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 Les films d'Icare

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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 27 Déc - 14:39

J'ai quitté la guerre 14-18 pour d'autres tumultes plus anciens dans l'histoire de France: Danton, un film franco-polonais réalisé par Andrzej Wajda, sorti en 1983 et adapté d'une pièce de théâtre. Il réunit à l'affiche Gérard Depardieu dans le rôle d'un Danton aux élans théâtraux, Wojciech Pszoniak dans les habits d'un Robespierre criant de vérité, Anne Alvaro dans le rôle d'Eléonore Duplay, Patrice Chéreau dans le rôle de Camille Desmoulins, Serge Merlin dans le rôle de Philippeaux, Roland Blanche dans le rôle de Jean-François Delacroix, Boguslaw Linda dans celui de Saint-Just, Jacques Villeret endossant le personnage d'un certain Westermann qui sera guillotiné dans la même fournée que Danton. Il y a d'autres acteurs et actrices comme Roger Planchon et Angela Winkler. Je ne suis pas étonné que le sujet, dans ce cas précis, ait été adapté d'une pièce de théâtre, car j'estime qu'il y a une réelle dimension théâtrale dans le film de Wajda, notamment lors du procès de Danton et de ses acolytes. Depardieu/Danton nous livre une diatribe avec l'éloquence et la puissance qu'on lui connaît, maniant le verbe comme un couperet, aussi affûté que celui qui finira par lui ôter la tête. Evidemment, le combat était perdu d'avance, peu importe la portée de ses mots et la véhémence de ses gestes; un procès politique n'obéit pas à la même mécanique ni aux mêmes règles que celui de la justice. C'est un film qui a, malgré tout, suscité la controverse lors de sa sortie, notamment parmi les historiens et certains politiques. pour ma part, j'ai toujours eu conscience qu'il ne fallait surtout pas poser un regard sur Danton et la Révolution Française et encore moins se faire un avis qu'en s'appuyant exclusivement sur ce film de Wajda dont la caricature du personnage me semble assez saillante. Ce "portrait" de Danton me plait par sa force narrative et plus encore par sa dimension théâtrale ainsi que le contraste parfaitement souligné avec un Robespierre beaucoup plus austère et introverti. Je trouve que le contraste entre les deux personnages apporte une certaine intensité au film. Mais ce qu'il y a de plus intense encore et d'aussi glacial que la lame de la guillotine et le regard de Robespierre, c'est la formidable partition atonale, pour choeur et orchestre, de Jean Prodromidès qui n'accorde aucun répit aux images, toutes imprégnées dans un climat de terreur.

<<Paris, dans un printemps 1794 qui semble glacé : les premiers plans montrent des sans-culottes se réchauffant près d'un brasero. Depuis septembre 1793 c'est la première partie de la Terreur, où la faction perdante, ici les moins extrémistes, sont menés à la guillotine. Le député montagnard Danton a quitté sa retraite d'Arcis-sur-Aube et gagné Paris pour appeler à la paix et à l'arrêt de la Terreur. Populaire, appuyé par la Convention et des amis politiques qui ont de l'influence sur l'opinion (notamment le journaliste Camille Desmoulins), il défie Robespierre et le puissant Comité de salut public. Danton, présenté comme un bon vivant, est impliqué dans plusieurs affaires de corruption, dont celle de la Compagnie des Indes : mais Robespierre refuse d'abord de le mettre en accusation, craignant la colère des classes populaires qui ont porté la Révolution. C'est une entrevue avec son adversaire, véritable huis clos mettant à jour les divergences politiques et les caractères irréconciliables des deux leaders de la Révolution, qui consomme la rupture. Sur proposition de Robespierre, le Comité déclare l'arrestation de Danton et ses amis. Durant la parodie de procès qui suit cette décision, Danton use de son éloquence pour défendre le groupe accusé et pousser le Tribunal révolutionnaire, incarné par l'Accusateur public Fouquier-Tinville, jusque dans ses derniers retranchements. Sans témoins, sans possibilité de se défendre ni temps de parole accordé, les dantonistes s'adressent à la foule qui assiste à l'audience (" Peuple français...") et leur manifestent de la sympathie : le Tribunal utilise alors un décret pour les exclure un par un du débat. Le groupe est emprisonné, Desmoulins rejette la visite de Robespierre qui voudrait l'épargner, et tous sont guillotinés le 5 avril 1794. Les scènes finales montrent un Robespierre inquiet et indécis, rappel de la prophétie de Danton lors de leur entrevue : le premier d'entre eux qui tombe entraîne l'autre, et la Révolution avec lui.>>

Bande annonce:

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19474538&cfilm=2539.html
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Ven 28 Déc - 14:03


