n° 6 « Pastorale ». Ces deux symphonies sont tout à la fois opposées et indissociables, la première représentant l’homme en lutte contre son destin, la seconde, l’homme réconcilié avec la nature.>>

<<La grande originalité de cette symphonie tient dans le motif initial de quatre notes : trois notes brèves suivies d’une longue. Beethoven affectionne cette formule qu’il a déjà utilisée dans des œuvres antérieures mais il lui donne ici une fonction primordiale. Véritable stratège musical, il développe et articule sa symphonie autour de l’omniprésence de ce motif. Il crée, pendant les quatre mouvements, l’expression d’un conflit entre un élément extérieur oppressant - ce fameux motif que chacun est libre d’interpréter à sa manière mais que Beethoven explique comme les coups du « destin à la porte » - et l’Homme. Il apporte ainsi à la musique symphonique une dimension dramatique jamais atteinte jusqu’alors, à laquelle s’ajoute une dimension autobiographique.>>

https://www.youtube.com/watch?v=1lHOYvIhLxo
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Kristian

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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 13:15

Ce qu'il y a de vraiment nouveau – outre la forme – dans la symphonie de Beethoven, c'est qu'elle devient carrément métaphysique, et pose la question de la place de l'homme dans l'univers.

Cette préoccupation était déjà apparue chez Mozart, surtout  à partir de Linz, mais elle ne constituait pas la totalité du propos de Wolfy, alors qu'il n'y a rien d'autre chez Beethoven, du moins à partir de la 5e.

En vérité, avec Beethoven, la symphonie entre de plain-pied dans la philosophie.
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JosefK

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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 15:56

Kristian a écrit:
Ce qu'il y a de vraiment nouveau – outre la forme – dans la symphonie de Beethoven, c'est qu'elle devient carrément métaphysique, et pose la question de la place de l'homme dans l'univers.

Cette préoccupation était déjà apparue chez Mozart, surtout  à partir de Linz, mais elle ne constituait pas la totalité du propos de Wolfy, alors qu'il n'y a rien d'autre chez Beethoven, du moins à partir de la 5e.

En vérité, avec Beethoven, la symphonie entre de plain-pied dans la philosophie.

Vaste question, en vérité.

C'est une question d'époque, déjà, car outre Mozart parmi les précurseurs de cette portée plus philosophique de la symphonie, il y a bien sûr aussi (le dernier) Haydn. Il suffit de penser à l'introduction de la Cent-troisième ("Roulement de timbales"), qui ouvre sur des abîmes.

Maintenant, après Beethoven, toute la symphonie n'est pas philosophique ou métaphysique, même des oeuvres aussi imposantes ou abstraites que la Neuvième de Schubert et la Première de Brahms ne me paraissent pas aussi ambitieuses que la Cinquième de Beethoven de ce point de vue. Et je ne parle pas de la Quatrième ("Italienne") de Mendelssohn ou de la Première ("Le Printemps") de Schumann.
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 18:30

La sixième symphonie de Beethoven que j'ai réécoutée aujourd'hui et que j'avais l'impression de redécouvrir complètement, comme si elle s'était extraite de ma mémoire, a été terminée à la même époque que la Cinquième et toutes les deux furent interprétées pour la première fois lors d'un concert donné à Vienne le 22 décembre 1808. C'est peut-être pour cette raison que nous nous appliquons à les voir indissociables et complémentaires, à s'émerveiller de leur différence d'humeur, la gravité poignante de l'une face à l'enthousiasmant optimisme de l'autre. La Cinquième exprime la conquête par l'homme de sa liberté en rapport au Destin alors que la Sixième, la "Pastorale", vante la réconciliation de l'homme avec la nature. C'est l'oeuvre des grands espaces verts, des vents, des arbres, des oiseaux, de tout ce qui s'oppose, nous dit-on, aux préjugés mesquins d'une société qu'il n'approuve pas et où il est contraint de vivre. Très belle symphonie en osmose avec Mère Nature, en quatre mouvements, interprétée par l'Orchestre Philharmonique Tchèque sous la direction de Paul Kletzki. Elle me procure un sentiment très différent de ses autres symphonies, un sentiment de communion et d'apaisement, une évasion loin des turbulences du monde des hommes. Qu'est-ce que j'adore le thème principal qui illumine le premier mouvement: il a cette force magique de me rendre heureux, de m'emplir d'une joie immense. Il symbolise pour moi l'éveil, la renaissance, le printemps. D'autre part, c'est une symphonie qui sait apporter de la profondeur à la douceur.

https://www.youtube.com/watch?v=iQGm0H9l9I4
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Mer 26 Déc - 22:21

