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 Mitridate (ou Mithridate), opéra de Mozart (1770)

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Anouchka

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MessageSujet: Mitridate (ou Mithridate), opéra de Mozart (1770)   Mer 24 Fév - 19:29

Suite à la diffusion en direct de cet opéra sur Mezzo, Arte Classic et Culture Box samedi 20 février dernier, voici mon compte-rendu, très personnel et qui ne tient compte d'aucune autre critique.

"Pitch" de l'intrigue : On connaît la sombre histoire du roi du Pont, mégalo au point de vouloir envahir l'Italie, trahi par le fils ainé Farnace (qui soutient Rome), et par ses deux fils sur le plan de l'amour puisque le père comme les deux fils aiment la femme "fatale" malgré elle, Aspasia..., qui aime Sifare le cadet, auquel elle n'est pas promise. Ambiance, donc.
Direction musicale : Emmanuelle Haïm avec le Concert d'Astrée. Mise en scène : Clément Hervieu-Léger.
Chanteurs : Michael Spyres (Mitridate), Patricia Petibon (Aspasia), Sabine Devieihle (Ismène), Myrto Papatanasiu (Sifare), pour les principaux.

Je ne connaissais l'opéra que par mes CD, dont j'ai deux belles versions. Donc, pour la première fois, le côté visuel m'a fait ressortir, justement, l'immense génie mozartien qui n'est plus en gestation, mais inscrit dans son devenir.
Ma priorité fut néanmoins de me concentrer sur sa musique. Ensuite, sur les chanteurs-acteurs. Dans cette musique particulière d'opera seria "néobaroque" avec alternance obligée d'arias, souvent da capo -c'est parfois un peu "lourd", même-, et les obligatoires récitatifs avec petit clavecin qui souligne de façon lassante parfois.
Ce Mozart de 14 ans est fulgurant. J'ai encore du mal à comprendre comment cet adolescent pouvait ainsi plonger dans cet univers d'adultes, fait d'intrigues politiques complexes, d'amours passionnelles, d'alternance d'espérances amoureuses et de chagrin absolu.Déjà, dans sa compréhension du texte de Racine (relativement fidèlement repris dans la traduction italienne, puis le livret -bien tronqué, d'ailleurs, hélas !!), il dévoile une maturité invraisemblable ! Ensuite, tout simplement dans sa musique, qui reste, malgré tout pour l'époque, très novatrice et relativement indépendante. On sait que les chanteurs étaient les stars, et Mozart dut se plier, par exemple, aux caprices du ténor pour re-composer plusieurs arias, et plancher des nuits entières là-dessus... Jeunesse oblige ! Il se dégagera plus tard de ce carcan, on le sait, grâce à un éblouissant "Idoménée" (dont on suit la genèse quasi pas à pas grâce à sa correspondance avec Leopold, et là, il commence à s'imposer..). On connaît la suite, et l'autorité qui était devenue la sienne avec ses librettistes et ses interprètes !
Cette musique évidemment peut se passer du visuel, d'où le génie... Le fameux solo de cor sur "Luigi da te"de Sifare (l'amant comblé mais le fils cadet fidèle à son père), était extrêmement émouvant et particulièrement réussi (bravo au corniste soliste, malgré une petite faiblesse dans ses aigus).  Une sacrée géniale audace de composition pour un si jeune Mozart !! -là, "ça déchire, comme on dit !-.

- la mise en scène n'a rien de très audacieux, mais elle est très "supportable" : Ces gens réfugiés dans un théâtre désaffecté et qui redécouvrent l'oeuvre de Racine dans un carton, et la répètent. Du théâtre dans le théâtre. Un peu déjà vu, mais très bien. Décors et costumes sont impeccables, la juste note de ce qu'on peut trouver dans des vestiaires un peu misérables, dans un tel contexte.
Ca bouge, c'est physique. On monte sur les tables, on bouscule des chaises, on prend des escaliers, on s'agenouille, tout est en incessant mouvement....

- les chanteurs :

* Honneur à Mitridate, Michael Spyres, très à l'aise dans un rôle périlleux pour sa voix, sachant assurer ses aigus malgré tout, donc prouvant qu'il peut aussi être mozartien... même s'il est plutôt rossinien. Une prise de risque, une belle performance et un jeu de scène très crédible. Bravo.
* Aspasia, Patricia Petibon, pour moi la "star" de la soirée. Une très grande chanteuse évidemment, mais tout autant une très grande comédienne. Sa voix me semble avoir baissé d'un demi-ton, peut-être, mais cela n'a pas d'importance (ou presque, car elle se rapproche un peu trop de celle de "Sifare" dans les duos). Bien sûr, des vocalises à la Mozart invraisemblables de justesse, des graves très affirmés en retombée, un souffle prodigieux (je pense à une série délirante de notes stratosphériques où elle ouvre à peine la bouche et on ne voit presque pas une respiration !). Elle est peut-être un peu hystérique sur la scène du poison, vers la fin, mais c'est l'Aspasia qui s'affirme en amoureuse, presque une "Lucia" comme le disait sa collègue Sabine Devielhe (qui a souligné à juste titre un côté presque "pré-romantique" de la musique de Mozart dans cet opéra).
Une tragédienne... , telle qu'on la connaît. Qui a déclaré à l'entracte que tous les chanteurs s'étaient sentis libres avec le metteur en scène, mais avaient réellement tous "coopéré" dans sa vision... Son masque blafard, ses lèvres sanglantes, sa chevelure de feu en chignon qui se dénoue à la fin.., Mozart lui avait écrit déjà un rôle d'héroïne de tragédie grecque, et elle assure !!  
* Ismène, Sabine Devieilhe : La voix très rare de colorature qu'on lui connaît, dans un rôle un peu secondaire qui n'autorise pas un grand jeu de comédienne (pour laquelle elle doit encore un peu mûrir, je pense). Ses contre-fa sont absolument éblouissants... et rappellent d'ailleurs presque "la Reine de la Nuit"par moments ! Ou comment Mozart donnait la vedette à tous ses chanteurs.. (oui, je sais, beaucoup de castrats !)
* Sifare, Myrto Papatanasiu : Très belle voix de soprano, peut-être un peu trop proche de celle de Petibon, ce qui m'a personnellement un peu gênée, pour le contraste homme-femme... Parfaitement comédienne, également.
*Farnace, Christophe Dumaux contre-ténor : Une voix très juste, mais je l'ai trouvé un peu "gêné aux entournures" sur le plan de son jeu, comme si ce rôle de méchant fils indigne lui convenait moyennement. Sa gestuelle est un peu terne, il aurait pu être un peu plus au diapason.. Peut-être est-il plus habitué à Haendel..

On pourra reprocher le livret "tronqué" par rapport à Racine, des phrases qui se répètent sans arrêt avec les da capo etc..., tout ceci pouvant être résumé en une heure... Mais le challenge de Mozart était de tenir sur TROIS HEURES D'OPERA, il a composé 22 arias, l'opéra fut un triomphe et fut joué 21 fois à Milan.  

Voilà ! Mozart déjà le génie unique .... 14 ans... ! Et un beau jeu de scène avec des chanteurs magnifiques. J'étais ravie !


N.B. : Ceci est un humble avis, complètement indépendant des critiques que j'ai pu lire ou entendre ! (des goûts et des couleurs... !)
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Mitridate (ou Mithridate), opéra de Mozart (1770)
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