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 Julius ISSERLIS (1888-1961)

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joachim
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MessageSujet: Julius ISSERLIS (1888-1961)   Jeu 3 Sep - 8:53

Julius Isserlis est un compositeur moldave, né à Chisinau (Kichinev) le 7 novembre 1888 et mort à Londres le 23 juillet 1961.

Né en 1888 à Kitchinev (l’actuelle Chisinau, dans cette Moldavie qui faisait alors partie de la Russie), d’une mère sage-femme et d’un père cantor à la synagogue locale, reconverti en dentiste itinérant pour augmenter ses revenus, Julius commença à étudier le piano à l’âge de quatre ans; il se montra très tôt un musicien si prometteur que la communauté juive locale fit une demande pour qu’il allât étudier au Conservatoire de Kiev, avec le professeur Wlodzimierz Puchalski—en ce temps-là, un Juif avait besoin d’une autorisation spéciale pour se rendre à Kiev. L’enfant de neuf ans l’obtint finalement mais, au bout de seulement un an, Puchalski l’envoya étudier à Moscou avec Vasili Safonov, le directeur mondialement célèbre du conservatoire de la ville. À dix ans, il était, et de loin, le plus jeune élève de ce très strict professeur. (Quand, à quatorze ans, Julius omit, lors d’un concert estudiantin, celle des Eroica-Variationen de Beethoven qu’il aimait le moins, Safonov, pour le punir, le força, lors de sa leçon suivante, à la répéter dans tous les tons possibles!)
Au programme figuraient l’harmonie, le contrepoint et la composition, discipline qu’Isserlis eut la chance d’étudier auprès de Serguéï Taneïev, qui avait été l’élève préféré de Tchaïkovski et qui enseigna aussi Rachmaninov, Medtner, Glière et Scriabine. Lorsque Julius arriva au milieu de ses études, Taneïev se retira dans sa maison de campagne, près de Moscou, où sa vieille bonne s’occupa de lui. Là, il donna gratuitement à Julius des leçons qui duraient souvent tard le soir, à l’issue desquelles on lui fournissait un lit et d’excellents repas. Taneïev avait également étudié les mathématiques, l’histoire, les sciences naturelles et sociales, ainsi que la philosophie—bien sûr, Julius adora son professeur. À seize ans, ayant achevé ses études à Moscou, il obtint la prestigieuse médaille d’or du Conservatoire, établissement où son nom demeure gravé sur le tableau principal, dans le hall d’entrée.

En 1907, Julius Isserlis se rendit à Paris pour prendre des leçons avec Charles-Marie Widor, le célèbre organiste à qui l’on doit l’omniprésente Toccata (tirée de sa Symphonie pour orgue nº 5). Il se trouve que Scriabine était alors à Paris: entendant jouer Julius, qui l’admirait énormément, il lui conseilla de se produire en soliste au Carnegie Hall de New York, accompagné de l’Orchestre philharmonique de Russie. Ce fut un triomphe et, s’il était resté aux États-Unis, Julius aurait été assuré d’une carrière étincelante. Seulement il se languissait tant de sa famille et de sa Russie que, contre l’avis de tous, il rentra au bout de trois semaines, pour ne jamais revoir l’Amérique.

De retour à Moscou, Isserlis fut nommé professeur au Collège de la Société philharmonique impériale—le seul professeur juif de l’établissement. En 1916, il donna un récital à Odessa, splendide ville sur la mer Noire, dont la vie culturelle animée était encore peu affectée par la guerre de 1914. De riches mélomanes, les Rauchwerger, y assistèrent. Leur fille aînée, Rita, était pianiste, elle aussi; peu de temps après, elle épousa Julius et George naquit en 1917.

