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 Fauré - Mélodies (Lenaerts Riga, CD Muso)

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Emmanuelle



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Date d'inscription : 31/05/2014

MessageSujet: Fauré - Mélodies (Lenaerts Riga, CD Muso)   Jeu 29 Juin - 19:08

Gabriel Fauré (1845-1924) – Mélodies

Le Papillon et la Fleur (Op. 1: I) – Victor Hugo
Tristesse d’Olympio – Victor Hugo
L’Absent (Op. 5: III.) – Victor Hugo
Tristesse (Op. 6: II) – Théophile Gautier
Au Bord de l’eau (Op. 8: I) – Sully Prud’homme
3ème Nocturne en la bémol majeur (Op. 33)
Après un rêve (Op. 7: I) – Romain Bussine
Nell (Op. 18: I.) – Lecomte de Lisle
Poème d’un jour, Adieu (Op. 21: III) – Charles Grandmougin
Les Berceaux (Op. 23: I) – Sully Prud’homme
Le Secret (Op. 23: III) – Armand Silvestre
Les Roses d’Ispahan (Op. 39: IV) – Lecomte de Lisle
Fleur jetée (Op. 39: II) – Armand Silvestre
Barcarolle en la bémol majeur (Op. 44)
Clair de lune (Op. 46: II) – Paul Verlaine
Au Cimetière (Op. 51: II) – Jean Richepin
Mandoline (Op. 58: I) – Paul Verlaine
Prison (Op. 83: I) – Paul Verlaine
Soir (Op. 83: II) – Albert Samain

Thibaut Lenaerts – ténor
Philippe Riga – piano Erard 1873

CD Muso, 2017


Raffinement impressionniste et élans soupirés

Tant de splendeurs vocales ont balisé notre écoute des mélodies de Fauré qu’on pense tout en connaître ; Charles Panzéra, Gérard Souzay, Bernard Kruisen, Hugues Cuénod, François Le Roux et Yann Beuron nous ont en déjà dévoilés des horizons chimériques et chéris. C’est dire que l’approche de Thibaut Lenaerts tranche sur ses illustres devanciers. Protée épousant les humeurs complexes témoignant de l’évolution de l’art de Fauré, il traduit tout autant la véhémence angoissée de la fleur jetée qu’une Tristesse amène qui se rit de sa douleur. La mélancolie fluide d’Olympio répond à un rêve retenu et enivré. L’interrogation poignante de L’Absent se teinte d’un silence qui glisse lentement vers le vide. L’inéluctabilité de l’entropie qui s’alambique Au bord de l’eau se dissout dans une ode d’une juvénile ardeur à Nell. Les regrets évaporés d’un Adieu laissent place à la pudeur d’un Secret chuchoté. Des Berceaux au doux balancement miroitent, tout comme ces roses d’Ispahan gainées de mousse, emperlées d’une rosée qu’on se plait à deviner. Diction ciselée, délicatesse d’un miniaturiste esquissant un silence sur l’ivoire et pureté du timbre s’équilibrent idéalement, en de fulgurantes intuitions qui transfigurent des pages si connues et d’autres souvent méconnues.

Tutoyant les mêmes sommets, un piano Erard de 1873 – facteur favorisé par Fauré – irise de couleurs qui perlent de mille arcs-en-ciel sur des cieux changeants. Philippe Riga confère à ces arabesques fluidité, clarté de fêtes en larmes et de purs mystères, d’autant plus éblouissants qu’ils semblent si proches, ne se dérobant que lorsqu’on croit les saisir. Avec une discrétion empathique qui aurait certainement comblé d’aise le compositeur. Cette élégance primesautière ou plus sombre, ces dérobades avenantes entourent d’un frais écrin le chant raffiné et ondoyant de Thibaut Lenaerts. De superbes Nocturne et Barcarolle rappellent, s’il en était besoin, quel compositeur pour clavier fut Fauré.

C’est à une promenade dans un paysage choisi où alternent futaies et jardins à la française, où flamboie un horizon perdu que nous sommes conviés. En des détours inattendus, la grâce de ces deux compagnons laissent les mots s’épanouir, et les auditeurs de se prendre à les croire, pour reprendre là un des credo de Poulenc qu’ils serviraient aussi magistralement.
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