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 Haydn - La Création (version française, 1800)

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Emmanuelle



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MessageSujet: Haydn - La Création (version française, 1800)   Sam 1 Juil - 15:12

Puisqu'on parle de Haydn sur un autre fil, je republie ici un compte rendu d'un concert de la Création, version de 1800. Il a été radiodiffusé et devrait sortir en CD...

Haydn – La Création (version française de 1800) - Sarcos 2016
Hob. XXI : 2
Version française de 1800 :
Adaptation musicale de Daniel Steibelt
Livret mis en vers par Joseph-Alexandre de Ségur

Omo Bello, soprano – Gabriel et Eve
Rémy Mathieu, ténor – Uriel
Sévag Tachdjian, basse – Raphaël et Adam

Le Palais Royal
Jean-Philippe Sarcos – direction musicale

Salle historique du premier conservatoire, 15 avril 2016


Die Schöpfung de Haydn, créé publiquement à Vienne le 19 mars 1799, connut sa première étrangère à Londres : John Ashley, impresario rival de Johann Peter Salomon – qui avait organisé les séries de concert mettant Haydn en valeur, avec le succès que l’on sait – était parvenu à obtenir cette primeur pour Covent Garden.

La France dut attendre le 3 novembre 1800 pour pouvoir entendre cet oratorio : la Société du Concert lilloise en proposa une première version française le 12 brumaire an IX, dans une adaptation faite par le « citoyen Moline » (1740-1821), un avocat au Parlement de Paris. La partition avait été apportée à Lille fin septembre 1800, soit bien avant que le promoteur parisien, le pianiste et compositeur Daniel Steibelt (1765-1823), ne se la procure à Vienne… Il est possible qu’elle provienne d’une des copies achetées par l’un des souscripteurs britanniques.

Bien que n’ayant pas la primeur française de La Création du Monde, la première parisienne du 24 décembre 1800 est néanmoins restée dans les annales. La musique y a peu de part, puisqu’on s’attache davantage au souvenir de l’attentat de la rue Saint-Nicaise. En effet, Bonaparte échappa de peu aux ravages créés par une « machine infernale », déclenchée sur le chemin qui le menait au Théâtre des Arts (actuel square Louvois) où se donnait l’oratorio de Haydn. Il y arriva en retard. Le choc créé par de l’évènement troubla d’ailleurs le public, relativement peu attentif au déroulement musical de la soirée…. Un temps, on avait annoncé qu’Haydn lui-même dirigerait son œuvre, mais ce fut finalement le chef attitré de l’Opéra, Jean-Baptiste Rey, qui le fit. Daniel Steibelt, était au piano. Deux cent cinquante musiciens participèrent à la soirée. Le succès de La Création fut tel qu’une parodie se donna peu après à Paris, et que les musiciens firent frapper une médaille en or en l’honneur de Haydn. Leur correspondance avec le compositeur reconnaissant parut d’ailleurs dans Le Moniteur en 1801.

Comme il était d’usage avec les œuvres d’origine étrangère, l’oratorio fut donné à Paris dans une version française. Cette adaptation est parfois assez éloignée du texte originel, prosodie oblige. Après avoir traduit le livret allemand en prose, Daniel Steibel en avait demandé une adaptation versifiée au vicomte Joseph-Alexandre de Ségur. Cette transposition linguistique est d’ailleurs inscrite dans l’histoire de l’œuvre : le livret allemand de Gottfried Van Swieten était lui-même une traduction réduite d’un livret anglais dont l’auteur, resté anonyme, s’était inspiré de la Genèse et du Paradis Perdu de Milton. A l’automne 1795, de retour de Londres, Haydn en avait emporté le texte à Vienne. La partition de Die Schöpfung, publiée en 1800 à Vienne, donnait une version bilingue, dont l’anglais avait été étrangement retouché par Van Swieten. Cette publication favorisa la diffusion de l’œuvre, qui essaima dans toute l’Europe où elle connut une popularité égale à celle du Messie de Haendel. Haydn ne s’opposait pas, loin de là, à des traductions dans la langue du pays : la compréhension du texte lui était chère. Malgré certaines naïvetés assumées, le texte du vicomte de Ségur est encore étonnamment efficace, trouvant par instants un élan poétique et une force d’évocation d’un archaïsme réjoui.