Avec Capitaines d'Avril, un film portugais de Maria de Medeiros réalisé en 2000, je change d'époque et aussi de révolution...et même de pays! C'est cette fameuse Révolution des Oeillets au Portugal qui n'a pas causé de bain de sang, si ce n'est quatre malheureuses victimes civiles en tout et pour tout aux abords de la PIDE, d'après mes sources. (Police internationale et de défense de l'État), plus connue comme PIDE - police politique de l'État portugais pendant l'"Estado Novo" sous António de Oliveira Salazar.) <<La révolution des Œillets (Revolução dos Cravos en portugais), également surnommée le 25 avril (25 de Abril en portugais) est le nom donné aux événements d'avril 1974 qui ont entraîné la chute de la dictature salazariste qui dominait le Portugal depuis 1933. Elle doit son nom à l'œillet rouge que les conjurés portaient à leur boutonnière en signe de ralliement.>> Je pense que Maria de Medeiros a réalisé avec ce film une belle réussite autant cinématographique que personnelle, renouant ainsi avec son pays, son enfance et son histoire. Il y a d'ailleurs quelque chose de très chaleureux et d'ensoleillé dans la manière qu'elle a eu de traiter l'événement. Parmi les acteurs principaux, outre Maria de Medeiros, s'y trouvent Stefano Accorsi, Joachim de Almeida et Frédéric Pierrot qui a d'ailleurs fait une belle carrière et que j'avais déjà apprécié dans La vie et rien d'autre (1989) et Capitaine Conan (1996) de Bertrand Tavernier. Un autre atout du film est la succulente partition d'Antonio Victorino d'Almeida qui y est très bien mise en valeur. Maria de Medeiros se devait de mettre en valeur la musique de son père tout en l'employant sans excès à des endroits bien précis du film.

<<Au Portugal, dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, la radio diffuse une chanson interdite: "Grândola". C'est le signal d'un coup d'état déclenché par de jeunes militaires, qui changera la face de ce petit pays et le destin d'immenses territoires en Afrique. En 24 heures, dans le respect du peuple et le refus de la violence, aurait-elle été employée en dernier recours, la plus vieille dictature d'Europe s'effondre.>>

https://www.youtube.com/watch?v=OfL8beUReNA
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 3 Jan - 12:52

J'évoquais sur un autre fil la musicalité d'un film, qu'un film ressemblait à la musique, qu'il n'était pas toujours nécessaire de comprendre pour aimer. Le film que j'ai revu aujourd'hui; Une Histoire vraie (1999) de David Lynch raconte une histoire qui est, ceci-dit, très simple à comprendre: <<En 1994, Alvin Straight, 73 ans, a un petit accident, une chute dans sa cuisine. Sa fille Rosie, bègue, l'oblige à aller consulter le médecin. Il refuse tout examen complémentaire. Un soir, en plein orage, un coup de fil retentit dans la maison. Rosie décroche, cet appel provient du Wisconsin où vit Lyle, le frère d'Alvin. Lyle a eu une attaque. Alvin, bouleversé, réfléchit. Il n'a pas vu Lyle depuis 10 ans à la suite d'une dispute violente qui est restée en suspens puisque les deux hommes ne se parlent plus depuis. Finalement, Alvin décide de rendre visite à son frère. Pour cela, il utilise un moyen de transport parmi les plus singuliers: il y va sur sa tondeuse à gazon qui rendra son dernier souffle en début de parcours. Il en rachète une autre et repart, aussi têtu qu'une mule. Il tire derrière elle une remorque qu'il a fabriquée lui-même. S'ensuit pour lui un périple de plus de 240 milles (386 kilomètres), de Laurens dans l'Iowa à Mount Zion dans le Wisconsin. Il croise la route de nombreuses personnes; une adolescente enceinte qui s'est enfuie de chez ses parents, un rassemblement de cyclistes, une femme très poisseuse qui fauche régulièrement et involontairement des cerfs avec sa voiture, un vétéran comme lui de la Seconde Guerre mondiale…Il arrive finalement chez son frère, aussi peu mobile que lui, qui est ému de voir le moyen de locomotion utilisé. Le film se termine sur un tapis d'étoiles dans les cieux.>> Ce long-métrage de David Lynch aurait très bien pu s'intituler "Une histoire simple". Une petite musique m'a beaucoup touché dans ce film; c'est lorsqu'il raconte à la jeune fugueuse enceinte de cinq mois, au coin du feu, qu'il jouait avec ses quatre petits enfants au jeu de la brindille. Chacun d'eux devait en ramasser une et la briser. Une fois brisée, il réunissait les morceaux de brindilles en un fagot: le gagnant était celui qui arrivait à le briser. Evidemment, aucun n'y parvint. C'est alors qu'il regarde la jeune fugueuse et lui dit: "Ce fagot c'est la famille". Ce n'est pas que cette petite histoire en elle-même qui me touche, c'est surtout la manière dont elle est amenée dans le film. D'ailleurs, au réveil, la jeune fille avait disparu et non loin du feu éteint, avait rassemblé plusieurs brindilles pour en faire un petit fagot. C'est une petite musique du bon sens qui s'est élevée avec une justesse et une simplicité désarmantes. Une autre réplique m'a interpellé lorsqu'un jeune cycliste lui demande quelle est la pire chose qui vous arrive lorsqu'on est vieux et qu'il répond: "C'est de se rappeler quand on était jeune." Le rôle d'Alvin est tenu par Richard Farnsworth, celui de sa fille Rose/Rosie par Sissy Spacek et son frère Lyle par Harry Dean Stanton. Une très belle musique porte les émotions de ce film: elle est signée Angelo Badalamenti. C'est une musique qui ressemble à un film, une histoire simple qui pourrait-être différente de celle racontée par Lynch tout en étant celle-là.