Pour fermer la parenthèse "Beethoven", j'ai réécouté la Symphonie n°9 en ré mineur - opus 125. Mais j'entends déjà quelqu'un s'étonner qu'il en manque trois au palmarès: et la Première? Et la Quatrième? Et la Huitième? Effectivement, je ne vais pas écouter ou réécouter ces trois symphonies de Beethoven à l'occasion de ce cycle. Je l'aurais peut-être fait, mais, en même temps, je dois faire des choix sinon, si je dois écouter toutes les symphonies qui ont été composées d'un siècle à l'autre, j'y serai encore à Noël prochain! Hehe Puis, je dois dire que j'ai eu ma dose de Beethoven pour le moment, même si ce fut un immense plaisir de réécouter certaines de ses symphonies et de pouvoir m'émerveiller à nouveau sur un mouvement comme le "Molto vivace" de la Neuvième, germe d'espoir et signe d'un bonheur qui fleurit dans le coeur des hommes. Je l'ai d'ailleurs réécoutée dans une magnifique interprétation:

Charlotte Margiono: soprano
Birjit Remmert: contralto
Rudolf Schasching: ténor
Robert Holl: basse
"Arnold Schoenberg Chor"
Erwin Ortner: maître des choeurs
"The Chamber Orchestra of Europe"
Nikolaus Harnoncourt

A noter un très bon entretien avec le chef d'orchestre dans le fascicule du cd "Teldec".

<<CONTEXTE DE CRÉATION ET POSTÉRITÉ DE L’ŒUVRE: Déçu de l’accueil que les Viennois ont réservé à ses dernières compositions, Beethoven envisage de donner sa Missa Solemnis et sa Symphonie n° 9 à Berlin. Lorsque les mélomanes et admirateurs de Beethoven à Vienne ont vent de la nouvelle, ils adressent une supplique au compositeur à travers une lettre publiée dans les journaux. Beethoven, touché, accepte de faire donner ses deux œuvres à Vienne où elles seront créées le 7 mai 1824 au théâtre du Kärntnertor. C’est un véritable triomphe, immortalisé par un épisode devenu célèbre : celui de Beethoven qui, dos à la foule, totalement sourd et absorbé dans sa partition, ne s’aperçoit pas de l’ovation qui lui est faite avant que la chanteuse Caroline Unger ne le tourne face au public en délire. Toutefois, le succès du concert est assombri par le climat de tension dans lequel il est donné, boudé par la famille impériale. Aussi, au moment de l’édition de la partition de la Symphonie n° 9, Beethoven montre sa distance avec l’Autriche en dédicaçant l’œuvre au roi de Prusse Frédéric Guillaume III. Véritable manifeste de la fraternité et de l’amour universel, la Symphonie n° 9 va devenir un symbole au fil du temps, sans cesse repris dans bien des domaines, depuis la politique jusqu’au cinéma. En 1985, le thème de l’Hymne à la Joie est choisi pour devenir l’hymne européen et, en 2001, la partition manuscrite de la symphonie est inscrite sur le Registre international « Mémoire du Monde » de l’UNESCO.>> Floriane Goubault.

https://www.youtube.com/watch?v=3KE0rnI-c0E
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Icare
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MessageSujet: Schifrin   Jeu 27 Déc - 13:41


Une symphonie de chevet n°5:

Ce matin, j'ai réécouté une magnifique symphonie qui a été composée par Lalo Schifrin, un compositeur difficilement étiquetable qui a partagé sa vie de musicien entre la musique dite savante, le jazz et la musique pour l'image. La symphonie s'intitule Lili'Uokalani et est interprétée par le "Vienna Symphony Orchestra", le "Honolulu Youth Opera Chorus" dirigé par Nola Nabulu, le "Kamebameba Elementary School Children's Chorus", le tout sous la direction de son auteur. Qui était Lili'Uokalani?

<<Née le 2 septembre 1838, Liliʻuokalani est la fille d’Annie Keohokālole et Caesar Kaluaiku Kapaʻakea, deux chefs de Kauaʻi, une des îles principales de l’archipel d’Hawaï. Conformément à la coutume hawaïenne de hānai, elle est adoptée à la naissance par Laura Kanaholo Kōnia Pauli, petite-fille du premier roi hawaïen Kamehameha Ier. Elle est élevée avec ses frères et soeurs adoptifs et va à l’école où elle apprend notamment l’anglais. Le 16 septembre 1862, Liliʻuokalani épouse John Owen Dominis, qui devient gouverneur des îles hawaïennes Oʻahu and Maui, mais leur mariage est malheureux. John a de nombreuses aventures et Liliʻuokalani ne peut porter d’enfants. Elle adopte cependant trois enfants hānai. En 1874, David Kalākaua, frère de Liliʻuokalani, succède au roi Kamehameha V sur le trône d’Hawaï. Après son accession au pouvoir, il donne des titres royaux à ses frères et sœurs. En 1877, il annonce choisir Liliʻuokalani pour lui succéder. En avril, la princesse part en voyage diplomatique en Europe. Apprenant que son frère a signé, sous la contrainte, une nouvelle constitution dépouillant la monarchie hawaïenne de la plupart de ses pouvoirs, elle écourte cependant son voyage. En 1891, après la mort de son frère, Liliʻuokalani accède au trône d’Hawaï. A la demande populaire, elle tente de mettre en place une nouvelle constitution rétablissant la souveraineté de la monarchie hawaïenne. Se sentant menacés, des industriels et résidents européens et américains s’organisent en Comité de sécurité le 14 janvier 1893, cherchant à déposer la reine et à annexer l’archipel aux États-Unis. Prévoyant un coup d’Etat le 17 janvier, ils demandent des renforts pour protéger les citoyens américains et, le 16 janvier, 162 marins et soldats débarquent dans la baie d’Honolulu.