La prosodie française et un effectif bien inférieur à celui de la création parisienne de cette version contribuent à alléger le propos musical d’origine, avec une clarté qui s’éloigne heureusement de l’effet de masse orchestrale et du clinquant sonore si appréciés à la fin du XVIIIe siècle. Toutefois le dynamisme et l’attention aux couleurs du Palais Royal, son continuo éloquent et ductile, admirablement rendus par l’acoustique remarquable de la plus ancienne salle de concert de Paris, mettent en valeur la palette et l’architecture de cet oratorio. Ce plaisir de l’offrande musicale, perceptible tant chez l’orchestre que chez un chœur qui gagne en puissance et en vitalité tout du long de la soirée alimentent le plaisir des auditeurs.

Le lumineux Rémy Mathieu, d’une clarté suave très mozartienne, ne laisse pas perdre une syllabe de son texte, et anime avec bonheur les parties qui lui sont confiées. Galbe mordoré de la ligne de chant et élégance naturelle nourrissent un art qui infléchit l’œuvre de Haydn vers la grande tradition de la musique sacrée française des XVIIe et XVIIIe siècles. Son aisance finit par gagner Sevag Tachdjian, un peu brouillon lors de la première partie. Il finit par gagner en assurance et la persuasion attendrie de ses interventions finit par rejoindre l’éloquence de ses récitatifs. Pour sa part, Omo Bello pâtit d’un instrument opulent et parfois instable ; elle peine parfois à passer l’orchestre mais n’en délivre pas moins une émotion et une sincérité qui éclatent dans la dernière partie.

Il faut remercier Jean-Philippe Sarcos pour sa curiosité musicologique, qui nous rend ainsi un jalon important de la fortune artistique française d’Haydn, et pour la flamme avec laquelle il conduit l’orchestre : son Haydn robuste et franc, aux arêtes arrondies et aux couleurs printanières, au premier degré délicieusement assumé, est un véritable plaisir pour les auditeurs ainsi qu’une réussite enthousiasmante pour cette partition exhumée de l’oubli.


Sur l’histoire de l’œuvre, voir Marc Vignal, Joseph Haydn, Fayard, 1988.
Sur la création lilloise, voir Guy Gosselin, « La première audition française de l'oratorio de Joseph Haydn "La Création (Die Schöpfung)" à Lille, le 12 brumaire an IX (3 novembre 1800) », Revue de Musicologie, T. 92, n°1 (2006), pp. 97-108.

On trouvera le livret français (qui suit l’ « Ode à Jenner, composée pour cette cérémonie, par M. Édouard Blanc, et récitée par Mlle Henriette-Jacques. » dans une édition de 1858) sur Gallica, ainsi qu’une partition réduite piano-chant (Gallica) : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k311505j.r=cr%C3%A9ation%20haydn

[source originelle : http://odb-opera.com/viewtopic.php?f=6&t=17275 ]
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joachim
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MessageSujet: Re: Haydn - La Création (version française, 1800)   Sam 1 Juil - 17:30

Emmanuelle a écrit:
Comme il était d’usage avec les œuvres d’origine étrangère, l’oratorio fut donné à Paris dans une version française. Cette adaptation est parfois assez éloignée du texte originel, prosodie oblige.

Adaptation de la prosodie, je veux bien, on ne peut pas traduire exactement des vers allemands en vers français. Mais la musique est-elle bien respectée : les arias et les choeurs sont-ils tous repris ?
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Emmanuelle



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MessageSujet: Re: Haydn - La Création (version française, 1800)   Dim 2 Juil - 19:41

Joachim, il s'agit bien de la partition de Haydn au texte adapté en français... ce qui change quand même beaucoup la perception qu'on en a...

Extraits ici :



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joachim
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MessageSujet: Re: Haydn - La Création (version française, 1800)   Dim 2 Juil - 20:48

C'est tout à fait convainquant... bien que l'on ne comprenne rien de toute façon. Finalement, allemand ou français, peu importe...

Je suppose qu'il s'agit de l'adaptation de Steibelt et non pas du citoyen Moline ?
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MessageSujet: Re: Haydn - La Création (version française, 1800)   

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