https://www.youtube.com/watch?v=oFD9dMg3gt8
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Ven 4 Jan - 14:11

Que peut-on dire d'un film comme Vol au-dessus d'un nid de coucou si ce n'est qu'il peut, à certains moments, être drôle, sensible et émouvant? Ce qui est sûr c'est que je l'ai déjà regardé plusieurs fois et que je suis toujours autant captivé par son histoire, mais aussi par le jeu des acteurs, tous excellents. Il fut notamment récompensé par cinq oscars dont celui pour le meilleur film de l'année. Il s'agit d'un film américain de Milos Forman qui parut en salle en 1975. C'est une adaptation du roman éponyme de Ken Kesey (édité en 1962), un roman qui avait déjà fait l'objet d'une adaptation au théâtre à Broadway en 1963. Outre cinq récompenses aux Oscar, il décroche également six Golden Globes. Le film réunit à l'affiche Jack Nicholson, Louise Fletcher,William Redfield, Brad Dourif, Danny De Vito et aussi Will Sampson dont l'imposante silhouette ornée de mystère m'avait déjà touché dans Orca de Michael Anderson. La musique est signée Jack Nitzsche, plutôt discrète tout au long du film, elle prend toute son ampleur lors de la scène finale, quand le "Chef" amérindien (Sampson) exécute le plan de McMurphy (Nicholson) après l'avoir étouffé avec un oreiller.

<<Randall P. McMurphy développe un comportement ambigu pour se faire interner afin d'échapper à la prison après avoir été accusé de viol sur mineure. En attendant qu'on évalue sa santé mentale, il assiste aux « thérapies » de l'infirmière en chef, l'autoritaire et cynique Miss Ratched, dont il cherche rapidement à contester ou bousculer les règles. Le tempérament furieux et jovial de McMurphy entraîne bien vite les autres internés à prendre conscience de la liberté qu'on leur refuse. Bientôt il comprend qu'en entrant volontairement dans l'établissement il a peut-être lui-même perdu cette liberté pour toujours. Il semble se lier d'amitié avec certains des internés, surtout avec le « Chef », un colosse amérindien que tout le monde croit sourd et muet, qui apparaît doux et pacifique malgré son apparence physique. McMurphy, lui, donne l'image d'un homme impulsif, pouvant devenir parfois violent. Il entraîne les autres pensionnaires à la rébellion et les amène à la désobéissance. Malgré quelques crises de violence et surtout de nerfs de la part des internés et l'intransigeance de l'infirmière, tout se passe à peu près bien avant de progressivement dégénérer : McMurphy parvient ainsi à organiser une sortie rocambolesque en bus dans les environs afin d'aller pêcher à bord d'un bateau. En soudoyant le gardien, il réussit ensuite à faire entrer deux amies dans l'établissement. Une fête s'ensuit au cours de laquelle l'alcool coule à flots. Au matin, Miss Ratched retrouve l'un des internés, le jeune Billy, dans un lit avec l'une des jeunes femmes. Miss Ratched parvient à faire culpabiliser Billy à un tel point que ce dernier se suicide au moment même où McMurphy est sur le point de s'enfuir. Face au drame, ce dernier se ravise pour venger Billy, tentant d'étrangler Ratched, qu'il tient responsable de la mort du jeune homme.
La direction durcit sa réaction face aux perturbations et fait lobotomiser McMurphy. Le « Chef » le retrouve ainsi hagard et sans réaction ; ne voyant plus de solution, il l'étouffe afin de lui éviter de vivre dans cet état pour le reste de sa vie. Puis, dans une scène finale et métaphorique de « libération », il arrache une énorme fontaine à eau et la lance sur une baie vitrée simplement grillagée, exécutant le plan que McMurphy avait proposé pour sortir au début du film, sans avoir eu assez de force pour le mettre en œuvre. « Chef » s'enfuit alors dans les montagnes environnantes.
>> WIKIPEDIA

https://www.youtube.com/watch?v=negTy42hInQ
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 10 Jan - 14:25


Je suis revenu aujourd'hui au cinéma français avec un film qui fut réalisé par Philippe Fourastié et sorti en salle en 1968...eh oui, 1968, une autre période de grande turbulence...un cinéma à la bonne franquette que je qualifierais de fumeux ou de truculent: il s'agit de La Bande à Bonnot qui réunit une pléiade de merveilleux acteurs que les cinéphiles, amateurs de cinéma français, connaissent bien: Bruno Cremer, Jacques Brel, Annie Girardot, Jean-Pierre Kalfon, François Dyrek, Dominique Maurin, Michel Vitold, Nella Bieski, Armand Mestral et Pascal Aubier, avec aussi la participation de Fred Personne et de Marc Dudicourt. Bruno Cremer est parfaitement à l'aise dans le rôle de Jules Bonnot, mais bien plus mal à l'aise en chef d'une bande d'anarchistes aux réactions souvent imprévisibles. Michel Vitold joue le rôle de Victor Kilbatchiche, un révolutionnaire libertaire et écrivain francophone, né en Belgique de parents russes émigrés politiques. Il défend la belle parole et la non-violence, au point qu'il finira par lasser Raymond Callemin, plus connu sous le nom de Raymond La Science, avide d'action et las des belles théories, incarné par un Jacques Brel tout en truculence, avec le verbe haut et la rhétorique colorée. La présence d'Annie Girardot est fort sympathique, néanmoins nous lui découvrirons des rôles qui mettront mieux en valeur ses talents d'actrice. La musique est cosignée par François Rauber & Jacques Brel. Il y en a en fait très peu dans le film, si ce n'est quelques thèmes de circonstance entendus dans une maison close ou un restaurant. C'est au générique-fin qu'elle prend un peu d'ampleur dramatique.