Le coup d’État a bien lieu le lendemain et Liliʻuokalani est contrainte d’abdiquer devant ce coup de force, espérant retrouver son trône devant l’illégalité de la manœuvre. Un rapport américain conclut effectivement que le coup d’Etat n’était pas légitime et, en novembre 1893, le président américain Grover Cleveland lui offre de retrouver son trône en échange d’une amnistie pour les participants au putsch, ce qu’elle refuse. En décembre, le ministre américain Albert Willis exige que le gouvernement provisoire de l’archipel la rétablisse dans ses droits, mais il refuse. Le 26 février 1894, un nouveau rapport disculpe les putschistes. La République d’Hawaï est proclamée le 4 juillet 1894. En 1895, une contre-révolution échouée mène à l’arrestation de Liliʻuokalani, qui, soupçonnée d’avoir participé à la rébellion, est condamnée à 5 ans de travaux forcés et 5 000 $ d’amende. Elle est enfermée dans l’une des chambres de son ancienne résidence royale à Honolulu. Pendant cette période, elle se consacre à la composition de chansons et à la rédaction de ses Mémoires. Finalement libérée après avoir renoncé définitivement au trône, elle est restaurée dans ses droits civils par le gouvernement de la République d’Hawaï en 1896. Liliʻuokalani essaie en vain de récupérer les biens de la Couronne et se voit octroyer une pension annuelle de 4 000 $ ainsi que les revenus d’une plantation de cannes à sucre qu’elle avait hérité de son frère. Liliʻuokalani meurt le 11 novembre 1917, à l’âge de 79 ans, des suites d’un accident vasculaire cérébral.
>>

Ce fut pour Lalo Schifrin une grande et fabuleuse source d'inspiration qui donna naissance à une oeuvre ample et colorée, de laquelle s'exacerbe avec éclat un style symphonique hautement reconnaissable. Le premier mouvement est une célébration du peuple polynésien et son histoire. Le volcan, symbole de la naissance, est évoqué par les bois, les cuivres et les percussions; suivent alors les cordes avec un double canon: l'homme et la nature s'éveille. Des moments orageux, d'autres plus "religieux", d'autres encore emportés par un lyrisme salvateur, cette symphonie est une tragédie parsemée de chants d'espoir. Un magnifique choeur d'enfants interviendra dans la dernière partie du quatrième mouvement, comme l'ultime salut d'un esprit désormais en paix.
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joachim
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Jeu 27 Déc - 18:09

A la lecture du commentaire d'Icare de cette symphonie, je me suis dit que c'était probablement une belle œuvre.

Elle existe sur youtube, je me suis donc empressé de l'écouter, et je suis très déçu : voici une musique abstraite, remplie de dissonances, que je suis bien loin d'écouter en boucle... Une fois suffit. Un bon point toutefois avec le magnifique chœur d'enfants à la fin du 4ème mouvement, seule partie que je réécouterais avec plaisir ; trop court par rapport au reste, dommage...

La voici :



https://www.youtube.com/watch?v=g_Wxsd3saew


En plus, je ne vois pas le rapport avec la tragédie vécue par cette pauvre fille  Embarassed
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Jeu 27 Déc - 18:57

J'ai écouté trois nouvelles symphonies de Joseph Haydn; Symphonie n°50 en ut majeur, Symphonie n°64 en la majeur - "Tempora mutantur" et Symphonie n°65 en la majeur, toujours par le "Tafelmusik" sous la direction de Bruno Weil. L'émotion est venue, une nouvelle fois, grâce à un mouvement lent, plus exactement dans le "Largo" de la N°64:

<<Autant la 65ème est éclatante et théâtrale, autant la 64ème, sous-titrée « Tempora mutantur », est discrète et intime, et en même temps impétueuse et imprévisible. Ses particularités en font une des symphonies les plus précieuses de Haydn, notamment par la sensibilité à fleur de peau qui se dégage de son extraordinaire mouvement lent (largo), véritable centre de gravité émotionnel de l'œuvre.>>

https://www.youtube.com/watch?v=XGkhU-jtanc


Les autres mouvements me laissent indifférent, ce qui est aussi vrai pour les deux autres symphonies, N°50 et 65. Là encore, ce sont les mouvements lents que je préfère mais à une moindre mesure en comparaison avec le "Largo" de la N°64 qui a ce petit quelque-chose de plus exquis. Comme prévu, je suis pour l'instant moins à l'aise avec ses symphonies qu'avec ses trios pour piano, violon et violoncelle.


