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 Le monde inouï des percussions!

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Icare
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MessageSujet: Schifrin   Jeu 12 Juil - 18:22

Je n'ai pas encore quitté l'argentine et, cette fois, ce fut en compagnie de Lalo Schifrin!! Il a fait partie des compositeurs que j'ai le plus écoutés, même si ces derniers temps je l'ai un peu délaissé au profit d'autres horizons musicaux. Mais ce n'est jamais que provisoire et je sais qu'un jour je vais y revenir irrémédiablement. C'est le cas aujourd'hui avec une oeuvre pour un seul percussionniste. La percussion seule n'est pas toujours une garantie pour moi que je vais rester concentré pendant plus de vingt minutes. Cela peut parfois tenir d'un exploit que j'ai très rarement envie de renouveler. Le tambour japonais a ce côté pêchu et chorégraphique qui me séduit d'une certaine manière, oscillant entre le sport de combat, la méditation et la danse: physique et visuel, je n'imaginerais même pas apprécier ces tambours sans les yeux. L'oeuvre pour percussions de Lalo Schifrin est conçue dans un esprit qui me semble totalement opposé. D'une certaine manière, elle me semble avoir été approchée comme une symphonie ou peut-être un concerto sans soliste ou plutôt si, avec un soliste qui est un orchestre à lui-seul. L'oeuvre s'intitule Journeys et l'orchestre à lui-seul s'appelle Ken Watson, considéré en son temps comme l'un des tous meilleurs percussionnistes des Etats-Unis. Journeys fut écrite spécialement pour lui, en 1973, puis connut sa création en concert en 1976. Parmi un grand éventail d'instruments à percussion, figurent des maracas, des crotales, des bongos et les cordes malmenées d'un piano préparé. Il ne faudrait pas imaginer, même si chacun sait que Lalo Schifrin est un grand créateur de swings et comme tout Argentin a le rythme du tango dans la peau, que Journeys est du genre à déhancher ses auditeurs. Non, pas du tout, l'oeuvre est cérébrale, souvent sous l'effet d'une myriade de sonorités suspendues. Pour le coup, la méditation est totale et, en même temps, l'oeuvre, toute en subtilité et en nuance, oblige une concentration totale pour en apprécier toute la poétique.


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Anouchka

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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Jeu 12 Juil - 18:35

Merci pour ton message Icare. Bien noté.
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Icare
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MessageSujet: Nobre   Jeu 12 Juil - 20:33

J'ai désormais quitté l'Argentine pour le Brésil, c'est-à-dire que je suis resté, musicalement parlant, en Amérique latine. Il y a aussi des percussions, là-bas, des percussions ensoleillées, de toutes les couleurs, sur des rythmes de samba, de matchiche ou de xaxado, cette dernière danse étant originaire de l'état du Pernambouc (Pernambuco) tout comme le compositeur Marlos Nobre dont je viens de réécouter trois oeuvres pour piano et percussions; tout d'abord Variaçoes Ritmicas/Variations rythmiques pour piano et percussion typique brésilienne (1963) en trois courts mouvements continus, Sonâncias I pour piano et percussions (1972) et Sonâncias III pour 2 pianos et 2 percussionnistes (1980). Le mariage piano/percussion est une association instrumentale qui m'a toujours plu. C'est comme ça depuis longtemps, depuis la découverte de la Sonate pour 2 pianos et percussions de Bela Bartok puis du Ballet Mécanique de George Antheil dans un effectif de pianos et de percussions plus impressionnant encore. Dans Variaçoes Ritmicas, l'emploi d'instruments de percussion typiquement brésiliens crée une sonorité chatoyante et lumineuse, tandis que l'introduction de rythmes d'Amérique du Sud lui imprime un élan souple et vif à la fois, le tout dans une tentative plutôt habile de synthèse de la dodécaphonie occidentale et de la rythmique brésilienne. C'est plutôt pas mal et peut-être que cette première oeuvre m'a un peu plus captivé que la suivante, Sonâncias I qui est une commande du Comité des vingtièmes Jeux Olympiques à Munich. Elle n'en demeure pas moins intéressante à suivre si ce n'est que, cette fois, je ne note aucune réelle rivalité ou compétition entre le pianiste et le percussionniste, au point de croire qu'il n'y a qu'un seul musicien qui passe d'un instrument à un autre. Le plus merveilleux est la troisième oeuvre de Marlos Nobre, Sonâncias III pour deux pianistes et deux percussionnistes, un petit chef-d'oeuvre de moins de dix minutes qui fut une commande de l'Ensemble Bartok de Genève, créé en 1978 par Pierre Métral qui en est aussi le dédicataire. Il y a de toute évidence quelque-chose de Bartok dans cette musique percutante et intense, pour ne pas dire irradiante, un terme que j'emploie très rarement. Very Happy
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Icare
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Ven 13 Juil - 0:03

Les idiophones; instruments à percussion:

Ce soir, j'ai quitté le Brésil pour l'Italie, ce fut un grand écart sans prendre l'avion ni le bateau. La musique est finalement mon meilleur moyen de transport et j'ai retrouvé ainsi la sonorité de deux instruments particuliers, la guimbarde et les castagnettes. La guimbarde et les castagnettes, selon l'organologie, sont des instruments de musique à percussion idiophones, les castagnettes étant emblématiques du folklore espagnol, portugais - Castanholas - et italien - nacchere.

