Forum sur la musique classique
 
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 Discussions autour de la clarinette.

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Icare
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MessageSujet: Tehericsen   Lun 5 Nov - 19:00

Alors que je m'y étais déjà penché courant avril dernier, j'ai réécouté le Concerto Improvisé de Fabien Tehericsen  par Louis Sclavis qui joue sur plusieurs clarinettes et le "WRO Orchestra Cologne". Je suis toujours surpris à chaque nouvelle écoute par le côté très structuré de l'oeuvre qui, bien que qualifiée d'"improvisé", ne part jamais dans tous les sens avec une impression d'être totalement invertébrée. Au contraire, chaque rebondissement me semble être une réponse plausible ou du moins sensée au passage qui le précède. Plein de verve et de souffle, corrosif, incisif, démentiel par moment, insolent, quasi-théâtral lorsqu'il convoque des voix parlées, exubérant, avec une clarinette qui, parfois, peut feinter l'étranglement ou aller jusqu'à s'égosiller, mais toujours au sein d'un moule sonore très structuré à mes oreilles, toujours un sens dans l'évolution de l'oeuvre qui fait que je ne sais jamais vraiment quand surgit l'improvisation, quand la clarinette s'offre une totale ou quasi-totale liberté d'expression. Je ne sais pas non plus si la partie "cordes" est entièrement écrite, comme je le crois intérieurement, ou, si derrière sa rigueur apparente, elle se permet ci et là une action plus libre... Le concerto est certes une leçon de bravoure pour le soliste, et pas n'importe lequel des solistes puisqu'il s'agit du formidable Louis Sclavis, mais il est également un puissant souffle musical vers l'extase, vers la transcendance. A chaque nouvelle écoute, le concerto percutant et endiablé de Tehericsen éveille en moi l'amour que je porte et aux cordes et à la clarinette, dans un contexte harmonique et rythmique qui respire le jazz à certains endroits, un jazz très différent et bien moins mélodique que celui, par exemple, d'un Benny Goodman que j'aurais pu choisir à cette occasion.
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Icare
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MessageSujet: Girard   Lun 5 Nov - 22:25

Anthony Girard est un des premiers compositeurs français contemporains auxquels je me suis intéressé en dehors de ceux qui se sont faits un nom dans la composition pour l'image, avec Patrick Marcland. La musique de Girard, plus encrée dans la "vieille" tradition tonale, m'avait immédiatement conquis alors que celle de Marcland, plus audacieuse d'un point de vue "moderniste", a bien failli me passer au-dessus: ce n'est que récemment qu'elle trouva de l'intérêt à mon oreille. J'étais donc ravi que Naxos s'occupa d'éditer de la musique de chambre d'Anthony Girard, de plus une musique de chambre qui fait la part belle à la clarinette avec un interprète, pas n'importe lequel, Jean-Marc Fessard que j'apprécie tellement sur les concertos de Jacques Bondon. Sa sonate Eloge de la folie, pour clarinette et piano (1995), développe déjà un superbe mouvement obsessionnel, ce genre de chose à laquelle je suis particulièrement sensible. Dans ce mouvement quasi-circulaire, j'aime autant le jeu du clarinettiste que celui très dynamique de la pianiste Geneviève Girard. Dans Les Noces d'Orphée, le violoncelliste Fabrice Bihan rejoint le duo. Ce trio, composé en 2004, brûle d'un même feu sacré, même si l'introduction est tendre et romantique; la clarinette: soyeuse, envoûtante, le violoncelle: réconfortant, chaleureux, émouvant, le piano: tout en retenue, avant que les trois instrumentistes ne s'animent au bénéfice d'une musique de chambre en excellente forme. Le début est plutôt méditatif avec une once de mélancolie dans les voix respectives de la clarinette et du violoncelle et une pointe de gravité par le piano. C'est alors que la musique se libère et se rapproche des couleurs plus claires de la vie, enfile progressivement les habits de l'espoir et s'extirpe du repli sur soi pour emboîter un pas plus volontaire, plus optimiste. C'est lorsque le trio arbore, note après note, une humeur plus grave dans une forme obsessionnelle et plus introvertie que je vis mon meilleur moment, que je suis le plus touché. J'aime aussi comment elle évolue ensuite, retrouvant une douce mélancolie d'un automne qui s'installe derrière le carreau contre lequel s'écrase mon nez d'enfant. La solitude n'est-elle pas au fond un moment de communion avec soi-même...La troisième pièce est pour clarinette seule, de courte durée, elle s'intitule L'Effroi de la nuit froide (1988). J'aime bien son titre ainsi que cette courte solitude de la clarinette.
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Kristian

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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mar 6 Nov - 17:10

laudec a écrit:
Kozeluh que je ne connaissais pas fait désormais partie de mes amis Hehe Quelle belle musique et du coup, je fais une crise de boulimie de clarinette et je découvre encore des œuvres magnifiques et je me rends compte que j'aime les clarinettes qui pleurent et me font plonger dans de profonds chagrins.

