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 Falvetti - Il Diluvio Universale

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Bel Canto
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MessageSujet: Falvetti - Il Diluvio Universale   Jeu 21 Juil - 12:01



Dans la tradition de Carissimi et de Haendel, la musique de Falvetti, d'une grande orginalité, est à la mesure de la Sicile, terre métissée connue pour avoir mêlé les chants d'Orient et d'Occident.
Il Diluvio Universale, "dialogue à cinq voix et cinq instruments" fut joué à Messine en 1682, année au cours de laquelle Michelangelo Falvetti fut nommé maître de chapelle de la cathédrale.  L'histoire est tirée de l'un des épisodes le plus connus et tragique de l'Ancien Testament : Dieu, las de la méchanceté et de la corruption de l'humanité, décida d'éliminer l'homme et avec lui toutes les formes de vie, faisant tomber la pluie sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. Il épargna seulement Noé, sa famille et les animaux de chaque espèce, qu'il lui avait ordonné d'abriter dans l'arche. Ce sujet se prêtre parfaitement à un traitement dramatique et le deux auteurs y puisent leur inspiration d'une manière très efficace tout au long de la pièce. Le livret, écrit par Vincenzo Giattini, a permis à Falvetti d'exploiter le drame avec un génie très rare dans les oeuvres de cette époque.

source : livret édité par le Festival Musical de Namur, juillet 2016
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Bel Canto
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Jeu 21 Juil - 12:53

Lors d'une répétition à Palerme, le 18 juillet 2002, Vincenzo Di Betta, un ténor du chœur "Antonio il Vero", m'a tendu une partition qui, disait-il, pouvait certainement m'intéresser. Un Dialogo écrit en 1682 par Michelangelo Falvetti, compositeur calabrais et maître de chapelle au Duomo de Palerme et plus tard de Messine.
Dès la première lecture, je fus surpris par l'œuvre. Il ne me semblait pas être devant un oratorio ou un drame sacré classique. J'avais dans mes mains une partition oubliée depuis trois siècle mais d'une originalité sans pareille dans l'histoire de l'oratorio italien. Le livret, écrit par Vincenzo Giattini, avait permis à Falvetti d'exploiter le drame avec un génie très rare dans les œuvres de cette époque.

Cette œuvre est une sorte de catalogue des émotions humaines et des genres musicaux en vogue à l'époque. Dès les première notes, Il Diluvio universale [/[i] suscite une forte "captatio benevolentia", notamment à l'instant où la Justice Divine fait une violente apparition en demandant à l'orchestre de cesser de jouer. Selon ses mots, le jugement de Dieu est arrêté et il faut convoquer les forces de l'univers pour châtier la race humaine et ses trop nombreux péchés. La pitié que Dieu a toujours eue pour l'humanité semble épuisée, l'homme n'écoute plus sa parole : une purification est nécessaire.

Les quatre "Eléments" font leur apparition et demandent à leur tour de participer à cette purification avec toutes leurs armes. La force animale de la musique écrite par Falvetti pour personnifier l'Eau, la Terre, le Feu et l'Air rend le drame présent dès les premières mesures.
Les forces de la nature ne montrent aucun signe de pitié : elles ne font qu'accomplir un ordre.

L'horreur s'installe grâce à une écriture d'une virtuosité inégalée. Les personnages des Eléments et de la Justice Divine appliquent les théories de Claudio Monteverdi au sujet de la colère en musique. Mais pour la première fois dans l'histoire de la musique ce style appelé "concitato" est appliqué à cinq personnages qui chantent en même temps des mélodies différentes. Regarder la partition à ce moment est un réel plaisir et, à ma connaissance, il n'en n'existe pas d'autres exemples au 18ème siècle : tout est noir sur la partition, les doubles croches coulent comme l'eau et l'annonce de la destruction est irréfutable.

Ensuite le tableau change subitement et l'on assiste à une scène de la vie quotidienne de Noé et Rad, sa femme. L'influence de l'opéra vénitien est évidente dans l'écriture des "duettis" des époux, d'une religiosité profonde mais aussi d'une grande sensualité.