La guimbarde

La guimbarde est un instrument très ancien. On en a trouvé des traces au IIIème siècle av. J.-C. au Nord-Ouest de la Chine. C'est un instrument répandu chez les peuples nomades d'Eurasie, de la Finlande au Nord du Japon, en Asie et en Mélanésie. Elle existe en Europe depuis au moins l'époque gallo-romaine. Dans la musique que j'ai réécoutée aujourd'hui et qui a été composée par Ennio Morricone pour le film de Damiano Damiani, La Moglie più Bella la guimbarde s'extrait d'une Italie du sud troublée, plus précisément de Sicile. Ici, une jeune femme, interprétée avec beaucoup de justesse par Ornella Muti, s'oppose au risque de sa vie à la Cosa Nostra. Le jeu trépidant des guimbardes m'a toujours interpellé dans cette partition qui m'arrache les tripes à chaque nouvelle écoute. Morricone avait déjà utilisé la sonorité cinglante de la guimbarde sur Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil. Mais revenons au film de Damiani avec ces guimbardes endiablées:

https://www.youtube.com/watch?v=DDv3ojWWXsM


Les castagnettes:

L'oeuvre que j'ai choisie n'est autre que le magnifique Quintette n°4 en ré majeur de Luigi Boccherini pour guitare et quatuor à cordes avec une intervention des castagnettes seulement dans le troisième mouvement. Il est interprété par Narciso Yepes et le "Melos Quartett", avec Lucero Tena aux castagnettes. Bien sûr, l'oeuvre resterait très belle sans les castagnettes qui n'interviennent de toute façon que dans la partie finale, mais je ne m'imagine plus l'écouter sans elles, tout simplement parce que je ne saurais penser à ce quintette sans aussi penser aux castagnettes. Dans mon esprit et dans mon coeur, ils sont devenus indissociables. Le "Fandango" est déjà mon mouvement préféré des trois, alors, quand surgissent les castagnettes, c'est la petite touche percutante qui m'achève émotionnellement.

https://www.youtube.com/watch?v=QrdeD8LLoCM
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Icare
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MessageSujet: Koppel, Kopetzki, Köper, Keiko Abe   Ven 13 Juil - 10:13

Laudec, toi qui aime beaucoup le son du marimba, je t'invite à écouter ce magnifique album de Katarzyna Mycka qui s'intitule Marimba Concerto, avec aussi Franz Bach, le "Rundfunk-Sinfonieorchester Saarbrücken" sous la direction de Dominique Fanal. Toutes les oeuvres figurant sur ce cd sont belles et enthousiasmantes. Je me suis senti empli d'optimisme après l'écoute, d'ondes positives qui vous traversent d'un bout à l'autre et qui finissent par m'enivrer. Il y a tout d'abord le Concerto n°1 pour marimba et orchestre d'Anders Koppel. Chacun des trois mouvements est un pur bijou et révèle un thématiste inspiré et subtil. Il fut composé en 1995, commissionné par l'IPCL pour la Compétition internationale de Percussion au Luxembourg. Le Concerto pour marimba et cordes d'Eckhard Kopetzki, en quatre mouvements, est presque aussi captivant pour ne pas dire autant: il faut dire que l'adagio central du premier concerto pour marimba de Koppel me fait tellement fondre...Celui de Kopetzki est dédié à Katarzyna Mycka et fut composé en 1999. Le plaisir ne peut que se poursuivre avec la merveilleuse Samba Classique pour deux marimbas, orchestre à cordes et percussion de Karl-Heinz Köper qui est sans doute l'oeuvre la plus ancienne du cd puisqu'elle a été composée en 1969. Elle trouve son origine dans le mouvement final d'un double concerto pour mandoline, guitare et orchestre à cordes du même compositeur. La transcription pour deux marimbas et orchestre date de 1991 et fut stimulée par le formidable duo de marimbistes que formaient Katarzyna Mycka et Piotr Sutt. Dans ce nouvel enregistrement, le second interprète est Franz Bach. Le superbe duo Mycka/Bach s'est poursuivi avec Prism Rapsody II de Keiko Abe pour deux marimbas et orchestre, et là aussi ce fut un pur moment de bonheur! Il en existe une version plus ancienne pour un seul marimba et il se trouve que je la possède sur un autre cd que je vais réécouter très bientôt avec la fantastique Evelyn Glennie.

https://www.youtube.com/watch?v=BYB33TM5FHI


Katarzyna Mycka est une percussionniste polonaise qui semble s'être spécialisée dans le jeu du marimba. Elle est née en 1972, a étudié à l' Académie de Musique Stanislaw Moniuszko à Gdansk avec des résidences à Stuttgart et à Salzbourg . Elle a été la première femme soliste au First World Marimba Festival à Osaka en 1998 et au Festival International de Marimba à Linz en 2004. Elle s'est produite en solo avec l'Orchestre Philharmonique de Stuttgart, le Bochumer Symphoniker, le Württemberg Chamber Orchestra Heilbronn , l'Orchestre Symphonique de Beijing , l'Orchestre de Chambre de Vienne , le Philharmoniker Philharmonischen, l'Orchestre Philharmonique de Slovaquie, l'Orchestre Philharmonique de Novossibirsk, l'Orchestre Philharmonique de Pologne, l'Orchestre Philharmonique de Łódź, l'Orchestre Philharmonique de Szczecin, l'Orchestre Philharmonique d' Opole l' Orchestre philharmonique de Sudecka.