Dernière édition par Icare le Jeu 27 Déc - 19:36, édité 2 fois
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Jeu 27 Déc - 19:32

joachim a écrit:
A la lecture du commentaire d'Icare de cette symphonie, je me suis dit que c'était probablement une belle œuvre (...) voici une musique abstraite, remplie de dissonances, que je suis bien loin d'écouter en boucle (...) Un bon point toutefois avec le magnifique chœur d'enfants à la fin du 4ème mouvement, seule partie que je réécouterais avec plaisir ; trop court par rapport au reste, dommage...En plus, je ne vois pas le rapport avec la tragédie vécue par cette pauvre fille  Embarassed

Je suis tellement habitué et sensible au style orchestral de Lalo Schifrin que les dissonances et les fulgurances "XXème siècle" me sont davantage un stimulant qu'un frein, encore que cette oeuvre véhicule un lyrisme généreux. J'irai même jusqu'à préciser que ces dissonances que tu reçois de sa musique comme autant d'épines, n'apparaissent nullement à mon oreille comme des dissonances. En même temps, je suis tellement familiarisé à la musique dite contemporaine... Ta dernière remarque, en revanche, m'est surprenante dans la mesure où il s'agit d'une oeuvre dramatique dont le lien avec la tragédie de Lili'Uokalani est purement musical et tributaire de la subjectivité de son auteur, encore que celui-ci ait pu intégrer à son oeuvre des éléments de folklore hawaïen. Lorsqu'une oeuvre purement instrumentale, sans un texte révélateur, est écrite en hommage à un personnage historique ou légendaire, si tu l'ignores lors de l'écoute, il y a peu de chance que tu devines le sujet d'inspiration du compositeur. Une fois, on m'avait fait deviner un grand personnage à l'écoute d'une oeuvre musicale écrite pour le Septième Art, et une citation de la Marseillaise m'avait fait risquer (à raison) Napoléon Bonaparte, mais ça aurait pu être quelqu'un d'autre.
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Jeu 27 Déc - 20:19


D'ailleurs à propos du rapport entre le personnage et la symphonie, la reine Lili'Uokalani fut aussi un auteur-compositeur à succès, dont les chansons sont encore populaires à Hawaï. Schifrin emploie l'une des toutes premières chansons: "Nami Na Pua Koolau", qui parle non seulement de fleurs, mais qui les compare aux enfants du peuple de Hawaï, qu'elle soigna et pour lesquels elle travailla tout au long de sa vie. Ce thème se dessine tout d'abord comme s"il sortait d'une vieille boîte à musique et se développe jusqu'à atteindre la richesse du son des cloches, produit non seulement par ces instruments, mais par tout l'orchestre. Son élaboration inclut un jeu de cinq variations, où l'orchestre se divise en groupes semblables à des ensemble de musique de chambre, qui épuisent toutes les possibilités cachées de cette mélodie simple et pleine de charme. Un rappel du thème "Hawaï" du premier mouvement ramène la chanson "Nanni Na Pua Koolau", chantée par un choeur d'enfants - le passage que tu as aimé Joachim - qui entrent en scène simultanément par tous les coins de la salle de concerts. La symphonie revient à tous les thèmes positifs: le chant religieux polynésien, Hawaï, la résistance comme une déclaration d'affirmation et d'espoir avant le majestueux rappel de la composition de Lili'Uokalani qui s'achève avec le choeur d'enfants chantant "Aloha". Quelqu'un qui connaît bien l'air de la chanson "Nanni Na Pua Koolau" et l'histoire de Lili'Uokalani trouvera sans doute le lien qui l'unit à cette très belle symphonie de Lalo Schifrin. Very Happy
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Icare
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MessageSujet: Wissmer   Jeu 27 Déc - 22:48

Les neuf symphonies de Pierre Wissmer:

Réécoute des trois premières symphonies de Pierre Wissmer. C'est un compositeur auquel je suis attaché depuis longtemps, que j'écoute rarement mais sur lequel je suis sûr de revenir un jour. Il me touche aussi bien par ses symphonies que par ses concertos, aussi bien par ses mouvements rapides que par les plus lents. J'ai été à nouveau séduit par sa première symphonie, notamment par les idées thématiques qu'elle développe, la qualité de ses orchestrations et la dynamique qui l'anime, ce qui en fait une oeuvre vivante et fort attachante. En fait, cette symphonie respire la vie et déborde de fantaisie. Elle fut interprétée en 2011 par l'Orchestre National d'Ukraine sous la direction de Fabrice Grégorutti. Sa seconde symphonie est également pleine de vie, d'énergie, bien que de forme sans doute plus moderne dans l'ensemble. Le mouvement lent ne laisse aucunement indifférent avec ses fines touches d'accordéon amorçant une mélodie délicate. Un piano grave et martelant qui dynamise le troisième mouvement me surprend à chaque nouvelle écoute, comme un élément incongru auquel je ne m'attends pas. Cette symphonie est juste un peu freinée dans son élan par un enregistrement ancien puisque datant de 1955, en contraste avec la N°1 qui, elle, bénéficie d'un enregistrement beaucoup plus récent. Elle a été interprétée en 1955 par l'Orchestre de la Suisse Romande sous la direction d'Edmond Appia. Sa troisième symphonie, écrite pour orchestre à cordes, est celle que je connais le mieux des trois et elle m'envoûte toujours autant, sans doute le "Molto moderato" (second mouvement) y est-il pour beaucoup avec son violon solo arborant un parcours sinueux et non sans une certaine intensité. L'orchestre à cordes y est employé dans toutes ses facultés sonores et expressives, ce qui démontre sans la moindre ambiguïté une parfaite maîtrise et aise du compositeur pour cette formation instrumentale. Est-ce que j'oserai la comparer à la Symphonie N°2 d'Arthur Honegger? Etant donné que je suis un grand amoureux de la musique d'Honegger au point de presque tout connaître de son vaste corpus, j'esquiverai donc toute comparaison. Néanmoins, la Symphonie n°3 (comme toutes les autres) de Pierre Wissmer ne manque ni de caractère ni de saveur. Elle fut interprétée par l'Orchestre Léon-Barzin sous la direction de Jean-Jacques Werner, 1956.