<<Dans les années 1910, sous l'influence de Jules Bonnot, quatre anarchistes convaincus, Raymond la Science, Garnier, Carouy et Soudy, choisissent la voie de la violence pour attaquer la société bourgeoise et faire triompher leurs idées révolutionnaires. Lancé à leurs trousses, Jouin (Armand Mestral), chef de la Sûreté, les traque sans relâche...>>

https://www.youtube.com/watch?v=vcRUTIFJXeE
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Anouchka

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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 10 Jan - 21:36

Je ne me manifeste pas toujours, mais je te lis quand j'en ai le temps !

Tous les films que tu as vus depuis fin décembre, je les connais, et merci beaucoup pour tes analyses. Je suis particulièrement d'accord avec ton compte-rendu et résumé du film "Danton", qui m'a beaucoup marqué, que j'ai adoré, mais qui fait compètement froid dans le dos. Danton était un personnage je pense très ambigu, bien plus que ce que ne montre le film à mon avis. Très grand rôle "taillé presque sur mesure", pour Gérard Depardieu..
De toute façon, comme tu le dis, sur fond de "Terreur", tout le monde trahissait tout le monde...

A propos de Terreur, j'ai revu cet automne la série de 1963 en quatre épisodes : "le Chevalier de Maison-Rouge" avec Jean Desailly (sensationnel), Michel Leroyer, Dominique Paturel et Anne Doat (j'ai oublié quelle grande actrice incarnait la reine Marie-Antoinette, peut-être Annie Decaux). Tentative d'évasion pour la reine, qui tourna au fiasco dramatique. La fin avec les deux amoureux qui montent sur l'échafaud est horrible ! (et Maison-rouge se suicide évidemment).
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Ven 11 Jan - 13:49


Je continue mon périple cinématographique. Il n'y a d'ailleurs aucune raison que je m'arrête. Cette fois, avec un film franco-italo-allemand de Francis Girod qui a obtenu un très beau succès à l'étranger, notamment en Allemagne, auréolé d'un parfum de scandale: Le Trio infernal (1974) qui réunit à l'affiche Romy Schneider, Michel Piccoli, Mascha Gonska, Philippe Brizard, Jean Rigaux, Andréa Ferréol, Maurice Fiorentini, Hubert Deschamps, Papinou et Monique Tarbès. Il s'agit peut-être du meilleur film de Francis Girod. Il est basé sur l'affaire Sarrejani: Georges-Alexandre Sarrejani dit Sarret (interprété par Michel Piccoli), né le 23 septembre 1878 à Trieste et mort le 10 avril 1934 à Aix-en-Provence, un avocat d'affaires derrière lequel se cache un escroc et un assassin. Il est le dernier guillotiné à Aix-en-Provence. Le film est réalisé sous la forme d'une satire morbide, truffée d'humour noir, merveilleusement mise en scène et avec des comédiens qui se donnent à fond, s'autorisent toutes les fantaisies, même les plus audacieuses. Michel Piccoli et Romy Schneider ont la réputation d'avoir toujours reculé l'auto-censure au plus loin qu'ils le pouvaient, l'actrice souhaitant s'écarter des rôles un peu trop glamour dans lesquels, par facilité, elle aurait pu se cantonner. Ce qui m'a conduit vers ce film d'un genre corrosif - c'est le cas de le dire lorsque l'on a en mémoire la scène du double meurtre et la dissolution des corps dans l'acide sulfurique - est la géniale composition musicale d'Ennio Morricone, notamment ce succulent "Requiem à l'acide sulfurique" jaillissant lorsque le trio criminel vide les deux baignoires des restes humains et de la mélasse infâme pour les enterrer dans le jardin...Caustique, acide, corrosif...inoubliable!