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laudec

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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Ven 13 Juil - 12:11

Oui, les percussions ont en effet quelque chose d'inouï, en supplément de ce que j'entends Wink
Belle rencontre avec Katarzyna Mycka pour ce Marimba Concerto, merci icare
J'adore voir ce jeu avec les mailloches sur les lames de bois
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Icare
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MessageSujet: Drouet   Ven 13 Juil - 18:14

Il était parfaitement logique que mon cycle actuel me reconduise ver le percussionniste, multi-instrumentiste et compositeur Jean-Pierre Drouet. L'art de la percussion est en lui et en tant qu'interprète il a aussi joué les musiques de Boulez, Globokar et de beaucoup d'autres noms de la création contemporaine. J'ai décidé de revenir à son univers où la percussion y joue souvent un grand rôle, avec sa partition pour une chorégraphie de Jean-Claude Gallotta; Les Variations d'Ulysse, avec Jean-Philippe Audin (violoncelle), Claude Barthélémy (guitares), Marie-Isabelle Bondu (alto), Xavier Charles (clarinette), Pascal Contet (accordéon), Serge Garcia (violon), Eric Giausserand (trompette) et bien sûr Jean-Pierre Drouet aux percussions, puis un de ses très rares travaux pour le Septième Art; Chamane, un film de Bartabas, ce qui me permettra de retrouver la guimbarde parmi d'autres percussions. Je suppose que pour un percussionniste composer pour un ballet doit être une sacrée aubaine pour exprimer son goût des rythmes, d'ici et d'ailleurs. Sur Les Variations d'Ulysse, il nous offre des constructions rythmiques très attractives et des combinaisons instrumentales qui ont tout pour me séduire. Par exemple, le premier thème qui s'intitule "Première Ballade" qui revient d'ailleurs à la fin dans une version plus courte, presque de moitié, de caractère obsessionnel, m'inspire l'aurore, l'éveil, l'éclosion, avec un beau mélange de cloches tubulaires, d'accordéon et de trio à cordes. L'effet en est saisissant. Son caractère chambriste d'une part, son caractère dansant d'autre part, l'influence du jazz aussi: c'est tout un voyage sans bouger de mon fauteuil, un voyage au rythme des tambours et des cloches, une sorte de "voyage rythmique" à travers différentes régions du monde. Drouet a beaucoup travaillé pour la danse et à travers des formes très variées de collaboration. On sent bien que dans le vaste univers de la danse il est comme un poisson dans l'eau. Il s'est appliqué à rendre hommage dans cette partition à des musiques de danse qu'il admire particulièrement; celles de la Méditerranée (Ulysse!), Grèce, Moyen-Orient, Afrique du Nord, Espagne, les percussions de l'Afrique Noire, le jazz..., s'est-il permis en outre quelques allusions peu déguisées (mais bien modestes selon lui) à un compositeur qu'il considère comme le maître en ce domaine: Igor Stravinsky. Ainsi s'achève ces chouettes "Variations d'Ulysse"; sur un beau matin qui s'éveille qu'est cette "Dernière Ballade"...Une danse obsessionnelle de l'éveil qui en fut aussi l'introduction. Very Happy


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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Ven 13 Juil - 19:49



Lorsque j'ai vu au cinéma le film de Bartabas, Chamane, dans ces vastes paysages enneigés où la nature peut nous apparaître toute aussi magnifique que brutale et impitoyable, j'avais été aussitôt saisi par la sonorité cinglante de la guimbarde, toujours un peu en marge des cordes et des autres percussions:

https://www.youtube.com/watch?v=uJnVSNjQbdI


Le joueur de guimbarde - je crois que le terme "guimbardiste" n'existe pas encore Hehe - a un nom bien exotique: Spiridon Chichiguin. Il emploie dans cette bande originale de Jean-Pierre Drouet une guimbarde iakoute.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Ven 13 Juil - 19:57



Un trio d'enfer!! Very Happy

https://www.youtube.com/watch?v=LXIvkOQn58g



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MessageSujet: Schnittke   Ven 13 Juil - 22:45



Il existe comme ça des oeuvres pour orchestre symphonique ou pour orchestre de chambre qui, sans être des concertos, offrent aux percussions une omniprésence ou une présence plus parcellaire mais qui, dans les deux cas, vont laisser une impression indélébile derrière elles. Dans mes recherches, je pense évidemment en premier lieu aux concertos pour percussions et aux oeuvres pour percussions seules. Je pense aux concertos dans lesquels percussion(s) et orchestre vont s'opposer avec hargne et méthode et aux concertos, comme celui de Jacob ter Veldhuis, où percussion(s) et orchestre vont se fondre dans un même mouvement victorieux ou désespéré, je pense à Journeys pour percussions seules de Lalo Schifrin...En revanche, je m'étais surpris moi-même d'avoir pensé aux petites percussions éparpillées dans Journal de Claude Vivier. Mon premier objectif est donc de me souvenir de la percussion qui a contribué à mon intérêt, voire à mon émotion, dans n'importe quelle oeuvre ou genre musical, pusse-t-elle avoir eu un rôle subsidiaire et en même temps essentiel dans mon appréciation personnelle. Je me rappelais bien qu'elle m'avait marqué dans Labyrinths pour orchestre de chambre (1971) d'Alfred Schnittke, interprété par le "Malmö Symphony Orchestra" sous la direction de Lev Markiz. Lors de cette nouvelle écoute, j'ai compris pourquoi les percussions brillaient à ce point dans mon souvenir de cette oeuvre. Il y en a plusieurs: pas moins de quatre percussionnistes et un joueur de célesta, ce superbe petit instrument de musique de la famille des percussions muni d'un clavier, inventé en 1886 par Auguste Victor Mustel (1842-1919): c'est un hybride entre le glockenspiel et le piano, les marteaux actionnés par les touches du clavier frappant des lames métalliques. J'en ai toujours adoré la sonorité. Labyrinths, outre les percussions et les cordes, des cordes mahlériennes soit dit en passant, emploie également un piano, un clavecin pas omniprésent mais très présent qui s'autorise des duos avec telle ou telle percussion et même un solo, et enfin un orgue au timbre d'église. L'oeuvre se constitue de cinq mouvements et atteint son point culminant à partir des deux derniers que je trouve fantastiques avec, en finale, un jeu éblouissant des percussions. Cette partition de ballet fut composée en 1971 à la suggestion du danseur et maître de ballet Vladimir Vasiliev qui désirait participer à un concours de chorégraphie avec ces "épisodes".
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Icare
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MessageSujet: Hosokawa   Sam 14 Juil - 9:23

