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 Le monde inouï des percussions!

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Icare
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MessageSujet: Lampson   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyMar 11 Aoû - 15:42

J'ai réécouté comme je l'avais prévu l'oeuvre d'un compositeur allemand méconnu du nom d'Elmar Lampson, ce qui m'arrive souvent. En général, lorsque vous abordez comme sujet la musique contemporaine, les noms qui remontent aussitôt à la surface sont encore Xenakis, Boulez, Berio, Nono, Stockhausen, Cage, Henry, Nono et c'est bien par eux que j'ai tenté l'aventure, comme d'autres auront tenté l'aventure classique par des Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, c'est-à-dire les noms les plus connus, ce qui est logique. En dehors de Berio et un peu de "Boulez" (la Sonatine pour flûte et piano), mon entrée dans le monde de la dissonance n'avait pas été très concluante, loin de là. Les déconvenues successives n'avaient néanmoins pas suffi pour m'en détourner et alors j'ai poursuivi l'aventure avec des compositeurs beaucoup moins médiatisés, moins présentés comme L'élite, et l'exploration fut très vite plus fructueuse. Je ne me suis jamais arrêté à la non-notoriété d'un compositeur, un point qui n'a jamais freiné ma curiosité. D'autre part, si j'ai eu l'intuition de persister dans le genre contemporain, c'est grâce à certains compositeurs de musiques de films qui avaient un pied dans chaque domaine et m'ont familiarisé aux différentes esthétiques et expérimentations sonores qui s'y développaient. Lampson ne fait pas partie de ces compositeurs-là, ni des "médiatisés" cités plus haut, or le fait qu'il m'apparut comme bien d'autres un parfait inconnu, ne m'a pas découragé.

L'oeuvre de Lampson que j'ai réécoutée cet après-midi est Musique pour piano, cordes et percussions qui répond à une commande de trois chefs d'entreprise de Flensburg, Uwe Ketels, Thomas Liebelt et Reimer Offenborn. Sa formation instrumentale fait penser à Bela Bartok mais je ne tenterai aucune comparaison entre les deux, la démarche n'étant pas la même de toute façon. La création eut lieu le 16 mars 1996 au festival "Vision Schleswig-Holstein", dans un endroit inhabituel: la balle de montage des camions de la firme Claus & Cie, métamorphosée pour l'occasion en salle de concert. Ulrike Bauer-Wirth (piano), Michael Kiedaisch et Markus Hauke (percussions) en furent les solistes, accompagnés de l'"Orchester-Akademie Hamburg". La musique se compose d'un seul mouvement divisé en trois sections de longueur à peu près équivalente. Durant la première partie, Elmar Lampson semble s'amuser des silences et du mystère. J'ai d'abord l'impression d'une musique totalement invertébrée ou disloquée qui se cherche: un peu de piano, surtout des percussions, aucune présence des cordes. La musique finira par se "revertébrer" autour d'un piano qui gagne un peu en consistance. Je suis toujours dans la première section.

Afin d'imager ma pensée, je dirais que le piano d'Ulrike Bauer-Wirth descend mécaniquement les marches d'un escalier, accompagné par les acquiescements de ce que je crois être un xylophone. En effet, les percussions ne semblent pas s'opposer à cette descente mécanique du piano: elles l'accompagnent dans une grande économie de moyens. Après que la musique se perde un peu...sorte de vague à l'âme musical...?..., le piano amorce une nouvelle descente, plus affirmée que la précédente, mais seul pendant un temps déterminé. Il semble s'engouffrer dans la pénombre: la musique devient sombre, les percussions reviennent sur l'avant de la scène et lorsque les cordes interviennent, l'oeuvre touche alors son point culminant. Le meilleur est là, dans toute cette partie où les cordes, le piano et les percussions sont présentes. Après, la musique se désintègre, se dilue dans un ultime vague à l'âme...De cette oeuvre, je retiens surtout le rôle du piano, le jeu efficace mais très dosé des cordes et enfin les percussions qui, le plus souvent, marquent leur présence sans réellement s'imposer ni dominer l'ensemble: une présence relativement subtile pour une oeuvre relativement captivante. En réalité, j'ai l'impression que c'est toujours le piano qui domine, peu importe l'évolution de l'oeuvre, même si à un moment donné, j'ai pu penser que les percussions allaient prendre le dessus. Le jeu des cordes est ce qui finalement me touche le plus, une sorte de présence statique et magnétique à la fois.
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Icare
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MessageSujet: Liebermann/Jarrel/Uzor   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyMer 12 Aoû - 19:17

<<Au Moyen-Age, à Bâle, on entendait de la musique pour tambour et pipeau lors de diverses occasions festives, dont la célèbre Fasnacht. Celle-ci démarre à quatre heures du matin après le premier dimanche de Carême: au son des tambours et des pipeaux, différents groupes traversent les rues de la ville avec des lanternes. La façon de jouer des instrumentistes de Bâle inspira de nombreux compositeurs, dont Frank Martin et Arthur Honegger: c'est pourtant Rolf Liebermann qui donna pour la première fois un rôle soliste à cet instrument dans une oeuvre symphonique, le "Concerto de festival Geigy. Il s'agissait d'une commande de l'entreprise pharmaceutique de Bâle J.R. Geigy AG pour fêter le bicentenaire de leur établissement: la création eut lieu le 6 juin 1958 à Bâle. Les quatre mouvements de l'ouvrage dépeignent les événements de la Fasnacht et pour se faire, Liebermann utilise différentes mélodies bâloises.  >> Eva Pintér.

J'ai réécouté trois oeuvres de trois compositeurs suisses dans lesquelles les percussions jouent évidemment un rôle. Il y eut tout d'abord un plaisant concerto pour tambour, pipeau et orchestre de Rolf Liebermann qui porte le titre de Geigy Festival Concerto. L'oeuvre contient par ailleurs plusieurs citations d'airs bâlois connus. J'ai donc commencé par l'oeuvre la plus "souple" et même la plus joyeuse. Je les ai bien aimés ce petit tambour et ce petit pipeau qui ont égayé les rues de mon imagination avec notamment un air célèbre qui se ballade encore dans un coin de mon crâne, tel un petit oisillon espiègle. Bref, un joli concerto aux relents de musique ancienne avant les tumultes qui vont suivre.

La rupture qu'impose alors Rhizomes - Assonance VIIb (1991-93) pour deux percussions, deux pianos et électronique de Michael Jarrell est édifiante. Créée le 17 mai 1993, la partition porte en exergue: "Pour fragile que soit l'être, pour infinie et sans but que soit notre interrogation du monde, il existe quelque-chose qui a plus de sens que le reste - Umberto Eco, Le Pendule de Foucault - Rhizomes est un terme de botanique. C'est l'appellation d'une tige souterraine qui s'allonge en poussant soit des rameaux, soit des feuilles à l'une de ses extrémités, tandis qu'elle se détruit par l'autre. Comme l'étymologie l'indique, il s'agit d'une racine. Michael Jarrell. C'est une oeuvre que je connais depuis environ 1994, c'est-à-dire depuis longtemps mais que je connais finalement très mal pour l'avoir très peu écoutée. Voilà une musique qui joue beaucoup sur les silences, avec des sonorités qui semblent flotter dans un vide sidéral. C'est assez spécial et au fond j'ai beaucoup de mal à flotter avec ces objets sonores. Autant, j'ai toujours su et aimé sortir de mes zones de confort, autant j'ai toujours trouvé un sens et de l'émotion dans la musique d'un Per Norgard, par exemple, autant chez Michael Jarrel, je me situe entre deux eaux un peu tièdes avec le néant entre les deux. La seule oeuvre de ce compositeur qui arrive à susciter un intérêt relatif et durable demeure Congruences (1988-1989) pour flûte Midi, hautbois, ensemble et électronique. Rhizomes m'est un peu plus insaisissable. Je ressens un rapport de force entre les deux pianos et les deux percussions, une montée en intensité puis une nouvelle sensation de vide: la magie n'opère pas vraiment et l'ennui s'installe.