<<Dans la région de Marseille, Me Sarret, un avocat retors et beau parleur, organise de brillantes escroqueries à l'assurance avec la complicité de deux sœurs allemandes (Schneider & Gonska) devenues ses maîtresses. Le réalisateur s'inspire d'un livre retraçant un fait divers réel pour composer un film à la mise en scène précise, entre humour noir et réalisme glaçant.>>

https://www.youtube.com/watch?v=dLkz13RBnPs

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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Ven 11 Jan - 18:29


Il est rare que je regarde deux films dans une même journée mais, que voulez-vous, j'avais trop envie de revoir L'emmerdeur (1973) d'Edouard Molinaro, avec Lino Ventura et Jacques Brel, sur un scénario de Francis Weber basé sur sa pièce de théâtre Le Contrat. Je n'ai donc pas quitté le cinéma français. J'avais envie de retrouver mes fous-rires d'antan! Participèrent à cette excellente comédie policière la charmante Caroline Cellier, Jean-Pierre Darras, Nino Castelnuovo, Xavier Depraz, François Dyrek et Jean-Louis Tristan. Pour la petite anecdote, j'avais fait la connaissance de Jean-Louis Tristan pendant mes cours de théâtre, il y a environ trente ans de cela. Je me souviens d'un homme sympathique avec une gueule patibulaire, de celle que l'on oublie pas et que l'on est pas surpris de croiser aux côtés d'un Michel Constantin ou d'un Bruno Cremer. Il est certes moins connu, cependant, lorsque je l'avais rencontré pour la première fois, j'ai aussitôt reconnu l'inspecteur de police dans L'Emmerdeur, celui qui se fait assommer et jeter dans un débarras par Lino Ventura. Il me semble que je l'avais également vu dans un autre film mais je ne sais plus lequel. En faisant des recherches sur lui, je viens d'apprendre qu'il mourut le 19 juillet 2008 à Soissons, à l'âge de 86 ans.

<<Ralf Milan (Lino Ventura) est un tueur à gages qui doit exécuter son « contrat » depuis sa chambre d'hôtel donnant sur le palais de justice de Montpellier. Son voisin, François Pignon (Jacques Brel), représentant en chemises, délaissé par son épouse qui l’a quitté pour le docteur Fuchs (Jean-Pierre Darras), un psychiatre réputé, tente de se suicider en se pendant à la tuyauterie de la salle de bains et provoque une inondation. Milan persuade le garçon d'étage de ne pas appeler la police, promettant de veiller lui-même sur le dépressif pour éviter une récidive. Il se trouve alors englué irrémédiablement dans les problèmes de Pignon au détriment de sa mission.>>

Il en découle des situations rocambolesques dont certaines sont vraiment irrésistibles. J'ai donc bien ri..."Monsieur Milan...Monsieur Milan...Monsieur Milan, ne vous fâchez pas!"...La confrontation de deux personnages aussi différents que Brel et Ventura vaut son pesant d'or. Heureusement qu'il y a le cinéma et la musique pour m'extraire de tout ce qui m'attriste et me met en colère! La musique est signée François Rauber & Jacques Brel. Elle s'articule autour de deux thèmes très bien trouvés. Le premier fait très "polar" et accompagne bien sûr les pas sûrs du tueur à gages incarné par Lino Ventura, le second est une ritournelle mélancolique et très franchouillarde interprétée à l'accordéon par Marcel Azzola. Elle colle à la perfection au personnage de mari cocu et éconduit, en pleine dépression, interprété par le chanteur de "Vesoul".

https://www.youtube.com/watch?v=bA9QouvJF9Q
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Sam 12 Jan - 14:11

En ce beau samedi non ensoleillé, je suis resté dans le cinéma français avec un film que j'avais vu lorsque j'étais encore un jeune homme en passe de devenir adulte et qui m'avait bouleversé. Il faut dire que l'histoire n'est pas très gaie, si ce n'est qu'en plus elle puise son inspiration dans un fait réel des plus tragiques. Le film s'intitule Sept morts sur ordonnances (1975) et a été réalisé par Jacques Rouffio. Une brochette d'acteurs et d'actrices donnent vie à ce drame; Michel Piccoli dans le rôle du docteur chirurgien Losseray, Marina Vlady dans le rôle de son épouse, Gérard Depardieu dans le rôle du docteur chirurgien Jean-Pierre Berg, Jane Birkin dans celui de sa femme, Charles Vanel, Michel Auclair, Antonio Ferrandis, Etienne Draber, Coline Serreau, Monique Mélinand et Valérie Mairesse. Trois générations d'acteurs traversent ce film solidement construit et développé; Vanel (Le Salaire de la peur), Piccoli (Le Trio Infernal) et Depardieu (Le retour de Martin-Guerre). La musique est signée Philippe Sarde.

<<Dans une ville de province (Clermont-Ferrand), à dix ans de distance, deux chirurgiens vont connaître le même destin : ils seront tous deux victimes de manœuvres, rumeurs, pressions et réprobations les poussant en fin de compte au suicide...Les deux médecins sont pourtant aussi différents qu'il est possible de l'être, hormis par leur professionnalisme et leur refus des compromis. C'est ce qui gêne le professeur Brézé, incarné par Charles Vanel, et son clan (trois fils et un gendre, tous médecins) pour les pertes de clients que subit la clinique qu'il dirige. Un psychiatre en bonnes relations avec tout le monde (Mathy, joué par Michel Auclair) est le seul à connaître tous les éléments de l'affaire, mais ceux-ci ne se dévoilent que peu à peu après plusieurs fausses pistes.>>

Le fait divers duquel s'inspire ce film:

<<Sept morts sur ordonnance s'inspire d'un tragique fait divers: le suicide à Reims le 18 septembre 1969 d'un chirurgien présentant des similitudes avec le suicide d'un autre de ses confrères survenu dans la même ville, le 23 mars 1952. Dans le cadre d'une histoire de cercle de jeux, ces deux chirurgiens rémois réputés qui ont en commun leur probité, sont victimes d’une campagne de calomnies et de chantage du puissant mandarin local dont ils écornaient la clientèle et le prestige. Ces pressions les poussent à abattre leur famille (le premier sa femme, le second sa femme et ses trois enfants) à coups de carabine puis à se suicider avec la même arme. Le personnage du Dr. Brézé ferait référence à Joseph Bouvier, éminent médecin et maire de Reims durant l'occupation allemande. Partant de cette histoire vraie, le scénariste Georges Conchon s'est lancé dans un véritable travail d'enquête. Il s'est rendu à Reims, dans la ville même où avait eu lieu ce double suicide, et a fréquenté un bar où avaient coutume de se rencontrer les notables locaux, ceci afin de glaner un maximum d'informations qui pouvaient lui être utiles pour l'écriture du scénario.>> Wikipédia.

https://www.youtube.com/watch?v=hI_lZZBRHZY


Dernière édition par Icare le Sam 12 Jan - 20:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Sam 12 Jan - 14:18

Je ne me souviens que de l'argument de ce superbe film, parfaitement glaçant, qui m'avait impressionné lors de sa sortie, de la grande qualité de la mise en scène, et de la performance exceptionnelle des comédiens.

Il faudra que je le revoie à la première occasion, même si, je le sais, il ne contribuera que médiocrement à me remonter le moral... Crying or Very sad
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 17 Jan - 13:48

Me voilà revenu au cinéma italien, au cinéma italien que j'aime avec La Classe ouvrière va au Paradis (1971) d'Elio Petri que j'avais déjà évoqué sur ce fil avec un autre film-culte du cinéma italien: Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Ce fut donc une occasion de retrouver un de mes acteurs préférés, mon préféré de cette partie du monde qui a la forme d'une botte; Gian Maria Volonté. C'est la troisième collaboration du réalisateur avec Gian Maria Volonté, après À chacun son dû et Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon. Ils collaboreront une dernière fois sur Todo modo. Gian Maria Volonté est un acteur engagé qui réalise des films en 16mm sur les usines occupées en Italie en 1971 et ne veut tourner que des œuvres engagées. Les connaisseurs citeront Le Vent d'est de Jean-Luc Godard, Les Hommes contre de Francesco Rosi que j'ai regardé récemment ou encore Giordano Bruno de Giuliano Montaldo. La Classe ouvrière va au Paradis décrocha la Palme d'or au Festival de Cannes de 1972 qui fut présidé par le grand Joseph Losey. Ce film s'inscrit dans le cycle de portraits de la société italienne qu'Elio Petri a entrepris. Il y relate la condition ouvrière avec une verve et une énergie toute personnelles, tout comme il avait relaté la police dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et tout comme il fera pour le rôle de l'argent dans La Propriété, c'est plus le vol et enfin sur la démocratie chrétienne dans Todo modo. Aux côtés de Volonté, on trouve la regrettée Mariangela Milato, puis Gino Pernice, Salvo Randone, Luigi Diberti et Renata Zamengo.

Synopsis

Lulù Massa, véritable stakhanoviste qui se donne à fond au rendement de son entreprise selon la logique de la prime aux pièces, est un ouvrier modèle: son rendement est montré en exemple à suivre par sa direction. Les autres travailleurs ne voient pas vraiment d'un très bon oeil ces cadences infernales et il est finalement détesté de ses collègues dont il méprise les revendications sur les conditions de sécurité au travail. Amadoué par les rêves de la société de consommation entre son amie, son fils Arturo, sa voiture et sa télévision, Lulù réalise parfois la vanité de la vie de bon labeur docile qu'il s'impose. Alors qu'il se coupe un doigt accidentellement, les autres ouvriers, par solidarité, décident de se mettre en grève. Un conflit en découle et Lulù, se révoltant contre le patronat dont il avait été si fier d'en avoir été l'élément de rouage le plus dévoué, est limogé avant la victoire des syndicats et sa réintégration au sein de l'entreprise.

Le propos de DINO RISI:

<<Les films d'une seule couleur ne sont pas bons. Dans la vie, il y a toujours des retournements crieux, intervient toujours un aspect grotesque, comique, il y a quelque chose qui rompt la gravité, la sévérité des faits. Alors ceux qui travaillent seulement à gros traits, moi je ne les aime pas beaucoup. Je préfère PETRI, PETRI a de l'esprit, de la férocité et de la joie dans le corps, et aussi l'habileté de faire du spectacle.>>

Si on peut dire de ce film qu'il est truculent, explosif, complexe, grotesque, burlesque et tragique, une sorte de tragi-comédie dont les Italiens semblent avoir été les maîtres incontestés, du moins à cette époque, je ne commettrai pas la faute d'omettre de mentionner la corrosive et entêtante partition d'Ennio Morricone qui semble s'extraire des tripes des ouvriers et de leurs machines infernales aux gestes répétitifs et aliénants. A la toute fin, il y a un homme avec une casquette et des lunettes qui manoeuvre un transpalette ou un chariot: c'est Ennio Morricone lui-même. La première fois que j'ai vu ce film je ne l'ai pas reconnu.