La dernière fois que j'ai écouté les oeuvres pour percussions de Toshio Hosokawa c'était dans la douceur et le calme d'une chaude nuit d'été. C'était en 2015. Nous sommes en 2018 et toujours en été lorsque l'idée m'est venue de les réécouter, cette fois dans la douceur et le calme d'un beau matin d'été totalement ensoleillé et tout aussi chaud. A un moment ou un autre, je devais passer par le continent asiatique. J'ai d'abord réécouté son concerto avec Isao Nakamura aux percussions et le "WDR Sinfonieorchester Köln" sous la direction de Ken Takaseki. Le concerto s'intitule Tabi-bito - Wanderer. Puis j'ai réécouté une pièce de dix minutes pour percussions seules; Sen VI et enfin Die Lotosblume, en hommage à Robert Schumann, pour percussions et choeur, avec toujours le même soliste et le "WDR Rundfünkchor Köln" sous la direction de Rubert Huber. Le concerto, de toute évidence, a ses particularités typiquement nippones: une construction musicale faite de fulgurances, d'attentes et de silences. C'est une caractéristique qui me renvoie au grand Toru Takemitsu qui savait leur conférer une profondeur, un intérêt, une résonance, avec à mon avis davantage de magnétisme que Toshio Hosokawa. Je me souviens qu'à l'époque, dans les années 90, j'eus un tel engouement pour Takemitsu que je sautais sur presque tout ce que je trouvais, aussi bien sur sa musique de film que sur son oeuvre de concert, ce que je ne regrette pas puisque depuis, Takemitsu est devenu l'un de mes compositeurs préférés et de ceux que je connais le mieux. Toshio Hosokawa ne m'a pas rendu aussi gourmand. Son concerto pour percussions et orchestre ne se contente pas que de dépouillement et de sons qui scintillent au loin. Elle évolue aussi vers des moments de fougues et de jaillissements entre l'orchestre et les percussions, puis, il y a un autre moment aussi, assez important, où le soliste évolue seul. L'orchestre réapparaîtra plus tard, sur la pointe des notes, lumineux, d'une finesse toute nippone. La seconde pièce pour percussions seules s'impose comme une sorte d'interlude avant la troisième oeuvre; Die Lotosblume. Autant prévenir tout-de-suite, cette musique ne ressemble pas à du "Schumann", même si elle lui rend hommage. Les percussions y interviennent surtout dans des sonorités claires et plus disparates, ce qui n'est pas sans m'évoquer Journal de Claude Vivier. Méditative et propice au recueillement, elle m'apporte une conclusion finalement belle et apaisante.
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joachim
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Sam 14 Juil - 9:37

Revenons un peu en arrière Laughing

Darius Milhaud a composé un concerto pour percussion et petit orchestre (op 109) et un concerto pour marimba, vibraphone et orchestre (op 278)

André Jolivet a lui aussi composé un concerto pour percussions et orchestre




https://www.youtube.com/watch?v=Hk3bjXUPLLI

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Icare
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Sam 14 Juil - 9:56


Ha mais Jolivet est un compositeur qui m'est cher... Very Happy
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MessageSujet: Jiping   Sam 14 Juil - 15:55

Si vous voulez bien - et même si vous ne le voulez pas Hehe - je vais revenir sur une musique et un film que j'aime beaucoup: Farewell my Concubine/Adieu ma Concubine. Le film est réalisé par Chen Kaige et la musique est signée Zhao Jiping, un compositeur dont j'attends impatiemment de pouvoir écouter son oeuvre de concert, notamment un concerto pour violon et sûrement d'autres créations. Je me suis d'ailleurs rendu compte que je ne lui avais encore dédié aucun topic, lacune qu'il me faudra combler incessamment sous peu. Pourquoi j'évoque la bande originale d'Adieu ma Concubine sur ce fil? La raison est évidente dans la mesure où à chaque fois que je repense à cette musique, les percussions ou plus exactement les cymbales résonnent immédiatement dans ma tête. Ce sont les sons très métalliques des cymbales qui animent dans mon esprit les fêtes villageoises en Chine, que l'on entends souvent dans beaucoup de danses traditionnelles de ce pays. Je sais qu'il y a dans le domaine de la création musicale une peur du cliché et c'est vrai que d'entendre systématiquement un bandonéon parce que l'intrigue se situe à Buenos aires en Argentine ou un biwa parce que l'action se situe dans une ancienne province du Japon, comme, par exemple, la Province d'Etchù, peut s'avérer agaçant lorsque son exploitation semble trop téléphonée. En musique de film, ce sont surtout les systématismes de tous poils qui sont à redouter et non le cliché en lui-même qui peut, au contraire, s'avérer un choix judicieux. Tout réside en réalité dans la manière musicale et filmique dans laquelle il est exploité, et par le compositeur, et aussi par le réalisateur lors du montage. Connaissant le très beau film de Chen Kaige et la magnifique partition de Zhao Jiping, j'estime que ces fameuses cymbales qui tintinnabulent bruyamment dépassent avec fracas la simple idée de cliché. Elles ne sont ni décoratives ni superflues. La B.O. se constitue de trois suites dans lesquelles s'entremêlent avec beaucoup de sensibilité et même de sensualité, une musique traditionnelle bien prononcée et une musique orchestrale plus occidentale surtout portée par les cordes. La mauvaise idée fut d'introduire entre les trois suites de Jiping deux chansons d'un intérêt très relatif qui rompent avec la belle ambiance de l'ensemble. Ce qui m'a toujours procuré une émotion forte et indescriptible est justement la confrontation pacifique entre la brutalité sonore des cymbales et des cordes soyeuses et méditatives.
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Icare
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MessageSujet: Järvlepp   Sam 14 Juil - 20:15