Oui, Laudec, je trouve moi aussi que la clarinette est particulièrement apte à réfléchir l'état de notre sensibilité  intérieure. C'est par excellence l'instrument du cœur.  

laudec a écrit:
Je viens d'écouter Narek Arutyunyan dans Louis Spohr – Clarinet Concerto in C minor No. 1 Op. 26

Très beau, en effet, ce concerto de Spohr.    Mais je préfère encore celui de Krommer, qui est une découverte totale pour moi. Je ne connaissais même pas le nom de ce compositeur, dont je vais désormais chercher les autres œuvres !   Je serais étonné qu'il n'ait pas été cité sur notre forum d'érudits...  

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Icare
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mar 6 Nov - 19:17


La clarinette ne pouvait que me conduire tôt ou tard à Johannes Brahms et à deux oeuvres que j'aime beaucoup; Trio in A Minor opus 114 pour clarinette, violoncelle et piano et plus encore le Quintet in B Minor Opus 115 pour clarinette et quatuor à cordes avec ce magnifique premier mouvement, "Allegro". Les interprètes sont David Campbell à la clarinette, Andrew Ball au piano, Sébastien Comberti au violoncelle et "The Bochmann String Quartet".

https://www.youtube.com/watch?v=2dpMMeetFIk
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laudec

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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mar 6 Nov - 21:54

Magnifique
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Icare
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MessageSujet: Busoni   Jeu 8 Nov - 9:58

La clarinette m'a conduit au compositeur Ferruccio Busoni par des oeuvres de musique de chambre que je ne connaissais pas encore:

1ère Partie__Character Pieces for clarinet and piano - Suite K88

2ème Partie__Andante con moto K72
                __Solo Dramatique - K101
                __Andantino K107
                __Serenade K108
                __Novellette K116:
oeuvres pour clarinette et piano

3ème Partie__Sonata K138 in D pour clarinette et piano en trois mouvements.

Par Davide Bandieri à la clarinette et Alessandra Gentile au piano.

Autant de pièces musicales très mélodiques et donc totalement en osmose avec la période de laquelle elles virent le jour. Je ne pourrais pas parler d'un grand coup de coeur, d'un bouleversement ni que ces musiques m'ont scotché dans mon fauteuil...Le plaisir ne fut pas aussi intense que pour l'oeuvre de Michel Fourgon qui met aussi en scène la clarinette dans un excellent concerto, mais précisons qu'il s'agit là d'un style musical contemporain auquel je demeure très sensible. Avec Ferruccio Busoni, on navigue alors, à travers des pièces très romantiques qui ne manquent ni de charme ni d'attrait. C'est surtout vrai avec Character Pieces for clarinet and piano - Suite K88 qui propose de belles mélodies et la Sonate K138: j'en aime beaucoup le menuet qui la termine, une fois n'est pas coutume...si, si il y a bien quelques menuets que j'aime bien ci et là...Les pièces constituant la seconde partie, de l'Andante à Novelette, me sont plus banales.
Ces oeuvres sont réunies sur un double album et je n'ai écouté jusqu'à maintenant que le premier. Le second volet contient:

__Suite K176 pour clarinette et quatuor à cordes
__Abendlied KB107 (Robert Schumann) pour clarinette et quatuor à cordes
__Introduction par Louis Sphor KB110 pour clarinette et quatuor à cordes
__Elegia of H. W. Ernst KB110 pour clarinette et quatuor à cordes
__Elegie K286 pour clarinette et piano
__Concertino pour clarinette et petit orchestre

Par Davide Bandieri, le "Quartetto di Roma" et le "Camerata Strumentale Città di Prato", sous la direction de Jonathan Webb.

Se rajoutent à ces oeuvres, deux courtes compositions pour clarinette et piano de Ferdinando Busoni (1834-1909):
Rêverie Pastorale
Melodia.


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joachim
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Jeu 8 Nov - 10:57

Busoni, en effet n'est pas négligeable dans le répertoire de la clarinette (soit dit en passant, la référence K - non pas Koechel, mais Kindermann) du concertino pour clarinette et petit orchestre est K 276).

Je ne connaissais absolument pas jusqu'à présent ce Ferdinando Busoni : il s'agit du père de Ferruccio, clarinettiste renommé, professeur principalement à Novare et un peu compositeur, d'où les deux morceaux que tu as cités.