https://www.youtube.com/watch?v=aj88MXOoefM
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Kristian

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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 0:44

JosefK a écrit:
Kristian a écrit:
Ce qu'il y a de vraiment nouveau – outre la forme – dans la symphonie de Beethoven, c'est qu'elle devient carrément métaphysique, et pose la question de la place de l'homme dans l'univers.

Cette préoccupation était déjà apparue chez Mozart, surtout  à partir de Linz, mais elle ne constituait pas la totalité du propos de Wolfy, alors qu'il n'y a rien d'autre chez Beethoven, du moins à partir de la 5e.

En vérité, avec Beethoven, la symphonie entre de plain-pied dans la philosophie.

Vaste question, en vérité.

C'est une question d'époque, déjà, car outre Mozart parmi les précurseurs de cette portée plus philosophique de la symphonie, il y a bien sûr aussi (le dernier) Haydn. Il suffit de penser à l'introduction de la Cent-troisième ("Roulement de timbales"), qui ouvre sur des abîmes.

Bien sûr Mains , j'aurais dû le signaler. Néanmoins, si je suis d'accord pour dire avec toi que la musique de Haydn « ouvre sur des abîmes », je n'irai pas jusqu'à affirmer qu'elle les explore vraiment, même si le potentiel est bien là.


Dernière édition par Kristian le Ven 28 Déc - 11:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 0:46


Icare a écrit:
Les neuf symphonies de Pierre Wissmer:
Réécoute des trois premières symphonies de Pierre Wissmer.

Wissmer a un fil distinct qui avait été ranimé cet été, si je ne me trompe.

Donnée en première audition par Hermann Scherchen, la Première Symphonie (1938) ouvre le cycle avec une belle fraîcheur, celle d’une clarté néoclassique bien de son époque, évoquant à des degrés divers Martinů, Milhaud, Poulenc ou Stravinski. De même durée (20 minutes), la Deuxième (1951) affiche la vigueur franche et optimiste du dernier Roussel. Un peu plus développée (et en quatre mouvements, à la différence des deux précédentes), la Troisième (1955), pour cordes seules, regarde davantage vers Honegger, avec ses harmonies plus corsées et une austérité plus marquée, mais me paraît souffrir dans cet enregistrement d’une exécution techniquement moins satisfaisante.
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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 10:33


Effectivement, il existe un fil consacré à Pierre Wissmer sur lequel vous êtes intervenu. Je suis d'ailleurs content de voir que je ne suis pas le seul à m'être intéressé à ce compositeur tombé dans un oubli qu'il ne méritait pas mais qui frappe aussi, mille fois hélas, les bons musiciens. Je possède deux fois sa troisième symphonie mais malheureusement dans une même interprétation. La quatrième symphonie est une oeuvre imposante, mais c'est surtout une oeuvre pleine d'énergie, richement colorée, qui grouille d'idées et d'éclats. Elle ne laisse quasiment aucun répit à l'auditeur, même si bien sûr il y a quelques accalmies, quelques douceurs furtives venant temporairement rompre avec les fulgurances de l'orchestre. J'en ai savouré chaque rebond et chaque rebondissement. Plutôt ambitieuse et expressive, elle révèle une brillante écriture pour orchestre, expérimentant de nouvelles couleurs ainsi que de nouveaux effets. Ce que je dis sur cette quatrième symphonie je peux également le dire sur la Cinquième. la cinquième symphonie est aussi de cette ampleur, de cette force expressive qui la rend si exaltante, si riche en timbres et effets. Le troisième mouvement "Andante-Allegro burlesque" touche à l'exquis, empreint d'une certaine singularité dans sa construction et développement. Je ne saurais dire aujourd'hui, entre ces deux symphonies laquelle je préfère...et de toute façon, pourquoi devrais-je m'imposer une préférence pour l'une ou l'autre alors que l'une et l'autre m'ont captivé avec le même degré d'intensité. Very Happy
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JosefK

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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 15:10

Icare a écrit:
Je ne saurais dire aujourd'hui, entre ces deux symphonies laquelle je préfère...et de toute façon, pourquoi devrais-je m'imposer une préférence pour l'une ou l'autre alors que l'une et l'autre m'ont captivé avec le même degré d'intensité. Very Happy