Jusqu'à cet endroit du topic, ne furent évoqués que les véritables instruments à percussion mais pas encore ce que j'appellerais volontiers les percussions occasionnelles. Effectivement, on peut utiliser comme percussions des verres, des bouteilles en plastique, des tuyaux, du papier - j'en veux comme exemple le formidable Paper Concerto de Tan Dun sur lequel je reviendrai plus tard - des ustensiles de cuisine, un fouet qu'Ennio Morricone utilisa dans la musique qu'il composa pour le film de John Boorman, L'Exorciste II: L'Hérétique, des morceaux de bois, puis l'eau - là aussi, Tan Dun en fit de belles et poétiques expériences - et le bois des violons et des guitares, les cailloux, les coquillages, ainsi que notre propre corps, etc...Voilà une modeste réflexion qui me conduit directement au Garbage Concerto de Jan Järvlepp par le "Kroumata Percussion Ensemble" et l'Orchestre Symphonique de Singapour sous la direction de Lan Shui. Le compositeur nous en parle avec ces mots:

<<Tout a commencé quand j'ai sorti une boîte de fer blanc du contenant de recyclage près de ma porte de cuisine et j'ai dit: 'je peux faire quelque chose avec ça!'. Peu de temps après, j'avais rassemblé une trentaine de pots de verre, trente boîtes de métal et une demi-douzaine de bouteilles de plastique que je frappais avec des maillets de tambour. Peu à peu, je rejetai les objets acoustiquement inférieurs et gardai ceux qui sonnaient le mieux à mon avis. Puis je tâchai d'inventer des rythmes utilisables et de trouver une façon de les intégrer à l'orchestre symphonique, grâce à mon expérience de guitariste rock quand j'étais adolescent. La pièce suit le format traditionnel du concerto, vif - lent -vit, dans ses trois mouvements. Dans le premier (Danse du vent), les cinq solistes jouent sur des boîtes de fer blanc, des pots de verre, des bouteilles de plastique, des enjoliveurs, une boîte à recyclage et un sac en papier. Dans le serein second mouvement, les solistes soufflent dans des bouteilles de verre remplies d'eau à différents niveaux tandis que l'orchestre fournit un fond minimaliste de gouttelettes. Dans l'animé mouvement final (Danse avec la Pluie), les percussionnistes jouent sur des boîtes de fer blanc, des pots de verre, des bouteilles de plastique, une boîte à recyclage et un maraca fait à partir d'une boîte métallique.>>
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MessageSujet: Norgard/Sorensen   Sam 14 Juil - 23:35

Il faut vraiment que j'aime un compositeur pour que je tente un double-cd de percussions seules ou agrémentées d'électronique par-ci par-là. Il faut que je lui porte une sacrée confiance. Mais lorsqu'on apprend que ce compositeur n'est autre que Per Norgard et qu'on connaît mon intérêt toujours intact pour sa musique en général, il n'y a rien d'étonnant. Néanmoins, sa musique de chambre pour violoncelle me laisse plutôt tiède alors que ses pièces d'orgue m'avaient refroidi la seule fois où je les avais écoutées. Donc tout n'était pas gagné! A Drummer's Tale, episode one est un double-album qui contient sept oeuvres de différentes proportions, toutes interprétées par l'excellent percussionniste Gert Sorensen. Waves (1969) est d'une durée qui dépasse les vingt-et-une minutes. Extrêmement répétitive, aux limites de l'acceptable, aliénante et tournant sur elle-même, jouant imperturbablement sur deux notes répétées à l'envi avec différentes percussions qui s'interfèrent entre elles tout en étant aussi sévèrement réglées qu'un métronome, la mécanique infernale est en mouvement, soit pour le meilleur ou pour le pire, tout dépend si on adhère ou si on décroche. Etant par nature très sensible aux musiques à caractère obsessionnel, bien que ce ne soit pas systématique si j'en crois mon goût peu développé pour la musique d'un Glass ou d'un Nyman, j'ai été maintenu en haleine pendant toute la durée de Waves et heureusement car plus je m'approchais de la fin plus j'étais intéressé. Isternia (1979) est déjà très différent, beaucoup moins axé sur la répétition d'une même note ou de deux notes. L'instrument dominant est le marimba avec sa sonorité ronde et claire. C'est un chouette monologue dont il existe aussi une version pour cymbalum solo puis fut également retravaillée pour flûte alto et harpe sous le titre "Sonora". La troisième oeuvre du premier volume s'intitule I Chin (1982) et se compose de quatre mouvements. Le premier (Thunder Repeated: The Image of Shock) déploie un éventail de percussions plus varié que les deux oeuvres précédentes. Il m'a semblé y reconnaître parmi des tambours, cloches tubulaires et autres "bols" en bois, la fameuse cymbale chinoise. Plus je m'enfonce dans l'oeuvre et ses différents mouvements, plus je m'imprègne des magnifiques sonorités qui l'habitent. J'ai l'impression de pénétrer un monde magique, un monde qui ne ressemble pas au monde dans lequel je vis, un monde où tout me semble beau et irréel. Le troisième mouvement (The Gentle, The Penetrating) en est de toute évidence l'épicentre. Les roulements de tambours surexcités amorcent la dernière partie (Towards Completion: Fire Over Water); c'est comme une course-poursuite où les principaux protagonistes se distinguent par leur endurance avant l'essoufflement. Le xylophone reprend alors le flambeau à un pas de course  plus serein. C'est ainsi que s'invite une petite percussion qui fait sonner sèchement son bois et, alors que le xylophone s'est définitivement tu, les tambours reprendront leurs pulsations et roulements palpitants.
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Icare
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MessageSujet: Bose   Dim 15 Juil - 10:11