Je voudrais ajouter ici, dans le nombre impressionnant de concertos de l'ère classique, ceux de Carl Stamitz : il y en a 11, plus un pour 2 clarinettes, et un pour cor de basset, plus deux symphonies concertantes : clarinette et violon, et clarinette et basson. Voici l'un d'eux :



https://www.youtube.com/watch?v=JU3OzhIu9ks

Carl Stamitz a aussi composé une vingtaine de quatuors pour clarinette et cordes, et son père Johann Stamitz a composé un concerto assez connu : le voici par Sabine Meyer

https://www.youtube.com/watch?v=NyGNKWC6rms
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Icare
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MessageSujet: Parker/Fairouz   Jeu 8 Nov - 18:23

Carl Stamitz, un compositeur à découvrir effectivement! Very Happy

Il y a une clarinette qui résonne toujours dans ma tête lorsque je pense à toutes ces belles musiques que Jim Parker a composées pour la série télévisée anglaise; Inspecteur Barnaby/Midsomer Murders, mettant en vedette John Nettles. Dans un premier temps, lorsque je repense à cette B.O. le premier instrument qui me vient à l'esprit est le theremin qui illumine le magnifique thème principal et quelques thèmes d'action, joué par Celia Sheen, puis la voix de soprano de Catherine Bott sur un morceau comme "Agnus Dei". Puis il y a aussi la clarinette de Ian Herbert qui revient très souvent et plus principalement sur les thèmes les moins sombres et même les plus légers, ceux qui semblent vouloir illustrer un bonheur tranquille, une vie paisible, une forme d'insouciance, du moins en apparence. Cette clarinette-là est en quelque-sorte l'instrument du villageois qui vit sa petite vie d'homme heureux. D'ailleurs, le thème avec clarinette solo qui revient le plus souvent dans la série s'intitule "The Village". Donc, lorsque j'essaie de me rappeler d'une clarinette au sein d'une bande originale, la partition de Jim Parker pour Inspecteur Barnaby me vient aussitôt à l'esprit, il faut dire que je l'aime beaucoup et l'ai écoutée un bon nombre de fois.

Je quitte l'univers de la musique appliquée pour réécouter l'expressif et généreux Tahrir pour clarinette et orchestre de Mohammed Fairouz, ce qui me permet de retrouver l'excellent clarinettiste David Krakauer qui m'avait tant séduit avec le compositeur argentin Osvaldo Golijov. Par l'UCLA Philharmonia sous la baguette de Neal Stulberg, la musique, d'essence orientale, est énergique, enlevée, puissante, comme un grand cri du coeur lancé au monde que la déraison chahute sur tous ses flans. Dans cet étonnant mini-concerto, entre virtuosité et fulgurance, sous la forme du chant et sous le feu de la danse, ce sont deux coeurs réunis, celui d'un Juif et celui d'un Arabe, qui battent en même temps au rythme de l'espérance.

https://www.youtube.com/watch?v=S1KolpoK9tU


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MessageSujet: Haddad/Mernier   Jeu 8 Nov - 23:40

Ce soir, j'ai écouté ou plutôt réécouté deux oeuvres de moyenne durée qui mettent en scène la clarinette et que j'aime beaucoup, tout d'abord un trio pour clarinette, cor et violoncelle de Saed Haddad qui porte un titre intriguant, Le Contredésir (2004). Par endroit, ce chouette trio explose d'énergie, mais un jaillissement qui mène inéluctablement vers des moments bien plus méditatifs, et c'est sans doute ces "humeurs" contrastées qui me fascinent, outre la combinaison entre le cor et la clarinette qui parfois semblent vouloir se fondre l'un dans l'autre comme les deux faces d'une même pièce mais sans perdre le goût des contrastes et de la confrontation, sous le jeu faussement médiateur du violoncelle plutôt prompt à la discorde. La jonction entre l'Orient et l'Occident se réalise habilement, sans artifice, sans ce côté "carte postale" que l'on retrouve dans certaines musiques superficielles qui se veulent arabisantes par souci d'exotisme. La clarinettiste est Nina Janben.

Ce n'est pas la première fois que j'évoque le délicieux Quintette pour clarinette et quatuor à cordes de Benoît Mernier. Il est devenu mon oeuvre fétiche du compositeur belge. Il s'agit à la base d'une musique écrite pour l'image: elle fut composée pour un film muet Amore Pedestre (1914) de Marcel Fabre, une mise en scène comique du trio amoureux classique: la femme, l'amant et le mari jaloux. L'originalité se situe ailleurs: le spectateur ne voit que les pieds des trois protagonistes, et doit reconstituer lui-même l'action et la psychologie. Il en fut de même pour le compositeur qui dut en imaginer la partition adéquate. J'ignore encore si l'aspect musico-filmique est une réussite - j'espère voir ce film avec la musique de Benoît Mernier un jour - mais sur disque, pour un amoureux de la clarinette comme moi, surtout dans un contexte chambriste comme celui-ci, c'est du pur bonheur. La clarinette, jouée ici par Jean-Michel Charlier, y est fortement bien mise en valeur avec souvent des sons très arrondis, une grande liberté d'expression dans la narration. L'oeuvre se suffit à elle-même, exquise, poétique, sensuelle...