Difficile, en effet.
La Quatrième (1962), créée, comme la précédente, par Paul Kletzki, affiche plus d’ambitions tant dans son effectif que dans sa durée (légèrement supérieure) et dans son langage, avec des mètres irréguliers et des thèmes n’hésitant pas à énoncer le total chromatique. Cette évolution se confirme dans la Cinquième (1969), dont Georges Tzipine donna la première audition et qui n’est pas sans évoquer l’âpreté et la puissance des ultimes symphonies de Paul Le Flem.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 18:24


Quelques petites précisions s'imposent au sujet des Symphonies n°4 & 5 de Pierre Wissmer. La N°4 date de 1962 et je l'ai écoutée par le "Hungarian Symphony Orchestra" sous la direction d'Alain Paris (1964). La N°5 a été terminée sept ans plus tard, en 1969. Je l'ai écoutée par l'Orchestre Philharmonique des Sudètes sous la direction de Dominique Fanal. Je note de nouvelles évolutions avec la sixième symphonie et plus encore avec la cinquième. Alors que les deux précédentes garantissaient une illusion de spontanéité par une fulgurance quasi immédiate rarement interrompue - je dis "illusion" car il va de soi que tout est rigoureusement écrit et structuré -, La "Préface & Sonate" du premier mouvement de la Sixième prend son temps pour installer et faire enfler ses tensions dramatiques. Peut-elle m'apparaître plus sombre grâce à son "Nocturne" et plus propice à la réflexion avec sa "Méditation". Au-delà des fulgurances qui la chahutent de part et d'autre, il y a l'"épilogue" d'une belle délicatesse: inutile de préciser qu'elle m'est irrésistible.

Cécile Auzolle écrit (extrait): <<Bien que l'origine des titres ne nous soit à ce jour pas connue, force est de constater que Wissmer prend ici un nouveau chemin, tourné vers l'expression quasi descriptive d'un sentiment religieux (Préface/Méditation), ou contemplatif (Nocturne), gardant le grand orchestre dont il aime enchevêtrer les timbres, mais retrouvant le découpage en trois mouvements des deux premières symphonies, un sentiment tonal autour de la récurrente pédale de mi bémol et les mélodies lyriques qui affleurent, même si leur contexte demeure encore souvent chromatique ou polytonal.>>

Avec le très travaillé "Lamento" de la Symphonie n°7, c'est un Pierre Wissmer plus introverti qui sculpte le mystère par des paysages sonores plus dépouillés. Bien sûr, il y a aussi de la fougue avec le second mouvement, "Il cavaliere" et de la tonitruance avec le "Scherzi" final. Si la Sixième a été composée entre 1975 et 1977, la Septième le fut entre 1983 et 1984 et est dédiée à la mémoire d'Arthur Honegger. Pour cette oeuvre, Wissmer abandonne les cinq mouvements de la N°6 qui la distinguent de toutes ses autres symphonies, et revient donc à quatre mouvements. La N°7 s'illustre par une atmosphère mystérieuse et une orchestration très aérée. Il délaisse la puissance du tutti au profit d'une plus grande individualisation des timbres, privilégiant les soli et les combinaisons instrumentales, découpant ainsi l'orchestre en touches picturales. La Symphonie n°6 est interprétée par l'Orchestre Philharmonique des Sudètes et la Symphonie n°7 par la Philharmonie d'Etat d'Olsztyn, toutes les deux sous la direction de Dominique Fanal, 1978 & 2000.

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Icare
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Ven 28 Déc - 22:49

C'est un nuage très sombre qui recouvre le premier mouvement de la huitième symphonie. De ce paysage profondément tourmenté, c'est l'intrépidité d'une trompette solo qui galvanise le mieux mon attention. Il est dit: "Articulée en quatre mouvements, la huitième Symphonie revient à un effectif de bois par deux, révélant l'importance des cuivres en dialogue avec les cordes et les percussions. Après l'avoir précédemment esquissée, Wissmer pose ici franchement la question de l'essoufflement de l'inspiration chromatique dodécaphonique ou sérielle: <Peut-elle apporter autre chose qu'un simple stimulus à l'imagination?>" Toujours est-il qu'il ressort de cette oeuvre un mode de composition totalement décomplexé vis-à-vis des avant-gardes, débouchant ainsi sur la post-modernité, principalement par la douceur des harmonies finales. Cette Symphonie n°8, d'un dynamisme fabuleux, comme en témoigne toute la force expressive de l'"Allegro deciso", exprime toute sa douleur dans un poignant "Notturno". Aussi passionné que désespéré, parfois aiguisé par un violon solo, il participe à faire de cette oeuvre l'une des plus belles de son auteur. Elle ne perdra rien de la passion qui l'anime et m'ébranle avec son dernier mouvement d'un lyrisme, d'abord si vivement chahuté, "Tempo Giusto", avant d'arborer une couleur plus romantique. Cette pointe de romantisme, nourrie par les cordes, est une fenêtre ouverte sur l'amour et l'espoir, à peine troublée par les bois et jusqu'au violon solo.