La suite de l'histoire, tout le monde la connaît. Les techniques utilisées par le compositeur pour décrire les moments de souffrance et de mort de l'humanité qui périt sous l'eau sont remarquables. Falvetti utilise le contrepoint d'église à cinq voix mais dans un style madrigalesque d'une grande modernité, dans la tradition de Sigismondo d'India, un autre grand musicien sicilien. Le chœur pleure et gémit en poussant des cris, les paroles commencent à manquer et, parfois, on chante seulement le début des mots sans prononcer les dernières syllabes, quand les vagues submergent la tête des hommes et des femmes sous la mer … Falvetti n'hésite pas à écrire un grand lamento pour chœur à cinq voix, une autre nouveauté qui place l'œuvre encore une fois sous un angle différent et unique entre ses contemporains.
Les techniques de la monodie (mono mélodie) accompagnée sont utilisés pour une écriture contrapuntique (relatif au contrepoint), procédé que seul Monteverdi avait utilisé auparavant en transformant son célèbre [i]Lamento d'Arianna
en madrigal à cinq voix.
La Mort est, elle aussi, représentée dans l'oratorio, mais au contraire de ce que l'on peut imaginer, sa musique n'est pas sombre ou menaçante. On assiste plutôt à une présentation des musiques populaires siciliennes. Le comble de l'inattendu arrive quand La Mort chante son air "Ho pur Vinto" et que l'orchestre joue une tarentelle en accompagnement de sa joie.
Comment ne pas être surpris par ces choix du compositeur ? Le professeur Bernardino Fantini nous rappelle à quel point la mort est souvent associée à la danse. "La Danse des Morts" sur une fresque de la cathédrale de Palerme nous interpelle et nous montre le chemin à suivre pour l'interprétation de ce rôle. Le chœur "Ahi che nel fin" est un des plus émouvants madrigaux que j'ai entendus et je partage ce sentiment avec collègues musiciens. La veine madrigalesque de Falvetti nous laisse une soif énorme de connaître davantage a musique mais, hélas, ses madrigaux n'ont pas encore été découverts.

Leonardo Garcia Alarcon
Genève, septembre 2010
Extrait du livret de l'œuvre, Festival musical de Namur, juillet 2016
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Bel Canto
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Jeu 21 Juil - 13:10

Une analyse complète de l'oeuvre ici : http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2013/04/04/2230-michelangelo-falvetti-le-deluge-universel-l-esthetique-intermediaire-du-baroque-italien

C'est une oeuvre que j'ai vue et entendue deux fois en direct et de nombreuses fois à la seule audition ... c'est toujours avec le même plaisir !

Plusieurs versions complètes sont accessibles sur YT.
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Bel Canto
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Jeu 21 Juil - 13:26

Paru le 29 septembre 2011 chez Ambronay.


Noé : Fernando Giumaraes
Rad : Mariana Florez
Dio : Matteo Bellotto
Giustizia Divina : Evelyn Ramirez-Munoz
Morte : Fabian Schofrin
Acqua : Magali Arnault
Natura Humana : Caroline Weynants
Foco : Thibaut Lenaerts
Terra : Benoît Giaux

Cappella Mediterranea
Choeur de Chambre de Namur
Direction musicale : Leonardo Garcia Alarcon

DISTINCTIONS : Diapason découverte (octobre 2011) - Diamant d'Opéra (novembre 2011) - Hi-Res Audio (mars 2012)

Chef-d’œuvre oublié depuis trois siècles, Il diluvio universale de Michelangelo Falvetti (1642-1692) se déploie en une originalité incomparable. Cet enregistrement inédit convoque, entre ciel et terre, l'Arche de Noé du baroque sicilien. Des chœurs intenses, des solistes éblouissants menés par le formidable et dynamique Leonardo Garcia Alarcon.
Qobuz