Il y a eu la chair à canon dans Les Hommes contre de Rosi et il y a la chair à pognon dans le film de Petri:

https://www.youtube.com/watch?v=IPeNKErNm3k
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joachim
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 17 Jan - 18:09

Dans ce genre de film sur la classe ouvrière en Italie, il y a un film qui m'avait ému dans mon enfance : le voleur de bicyclette, réalisé par Vittorio de Sica :



https://www.youtube.com/watch?v=GiBQB-FbUaA

La musique est de Alessandro Cicognini  Cicognini, entre autres a aussi composé la musique de la série des Don Camillo.
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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Jeu 17 Jan - 18:21

Un film qui m'a beaucoup touché aussi et que j'aurai prochainement en dvd: je l'aime suffisamment pour en faire l'acquisition. Il y a des films que j'adore et que j'ai toujours envie de revoir, c'est le cas de pratiquement tous ceux que je présente ici et Le voleur de bicyclette en fait partie.
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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Hier à 13:34


Je ne quitte pas le cinéma italien avec certainement un des plus beaux films politiques des années soixante: Main basse sur la ville de Francesco Rosi qui vit le jour en 1963, une année formidable... Laughing...Ce fut une superbe occasion de retrouver Rod Steiger après le fameux Dans la chaleur de la nuit et Salvo Randone qui avait un rôle assez court dans La Classe ouvrière va au Paradis. S'appuyant sur un scénario en béton - une expression qui s'impose en vue des circonstances - un scénario captivant que Rosi a co-écrit avec Raffaele La Capria, le film dénonce avec brio la spéculation immobilière et ses mécanismes. A l'expression rituelle: "Les faits et les personnages sont fictifs", les auteurs ont pris soin d'ajouter: "mais la réalité sociale qui les produit, elle est authentique", nous noterons la volonté d'édifier le spectateur. Bref, l'histoire que raconte avec virulence Francesco Rosi est une pure fiction qui prend ses sources dans une pure réalité. Rod Steiger est tout simplement parfait dans le rôle charismatique de l'entrepreneur Nottola et Salvo Randone l'est tout autant dans le rôle du politique pragmatique De Angeli. Le troisième rôle important est tenu par Guido Alberti, endossant lui aussi le costume d'un homme politique; Maglione. J'en note un quatrième, moins connu du public, surtout français, Carlo Fermariello interprétant un communiste tout en verve; le conseiller De Vita. Main basse sur la ville a obtenu le Lion d'Or au festival du film de Venise en 1963, un prix bien mérité. Le béophile incorrigible que je suis ne peut passer sous silence la partition très dissonante et d'un genre tonitruant si peu osé à l'image du compositeur attitré de Rosi, Piero Piccioni. J'aime beaucoup son emploi tout au long du film, même si le réalisateur n'en abuse pas, notamment au générique-début, lorsqu'une partie de la ville de Naples est filmée du ciel. Une petite précision s'impose: le nom de la ville n'est jamais précisé dans le film de Francesco Rosi.

<<Sous l'impulsion de l'entrepreneur Nottola, la municipalité de Naples transforme des terrains agricoles en terrains constructibles. Les spéculateurs construisent sans précaution et le chantier provoque l'écroulement d'un immeuble vétuste mais habité, ce qui causera la mort de deux personnes et privera de ses jambes un enfant. Le bilan aurait pu bien sûr être plus lourd. Ce drame ayant lieu peu avant les élections municipales, les débats font rage dans la majorité qui cherche à évincer Nottola tandis que l'opposition, menée par le conseiller communiste De Vita, pousse à la création d'une commission d'enquête. Malgré les pressions de toutes parts, cette commission est créée et va tenter d'identifier les responsabilités.

https://www.youtube.com/watch?v=NI2BfPGEzEw




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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Hier à 21:18