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MessageSujet: Bondon/Tomasi   Ven 9 Nov - 9:43


Cycle oblige, il me fallait tôt ou tard revenir sur les deux concertos pour clarinette de Jacques Bondon par Jean-Marc Fessard - de toute façon, je ne les connais que dans cette interprétation, c'est-à-dire avec l'Orchestre Philharmonique de Poznan sous la direction de José Maria Florêncio Jùnior - et sur celui de Henri Tomasi. Deux compositeurs que j'aime beaucoup sur un même cd, sachant que la clarinette en est en plus l'instrument-vedette, que demande le peuple? Le peuple, je ne sais pas mais moi je suis aux anges!! Le Concerto d'Octobre pour clarinette et orchestre à cordes de Bondon que j'apprécie un peu plus à chaque nouvelle écoute, concerto en trois mouvements d'une durée globale qui avoisine les 23 minutes, fut à une semaine près d'actualité. Chacun des trois mouvements a son intérêt propre au point que je ne saurais même pas marquer une préférence pour l'un ou l'autre. Je suis très sensible à la nervosité des premier et troisième mouvements par lesquels la clarinette tente avec succès de s'imposer. Plus solitaire au début du second mouvement, elle finit par dessiner des arabesques sous les frémissements des cordes. Un ton joyeux s'installe enfin car l'automne, si on sait observer ses multiples couleurs et nuances, n'a rien de morose. Le Concerto des Offrandes pour clarinette et orchestre de Jacques Bondon est le sommet de ce disque, un chef d'oeuvre pour la clarinette et, remplaçant l'orchestre à cordes par l'orchestre symphonique, sans jamais abuser de la masse sonore, un modèle dans les orchestrations. Quelle inspiration! Il s'agit-là d'un éternel coup de coeur qui ne se dément jamais, au point de le considérer comme l'un des tous plus beaux concertos pour clarinette de tous les temps. C'est sans pour cette raison que le Concerto pour clarinette et orchestre à cordes de Henri Tomasi m'a toujours paru un peu faible derrière ceux de Bondon et plus particulièrement derrière celui "des offrandes". C'est un peu injuste car il contient de très bons moments. En tout cas, aujourd'hui, je suis très bien entré dedans, ai été concentré sur chaque mesure, chaque rebondissement, ne l'ai pas écouté en demeurant sous l'emprise des deux concertos précédents même si ceux-ci gardent ma préférence.
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Icare
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Ven 9 Nov - 16:47

Contenu du second volume (Ferruccio Busoni):

__Suite K176 pour clarinette et quatuor à cordes
__Abendlied KB107 (Robert Schumann) pour clarinette et quatuor à cordes
__Introduction par Louis Sphor KB110 pour clarinette et quatuor à cordes
__Elegia of H. W. Ernst KB110 pour clarinette et quatuor à cordes
__Elegie K286 pour clarinette et piano
__Concertino pour clarinette et petit orchestre

Par Davide Bandieri, le "Quartetto di Roma" et le "Camerata Strumentale Città di Prato", sous la direction de Jonathan Webb.

Se rajoutent à ces oeuvres, deux courtes compositions pour clarinette et piano de Ferdinando Busoni (1834-1909):
Rêverie Pastorale
Melodia.

J'ai été encore plus agréablement surpris qu'avec le premier volume qui contient essentiellement des pièces pour clarinette et piano. Avec la Suite K176, c'est un quatuor à cordes soyeux et chaleureux qui accompagne la clarinette. J'aime énormément cette suite, d'abord son "Andantino - Vivace assai", un peu moins son "Vivace e marcato et surtout son "Moderato" qui s'articule autour d'un excellent thème principal. Ce troisième mouvement s'approche des huit minutes et c'est du pur bonheur. Ferruccio Busoni est un mélodiste intéressant que j'avais déjà remarqué au travers de ses Character Pieces for clarinet and piano. Mais là, il touche à l'exquis par une clarinette si douce, si feutrée, et un quatuor à cordes si soyeux, si raffiné...Dans Abendlied KB107, toujours pour clarinette et quatuor à cordes, c'est le jeu du clarinettiste que je trouve exquis, offrant à son instrument un effet lumineux et saisissant. Introduction par Louis Sphor KB110 et Elegia of H. W. Ernst KB110 sont également de beaux quintettes. Moins captivé par les deux courtes pièces de Ferdinando Busoni, son père, mon intérêt se porte davantage sur les deux dernières oeuvres du cd, toutes deux de Ferruccio Busoni, l'Elégie K286 pour clarinette et piano où je retrouve une construction mélodique intéressante et surtout le Concertino opus 48 K276 pour clarinette et petit orchestre dont le doux raffinement et les tendres éclats se développent sur presque dix minutes. Voilà une intégrale des oeuvres pour clarinette de Ferruccio Busoni que j'aurai plaisir à re-parcourir et à laquelle je vais très certainement beaucoup m'attacher: l'émotion a été au rendez-vous!
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Ven 9 Nov - 23:28