Que ceux qui ne savent rien de Michelangelo Falvetti se rassurent : Leonardo Garcia Alarcon en ignorait tout le jour où lui parvint la partition de ce Diluvio Universale (1682) exhumée par un ténor musicologue des archives de Messine. Ce que l’on sait, c’est que ce calabrais ayant fait ses études à Messine devint en 1682 maître de chapelle de sa cathédrale, et proposa dès sa première année cet oratorio.
Oratorio ? Drame sacré ? Opéra ? Difficile à dire, tant il est vrai que prévaut ici la peinture de l’humaine condition face à la frayeur du Jugement dernier et de la fin du monde. Quatre parties se succèdent : « In Cielo » ; « In Terra » ; « In Diluvio » ; « In l’arca di Noè ». Le couple Noé-Rad donne à ce qui pourrait n’être que large fresque de la colère divine une dimension intime, une tendresse même, assez inattendues, et qui font songer par anticipation à La Création de Haydn.
Tout cela n’est certes pas gage de qualité : tant de médiocrités dorment dans les fonds de bibliothèques. Mais Alarcon est avisé et sensible : il a repéré dans cette partition des trésors, et il leur rend leur première splendeur.
Les quatre parties diffèrent de climat, de ton. On avoue une préférence pour la première et la dernière, mais tout recèle des merveilles. « In Cielo » est tout simplement un festival électrisant de beauté sonore et musicale. Le Chœur des éléments possède un souffle hors pair. Les cascades confiées à l’adorable Aqua de Magali Arnault sont étourdissantes. Les « nubi funeste » sont d’une plastique, d’une ligne, d’une densité saisissantes.
Les dialogues de Dieu et Noé, de Noé et Rad semblent issus directement d’opéras de Vivaldi par leur suc et leur couleur. Les interventions de la Nature Humaine séduisent par leur simplicité frémissante. La tarentelle de la Mort ravit par son humour débordant. Et que dire du dépouillement mélodieux de toute la dernière partie, entre soulagement, lamentation, puis hymne à la paix. Tout cela est d’une humanité et d’une douceur bouleversantes.
Leonardo Garcia Alarcon confirme son génie de coloriste. Pas un son ici qui ne soit gouleyant, plein, porteur de sens. La matière sonore est travaillée en pleine pâte (les violes !). Ses choix vocaux sont à l’avenant, avec une mention particulière pour les femmes : Evelyn Ramirez Munoz, Mariana Flores, Magali Arnault, Caroline Weynants ont dans le timbre une lumière tendre, quelque chose de solaire qui réchauffe sans agresser.
Bénis soient ceux qui ont sauvé ce Diluvio des eaux de l’oubli.
Sylvain Fort - Forum Opera
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joachim
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Ven 22 Juil - 11:41

Ne crois surtout pas, Bel Canto, que ce fil n'intéresse personne ici ! C'est tout simplement (du moins pour moi) que je ne connais pas cette oeuvre, ni d'ailleurs Falvetti.

Mais me connaissant, ça m'étonnerait que ce compositeur me plaise... Embarassed
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Bel Canto
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Ven 22 Juil - 21:01

joachim a écrit:
Ne crois surtout pas, Bel Canto, que ce fil n'intéresse personne ici ! C'est tout simplement (du moins pour moi) que je ne connais pas cette oeuvre, ni d'ailleurs Falvetti.

Mais me connaissant, ça m'étonnerait que ce compositeur me plaise... Embarassed

Je suis assez ancienne sur le forum pour ne plus me formaliser s'il n'y a pas de réaction à mon post ! Wink
En postant ici, je pense, peut-être naïvement, laisser une trace de ce que j'ai vu et entendu et que peut-être cela intéressera l'un ou l'autre.

Par contre, je pense que tu devrais écouter malgré tout ... tu sais que moi non plus je n'accroche guère au baroque mais là c'est très différent. Nabucco, l'autre oeuvre retrouvée du compositeur, est par contre beaucoup plus classique et baroque. Dès que j'ai le temps, j'en ferai le compte-rendu.
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laudec

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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Ven 22 Juil - 22:05

Une belle découverte pour moi cet opéra (ou oratorio ?) qui me fait penser à ceux de Haendel que j'aime tant. Il détient toutes les clés de mon cœur. Ces voix et chœurs baroques me ravissent totalement.
Il a la qualité aussi de n'être pas trop long et d'utiliser des instruments d'époque pleins d'âme dont la flûte à bec renaissance accompagnant la harpe
L'analyse de l’œuvre jointe est très intéressante, passionnante.  Merci Bel Canto pour cette belle œuvre  que j'ai écouté dans son intégralité malgré le peu de temps dont je dispose pour l'instant


Citation :
En postant ici, je pense, peut-être naïvement, laisser une trace de ce que j'ai vu et entendu et que peut-être cela intéressera l'un ou l'autre.


Je pense aussi que beaucoup de gens lisent tes post sans jamais laisser de commentaires, moi cela m'arrive souvent et ce n'est pas par manque d'intérêt mais parce que je n'ai rien de plus à dire surtout par manque de temps, j'ai rarement le temps d'écouter un opéra, j'écoute un petit extrait et ne me sens pas en mesure alors d'en dire quelque chose sur cette base minime.
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Bel Canto
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Ven 22 Juil - 22:23

On parle d'un oratorio effectivement.
Heureuse que cela t'ait plu. Mains
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Jean

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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   Ven 22 Juil - 23:42

je l'ai depuis quelques temps...une bonne occasion de le réécouter: j'aime beaucoup!!
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MessageSujet: Re: Falvetti - Il Diluvio Universale   

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