Dans un genre tout aussi contemporain, atonal, je préfère largement l'ambiance chaotique qui se dégage avec force et méthode de Ricercare (1989-91) pour piano solo, cordes, 2 harpes et ensemble de percussions de Charles Uzor. Ce que j'aime en priorité c'est la solitude du piano, son errance au sein d'un monde sonore hostile, inquiétant, anxiogène. Il y a une intensité permanente dans cette oeuvre et c'est assez caractéristique du style de ce compositeur. C'est une approche musicale qui me captive beaucoup plus que celle de Michael Jarrell. J'aime pratiquement toutes les oeuvres que j'ai écoutées de lui. Ricercare a ce quelque-chose d'halluciné et d'hallucinant qui me fascine et m'éblouit, avec ce piano sous les doigts téméraires de Claude Berset qui se fraye rigoureusement un chemin sous le tonnerre des grosses percussions. Une grande tension s'installe, une grande tension dramatique tonitruante comme je les aime.


Dernière édition par Icare le Dim 16 Aoû - 15:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Reich   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 17:19

J'ai réécouté deux oeuvres de Steve Reich, tout d'abord Nagoya Marimbas (1994) qui est une pièce très courte pour deux marimbas d'une durée de 4'29" interprétée par deux virtuoses, Bob Becker & James Preiss. Steve Reich nous explique qu'elle est assez similaire de morceaux qu'il composa durant les années 1960-70 parce qu'on y trouve des motifs qui se répètent sur les deux marimbas, décalés d'un temps ou davantage, ce qui crée une série de canons à deux parties à l'unisson, précisant néanmoins que ces motifs sont plus développés du point de vue mélodique, changeant fréquemment et chacun n'étant en général répété pas plus de trois fois, comme dans ses oeuvres plus récentes. Il s'agirait d'une pièce difficile à jouer mais je ne m'en rends pas compte en l'écoutant. Bien que fluide et plaisante, c'est le genre de musique que j'oublie vite. Elle m'intéresse moins que Isternia de Per Norgard. L'oeuvre la plus intéressante à mon oreille demeure la suivante, City Life/Vie Citadine pour deux flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux pianos, deux claviers à échantillons, trois ou quatre instruments à percussion, un quatuor à cordes et une contrebasse.

City of Life/Vie citadine

<<L'idée qu'on puisse utiliser n'importe quel son dans un morceau de musique a été dans l'air durant la plupart du vingtième siècle. de l'utilisation des klaxons de taxi dans "An American in Paris" de Gershwin, jusqu'aux sirènes de Varèse, à l'hélice d'avion d'Antheil, à la radio de Cage et à l'emploi de tout cela et davantage encore dans le rock and roll depuis au moins les années 70, et plus récemment dans la musique rap, le désir d'inclure dans la musique des bruits de tous les jours n'a fait que s'accroître. Le clavier à échantillons de sons en fait maintenant une réalité pratique. Dans "City Life" non seulement des échantillons de paroles, mais aussi des klaxons d'auto, des claquements de porte, de freins pneumatiques, de sonneries de métro, de machines à enfoncer des pieux, d'anti-vol d'automobile, de battements de coeur, d'avertisseurs de bateau, de bouées sonores et de sirènes de pompier et de police font partie de la structure du morceau. Par opposition à mes oeuvres plus anciennes, "Different Trains" (1988) et "The Cave" (1993), les sons préenregistrés sont joués ici en direct durant le concert sur deux claviers à échantillons. aucune bande n'est utilisée. Ceci redonne la petite flexibilité de rythme habituelle qui caractérise les concerts en direct. Cela élargit également l'idée de piano préparé puisque les claviers à échantillons sont "chargés" de sons, dont un grand nombre enregistrés par moi-même à New York. Ces divers sons non-musicaux inspirent certains couplages instrumentaux, comme les boix pour les klaxons d'automobile, les grosses caisses pour les claquements de porte, les cymbales pour les freins pneumatiques, les clarinettes pour les avertisseurs de bateau et plusieurs doublements d'instruments différents pour les mélodies imitant la parole.>> Steve Reich.

On range souvent Steve Reich aux côtés d'autres répétitifs américains comme Phil Glass et Terry Riley. A vrai dire, Steve Reich m'a toujours plus intéressé que Phil Glass sans doute parce que je trouve dans sa musique une certaine folie. City Life est une oeuvre essentiellement rythmique et profondément répétitive, à un point où chaque élément, chaque instrument, chaque son, concret ou non, devient à mon oreille quelque-chose d'exclusivement "percussif", comme autant de flux sonores qui réapparaissent à l'infini au sein d'une danse urbaine qui tourne sur elle-même, jusqu'aux battements de coeur sur le troisième mouvement qui crée une forme de suspens, une angoisse, un zeste de thriller.


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Icare
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 17:22


Un interlude:

https://www.youtube.com/watch?v=TsdyeVOmWug
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 18:20

Cet interlude j'ai bien aimé. Dommage que la prise de son soit un peu "lointaine" mais c'est sympa comme morceau Mains
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 18:30


La prise de son est un peu lointaine effectivement et malheureusement.
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joachim
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 18:38

Oui, c'est pas mal, bien qu'on ait un peu de mal à reconnaître la partie de clavecin (mais il est vrai que je ne la connaît pas par cœur).


Un peu dans le même genre : extrait de la sonate pour 2 pianos K 448 de Mozart, dans une interprétation pour marimba et piano



https://www.youtube.com/watch?v=s2uE3IRemso


Sur ce lien, on entand mieux le marimba

https://www.youtube.com/watch?v=n7rpyt86VoM
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyJeu 13 Aoû - 18:51

Sympa. Wink

Westerkerk Carillon:

Le carillon est un instrument à tour qui existe à partir d'une gamme de cloches en bronze accordées. Il est joué par un clavier avec des stocks et des pédales en bois. Dans les villes médiévales, à côté des horloges mécaniques, des cloches dans les tours étaient également suspendues pour indiquer l'heure. Depuis 1500, ces cloches sont jouées par le clavier traditionnel avec des stocks en bois. La culture de la carillon a atteint son plein épanouissement au 17e siècle lorsque les fondateurs d'Amsterdam, François et Pieter Hemony, ont découvert comment accorder correctement les cloches. Amsterdam a encore cinq Hemony-carillons. Chaque quart d'heure est amené automatiquement les instruments aux verrous au moyen d'anciens tambours à jouer. Quatre carillons relèvent de la responsabilité de la municipalité d'Amsterdam.