Je pensais avoir déjà évoqué sur ce forum la musique de Daniel Letisserand et, en fait, je n'en trouve trace nulle-part, par même sur le long topic "Le jazz qui fait jaser. Je n'ai même pas réussi à trouver suffisamment d'éléments biographiques. Je sais juste qu'il s'agit d'un compositeur, arrangeur et musicien polyvalent pratiquant l'orgue, le piano, le tuba et la direction. Je n'avais pas encore abordé la clarinette par le jazz sur ce fil, juste effleuré avec Scènes from Adolescence de David Schiff par David Shifrin. On en ressent une influence mais ce n'est pas du jazz. Avec Daniel Letisserand, il s'agit d'un jazz pur et dur, un vrai de vrai, même s"il sait se démarquer des formes classiques du genre, s"il projette des couleurs et des timbres singuliers ainsi qu'une poétique assez personnelle que je ne retrouve pas forcément chez d'autres jazzmen. Mélodique, expérimental, statique, improvisé, énergique, il propose différentes atmosphères sous le titre Poursuites infernales. Ce sont les guitares qui m'interpellent le plus souvent, créant des effets saisissants et atypiques. Parmi les huit musiciens, il y a un clarinettiste, Christophe Paris, mais la clarinette est rarement exposée en soliste. Il me faudra attendre la sixième plage, "Figurine" pour me délecter d'un superbe duo entre le piano et la clarinette. C'est le seul moment de proximité qu'elle m'offre car elle est généralement mêlée aux saxophones, au bugle, tuba et à la trompette. Elle apparaît, plutôt volubile dans le morceau "Le Tango des Pècles", sauf que c'est un son original et ludique de la contrebasse qui me fait jubiler lorsqu'elle amorce une mélodie irrésistible.
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Icare
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MessageSujet: Portal   Sam 10 Nov - 19:45

Comme il y a peu de passages offerts à la clarinette dans Poursuites Infernales de Daniel Letisserand, j'ai décidé de ne pas quitter trop vite le monde du jazz. J'avais pensé revenir à une compilation que je possède de Benny Goodman mais j'ai opté pour un album de jazz intitulé Baïlador que j'avais pourtant réécouté il n'y a pas très longtemps. Ce fut l'occasion pour moi de retrouver Michel Portal pour la troisième fois et à chaque fois dans un domaine différent. Après l'avoir abordé dans une oeuvre contemporaine complexe et atonale de Pierre Boulez, Domaines, oeuvre dans laquelle il y met beaucoup de sa personnalité, puis ensuite par son interprétation du fameux Concerto pour clarinette de W. A. Mozart dont chacun appréciera la justesse de jeu, je le retrouve dans un jazz moderne et un peu acide. Portal y joue de plusieurs clarinettes, la basse, l'alto et la soprano, joue aussi du saxophone. Il y a de la sensualité dans ses clarinettes de jazz, de la virtuosité aussi, de l'exubérance, du velours. Sur un morceau, peut-être "Ombres", j'ai reçu un doux vent frais soufflé par la clarinette basse. C'est cette clarinette-là qui me touche le plus, davantage que celle...soprano?... qui s'égosille sur les passages les plus intrépides et dissonants, parmi lesquels j'entrevois une ouverture sur l'improvisation, sur l'expérimentation de nouveaux champs sonores. Les autres musiciens sont Ambrose Akinmusire à la trompette, Bojan Z aux pianos et synthétiseurs, Lionel Loueke à la guitare, Scott Colley à la contrebasse et Jack Dejohnette à la batterie.

https://www.youtube.com/watch?v=_xr23dT48Lg


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laudec

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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Sam 10 Nov - 22:12

Fabuleuse clarinette dans le Tahrir de Fairouz et beau symbole
Etonnantes clarinettes dans cette pièce Cuba Si Cuba avec Michel Portal
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Icare
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MessageSujet: Bosseur/Zych   Sam 10 Nov - 23:08

Si j'ai quitté Michel Portal et le jazz, je n'ai pas quitté la clarinette basse pour autant. Je me suis rappelé que le jeune compositeur polonais Wojciech Ziemowit Zych avait composé un Concerto pour clarinette basse et orchestre (2003) en deux longs mouvements, l'Andante frisant les dix-sept minutes et l'Adagio dépassant les quatorze minutes. Je n'avais pas prévu de le réécouter comme je n'avais pas prévu de réécouter Baïlador de Michel Portal, du coup l'un m'a conduit à l'autre et à la clarinette basse. Voilà quelques lignes de ce que j'avais écrit à propos du concerto de Zych: "Le Concerto pour clarinette basse me paraît plus constant (en comparaison avec sa première symphonie) dans l'effort créatif d'un compositeur qui, en fin rythmicien et détailliste, possède une évidente maîtrise de son art. J'attends juste de voir ce que vont être ses prochaines oeuvres, si elles vont m'emmener plus haut dans l'émotion. Il y a de très bons passages dans son concerto, notamment dans le très climatique second mouvement." Ce soir, c'est davantage le premier mouvement (Andante) qui m'a passionné, surtout à partir de la huitième ou neuvième minute. C'est tout un processus obsessionnel qui s'est mis en route pour mon plus grand bonheur. L'Adagio m'a paru plus énigmatique cette fois-ci. Le soliste s'appelle Michal Gorczynski.