Il est rare que je regarde deux films dans une même journée, mais du temps bienvenu s'est offert à moi avec l'envie de revoir Pasolini, un délit italien de Marco Tullio Giordana, sorti en salle en 1995. La particularité est que j'ai déjà vu plusieurs fois ce film mais seulement en langue italienne. Il réunit à l'affiche Carlo De Filippi, Nicoletta Braschi, Tony Bertorelli, Andrea Occhipinti, Giulio Scarpati, Victor Cavallo, Rosa Pianeta et Claudio Amendola, une brochette d'acteurs et d'actrices peu connus en France. Le film évoque l'assassinat d'une rare violence du célèbre cinéaste, écrivain et poète Pier Paolo Pasolini et de l'enquête avec procès qui en suivit. Les conditions dans lesquelles se déroula le procès de Pino Pelosi, accusé d'avoir assassiné Pier Paolo Pasolini dans la nuit du premier au deux novembre 1975, n'ont convaincu ni les amis ni les ennemis du poète, soupçonnant une affaire plus complexe qu'elle n'y paraît. Marco Tullio Ciordana réétudie l'enquête, en analysant non seulement les faits mais l'interprétation juridique qui fut retenue à l'époque. Cette réappropriation de l'enquête donna naissance à un film qui sortit en salle en 1995, et à cet essai qui constitue un élément essentiel à la connaissance de l'auteur de Théorème et de l'Évangile selon saint Matthieu. C'est le livre d'un homme engagé, d'une autre génération que Pasolini - la génération des contestataires de 68 -, qui demande des comptes à la société et à la justice de son pays. On peut dire que diffamations, procès, prise en compte des affabulations les plus extravagantes, avaient composé en quelque sorte autour du poète et cinéaste un «permis de tuer». Une fois le lynchage accompli, une instruction bâclée, la reprise en main du procès par les cours d'appel et de cassation, après un jugement de première instance qui aurait dû entraîner un supplément d'enquête, ont fermé la porte à toute véritable investigation. Justice n'a pas été faite, c'est ce qui ressort amèrement d'une affaire qui aura bouleversé toute l'Italie. Trente ans après ce meurtre. Pino Pelosi, qui a purgé sa peine, revient au-devant de la scène en clamant, pour la première fois, son innocence et en reconnaissant avoir menti durant le procès. Le film de Marco Tullio Giordana s'arrête avant la rétractation du principal suspect et laisse évidemment planer un mystère insupportable. Le réalisateur n'hésite pas à utiliser des images d'archives afin d'apporter un aspect documentaire à son film. Pasolini ne laissait personne indifférent et je fus de ceux qui lui voua une certaine admiration. Il était normal de faire appel à Ennio Morricone pour en composer la bande originale. Il en résulta un magnifique requiem ou du moins une partition sombre et mélancolique qui aboutit à un requiem. Après tout, les deux hommes se connaissaient bien. Pier Paolo Pasolini avait fait plusieurs fois appel à Ennio Morricone même si, au départ, c'était plutôt mal engagé. De leurs collaborations, je retiens surtout Théorème et Oiseaux petits et grands, une belle fable poétique, dans mon souvenir...

Hypothèses récurrentes autour de son assassinat:

<<L'une des hypothèses touchant la mort de Pasolini lie la mise en cause par le réalisateur de la Démocratie chrétienne, des groupes pétroliers, de la CIA et de la Mafia dans la mort d'Enrico Mattei (responsable de l'ENI — Ente Nazionale Idrocarburi — groupe nationalisé du pétrole italien) le 27 octobre 1962 et dont la mort aurait pu être commanditée par son successeur Eugenio Cefis, dans le contexte de la stratégie de la tension, qui aurait pu favoriser, entre les affrontements extrême gauche/extrême droite, l'avènement d'une dictature (ce que Pasolini aurait raconté dans le chapitre « Lumières sur l'ENI » du roman Pétrole, qui, soit n'a jamais été écrit, soit n'a jamais été retrouvé). Il se trouve qu'un autre journaliste enquêtant sur cette affaire a été victime d'une mort violente. Le 14 novembre 1974 déjà, dans "Le roman des massacres", une tribune du "Corriere della Sera", Pasolini affirmait connaître les noms des "personnes importantes qui avec l'aide de la CIA, des colonels grecs et de la Mafia" auraient planifié et mis en œuvre la « stratégie de la tension » et les vagues de terrorisme ayant secoué l'Italie, attribuées successivement à l'extrême gauche, puis à l'extrême droite, notamment les attentats de la gare de Bologne et de Brescia en 1974.>>

Giuseppe (dit Pino la grenouille) Pelosi est mort du cancer du poumon le 20 juillet 2017 à Rome. Le seul véritable assassin de Pier Paolo Pasolini ou le dindon de la farce?

https://www.youtube.com/watch?v=4RSeIrBNvV8


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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Hier à 21:22


Ennio Morricone (featuring monologue by Pier Paolo Pasolini) - La Mia Sola Peurile Voce

https://www.youtube.com/watch?v=J9hYUG3tEYk
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Anouchka

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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Hier à 22:54

Merci Icare pour tous ces témoignages. J'ai vu une partie des films que tu cites, que j'ai beaucoup aimés à l'époque (ou en rediff). C'était la grande période du cinéma italien. Pourquoi ne font-ils plus rien de "transcendant" depuis bien longtemps ?

Je n'aime pas tout Pasolini, ni Fellini, il faut dire que certains films sont" trash pour moi", et que j'ai eu du mal à les supporter en visuel et psychologiquement... Est-ce ton amour pour la musique de Morricone qui t'a aussi incité à refaire ce parcours à travers le cinéma italien ?
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Icare
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   Hier à 23:26

Anouchka a écrit:
Est-ce ton amour pour la musique de Morricone qui t'a aussi incité à refaire ce parcours à travers le cinéma italien ?

Mon amour pour la musique d'Ennio Morricone m'a effectivement ouvert des portes sur le cinéma italien, tout comme mon amour pour le cinéma en général m'a certainement ouvert des portes sur la musique. Il s'agit bien d'une affaire de vases communicants et c'est effectivement Morricone qui me conduisit à Pasolini alors que ça aurait pu être l'inverse même si dans mon cas c'était moins évident.
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MessageSujet: Re: Les films d'Icare   

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Les films d'Icare
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