Toujours Bach...

https://www.youtube.com/watch?v=3VSUuTABb3U
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MessageSujet: Van Hove/Robert   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 9:25

Mon cycle autour de la percussion ne s'effectue pratiquement qu'autour de compositions originales du vingtième siècle, mettant de côté les éventuelles transcriptions d'oeuvres classiques, si ce n'est sous forme d'interludes comme je viens de le faire, au hasard d'une oeuvre piochée sur Youtube. Mon but fut de m'imprégner le mieux possible de la percussion contemporaine. D'ailleurs, c'est l'objectif principal de mes cycles: me plonger pendant un temps déterminé dans l'univers d'un compositeur ou autour d'un instrument, par exemple le piano. Sauf que lorsque je réalise un cycle autour du piano, je me penche sur toutes les périodes musicales, pouvant aller du Baroque au Contemporain, je mélange volontiers les styles et les époques. Avec la percussion, j'ai volontairement organisé un cycle très contemporain, allant jusqu'à privilégier les "modernistes" ou "avant-gardistes" qui, souvent, affectionnent les instruments à percussion. Pour le coup, je me suis complètement immergé dans cette musique, au point que si, en ce moment, j'écoute une oeuvre de forme classique, de Mozart, Brahms, Schubert ou d'un autre, même parmi mes préférées, elle glissera sur moi comme une goutte d'eau sur un ciré: j'en ai d'ailleurs fait l'expérience et c'est exactement ce qui s'est passé. En revanche, lorsque ce cycle sera terminé, j'aurai très certainement envie de revenir à des formes plus classiques et pourquoi pas plus mélodieuses. Il est vrai que grâce à ce cycle "Le monde inouï des percussions!", j'ai appréhendé et apprécié des oeuvres peu évidentes et parfois austères que j'écoute finalement rarement, si ce n'est à l'occasion d'un tel cycle.

Aujourd'hui, j'ai réécouté deux oeuvres de deux compositeurs belges peu connus en France - peut-être le sont-ils davantage dans le milieu des mélomanes en Belgique -; Carnaval op het strand (Carnaval on the beach) (1985) de Luc Van Hove par "The Flemish Radio Orchestra" sous la direction d'Etienne Siebens, et Domino pour piano (préparé) et deux percussionnistes de Jean-Louis Robert par Pierre Bartholomée et Georges-Elie Octors & Philippe Herr. Il se pourrait même que je ne les ai jamais autant appréciées que cette fois-ci, surtout Domino de Robert qui semble privilégier l'aléatoire, l'improvisation. C'est probablement le contexte/conditionnement (sonore) que j'ai moi-même provoqué qui a favorisé cette adhésion. Domino fut composé au début de 1978 et créé à Namur en mars 1979 par les deux mêmes percussionnistes, mais cette fois avec le compositeur au piano. 1979 est aussi la terrible année qui stoppa brutalement la vie et la carrière de Jean-Louis Robert dans un accident de voiture, deux mois à peine après la première création publique de l'oeuvre, il n'avait que 31 ans. Domino est une pièce aléatoire écrite pour percussions ou ensemble de percussions et piano ou ensemble de claviers. La version que je possède et ai réécoutée aujourd'hui est pour piano préparé et deux percussionnistes. J'estime par ailleurs que lorsque un piano est préparé, il ne s'agit plus d'un piano classique mais d'un piano-percussion.

<<L'oeuvre comporte sept parties composées d'un certain nombre de séquences; chacune de ces séquences s'éteint dans des résonances de crotales et chaque partie s'éteint elle-même dans des résonances de cloche-tube. L'ordre d'exécution des parties est laissée au choix des interprètes, et ceux-ci peuvent décider d'une sélection parmi ses parties. L'improvisation est donc un élément important de cette partition, et, pour cette raison, la partie de percussion est écrite à l'aide de symboles que le musicien doit interpréter. La partition lui propose des attitudes de réflexion, des débuts de dialogue ou de destruction de celui-ci. L'atmosphère de cette partition est très peu directive et comprend de grandes surfaces planantes.>> Jean-Louis Robert.

J'ai été familiarisé aux "vertus" de l'improvisation - en tant que mélomane et non en tant que musicien - par deux domaines bien spécifiques; Une certaine musique de film et le jazz selon la collaboration Dizzy Gillespie/Lalo Schifrin dans un premier temps. La musique de film qui m'a familiarisé avec l'improvisation et l'expérimental fut celle qu'Ennio Morricone élabora avec le groupe d'improvisation "Nuova Consonanza" sur certains giallos ou gialli (thrillers italiens), notamment les premiers films de Dario Argento mais pas seulement. Certains titres auraient d'ailleurs pu faire partie de ce cycle car les percussions y jouent justement un rôle important. Plus récemment, j'ai apprécié dans un autre genre les improvisations pour piano de Bruno Fontaine.

En 1985, le compositeur belge Luc Van Hove a été chargé d'écrire une composition pour orchestre symphonique dans le cadre d'une rétrospective dédiée au peintre d'Ostende James Esnor. Alors qu'il cerchait une source d'inspiration pour ce qui allait devenir sa première composition pour grand orchestre, il a été enchanté par la petite peinture impressionniste d'Esnor, "Carnaval sur la plage". La qualité statique de la peinture, les coups de pinceaux hâtifs, le jeu des couleurs, la forte densité et le contraste entre l'abstrait et le figuratif, autant d'éléments objectifs qui ont fortement inspiré le compositeur et nourri son oeuvre Carnaval op het strand. Si je l'ai retenue c'est parce que j'ai toujours apprécié le jeu des percussions dans l'orchestre et ce délicat xylophone conclusif qui égrène ses ultimes étoiles sonores, aussi brillantes que des paillettes.
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laudec

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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 12:26

Que de bons moments passés à écouter les marimbas, le carillon, ce sont des instruments qui me parlent directement, comme si mon cœur était une clochette qui résonne à chaque vibration envoyée... et lorsque ces vibrations proviennent de la musique de J.S. Bach, quelle jubilation Le monde inouï des percussions! - Page 3 185465 et Mozart Le monde inouï des percussions! - Page 3 333455
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Icare
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MessageSujet: Xenakis/Del Puerto   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 16:29

Joachim avait écrit (sur le topic Varese): Quant à des œuvres pour percussions tu vas en trouver en pagaille chez Xenakis, il est encore pire que Varese.

J'avais écrit sur un autre fil: J'ai l'idée de replonger dans l'oeuvre de Xenakis afin de voir si cette musique trouve enfin grâce à mes oreilles, ce qui n'est pas gagné. Je vais réécouter les oeuvres que je possède déjà et en tenter de nouvelles. Je verrai bien si mon ressenti a évolué depuis la dernière fois où je me suis penché sur le monsieur, si un déclic s'opère ou non. Que voulez-vous, je suis l'objet de mes propres expériences! Je vous tiens au courant même si je ne suis pas certain d'intéresser grand-monde sur ce coup-là...

Je viens d'écrire sur ce même topic: Avec la percussion, j'ai volontairement organisé un cycle très contemporain, allant jusqu'à privilégier les "modernistes" ou "avant-gardistes" qui, souvent, affectionnent les instruments à percussion. Pour le coup, je me suis complètement immergé dans cette musique (...)