Hong-Kong Variations (en forme de septuor) (1990) de Jean-Yves Bosseur est une oeuvre où interviennent différentes flûtes, différentes clarinettes, des saxophones, un tuba, un serpent, un violon, un violoncelle et une contrebasse, le tout interprété par le Groupe Intervalles. Elles ne sont pas si nombreuses que ça les oeuvres purement sérielles qui me plaisent autant que celle-là, même si l'intérêt qu'elle me procure au fil des écoutes n'a pas été instantané, immédiat. Le début fut même un peu chaotique. Aujourd'hui, je la perçois autrement, comme une peinture sonore qui ne remplit jamais complètement l'espace de toutes ses couleurs. Elle se joue merveilleusement des silences, mais aussi des rythmes et plutôt des absences de rythmes, des contrastes aussi, les sons brusques côtoyant les sons doux, les sons murmurés et les sons hurlés, un parfait équilibre des nuances et des contrastes, une musique qui s'arrache en douceur de la contrainte sérielle au bénéfice d'une alchimie sonore originale et finalement visuelle. Je ne suis absolument pas étonné que cette oeuvre soit inspirée par des peintures, en l'occurrence celles d'Olivier Debré. Anthony Marchutz joue sur une clarinette soprano et une clarinette basse. Elles sont bien présentes dans l'oeuvre de Bosseur. Ce qui me la rend attachante ce n'est certes pas l'usage des clarinettes en particulier, c'est le septuor au complet dans une écriture sérielle qui ne la rend jamais rigide ni trop austère. Au contraire, elle m'offre une musique fortement poétique qui a la durée idéale d'une bonne vingtaine de minutes. Pas le temps de décrocher.
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MessageSujet: Hartmann   Dim 11 Nov - 18:52

Je pense avoir réécouté aujourd'hui le plus beau concerto pour clarinette qui soit passé par mes oreilles. il s'agit du Concerto de chambre pour clarinette, quatuor à cordes et orchestre à cordes de Karl Amadeus Hartmann. Il y en a quelques-uns qui m'émerveillent, que j'aurais tendance à placer au-dessus du panier. Certes, il y a le concerto de Mozart, mais il y a aussi celui "des offrandes" de Jacques Bondon qui est vraiment superbe, puis celui de John Corigliano que je n'ai jamais autant apprécié que lors de cette dernière écoute. Toutefois, le concerto de chambre de Hartmann me projette dans une autre dimension, faite de douceur et de pulsions lyriques, de force tranquille et de beautés célestes. Il y a comme un passage de la terre vers le ciel, de la danse vers l'extase, de la clarinette à grandeur d'homme et des cordes de la grandeur de l'esprit qui s'étend et s'élève. Curieusement ou peut-être cela n'a-t-il rien de curieux, je n'arrive pas à rapprocher sa musique de celle d'un Webern ni de celle d'un Stravinsky, deux compositeurs qui le passionnaient pourtant, d'après ce que j'ai pu lire ci et là. J'y ai davantage retenu, à tort ou à raison, la sensualité sonore d'un Mahler et peut-être un petit quelque-chose de Paul Hindemith. Mais fort de la forme adagio qui l'inspire au-delà de l'ordinaire, il crée la beauté insaisissable d'un romantisme sophistiqué devenu mystère. Même le rythme d'une danse chaude qui anime les variations du second mouvement mène vers les hauteurs d'une clarinette envoûtante et elle-même envoûtée par les cordes qui l'ensorcellent et la dynamisent.
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joachim
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Dim 11 Nov - 20:14

Je ne connais pas ce concerto de chambre de Karl-Amadeus Hartmann, mais il est probable qu'il me plairait aussi, car tout ce que j'ai écouté de lui (symphonies, concerto lugubre, l'opéra Des Simplicius Simplissimus Jugend, entre autres) m'a assez plu. Mais de là à égaler le concerto de Mozart....

De Jacques Bondon, malheureusement presque tombé dans l'oubli, je connais son concerto d'octobre pour clarinette et orchestre à cordes, mais pas "Offrandes".
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Icare
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MessageSujet: Pampichler Palsson   Dim 11 Nov - 22:13

joachim a écrit:
Je ne connais pas ce concerto de chambre de Karl-Amadeus Hartmann, mais il est probable qu'il me plairait aussi, car tout ce que j'ai écouté de lui (symphonies, concerto lugubre, l'opéra Des Simplicius Simplissimus Jugend, entre autres) m'a assez plu. Mais de là à égaler le concerto de Mozart....