Ce matin, j'ai mis un pied en Inde avec l'album Traveller d'Anoushka Shankar qui offre une belle filiation entre le raga et le flamenco, une filiation historique qui les unit comme deux proches cousins. Pour cette occasion, autour du sitar et de la guitare, elle invita "Pirana" et leurs percussions espagnoles et le joueur de tabla Tanmoy Bose. Cette réécoute était justement un très plaisant prétexte pour parler du tabla, cette percussion très caractéristique de la musique indienne au même titre que le sitar. Pour ceux qui ne connaîtraient que de nom: <<le tabla est un instrument de musique à percussion de l'Inde du Nord, joué également au Pakistan, au Bangladesh, au Népal et en Afghanistan. Il se présente sous forme d'une paire de fûts, composée du dayan (tambour droit) qui produit divers sons aigus, et du Bayan qui sert aux sons de basse. Le tabla s'utilise en solo, ainsi qu'en accompagnement dans la musique classique hindoustanie (Khayal de l'Inde du Nord et du Pakistan), le Kathak (danse classique de l'Uttar Pradesh), dans la musique classique afghane et quasiment dans toutes les formes populaires de ces régions. Depuis quelques années, il est intégré et échantillonné dans les musiques de fusion et électroniques. Cet instrument apparaît à partir du XVIIIème siècle dans les cours mogholes de l'Inde, pour accompagner le Khayal qui commence à prendre de l'importance face au Dhrupad. À partir du milieu du XVIIIème siècle, 6 styles (Gharanas) se développent et sont reconnus aujourd'hui par l'ensemble des maîtres tablistes : Punjab, Delhi, Lucknow, Ajrada, Farrukhabad et Bénares.>> (source wikipédia)


Tanmoy Bose est un percussionniste indien et un joueur de tabla (tabliste) , producteur musical, acteur de cinéma et compositeur né le 23 août 1963, une grande année qui a donné de bons crus Hehe. Il a collaboré avec Pandit Ravi Shankar , Anoushka Shankar et Amjad Ali Khan , et a créé le groupe musical "The Taal Tantra Experience" en 2002.

https://www.youtube.com/watch?v=9M3ASj5kOIc


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joachim
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Dim 15 Juil - 12:52

Les Anoushka se suivent et ne se ressemblent pas Laughing

Anoushka Shankar (née en 1981) est la fille de Ravi Shankar, ce grand interprète de sitar et compositeur indien. Comme son père, elle est interprète de sitar et compositrice.

La voici encore au sitar dans une oeuvre de son père, Pancham Se Gara, accompagnée par une tampura et deux tablas (sorte de tambour qu'on peut assimiler à des percussions, non ?)



https://www.youtube.com/watch?v=8CnhcGpmH9Y
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MessageSujet: TanDun   Dim 15 Juil - 16:26

Oui, le tabla est indéniablement une percussion et c'est pour cette raison que j'en ai parlé sur ce fil afin de ne pas laisser l'Inde de côté ni la sympathie que je porte à cet instrument de musique , en revanche, la tampura est un instrument à cordes proche du luth.