Suite à la remarque objective de Joachim qui en fin de compte s'avère être un fin connaisseur du compositeur-architecte et profitant du contexte sonore dans lequel je me suis plongé ces derniers temps, je me suis dit que le moment était propice pour redécouvrir quelques oeuvres de Iannis Xenakis que j'avais boudées ou plutôt négligées jusque là. Je ne possède que six de ses oeuvres et ai probablement écouté quelques autres sur la toile sans avoir forcément retenu les titres. J'avais découvert Xenakis dans les années 1990 grâce à trois oeuvres réunies sur un même cd, Metastasis/Pithoprakta par l'Orchestre National de l'O.R.T.F. sous la direction de Maurice Leroux et Eonta par l'Ensemble Instrumental de Musique Contemporaine de Paris sous la direction de Konstantin Simonovic. Je me souviens qu'à l'époque j'avais été brutalement refroidi et que les quelques tentatives qui ont suivi non pas été heureuses non plus au point de mettre de côté ce musicien. (Ce ne sont pas celles-là que j'ai décidé de réécouter aujourd'hui.) Je me suis retrouvé plus tard avec trois autres compositions de Xenakis simplement parce qu'elles étaient couplées avec des oeuvres de compositeurs qui m'intéressaient davantage; Horos (1986) par l'Orchestre National d'Athènes sous la direction de Lukas Karytinos, Thallein (1984) et O-Mega (1997) par le "Xenakis Ensemble" sous la direction de Diego Masson. Ce sont ces deux derniers titres que j'ai réécouté aujourd'hui et ce fut une bonne idée  car les percussions y sont très bien mises en valeur avec l'excellent percussionniste Johan Faber. Effectivement, le contexte musical dans lequel j'évolue ces derniers jours a certainement favorisé mon entrée dans l'univers tumultueux et chahuté de Xenakis: j'ai bien aimé, j'étais vraiment dedans, des oeuvres certes très "modernes" au sens où on l'entend habituellement ici mais beaucoup moins rudes et arides que dans l'idée que j'en avais.  En même temps, ce fut presque des découvertes car je sais que je les avais complètement négligées. Lorsque je ressortais ce disque c'était surtout pour réécouter le concerto pour clavecin de Willem Breuker et celui pour marimba de David del Puerto. J'aime ce genre d'expérience et c'est amusé que je relis désormais mes anciens commentaires sur le "topic Xenakis". De toute façon, tout ça c'est de la faute de Joachim, c'est lui qui m'en a soufflé l'idée. Hehe

Et puisque j'évoque le Concierto para marimba (1996) du compositeur espagnol David del Puerto, j'ai profité de l'occasion pour l'écouter. Après tout, il entre parfaitement dans le thème de mon cycle. Là aussi, si je relis le commentaire que j'avais écrit sur son fil, je me surprends d'avoir été aussi critique car si le concerto ne me semble pas déborder d'idées géniales, je l'aime plutôt bien: interprété avec dynamisme par Tatiana Koleva et le "Xenakis Ensemble" sous la direction de Diego Masson.


Dernière édition par Icare le Ven 14 Aoû - 19:05, édité 2 fois
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joachim
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 16:52

Icare a écrit:
De toute façon, tout ça c'est de la faute de Joachim, c'est lui qui m'en a soufflé l'idée. 

Tu pourrais dire merci cher Joachim Laughing

J'ai regardé dans mon cahier : j'ai écouté en tout une quarantaine d'œuvres de Xenakis, avec tous leurs noms bizarres, et de combinaisons instrumentales différentes, il y en a même pour chœur...

Eh bien sur tous ces morceaux, pas un seul ne m'a plu. Comme je disais : pire encore que Varese Le monde inouï des percussions! - Page 3 10321
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Icare
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 17:38


Pas étonnant, Xenakis est un compositeur sans concession qui est beaucoup trop éloigné de la forme classique que tu chéris tant. Il n'est pas de ces contemporains qui ont pu composer des oeuvres très différentes, pouvant aller de l'atonalisme à des choses plus mélodieuses et lyriques, ceux que certains qualifient de compositeur schizophrènes. Hehe
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 21:37

Icare a écrit:
Pas étonnant, Xenakis est un compositeur sans concession

Moi je dirai sans talent. Question de point de vue donc Le monde inouï des percussions! - Page 3 699201
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 22:55

Snoopy a écrit:
Icare a écrit:
Pas étonnant, Xenakis est un compositeur sans concession  

Moi je dirai sans talent. Question de point de vue donc Le monde inouï des percussions! - Page 3 699201

Sauf que "sans concession" est un fait objectif alors que "sans talent" est un avis, donc subjectif et discutable. Wink
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyVen 14 Aoû - 23:02

Tout à fait. C'est bien pour cela que j'ai complété ma phrase par "question de point de vue" Wink
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MessageSujet: Jarre   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptySam 15 Aoû - 7:42

Bon, revenons à des choses plus percutantes. Il aurait été dommage que pendant ce cycle autour de la percussion j'oublie d'évoquer Maurice Jarre qui fait quand même partie des compositeurs que je connais et apprécie, au moins autant qu'un John Williams. Et qui connaît la musique de Maurice Jarre connaît son amour pour les percussions. (Timbalier de formation, il débute à la Compagnie Renaud-Barrault en 1946, formant un duo avec Pierre Boulez (au piano et aux ondes Martenot), mais, très vite, il s'intéresse à la composition. L'essentiel de son oeuvre fut consacrée au Septième Art. Il a pratiquement abordé tous les genres cinématographiques, allant de Georges Franju à Hugh Hudson en passant par David Lean. Au fond, qui à part lui était mieux désigné pour composer la musique du film de Volker Schlöndorff, Le Tambour (1979)?:

<<L'histoire du Tambour est racontée sous la forme d'un long monologue, dont le narrateur n'est autre que le héros lui-même, Oskar Matzerath, un bien étrange personnage. Doté d'une intelligence hors du commun, il reçoit en cadeau, pour son troisième anniversaire le 12 septembre 1927, un tambour de fer-blanc laqué rouge et blanc. Choqué par le monde des adultes, il décide de cesser de grandir. Pour cela, il fera exprès de chuter du haut des escaliers de la cave de sa maison, et va ainsi conserver sur le monde un regard d'enfant implacable et inflexible. Niant toutes les convenances sociales et espérances, il se sert de son tambour pour éprouver le monde et pour battre la mesure de l'humeur ambiante. Ainsi, figé dans son corps de petit garçon de trois ans, son tambour en permanence rivé à son cou, le narrateur raconte sur un mode épique et très noir sa traversée des années 1930, de la Seconde Guerre mondiale et de la revitalisation économique qui s'ensuit.>> (Wiki)

Je trouve que ce titre le symbolise bien quelque-part. Hélas, je ne connais pas le film de Schlöndorff, seulement la musique très colorée de Maurice Jarre qui invite, outre cet étrange instrument dont la texture sonore évoque celle du didjeridoo, la fujara, un orchestre symphonique et les percussions, dont le fameux tambour. Très chouette partition. Cependant, je vais davantage m'attarder sur son oeuvre de concert au travers de quatre compositions:

Trois Danses pour ondes Martenot et percussions (1951)
Passacaille à la mémoire d'Arthur Honegger (1957)
Mobiles pour violon et orchestre (1961)
Suite ancienne pour piano et percussions (1956)