Entre-temps, vivre à Odessa était devenu de plus en plus dangereux: les bolcheviks se rapprochaient. Après une descente chez eux, à minuit, Julius et sa famille tentèrent de fuir sur un navire britannique (une tentative avortée: en chemin vers le port, la carriole hippomobile dans laquelle ils voyageaient fut prise sous les feux croisés des rouges qui avançaient et des défenseurs). Peu après, il devint évident que Julius avait contracté le typhus auprès d’un soldat infesté de poux. Ironiquement, n’être pas parvenu à embarquer lui a probablement sauvé la vie, car s’il avait réussi, on l’aurait peut-être liquidé pour prévenir l’infection des autres passagers!

Après quelques mois de convalescence, Julius Isserlis alla se présenter aux autorités moscovites. Le régime communiste de Lénine envoyait alors les musiciens jouer à travers tout le pays pour les ouvriers dans les usines, les hôpitaux et d’autres institutions; les pianistes jouaient généralement sur des pianos à moitié cassés. La vie était très dure et l’antisémitisme monnaie courante. Quand, en 1922, Lénine fit paraître un décret autorisant seulement douze musiciens à effectuer des tournées à l’étranger, comme ambassadeurs de l’Union soviétique, Julius quitta à contrecœur sa patrie: en 1923, il entreprit avec sa famille le long voyage en train qui le mena à Vienne, via Riga, Berlin et Prague.

Trouver un appartement à Vienne ne fut d’abord pas chose aisée; une très vieille logeuse refusa d’accueillir un pianiste car elle se souvenait que sa tante avait loué une chambre à un musicien fou, sourd, qui crachait partout au sol—Beethoven! Toutefois, ayant été rejoint par plusieurs parents et espérant encore, à un moment, reprendre sa carrière interrompue en Russie, Julius décida de ne pas suivre l’exemple de certains de ses confrères qui gagnèrent les États-Unis. Il reprit sa carrière à Vienne, où il devint un membre respecté d’un monde musical sur lequel la documentation abonde; il joua, enseigna, siégea dans les jurys, composa et reçut la visite de plusieurs musiciens russes de passage, notamment Nathan Milstein et Josef Lhévinne.

Il va sans dire que vivre à Vienne devint de plus en plus dangereux à mesure que le IIIe Reich monta en puissance. Julius fut engagé, miraculeusement à temps, pour effectuer sa première tournée en Grande-Bretagne, la semaine même de l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en 1938). Au bout de quatre mois d’angoisse, on lui donna le droit de résider en Grande-Bretagne et sa famille put enfin le rejoindre à Londres.

Pendant la guerre, et même s’il dut, à cinquante ans, batailler pour reconstruire une fois encore sa carrière, Julius parvint à gagner sa vie à Londres: il enseigna, donna des récitals, le midi, à la National Gallery, enregistra pour la BBC, donna deux récitals Chopin au Wigmore Hall et effectua des tournées en Grande-Bretagne avec le Wessex Philharmonic (ancêtre du Bournemouth Symphony Orchestra). Après la guerre, cependant, il fut peu à peu supplanté par un afflux de pianistes plus jeunes et, quoiqu’il demeurât un excellent pianiste jusqu’à soixante-dix ans passés, ses agents lui proposèrent de moins en moins de concerts. Il emménagea avec Rita dans un appartement de West Kensington et, chaque week-end, ses petits-enfants (ma sœur Annette, mon frère Steven et moi-même) venaient rendre visite à «Babouchka» et à «Diedouchka», jouant sur les deux pianos à queue fourrés dans le petit salon. En 1963, Julius fut atteint par la maladie de Parkinson; il mourut cinq ans plus tard.

extrait des notes rédigées par Rachel Isserlis © 2014 sur le site d'Hyperion
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joachim
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MessageSujet: Re: Julius ISSERLIS (1888-1961)   Sam 7 Nov - 12:20

Voici un compositeur moldave dont la musique de piano vaut vraiment l'écoute. Que des pages charmantes sur ce CD qui lui est consacré !



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Julius ISSERLIS (1888-1961)
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