Tout ça est très subjectif, évidemment, mais le concerto pour clarinette de Corigliano, le concerto des offrandes de Bondon, le concerto de chambre de Hartmann et celui si célèbre du vénéré Mozart forment mon quatuor de tête et si je devais faire un choix drastique, ce qui n'arrivera jamais - pourquoi s'imposer des choix cornéliens? - le "Hartmann" serait mon choix. D'ailleurs, à propos du sublime Concerto de chambre pour clarinette, quatuor à cordes et orchestre à cordes, j'ai omis de mentionner les interprètes: Paul Meyer, le "Petersen Quartett" et le "Münchener Kammerorchester" sous la direction de Christoph Poppen.  j'ai réécouté, ce soir, le Concerto pour clarinette et orchestre de Pall Pampichler Palsson, compositeur quasiment aussi méconnu que Jacques Bondon, et peut-être suis-je le seul à être ému par sa musique. Je m'en fiche comme de ma première chemise, l'essentiel étant le plaisir qu'elle me procure et qui visiblement ne s'émousse pas avec le temps. Le Concerto de Pall Pampichler Palsson prend très vite une allure très dramatique, voire épique et quasi-hollywoodienne dans son premier mouvement alors que les premières notes sortent sur du velours par une clarinette infiniment douce. Une sorte de marche un peu sombre et solennelle se met en action. Ensuite, C'est une musique pleine de fougue et de fracas qui s'impose. La clarinette de Sigurour I. Snorrason ne semble pas vouloir rivaliser en puissance avec l'orchestre, mais souhaite-t-elle sans doute en surmonter et contenir ses éclats par le jeu d'une domination subtile. Très expansif et extraverti, le mouvement est plutôt exaltant par sa virilité, mais jusque là rien qui fasse de cette oeuvre un concerto qui sortirait de l'ordinaire et gagnerait une place à part dans mon coeur. Jusque là il ne bousculera pas le quatuor gagnant, or ce serait omettre la première partie du second mouvement, un superbe adagio avec des notes suspendues aux cordes et une clarinette douce et mystérieuse qui flotte par-dessus, émettant une mélodie qui a suffisamment d'aura pour me mettre en apesanteur. Le plus merveilleux cadeau que ce concerto pour clarinette me fait, outre un joli cor solo à un autre moment doux du second mouvement, c'est qu'il reprend cet énigmatique adagio dans la partie finale du troisième mouvement, rompant ainsi avec l'agitation en cours: je ne pouvais rêver d'une plus belle fin où même le temps semble suspendu. Plutôt qu'une conclusion tonitruante avant un tonnerre d'applaudissement, je préfère cette douceur exquise suivie du silence qui reste hanté par la clarinette.
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Lun 12 Nov - 18:45

Aujourd'hui, j'ai réécouté un autre concerto pour clarinette et orchestre contemporain qui me plait beaucoup. Il fut composé en 2002 par Krystof Maratka et s'intitule Luminarium. Il se constitue de neuf mouvements ou morceaux dont le plus long dépasse à peine les quatre minutes.

1)__BUA' - indonésie - rite du soleil levant
__KOUCHNAÏ - Ouzbékistan - improvisation
___Guègues - Albanie - chant funèbre

2) __Sitot me soi - France - chant troubadour
_MADROSH - Syrie - chant liturgique
__NÔ - Japon - interjections du théâtre nô

3) ___BERANCA - Macédoine - danse
__Ngapa - Australie, cérémonie du rêve de la pluie
____NIRA - Maroc - improvisation

4) ___Hat chèo - Vietnam - chant du sorcier du théâtre hat chèo
__MAÔME - Iles Salomon - cycle funèbre
___CHINOS - Chili - chant des alféreces

5) __Rdo-rje' jigs-byed dbang - Tibet - psamoldie boudhique
___DOUDKA - Biélorussie - improvisation
__PANE - Bohème - chant liturgique

6) ___Mané igini kamu - Papouasie-Nouvelle Guinée - chant pour laver un enfant
__NIPAQUIIT - Arctique - jeux vocaux
___ÂVÂZ - Iran - chant persan

7) ___SKUTCHNA - Yiddish - danse juive
___CZARDAS - Moldavie - danse
____Sousta - Grèce - danse

8) ___PASI BUT BUT - Taïwan - chant de prière pour une récolte abondante du millet
___Ghau kilori - Mélanésie - orgue éolien pour l'immersion d'un cadavre dans la mer
__LEISKIS LEISKIS SAULELA - Lituanie - chanson des moissons

9) ___TIOUDIOUK - Turkménistan - improvisation
___SAMPATYE - Sénégal - chant des jeunes filles initiées
__Xwââxâ - Nouvelle Calédonie - discours rituel

Par Michel Lethiec, le "Talich Chamber Orchestra" sous la direction du compositeur.
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joachim
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Lun 12 Nov - 19:02