En réécoutant ces oeuvres citées ci-dessus, je me suis rendu compte que mon appréciation continue d'évoluer mais sans changements fondamentaux. Il n'y a pas eu ce "rebondissement" comme celui que je viens de vivre avec Xenakis. Les "Trois danses pour Ondes Martenot et Percussion" qui ne bénéficient pas d'une très bonne qualité d'enregistrement, ne m'ont pas été beaucoup plus captivantes que d'habitude, une curiosité musicale d'un intérêt moyen, presque anecdotique. Néanmoins, l'atmosphère qui s'en dégage, mystérieuse dans le premier mouvement "Sacred Dance", n'est pas pour me déplaire. Le second, en revanche, "Profane Dance" me laisse indifférent. Heureusement, il y a l'originalité du troisième mouvement "Ritualistic Dance" pour m'offrir un petit regain d'intérêt. La "Passacaille à la mémoire d'Arthur Honegger" est l'oeuvre de concert de Maurice Jarre qui me fascine le plus et je ne dis pas ça parce qu'Arthur Honegger fait partie de mes compositeurs préférés. J'ai beaucoup aimé le rapport subtil et cocasse des percussions à l'orchestre, ce qui ne pouvait pas mieux tomber avec le thème de mon cycle. Le jeu est ludique et je reste fasciné par l'interaction entre les deux groupes sonores, d'abord l'orchestre d'un lyrisme contenu, puis les percussions parasitant avec art une atmosphère tonale vaguement plus proche du "Jarre" de David Lean. De plus, il y a une belle intensité dramatique. Par cet hommage, je ressens la réponse très ludique d'un compositeur inspiré à un autre compositeur inspiré. La longue introduction de violon solo de "Mobiles pour violon et orchestre" m'ennuie toujours autant, presque décourageante. Heureusement, lorsque l'orchestre entre en scène, je respire un peu et une ambiance lancinante et mystérieuse fait que je ne regrette pas d'avoir été patient. Au final, il y a des passages que j'aime bien dans ce concerto et, comme par hasard, ce sont des passages où interviennent les percussions. De la dernière pièce, "Suite Ancienne pour percussion, instruments et piano", j'avais déjà écrit ceci; "s'y dévoile une curieuse mélodie un peu berçante, comme venue attendrir un monde plus ou moins austère où les percussions y tiennent souvent un rôle essentiel. Ce sont d'ailleurs elles qui concluent un peu anodinement cette petite composition de clôture." Sympathique, pas au-delà.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptySam 15 Aoû - 19:52

Patricia Bosshard - Temps suspendu:

J'aime beaucoup ce que j'avais écrit sur l'approche ascétique de Patricia Bosshard:

<<Les cinq oeuvres que j'ai découvertes aujourd'hui de Patricia Bosshard; Temps suspendu, Souffles secrets, Craquements, Nébuleuse, Ailleurs pour quatuor à cordes et percussions construisent finalement un univers sonore et bruitiste (qui n'est pas très éloigné de l'extrait de la vidéo). Nous sommes aux antipodes d'une musique chaleureuse et rassurante. Dénuée de chair et de rondeurs qui enrobent, elle est une porte ouverte sur le vide, sans ménagement ni compassion, telle une créature squelettique qui dévore méthodiquement le silence de ses accords crispés, de ses cordes d'une âpreté provocante, de ses percussions dispersées, de ses bruits secs et ses silences. Dans un premier temps, je dirais que c'est une musique qui me place dans l'attente d'un événement, de ce que j'appelle habituellement le "point culminant". Sauf qu'ici, il n'arrive jamais vraiment: le temps suspendu est quasi-permanent et sans concession. Aucune perche ne m'est tendue, aucun filet ne m'est déployé pour amortir la chute. Je suis comme un funambule sur son fil, cherchant l'équilibre dans un univers sonore qui donne le vertige et il se trouve que je n'ai pas détesté ce vertige, ne suis pas tombé avant la fin du parcours. J'y reviendrai donc et verrai, lors du second tour, si je ne perdrai pas cet équilibre si fragile.>>

Lorsque j'ai relu mon commentaire après avoir réécouté ces quasi-improvisations de Patricia Bosshard, je me suis dit que c'était exactement ça. Je n'aurais pas pu écrire un ressenti plus juste que celui-là, plus approprié. Ce n'est ni une éloge ni un désappointement. Ce n'est certainement pas un émerveillement ni un dégoût et encore moins un rejet, c'est un moment d'équilibre et de déséquilibre entre l'adhésion et la perplexité. Je me retrouve alors aussi suspendu que le temps, à l'affût de l'instant magique, celui ou l'alchimie sonore fonctionne à mon oreille avant de se dilater dans des textures plus opaques. Je suis un traqueur d'instants magiques. C'est souvent ainsi que je conçois mes quêtes au travers d'oeuvres expérimentales ou improvisées, voire les deux comme ici. Ainsi c'est un instant qui m'avait séduit ou plutôt fasciné dans Thallein de Xenakis, un instant réussi au sein des turbulences. Je procède finalement de la même manière avec la musique tonale, l'instant magique pouvant être l'un des mouvements d'une symphonie ou mieux encore, un passage dans l'un des mouvements de la dite symphonie. Dans le monde sonore bruitiste de Patricia Bosshard, c'est un jeu de percussions qui devient subitement ludique, des cordes un peu statiques qui semblent s'intensifier dans l'immobilité. Voilà des sensations qui m'intéressent et qui m'ont toujours intéressé.

Chaque morceau de cet album possède un titre et une petite phrase qui lui correspond:

__Temps suspendu "Contempler, sans but"
__Souffles secrets  "Quel est donc ce souffle caché au sein du monde par lequel le futur devient d'abord présent, puis passé?"
__Craquements "Ce qui passe quand rien ne semble se passer"
__Nébuleuse "J'ai le temps de l'univers en moi, y compris le non-temps"
__Ailleurs "Pour les hommes c'est le temps qui passe, pour le temps ce sont les hommes qui passent" Proverbe chinois.

<<Mon langage est essentiellement bruitiste. Il est inspiré par l'environnement sonore et basé sur la création du son. J'ai étudié la musique électroacoustique et cette esthétique m'a fortement influencée: l'écoute se situe au niveau des sensations, elle parle d'images sonores et ouvre un champs de poésie situé entre le concret et l'abstrait. Le travail de la musique électronique m'a sensibilisée au son "pur", à la notion de fréquences et leurs transformations grâce aux outils technologiques. Je cherche à reproduire sur les instruments acoustiques ce langage électroacoustique nourri de bruitages et de sons environnementaux pour créer une musique faite de textures en transformation et de bruits subtils et mouvants. Le résultat sonore d'une telle richesse aboutit à des matières et des reliefs plutôt qu'au langage habituel composé d'harmonies, de motifs rythmiques ou mélodiques, ce qui implique des "techniques étendues" dans le jeu instrumental. Il s'agit alors d'oser jouer de manière différente son instrument, frotté d'un bout à l'autre de la touche, employé de manière percussive, en écrasant une corde ou en utilisant des objets pour le faire résonner.>> Patricia Bosshard

Les percussions - nous explique la compositrice - de Luc Müller sont spécifiques. Il construit personnellement son instrumentarium avec des objets divers et hétéroclites. Que ce soit une casserole, un vase, une bassine, des pièces métalliques ou en bois, et tout autre objet qui produit un son. Luc Müller joue en cherchant des résonances, des harmoniques, des frottements et provoque des surprises... Il a ainsi créé et défini son univers instrumental pour Temps suspendu afin de se mêler ou se distinguer du son des cordes, selon les suggestions de la partition.
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MessageSujet: Koppel   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyDim 16 Aoû - 8:29

Avec les quatre concertos pour marimba d'Anders Koppel je quitte les turbulences arides d'un Xenakis et d'une Bosshard pour un monde sonore plus tonal et mélodique.