Comme prévu, je suis revenu pour l'occasion sur Paper concerto/concerto pour papier et orchestre de Tan Dun que je n'ai qu'en DVD et je suis content de la posséder au travers de ce média plutôt que dans un simple support audio, parce qu'en visionnant la vidéo, en ce début d'après-midi, ce fut une grande dose de poésie à la fois sonore et visuelle qui s'est révélée à travers les gestes gracieux de trois magnifiques jeunes femmes manipulant le papier avec style et dextérité. J'ai aimé cette manière d'extraire du papier des sonorités fascinantes afin d'enrichir le spectre sonore d'un orchestre classique, encore qu'il y avait deux violonistes à l'écart, en hauteur sur un des balcons, du papier que l'on secoue, froisse, déchire, gonfle d'air, sur lequel on souffle, on frappe comme sur des tambours, du papier utilisé autant comme instrument à percussion que comme instrument à vent, et dans un complexe harmonique parfaitement cohérent et intelligible. Chaque musicien secoue les pages de leur partition sur les pupitres, les violons sont parfois frappés sur les cordes. La flûte basse, lors du premier mouvement, délivre patiemment son souffle bienfaiteur alors que les grandes bandes de papier vibrent bruyamment autour d'elle. C'est comme un vent d'une belle fraîcheur qui règne sur un orchestre encore très discret. La profondeur du récit musical est bien là, ses racines ainsi plongées dans des pratiques chinoises ancestrales et traditionnelles mais au service d'une musique savante moderne et non dépourvue d'insolence. Le concerto reçoit en fin de concert une ovation mémorable de la part d'une salle comble. Le public fut enchanté et moi complètement émerveillé par une oeuvre aussi poétique qu'atypique...Le papier avait bien le droit à cet hommage, ce que Tan Dun fit aussi pour l'eau qu'il employa également comme instrument à percussion.

L’histoire du papier remonte à l’Antiquité. Le papier porteur d’un message le plus ancien connu à ce jour date de l’an 8 av. J.-C. et a été trouvé en Chine. Pas étonnant donc qu'un compositeur chinois eut envie de lui dédier un concerto. Very Happy
Une vidéo de son concerto se trouve sur son fil en cliquant ici


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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Dim 15 Juil - 23:05

Ce soir, j'ai écouté pour la première fois plusieurs oeuvres de Benjamin de la Fuente, Flip (2011) pour 2 batteries et clavier, Pris de court (1998) pour 6 instruments et électronique, Cassure d'Âme (2000) pour violon, 2 percussions et électronique, Play the Game (extrait - 2005-2006) pour saxophones, flûtes, violon, contrebasse, batterie, clavier et électronique,Redeone (1997) pour orchestre de chambre et Touche (2011) pour flûte, violoncelle, guitare acoustique folk, contrebasse, percussion et clavier. Voilà un compositeur qui trace une voie très personnelle dans la roche abrupte de l'avant-garde, entre écriture et improvisation. Le compositeur prône une démarche artistique sincère et sans concession. Ceux qui, au contraire, ne prônent pas une telle approche n'y retiendront, dépités, qu'un "sans concession". Effectivement, aucune rondeur n'amortit les angles des éclats sonores qui jaillissent ainsi d'un feu ardent, aucune once de romantisme ne s'échappe d'un fragment tonal qui se serait volontairement égaré, comme une sorte de minuscule oasis venu trancher avec l'aridité ambiante. Tout semble sculpté dans le vif et s'extraire du néant, offrant l'illusion de la nouveauté absolue, d'une insolence musicale de grande fraîcheur et sans racine où la rupture avec le passé paraît évidente. Les percussions sont très présentes dans la musique de Benjamin de la Fuente et participent aux plus belles fulgurances que j'ai pu bénéficier à plusieurs endroits, notamment dans Play the Game mais pas seulement. Il y a un peu de voix parlée ci et là, des mots qui se rajoutent aux mots, construisant un étrange poème; c'est, je crois, dans Cassure d'âme. Il y a aussi l'exploration de bruits ordinaires transformés dans un complexe sonore extraordinaire où se fondent (parfois), dans un même brasier incandescent, sons acoustiques et électronique, puisse-t-il s'agir de changements de fréquences-radio plusieurs fois convoquées dans la musique contemporaine. En conclusion, suite à cette première approche, je ne peux que jubiler devant une telle bouffée de créativité. Découvrir une nouvelle musique qui m'enthousiasme autant, voilà qui me procure une joie bien plus grande et bien plus profonde qu'une victoire au F***!
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Lun 16 Juil - 10:23


J'ai réécouté le second volet de A Drummer's Tale, a episode one qui contient quatre compositions pour percussions seules dont certaines avec électronique et un apport de la voix humaine (Circus City) (1995). Les trois autres oeuvres s'intitulent Energy Fields Forever (1985), Nemo Dynamo (1989) et Bulan (1990). J'y ai ressenti là aussi de très belles fulgurances sonores, des combinaisons de timbres particulièrement fantastiques, des atmosphères rares et envoûtantes. Evidemment, il y a aussi des moments moins impressionnants, moins passionnants, mais l'attente de ceux qui le sont vraiment valent la peine à mon avis. En réalité, j'ai toujours aimé la percussion et, forcément, les oeuvres qui les mettent en valeur, néanmoins des percussions seules sur une durée de 70 minutes, ce n'était quand même pas gagné, aussi talentueux puisse être celui qui nous a imaginé et réalisé ces curieuses "symphonies". Gert Sørensen a travaillé comme soliste depuis 1975, avec Palle Mikkelborg depuis 1990, le même Mikkelborg qui d'ailleurs apporte sa participation à l'avant-dernier morceau Bulan, et depuis 1995, il a tourné avec le "Palle Mikkelborg Trio". Au cœur de l'univers musical de Gert Sørensen, l'exploration des percussions en interaction avec la nouvelle technologie sonore des ordinateurs et de l'échantillonnage - les claviers MIDI et les tambours d'argile indiens font partie du même projet: transformer les partitions complexes de musique contemporaine en musique de clarté, créé avec un son moderne et personnel. Je pense qu'il était le musicien rêvé pour interpréter et enrichir de sa science les partitions inventives de Per Norgard. Soit dit en passant, il y a une autre oeuvre de Norgard qui fait un bel emploi de la percussion: Twilight pour orchestre: j'en ai toujours admiré le jeu au sein de l'orchestre, la conga, c'est le nom de cette percussion, interprétée par Tom Nyboe.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Lun 16 Juil - 16:47