C'est original et pas mal du tout d'après cet extrait. Mais au total, ce n'est pas trop décousu ?



https://www.youtube.com/watch?v=1ssc81wnPrk
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Icare
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MessageSujet: Maratka   Lun 12 Nov - 20:19

Dans l'ensemble, oui, il y a un côté hétéroclite, hétérogène ou composite, les Anglais disent "motley". C'est assez inévitable dans ce genre de construction musicale qui "voyage" ainsi d'une culture à l'autre à travers le monde. Ainsi, lorsque l'on passe du chant persan à la danse juive, il y a un changement de ton assez brutal, mais, en revanche, lorsque l'on passe au sein d'un même morceau de la danse Yiddish à la moldave et à la grecque, la transition s'opère d'une manière plus subtile et cohérente sans que ces passages d'une danse à l'autre confèrent à l'oeuvre un caractère décousu. Je pourrais faire la même observation lorsque que l'on passe de la psalmodie tibétaine à l'improvisation biélorusse et au chant liturgique bohémien dans un dépouillement extrême, d'une méditation à l'autre, d'un même minimalisme qui les unit dans le recueillement. Dans le concerto Luminarium de Maratka il s'agit de musiques traditionnelles de vingt-sept pays différents du monde entier qu'il ré-expose dans un ordre particulier et sous la dynamique d'un concerto virtuose. Il faut tenir compte que la succession des pièces n'obéit à aucune réalité d'ordre physique ou géographique, genre "France-Belgique-Allemagne-Pologne-Ukraine...", mais à une logique purement musicale: ainsi, les transitions entre le chant troubadour et le chant du théâtre nô, en passant par un chant liturgique syrien - constituant le second morceau - s'effectuent naturellement ou presque naturellement dans une réelle cohérence de ton, même si je sais à quel moment je suis en Syrie et à quel autre je suis au Japon.
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MessageSujet: Koechlin   Lun 12 Nov - 22:18


Pour conclure mon cycle au tour de la clarinette, j'ai opté pour Les Confidences d'un Joueur de Clarinette - opus 141 de Charles Koechlin:

pour ensemble instrumental dont Philippe Cuper à la clarinette et Philippe Joyeux comme récitant, . Il s'agit en réalité d'un projet de film avec dialogues et musique intercalés, de cinquante minutes environ. A l'époque de cette réalisation, en 1934, Charles Koechlin s'intéressait très vivement au cinéma d'alors et projeta d'autres musiques de films qui malheureusement ne restèrent que musique, excepté, me semble-t-il Victoire de la vie, film d'Henri Cartier-Bresson. Il y a des moments sympathiques dans ces "Confidences", notamment les moments cédés aux cordes ou à la flûte. Comme par hasard, ce sont les moments les plus mélancoliques et romantiques qui me plaisent le plus:

<<Le genre des Confidences d'un joueur de clarinette reste léger et plein de jeunesse, bien que passant, selon les scènes, de la joie à la tristesse, à la rage même (plage 15; la rage de Kasper), puis se termine par la consolation; il va se consacrer à la musique avant tout. Le pauvre Kasper, le héros de l'histoire, est bien innocent et honnête et Mademoiselle Margrédel qu'il aime, lui préfère le beau cantonnier Yéri-Hans. DAns un autre registre, mais il s'agit aussi d'une déception, Koechlin, à l'époque du projet sur "Les Confidences d'un Joueur de Clarinette", avait cru innocemment que la star du film "La Princesse à vos Ordres", Lilian Harvey, avait jeté ses yeux sur lui. Celle-ci lui avait tout d'abord manifesté son désir, dans une lettre affectueuse, de connaître les oeuvres musicales qu'elle lui avait inspirées (l'album Lilian, etc...). Mais hélas, arrivé à Antibes en 1936 pour lui dire son admiration et lui parler de sa musique, il ne fut même pas reçu! Elle avait d'autres préoccupations probablement. Il en fut de mon père comme du pauvre Kasper...>> Yves Koechlin.
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laudec

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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mar 13 Nov - 9:46

Histoire bien émouvante que celle-là, liée à la clarinette qui exprime toute la mélancolie qui s'en dégage. Merci pour cette découverte Icare ! Un extrait trouvé ici :


https://youtu.be/9Jajr96m8e0
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joachim
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mer 14 Nov - 9:55

Pour faire plaisir (?) à Icare : de l'archi contemporain : Michigan Trio pour clarinette, violon et piano




https://www.youtube.com/watch?v=HvViy30LAHk
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Kristian

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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   Mer 14 Nov - 12:04

joachim a écrit:
Pour faire plaisir (?) à Icare : de l'archi contemporain : Michigan Trio pour clarinette, violon et piano

J'aime tellement la clarinette qu'elle me ferait presque aimer la musique que je n'aime pas... Ptdr Ptdr Ptdr
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MessageSujet: Re: Discussions autour de la clarinette.   

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