J'ai donc réécouté le Concerto n°1 pour marimba et orchestre d'Anders Koppel par Marianna Bedmarska, le "Aalborg Symphony Orchestra" sous la direction de Henrik Vagn Christensen. A la base, je l'avais découvert par Katarzyna Mycka, le "Rundfunk-Sinfonieorchester Saarbrücken" sous la direction de Dominique Fanal.   Je pense toujours que ce concerto n°1 peut être considéré comme un classique parmi les oeuvres qui ont été composées pour le marimba. Il bénéficie d'une thématique forte, que ce soit dans son premier mouvement ou dans le second qui est irrésistible. Le troisième est peut-être un petit cran en dessous mais il est également très réussi, avec un thème-moteur très accrocheur aussi.

Le Concerto n°2 pour marimba et orchestre à cordes (2000) est d'une humeur très différente du N°1 qui, lui, est d'une facture enjouée, très extravertie et ludique. Bien que parfaitement encré dans la tonalité et bénéficiant de moments fortement lyriques, il m'apparaît d'un caractère plus mystérieux et dramatique. Certes, il n'y a pas un thème mélodique aussi magnifique que dans le second mouvement du premier concerto, mais la magie opère néanmoins sur toute sa longueur. Au tout début, le marimba semble se restreindre à une seule note répétée, un peu comme des gouttes d'eau qui tombent: clouc, clouc, clouc...Curieusement, cet effet m'a renvoyé au tout début du film de Robert Enrico, Le Secret, lorsque des gouttes d'eau tombent sur le front de Jean-Louis Trintignant, mystérieux prisonnier attaché sur un lit. Il arrive souvent que la musique me fasse voyager au coeur de mes souvenirs et crée ainsi des associations insolites ou improbables.

Le Concerto n°4 "In memory of things transient" me captive quasiment autant que le premier concerto. Il me semble bénéficier d'une grande et belle inspiration. Contrairement aux trois autres qui se constituent classiquement de trois mouvements, celui-ci en contient huit. Une particularité parmi d'autres m'a séduit: une combinaison sensible entre le marimba et un orgue portatif, créant quelque chose de singulier, surtout lorsque le concerto se réduit à ces deux éléments. J'ai toujours été sensible à ce genre d'association instrumentale ou de combinaisons sonores, c'est souvent qu'il en ressort quelque-chose de très poétique à mon oreille. C'est justement un ensemble de combinaisons et de jeux entre le soliste et l'orchestre qui m'a captivé, des idées musicales fortes et des développements souvent très expressifs avec en suspension la citation plus ou moins effective d'une célèbre mélodie jamais complètement reproduite mais suffisamment pour être repérée et identifiée.

Du Concerto n°3 "Linzer", je retiens surtout le second mouvement et le troisième dans lequel s'invite avec bonheur un jazz orchestral. Chez Anders Koppel il y a toujours une idée intéressante et accrocheuse qui vient rafraîchir sa musique. Ce n'est pas de la musique tonale pour de la musique tonale, de la guimauve au kilomètre qui me glisse dessus, ce sont des couleurs, des vraies idées, de l'énergie, de la fantaisie, des tournures ludiques qui me transpercent, me traversent. Comme pour les autres concertos, le marimba bénéficie d'un grand espace d'expression, sait s'extraire brillamment des tentatives de possession de l'orchestre. Il apporte beaucoup de luminosité et de vie à ce troisième concerto. En tout cas, voilà quatre belles pages concertantes offertes au marimba.
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MessageSujet: Kassap   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyDim 16 Aoû - 16:55

Avec Sylvain Kassap, je retourne vers une poétique musicale qui est quand même plus proche de Patricia Bosshard que d'Anders Koppel, dans la mesure où elle se situe dans une forme non-classique, atonale, invitant parfois l'improvisation et pouvant donc être perçue d'un esprit très "contemporain". Toutefois, elle est d'une approche nettement moins minimaliste et aride. Une réécoute de ses oeuvres, réunies sous le titre de Sarnavo, m'ont permis de retrouver quatre d'entre elles dans lesquelles les percussions jouent un rôle essentiel que j'apprécie particulièrement, surtout en ce moment alors que je suis dans d'excellentes dispositions pour ce genre de musique: Proverbs of Hell pour mezzo-soprano, flûte, clarinette, alto, violoncelle, harpe & 2 percussions, Timbaleros pour clarinette en mi bémol, percussions & timbale, Trois Mouvements Impromptus, une improvisation collective pour voix, clarinette, harpe, contrebasse, percussions & direction et Chordial pour 2 voix, clarinette basse et 12 instruments dont un emploi truculent des percussions. Dans ces quatre compositions celles-ci sont assumées par Jean-Pierre Drouet que je ne présente plus ici et Eric Echampard que je pense ne connaître qu'au travers des compositions de Sylvain Kassap.

Éric Échampard[/b] est un batteur et compositeur français de jazz qui pleura pour la première fois le 24 décembre 1970 à Bourg-en-Bresse. Sept ans plus tard, il aborde la batterie avec un professeur  qui est un ami de son père. A partir de 10 ans, il suit un cursus de formation classique, d'abord au conservatoire de Bourg-en-Bresse, puis à Lyon, et Clermont-Ferrand. Il y étudie particulièrement la musique contemporaine, notamment Iannis Xenakis et Georges Aperghis. On peut dire qu'il a été aussitôt mis dans le bain. Eric Echampard décroche alors un premier prix de percussion classique et contemporaine courant 1995 au Conservatoire national supérieur de musique de Lyon. Il fait ses premiers pas dans le jazz avec Bernard Struber, puis dans le quintet et le grand orchestre "Système Friche" de Jacques Di Donato. On notera un moment important dans sa carrière avec la création du trio de François Corneloup et Claude Tchamitchian. Il participe ensuite à de nombreuses aventures de l'avant-garde en intégrant le trio de Marc Ducret, le "Grand Lousadzak" de Claude Tchamitchian, le "MegaOctet" d’Andy Emler. Il intègre également l'orchestre national de jazz d'Olivier Benoit de 2014 à 2018.

<<L'orchestration des "Proverbs of Hell" reprend celle des "Folksongs" de Luciano Berio: mezzo-soprano, flûte, clarinette, alto, violoncelle, harpe et deux percussions, (le premier Proverbe en quatuor utilise la nomenclature de "Chamber Music"). Ces 5 pièces contiennent (donc!) des traces de musiques traditionnelles, des modes de jeu et des phrasés venus d'ailleurs (d'Europe de l'est, d'Inde, du Japon, du rock...), et interrogent notre rapport au(x) rythme(s) et à la pulsation...Les textes utilisés sont des bribes de phrases extraites de "The mariage of heaven and hell" de William Blake (1757-1827). >> Sylvain Kassap.

J'ai toujours été sensible aux pulsions et aux pulsations dans la musique et elles constituent évidemment une grande part de mon intérêt pour ces Proverbs of Hell, mais aussi pour Trois Mouvements Impromptus et Chordial. Le compositeur français Régis Campo évoque souvent la pulsation et la pulsion qui occupent indiscutablement une forte place dans son inspiration musicale et à laquelle je suis moi-même très sensible en tant que simple mélomane. J'ai toujours été viscéralement fasciné par la pulsion, la pulsation, la scansion aussi, l'ostinato...autant d'éléments rythmiques qui m'ont conduit à travers la musique. Je pourrais aussi remonter à Igor Stravinsky. Timbaleros est un formidable et captivant duo (ou duel?) improvisé (d'un jet) entre la clarinette de Sylvain Kassap et les percussions de Jean-Pierre Drouet. Rien de superflu pourtant, les deux musiciens y expriment le meilleur de leur jeu dans une complicité qui transparaît nettement pendant l'écoute.