<< La symphonie n°9 de Pierre Wissmer s'appuie sur le même effectif que la Huitième et se découpe en trois mouvements portant les titres suivants; Preludio e Allegro, Affetuoso con Anima, Finale-Allegro. Elle s'appuie sur une inspiration chromatique et se caractérise par la fragmentation de l'orchestre traité en touches et surtout, par la présence obsessionnelle du silence, offrant un écrin aux résonances des timbres et conférant à la trame musicale un caractère à la fois méditatif, angoissé et haletant: la pénétration du sentiment de finitude dans l'imaginaire et l'être au monde du compositeur?>> Cécile Auzalie.

Entre la première symphonie et la Neuvième, c'est tout un monde qui s'est construit sur les cinquante années qui les séparent. C'est sûrement la plus "webernienne" de toutes, s'exprimant dans un langage sans cesse brutalisé par des ruptures de ton, comme continuellement brisée dans ses élans, semblant renaître dans de plus ou moins subtiles différences à chacune de ses ruptures. Le mouvement central est très court, à peine plus de trois minutes alors que les deux autres dépassent les dix et onze minutes. Il porte bien son titre; "Affetuoso con anima". Une certaine tendresse s'installe dans ce morceau, m'offrant un répit nécessaire avant une nouvelle ascension en côte abrupte. La Symphonie n°8 est interprétée par l'Orchestre Léon-Barzin sous la direction de Jean-Jacques Werner (2000) et la Symphonie n°9 est interprétée par l'Orchestre Symphonique du Mans sous la direction de Dominique Fanal (2000).
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Sam 29 Déc - 13:19

Icare a écrit:
Quelques petites précisions s'imposent au sujet des Symphonies n°4 & 5 de Pierre Wissmer. La N°4 date de 1962 et je l'ai écoutée par le "Hungarian Symphony Orchestra" sous la direction d'Alain Paris (1964). La N°5 a été terminée sept ans plus tard, en 1969. Je l'ai écoutée par l'Orchestre Philharmonique des Sudètes sous la direction de Dominique Fanal.

Nous avons bien sûr les mêmes versions de ces oeuvres, qui mériteraient pourtant d'autres enregistrements. Mais vu que les Symphonies d'Honegger sont devenues aussi rares que celles de Martinu ou Vaughan Williams sous nos latitudes, je crains qu'il n'y ait guère d'espoir pour Wissmer.

Icare a écrit:
Je note de nouvelles évolutions avec la sixième symphonie et plus encore avec la cinquième.

Nous partageons une fois de plus la même analyse. L'évolution du style de Wissmer est vraiment frappante.

Elle aussi commande de la Radiodiffusion française, la Sixième (1977) est la plus développée (un peu plus d’une demi-heure); trois de ses cinq mouvements portent des sous-titres suffisamment vagues («Nocturne», «Méditation» et «Dédicace») pour demeurer dans le domaine de la musique pure, en l’occurrence dans le sillage postmahlérien d’un Hartmann.
Dédiée à la mémoire d’Honegger, comme l’a rappelé Icare, la Septième (1984) fut également créée à titre posthume; sa structure n’est nullement classique, s’ouvrant sur un sombre «Lamento» auquel répond un «Notturno», avant d’énigmatiques «Scherzi» conclusifs, elle est celle qui se rapproche le plus d’une musique à programme, le deuxième des quatre mouvements, au demeurant fondé sur une série de douze sons, étant intitulé «Il cavaliere».
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Sam 29 Déc - 13:22

Icare a écrit:
C'est un nuage très sombre qui recouvre le premier mouvement de la huitième symphonie.
Entre la première symphonie et la Neuvième, c'est tout un monde qui s'est construit sur les cinquante années qui les séparent.

La Huitième (1986) revient à une plus grande concision (moins de 20 minutes), à un effectif un peu moins étoffé et à une construction en trois mouvements, mais dans cet enregistrement, elle pâtit d’une prise de son fortement réverbérée, qui ne rend pas justice à une écriture procédant par petites touches et éclats insaisissables.
La Neuvième (1989) parachève cette tendance pointilliste et économe, quasi webernienne - je partage pleinement le qualificatif employé par Icare -, entrecoupée de silences.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Sam 29 Déc - 15:26

JosefK a écrit:
La Neuvième (1989) parachève cette tendance pointilliste et économe, quasi webernienne - je partage pleinement le qualificatif employé par Icare -, entrecoupée de silences.