joachim a écrit:
Dans un autre domaine, je suppose que tu connais la sonate pour 2 pianos et percussions de Béla Bartok :


https://www.youtube.com/watch?v=AvSBXF_RPkk

Et bien voilà c'est fait! Comme prévu, j'ai réécouté cette superbe Sonate pour deux pianos et percussions et en plus, la version Concerto pour deux pianos, percussions et orchestre, par les pianistes Katia & Marielle Labèque. Je retrouve le percussionniste Jean-Pierre Drouet aux côtés de Sylvio Gualdo. Puis par le "City of Birmingham Symphony Orchestra" sous la direction de Sir Simon Rattle. Au départ, je n'étais pas certain de les réécouter, parce que je les avais déjà réécoutées il n'y a pas si longtemps et que j'en avais déjà parlé ailleurs, probablement sur le fil consacré à Bartok et à celui des concertos pour piano ou double-concerto, puis parce que j'avais davantage opté pour deux concertos de Siegfried Matthüs, certes un compositeur moins célébré, moins joué, moins connu, mais très intéressant malgré tout. J'avais aussi pensé au Rituals for five percussionnists de Ellen Taaffe Zwilich. J'en ai un bon souvenir également. Mais tout cycle doit avoir une fin car le but n'est bien sûr pas d'aboutir à une saturation, un écoeurement. Un futur cycle autour des percussions comblera les oublis de celui-ci qui se terminera très bientôt du côté de l'Asie...avec la fabuleuse Evelyn Glennie. Bartok fut effectivement un excellent choix, ce que je savais déjà, évidemment, tant les percussions y sont merveilleusement mises en valeur dans les deux opus.
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MessageSujet: Re: Le monde inouï des percussions!   Lun 16 Juil - 23:44



Mon cycle autour de la percussion s'est donc achevé avec quatre compositeurs; le Taïwanais Yiu-Kwong Chung, les Japonais Keiko Abe et Toshiro Mayuzumi et l'Allemand d'origine serbe Nebojsa Jovan Zivkovic. Le Concerto pour percussion et orchestre d'instruments chinois (D'après trois poèmes de Qing Huang) de Yiu-Kwong Chung se compose de trois mouvements dont les titres sont également ceux de trois poèmes de la jeune poétesse taïwanaise; "La lamentation de la lune/Je crois/Se destiner. La seconde oeuvre de Chung est une forme concertante pour deux percussionnistes et orchestre d'instruments chinois intitulée L'empereur Qin détruisant les formations de combat: <<Cette pièce de danse "L'empereur Qin détruisant les formations de combat" a été jouée la première fois en 627 à la cour du second empereur Tang. Des instructions précises relatives à la musique et à la chorégraphie nous sont parvenues, du moins partiellement. A partir du matériel existant, Chung a composé une version qui ne suit cependant pas la tradition d'interprétation de la musique chinoise. Elle recourt aux thèmes anciens en tant que base mais inclut également des mélodies pour pipa et guzheng (instruments à cordes pincées) extraites de partitions datant de la dynastie Tang. L'oeuvre est en trois parties. La première et la troisième sont les plus près de la source originale. La section centrale est une création de Yiu-Kwong Chung qui repose sur le concept de la musique Tang mais dans un style contemporain. Par le biais de celle-ci et le dépassement des frontières entre les techniques de percussion des instruments chinois et occidentaux. L'oeuvre entière parvient à un équilibre entre modernité et tradition, entre est et ouest. L'arrangement de l'orchestration et la disposition des musiciens sur la scène ressemblent à des formations militaires d'une autre époque.>> Je retrouve Prism Rhapsody de Keiko Abe mais, cette fois, pour un seul marimba et un orchestre d'instruments chinois. Je ne me demande même plus si je n'ai pas préféré cette version-là au Prism Rapsody II pour deux marimbas et orchestre classique (occidental): je la préfère. Very Happy Le Concertino pour xylophone de Toshiro Mayuzumi réarrangé pour orchestre chinois par Simon Kong Su Leong est également réussi bien que je ne saurais toujours pas dire si je le préfère dans cette nouvelle version, d'autant plus que je n'ai pas réécouté l'autre depuis.


Dame Evelyn Glennie est une percussionniste virtuose écossaise née le 19 juillet 1965 à Aberdeen. Elle a grandi dans une ferme de l'Aberdeenshire. Son père est accordéoniste dans un club de danse écossaise ; la musique traditionnelle devint ainsi une influence importante pour la jeune musicienne dont les premiers instruments étaient l'harmonica et la clarinette. Glenn Gould et Jacqueline du Pré furent deux influences majeures également. Evelyn Glennie fit ses études à Ellon avant de rejoindre le "Royal Academy of Music". Elle se produit dans tout l'hémisphère Nord, passe quatre mois par an aux États-Unis, et joue avec une très grande variété d'orchestres et de musiciens contemporains. Evelyn Glennie est sourde depuis l'âge de 12 ans. Elle parraine de nombreuses associations d'aide aux jeunes musiciens sourds. Le film "Touch the sound" (2004), réalisé par Thomas Riedelsheimer, lui est consacrée et montre notamment l'une de ses collaborations avec Fred Frith. Le compositeur estonien Erkki-Sven Tüür lui a dédié Magma, sa quatrième symphonie. En juillet 2012, elle participe à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Londres.

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