<<La présence dans l'orchestre de musiciens improvisateurs (qui nous semblaient indispensables pour jouer Laborintus II de Luciano Berio) nous a donné envie d'inclure dans ce disque des morceaux libres. 3 Mouvements Impromptus est un montage à partir de trois improvisations. Philippe Nahon conduit gestuellement la seconde.>> Sylvain Kassap.

L'album Sarnavo fait appel à:

Valérie Philippin (soprano)
Isabel Soccoja (mezzo-soprano)
Jean-Pierre Drouet (percussions et voix)
Le compositeur et clarinettiste Sylvain Kassap y joue aussi de plusieurs clarinettes. Il y prête également sa voix.
Ensemble instrumental "Ars Nova" sous la direction de Philippe Nahon.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyDim 16 Aoû - 21:30

Les Percussions de Strasbourg est un ensemble de musique contemporaine composé de six percussionnistes, fondé par Jean Batigne en 1962 et dont Minh-Tâm Nguyen assure aujourd'hui la direction artistique. Pierre Boulez suscite la formation de l'ensemble en 1959 lorsqu'il est invité à Strasbourg pour diriger Le Visage nuptial: les six percussionnistes réunis pour l'occasion (Bernard Balet, Jean Batigne, Lucien Droeller, Jean-Paul Finkbeiner, Claude Ricou et Georges Van Gucht), décident de fonder un ensemble, le Groupe Instrumental à Percussion, qui deviendra finalement Les Percussions de Strasbourg avec Jean Batigne, Jean-Paul Finkbeiner, Claude Ricou, Georges Van Gucht, Detleff Kiefer et Gabriel Bouchet. L'ensemble a à son actif la création de plus de 300 œuvres de musique contemporaine (dont Persephassa et Pléïades de Iannis Xenakis, Marae de François Bernard Mache, Erehwon d'Hugues Dufourt, Clivages d'Emmanuel Nunes) et de nombreuses collaborations avec les groupes de recherche musicale français tels que l'IRCAM et a donné plus de 1600 concerts dans 70 pays. Les Percussions de Strasbourg ont collaboré avec de nombreux artistes de la scène dont la chorégraphe Michèle Noiret en 2007. Pour en savoir plus sur cet ensemble cliquer sur Voûtes de Michaël Lévinas que je viens de réécouter à la suite de Silenciaire pour 6 percussions et cordes de Maurice Ohana. Ce ne sont pas les oeuvres que je préfère de ces deux compositeurs mais se sont celles qui correspondaient au thème de mon cycle actuel. Il y a certes de belles fulgurances dans le Silenciaire d'Ohana et si Voûtes de Lévinas ne m'est pas inintéressant par son architecture sonore, elles ne m'envoûtent pas autant que Journeys de Lalo Schifrin ni que le meilleur de A Drummer's Tale, episode one de Per Norgard.

de Silenciaire, Harry Halbreich écrira: <<D'un raffinement sonore prodigieux, toute l'invention richissime de "Silenciaire" est dans le son, à l'exclusion de tout contrepoint, voire de toute mélodie. L'harmonie étant elle-même sans cesse détempérée, il en résulte un total dépaysement, un univers onirique aux franges du silence - ce qu'indique le titre! - et de l'inconscient.>>
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MessageSujet: Corghi   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyDim 16 Aoû - 23:50

Ce n'est pas par hasard que j'ai évoqué Les Percussions de Strasbourg, en tout cas pas uniquement en rapport aux Voûtes de Michaël Lévinas. Elles jouent un formidable rôle dans une musique de ballet, cette fois, entièrement tonale et mélodique: Un petit train de plaisir pour deux pianos et percussions d'Azio Corghi sur des thèmes de Gioachino Rossini, c'est d'ailleurs un hommage à celui-ci. J'avais besoin d'un contraste avec la rudesse et l'aridité des oeuvres précédentes, un contraste saisissant avec de la fantaisie et de la légèreté, disons quelque-chose de moins épicé, le contraire d'une approche ascétique mais sans qu'il ne s'agisse d'une musique de film, parce que les exemples ne manquent pas et que ça aurait été un choix trop évident de la part d'un béophile comme moi. Je voulais creuser ma mémoire, chercher l'oeuvre idéale, celle qui correspondait exactement ce à quoi je voulais. Puis, ça a fait tilt dans ma tête en laissant glisser un oeil furtif sur le petit écran que mon épouse venait d'allumer: un train, une gare...et hop! Je pense alors au "Petit train de plaisir" d'Azio Corghi et à ces stimulantes percussions qui accompagnent deux pianos tout aussi intrépides et amusés. Nous sommes dans l'humeur d'une musique détendue, loin des crispations sonores d'un Ohana, sur les rails de l'humour et de l'allégresse. L'esprit de Rossini est tout près, dans le trépidant petit train musical qui descent et monte les collines.

Les pianistes sont Bruno Canino & Antonio Ballista.

https://www.youtube.com/watch?v=Z4JVb7mwCMg
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MessageSujet: Alessandrini   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyLun 17 Aoû - 9:31

Avec ce second cycle autour de la percussion, je n'aurai pas voyagé au-delà des limites de l'Occident, contrairement au précédent où j'étais passé par l'Inde, l'Argentine, la Chine et le Sénégal. Je ne suis pas passé non plus par le monde du jazz. Je me suis concentré sur les oeuvres de compositeurs occidentaux du vingtième siècle et avais décidé de débuter ce cycle avec quatre compositions d'Edgar Varese. Avec Varese, je donnais le ton et anticipais ainsi une certaine orientation. Je souhaitais, par le biais de la percussion, tester mes propres limites d'acceptation d'une oeuvre dite "moderne" en me propulsant progressivement vers ce qui peut être considéré parmi les approches les plus bruitistes et extrêmes de la musique contemporaine. J'ai cherché à créer un conditionnement temporaire. Je pense avoir effectivement côtoyé ces "extrêmes" par des sensibilités telles que Patricia Bosshard, Iannis Xenakis, Michaël Lévinas et même Maurice Ohana mais seulement en rapport à l'oeuvre que j'ai réécoutée; Silenciaire. Je ne considère pas comme "extrêmes" des compositeurs comme Varese, Norgard, Sylvain Kassap, Elmar Lampson ou encore Jean-Louis Robert, bien que tout ça soit relatif au positionnement de chacun face à la musique contemporaine, cela va de soi. Bien sûr, je n'ai pas enchaîné les approches les plus extrêmes les unes à la suite des autres. J'ai essayé d'être plus malin en alternant avec des approches plus souples: Un petit train de plaisir d'Azio Corghi en fut une ludique illustration. J'ai aussi retenu cinq musiques de films: les percussions brutales et sauvages associées aux voix déchirantes et macabres de Navajo Joe d'Ennio Morricone, Il Giocattolo du même compositeur: c'était en référence aux battements de coeur exploités comme un rythme dans la musique pour appuyer une scène d'angoisse, en écho à d'autres battements de coeur qui s'immiscent dans le troisième mouvement de City Life de Steve Reich, Alissa de Carolin Petit qui n'était pas le meilleur choix en fonction du thème de mon cycle, la percussion y étant finalement rare, Le Tambour de Maurice Jarre que j'ai pensé rajouter au dernier moment - je m'en serais voulu de l'avoir oublié - et enfin Le Roi de Patagonie de Raymond Alessandrini que je viens de réécouter ce matin.