En voilà une que je ne risque pas de conseiller à Joachim. Hehe
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Sam 29 Déc - 18:27

Une symphonie de chevet n°6:

J'ai décidé d'achever cette première partie de mon cycle sur deux "premières symphonies". Soit dit en passant, j'avais prévu depuis longtemps un cycle entièrement consacré aux premières symphonies car il se trouve que j'en ai suffisamment en disque pour en réaliser un. Ce sera pour une fois prochaine. Il y en a une qui me fascine depuis le jour où je l'ai découverte. Elle fut composée en 1939 par le compositeur norvégien Fartein Valen (1887-1952), un contemporain à Arnold Schoenberg. Ce dont je m'étonne en premier lieu, ayant conscience de ma prédilection pour son approche musicale, c'est de ne m'être jusqu'ici contenté que de quelques oeuvres sans avoir cherché à en connaître davantage alors qu'il fut pas mal édité sur disque. Sa Symphonie n°1 en quatre mouvements est très représentative de ce qui me fascine dans sa musique. Si la Neuvième de Pierre Wissmer, composée évidemment bien plus tard dans le vingtième siècle, articule sa poétique autour de silences parfaitement étudiés, la première symphonie de Fartein Valen ne laisse aucun espace au silence, pas même microscopique, si ce n'est entre chaque mouvement. Les phrases musicales s'entrelacent les unes aux autres avec une intensité dramatique qui ne se démentira jamais tout au long de l'oeuvre. Ce sont des formes très sinueuses qui se chevauchent et s'interpénètrent entre elles, sans jamais faiblir, dans un dramatisme absolu, avec des moments d'errance, notamment dans le premier mouvement, ce qui leur accorde, si je me fie à mon propre ressenti, avec toute la subjectivité que celui-ci peut comporter, une prégnante expression du désespoir. Elle transpire d'une matière orchestrale profondément tourmentée et en continuelle évolution, comme une fuite éperdue vers l'inconnu. Ce sont souvent les bois et les cordes qui en constituent la matière mouvante, mais, dans le dernier mouvement, les cuivres confèrent à la symphonie une densité plus grande encore, un nouveau volume. J'attends une apothéose, l'apothéose d'un flux symphonique en ébullition que j'aurais presque voulu inextinguible. Par le "Bergen Philharmonic Orchestra" sous la direction d'Aldo Ceccato.

https://www.youtube.com/watch?v=oi-zeoTezz4
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Sam 29 Déc - 20:54

La seconde Première Symphonie que j'ai réécoutée à la suite de celle de Fartein Valen appartient à un compositeur anglais peu connu, né en 1948, du nom de Steven R. Gerber. Si elle ne révolutionne pas le genre et si certains la qualifieront à cet égard de "fausse musique de film", elle n'est pas moins poignante et belle dans sa gravité, et cela dès le "Lento" introductif, sorte de marche désespérée et solennelle qui conduit à une inévitable tragédie, à un drame qui se pointe à l'horizon: on en a la menace et le parfum, puis le goût amer au bord des lèvres. Un "Allegretto", rythmé d'abord par les cordes, laisse feindre une légèreté apparente, mais le drame est toujours présent, trahi par les graves, un allegretto qui devient de plus en plus obsessionnel avant un "Poco adagio" d'une étrangeté par les vents qui surprend. Les cordes s'apaisent enfin, du moins dans un premier temps. Les vents reprennent leur chant lunaire et quelque peu énigmatique avant que les cordes ne se crispent à nouveau. C'est juste le temps de créer un contraste saisissant avec un superbe moment de flûte solo qui se libère magiquement de toute tension. Le ton du second mouvement est bien plus ludique dans son introduction, mené par une clarinette espiègle, même si, ensuite, avec les cuivres, il prend une certaine ampleur dramatique. Il y aura ce suspens avec ces ponctuations appuyées de la clarinette qui rompront l'entrain et c'est vrai qu'à partir de là ça fait un peu "musique de film", genre thriller à l'ancienne dans lequel le piège se ressert autour du héros, style beau brun au regard ténébreux...bon, ça c'est moi qui le rajoute... Laughing...La musique accélère et monte en intensité avant de replonger sur quelques notes claires suspendues. Au cours du troisième mouvement, au-delà du remous des cordes au début, les bois développent un climax d'une grande beauté visuelle, quelque chose que les yeux peuvent entendre. Puis, la musique s'assombrit à nouveau sous les effets graves de cuivres qui, progressivement, finissent par dominer tout l'espace d'expression, surmontés par des trompettes légèrement impétueuses. Je pressens un éclat final mais ce n'est qu'illusion: une fin en suspension frustrera peut-être les amateurs de fanfares conclusives. par le "Russian Philharmonic Orchestra" sous la direction de Thomas Sanderling.

Sur ce, s'achève la première partie de mon cycle autour de la symphonie à travers les siècles. Un peu de musique de film avant de reprendre la seconde partie qui s'articulera aussi autour des symphonies de Joseph Haydn.
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MessageSujet: Re: Le règne de la symphonie   Dim 30 Déc - 0:01

Icare a écrit:
En voilà une que je ne risque pas de conseiller à Joachim. Hehe

Je n'irai pas jusque-là.

Wissmer, même dans son ultime Neuvième, me paraît accessible à quelqu'un qui serait rétif à Webern. La démarche est moins radicale, le langage moins condensé, la dimension "webernienne" n'étant qu'un des aspects de ce style tardif de Wissmer.

Pour le coup, puisqu'il est ici aussi question de Valen, l'un des premiers hors du cercle "viennois" de Schönberg à avoir acclimaté le dodécaphonisme, le Norvégien me semble moins facilement abordable que cette Neuvième de Wissmer.
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