Il s'agit d'une très belle partition écrite pour la mini-série et long métrage de Stephane Kurc & Georges Campana avec Frederic Van Den Driessche, Omar Sharif et Carla Gravina: <<Antoine de Tounens a 30 ans lorsqu'il débarque à Valparaiso en septembre 1858 avec une seule idée en tête, rassembler les différentes tribus de Patagonie et d'Arocanie afin d'organiser la lutte contre l'Etat du Chili qui massacre les indiens au titre de la pacification. Il sera proclamé roi et gagnera de nombreuses batailles, mais il ne sera jamais reconnu par ses pairs et les gouvernements officiels. Pour ceux-ci, Antoine de Tounens reste un fou. Fou peut-être et pourtant il fut roi, lui petit avoué périgourdin qui est allé jusqu'au bout de ses rêves. >>

Quelles sont donc ces percussions qui m'ont fait retenir cette bande originale en particulier? Lorsque je fais un choix parmi les oeuvres employant les percussions, je n'opte pas systématiquement pour la prépondérance ni la virtuosité que l'on peut par exemple trouver dans un concerto ou une pièce pour percussions seules. Je n'opte pas forcément non plus pour l'improvisation au sein d'un jazz ou d'une musique expérimentale. Disons qu'elles peuvent tenir un rôle particulier et ponctuel au sein d'une oeuvre. C'est le cas dans Le Roi de Patagonie de Raymond Alessandrini. Les percussions, d'un genre un peu viril et tribal, ne sont là que pour créer une ambiance et apporter un écho aux grands espaces: les chevaux, les vallées et les montagnes, le film a un peu la physionomie d'un western. Les percussions n'y sont ni virtuoses ni prépondérantes, juste une présence dans des moments précis de la B.O.. Elles participent aisément au caractère global d'une musique ample et lyrique, employant par ailleurs la voix de haut de contre de Dominique Visse.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyLun 17 Aoû - 18:00

Icare a écrit:
Au départ, je n'étais pas certain de les réécouter, parce que je les avais déjà réécoutées il n'y a pas si longtemps et que j'en avais déjà parlé ailleurs, probablement sur le fil consacré à Bartok et à celui des concertos pour piano ou double-concerto, puis parce que j'avais davantage opté pour deux concertos de Siegfried Matthüs, certes un compositeur moins célébré, moins joué, moins connu, mais très intéressant malgré tout. J'avais aussi pensé au Rituals for five percussionnists de Ellen Taaffe Zwilich. J'en ai un bon souvenir également. Mais tout cycle doit avoir une fin car le but n'est bien sûr pas d'aboutir à une saturation, un écoeurement. Un futur cycle autour des percussions comblera les oublis de celui-ci...

Voilà qui est fait! J'avais réécouté Rituals for five percussionnists de Ellen Taaffe Zwilich au début de mon nouveau cycle, juste après Edgar Varese et je l'achève avec les deux oeuvres de Siegfried Matthus auxquelles j'avais renoncées la fois précédente:

__La Forêt, Concerto pour percussions et orchestre (1984) par Karl Mehlig et "Gewandhausorchester Leipzig" sous la direction de Bruno Masur.
__Concerto pour trompette, percussions et orchestre (1982) par Ludwig Güttler (trompette), Andreas Aigmüller (percussions) et le "dresdner Philharmonie" sous la direction de Herbert Kegel.

<<Le Concerto pour percussions et orchestre "La Forêt", écrit en 1984 à la demande de la Staatskapelle de Dresde pour son percussionniste soliste Peter Sondermann, montre que le compositeur ne recule pas devant une instrumentation insolite. Impulsion programmatique, le titre signale une musique consacrée aux arbres, parce que dans l'ancienne R.D.A., il n'était pas possible de parler publiquement du dépérissement des forêts. C'est pourquoi un prologue dans la partition est emprunté à "Hypérion" d'Hölderlin: "O arbre de vie, que je reverdisse avec toi et que je ressente l'odeur de tes cimes et de toutes tes branches bourgeonnantes! Paisiblement et ardemment, car nous sommes tous issus de la graine dorée." Le concerto est écrit en trois mouvements qui se succèdent sans interruption. L'orchestre se compose uniquement d'instruments à vent, d'une harpe et de cordes. Le rapport entre le soliste et les groupes d'instruments se caractérise ici, non pas par un 'antagonisme' concertant, mais par une 'sympathie' qui se fait réciproque. Le premier mouvement se déroule à un rythme tranquille - peignant un tableau plein d'atmosphère qui évoque le souvenir d'une forêt romantique. Dans le second mouvement, les images de sa destruction 'moderne' appellent des réactions de lamentation et de deuil. Dans le dernier mouvement, le soliste, par une cadence énergique, semble se défendre contre cette dévastation, et tout l'orchestre le soutient dans son finale furieux qui symbolise une résolution énergique et une protestation obstinée.>>

C'est un beau concerto pour percussion et orchestre. Ma préférence va pour la fougue du dernier mouvement qui, quelque-part, symbolisant une lutte collective contre la destruction des forêts, porte au-delà de sa teneur dramatique un évident souffle d'optimisme. Dix ans plus tard, Siegfried Matthus composa un autre concerto pour percussions et orchestre sous le titre de Manhattan Concerto que j'aime peut-être plus encore. Néanmoins, ce que je préfère finalement est son Concerto pour trompette, percussions et orchestre. il fut commandé pour la fête du centenaire de l'Orchestre Philharmonique de Berlin et se compose de cinq mouvements. Beaucoup d'humeurs différentes parcourent le concerto, ludisme, drame, sérénité, douleur, tendresse et truculences avec des solistes et un orchestre qui donnent l'illusion de ne jamais épouser une cause commune. L'élément de ce concerto que j'affectionne le plus est la superbe trompette de Ludwig Güttler.
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MessageSujet: Matthus   Le monde inouï des percussions! - Page 3 EmptyLun 17 Aoû - 21:11


Il arrive ce qui devait arriver. J'ai eu envie de réécouter Manhattan Concerto de Siegfried Matthus. J'avais réécouté aujourd'hui les deux précédents, mentionnés dans mon précédent commentaire, et je ne me voyais pas laisser le troisième de côté en attendant qu'une prochaine occasion se présente. J'étais surtout curieux de voir s"il était si différent de celui que Matthus composa dix ans plutôt, en R.D.A., sous la forme d'une protestation indignée contre la destruction des forêts. Le Manhattan Concerto est effectivement différent et, humble avis, d'une plus grande inspiration, étant donné que je ne suis pas loin de le considérer comme l'une de ses toutes meilleures compositions, du moins parmi celles que je connais. Manhattan Concerto manifeste une plus forte dimension naturalistique que celui de 1984 qui porte pourtant le titre "La Forêt", principalement dans le second mouvement: je me délecte d'une réelle proximité sonore avec la forêt et les insectes avant d'adopter une frénésie qui rapproche l'oeuvre du Sacre de Stravinsky. Il sollicite trois percussionnistes Achim Nörz, Simon Bernstein et Steffen Kuhn et un timbalier, Justus Ruberg. Une tendresse bienvenue imprégnera le troisième mouvement alors que le quatrième fera la part belle aux trois percussionnistes créant un monde sonore inouï et un chouette "défouloir pour ceux-ci. Quant au cinquième mouvement, orgasmique à mon oreille, il re-exploite un schéma orchestral qui me fascine et qu'il avait déjà développé dans une oeuvre antérieure, Das Land Phantasien, une fantaisie orchestrale pour narrateur et orchestre par laquelle j'avais découvert ce compositeur.
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