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 Tanpura ou Tambûr

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Icare
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MessageSujet: Tanpura ou Tambûr   Mar 7 Avr - 23:04

Le tambûr, tambur, tamboor, tanbur, tanbura, tamboura, dambura, tanburag, tampura, tampuri, tamburitza, tonbul ou tunbûr (d'autres dérivés : pandura, pandore, bandora, dombra) est un instrument à cordes. Ce terme désigne une famille de luths à manche long, fort différents, répandus en Chine, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, en Inde, en Afghanistan, en Iran, en Irak, en Azerbaïdjan, au Tadjikistan, en Turquie, en Arménie et dans les Balkans. Il ne s'agit pas d'un instrument de percussion malgré l'homophonie du tambour, mais d'un instrument à cordes pincées. De fait, la tanpora ou tanburah égyptienne relève plus d'une erreur de vocable récente, puisqu'il s'agit d'une lyre connue sous le nom générique de simsimiyya. Il existait dans l'Antiquité au moins deux variétés distinctes de tambûr. Avec une forme plus ou moins piriforme : cet instrument est utilisé en Assyrie et en Perse, puis introduit par l'Asie mineure en Grèce, d'où il passa ensuite dans l'Empire romain. La caisse, formée d’une courbe gracieuse de la base jusqu'au manche, a évolué vers une ligne extérieure plus tranchée, s'approchant d'une forme triangulaire aux angles arrondis. Avec une forme ovale : c'est l'instrument favori des Égyptiens. On le rencontre aussi en Perse antique et parmi les Arabes d'Afrique du Nord, qui l'ont introduit en Espagne.

Le terme sumérien pantur est à l'origine du tambur persan et du pandoura gréco-latin qui désigne aujourd'hui une variété de cithare-luth ukrainienne (la bandura) et un petit luth géorgien (le panduri).

Tambûr égyptien:

Les Persans utilisaient un tambûr à six cordes, qu'ils distinguaient des autres instruments. Un tambûr figure sur un bas-relief assyrien exposé au British Museum, qui date du règne de Assurnazirpal II, vers 880 av. J.-C.. Dans une scène illustrant la vie dans un camp, le musicien joue d'un tambûr piriforme avec un manche très long et fin, qui n'aurait pu avoir que deux cordes, tandis que deux hommes déguisés dansent. Le tambûr a évolué avec les Romains, qui ont élargi le manche pour accueillir quatre cordes et adopté une caisse ovale. On en trouve un exemple sur les marbres de la collection Townley au British Museum, où un bas-relief daté de 150 av. J.-C. illustre le mariage d'Eros et de Psyché montre l'instrument en entier et de profil. C'est au VIIIe siècle que le terme tunbûr apparaît dans un manuscrit arabe. Il se répand très vite sous la forme de tambûr dans tout le Moyen-Orient. Dans ses traités de musique, Al-Farabi, un philosophe persan du Xe siècle, mentionne deux types de tambûr, consacrant un chapitre à chacun : celui du Khorasan de type persan, et celui de Bagdad de type assyrien. Ces deux instruments diffèrent en forme, en taille et par la disposition des frettes. Al-Farabi ne décrit pas la forme de la caisse, détaillant davantage les dimensions de l'instrument. Au XIe siècle, le tambûr parvient en Inde, bien qu'il existait déjà un long luth dans le sud du pays. C'est sans doute à la même période, à la faveur de l'expansion de l'Islam, qu'il se répand autour de la Route de la soie. Le tambûr a traversé le Moyen Âge et l'époque moderne sous différents noms. Les miniatures des Cantigas de Santa Maria représentent des instruments ovales comme le scheschta, alors qu'une variété à trois cordes est connue sous le nom de schrud.

Tambûr (Asie centrale):

Ces instruments à la graphie non fixée (tanbur étant aussi courant) ont tous une forme similaire et ne se différencient que par la structure de la caisse de résonance, la longueur du manche, le nombre de frettes et évidemment le style de jeu.

Iran:

Tambur kurde:

Depuis l'Antiquité, il est joué en Iran au Kurdistan, au Khorasan, au Hormozgan et au Lorestan. Au temps de Farabi, le tambûr possédait au moins cinq frettes, alors que ceux du Khorasan n'en comptaient pas moins de 18, ce qui allongeait de moitié la longueur de l'instrument. Cinq de ces frettes étaient fixées dans une position invariante, les treize autres étant disposées entre celles-ci. Les frettes fixes, en comptant à partir du haut du manche, donnaient un intervalle d'un ton à la première, de 4 à la seconde, de 5 à la troisième, d'une octave à la quatrième et d'une neuvième dominante à la cinquième, donnant ainsi une succession de quatre et de cinq tons. Les frettes additionnelles étaient placées entre celles-ci, de manière à ce que les octaves contiennent généralement 17 intervalles d'un tiers de ton chacun. Farabi mentionne un chevalet ou "zobalba" à laquelle deux (Une grave et une aigüe), parfois trois cordes étaient attachées, l'aigüe étant alors doublée.Cette modification est attribuée au tambûriste Ostad Elahi. Cette modification permettra au tanbûriste de produire des effets hétérophoniques. Les cordes reposaient sur un sillet de tête qui avait autant d'encoches que de cordes. Sur les tambûr du Khorasan, il y avait deux clés placées de chaque côté de la tête.

Lutherie :

Il existe aujourd'hui deux variétés de tambûr en Iran : avec petite caisse de résonance assez anguleuse, taillée dans un bloc de murier (assez proche du dotâr) avec caisse de résonance bombée et arrondie, en lamellé-collé de hêtre, noyer ou murrier (assez proche du setâr ou du saz turc).  À celle-ci se greffe un long et fin manche (en poirier ou abricotier), qui était parfois solidaire du bloc. S'y ajoute aussi une table d'harmonie légère en hêtre, percée de très petites ouïes à peine visibles. Les cordes, un chœur de deux aiguës à l'unisson et une grave à l'octave, reposent sur un tout petit chevalet. Elles sont accordées au moyen de petites clés au bout du manche. Il y a 13 ou 14 frettes en boyaux, non amovibles, et placées à échelle équidistante, chromatique.

Jeu :

Le musicien tient l'instrument contre lui et n'utilise pas de plectre mais joue avec ses doigts. La technique est très complexe et rappelle celle de la guitare flamenco dont elle est peut-être une source. En effet, le joueur parvient à jouer une succession très rapide de notes, non pas par un mouvement très rapide de la main ou d'un doigt, mais en effectuant des moulinets ascendants et descendants des quatre doigts de la main droite, les pulpes, bien à plat en éventail, sur les cordes. Parfois le dos des ongles est utilisé, ainsi que le pouce de la main gauche. Les quatre doigts de la main gauche se promènent sur la double-corde aigüe, le long du manche.

Compte tenu du petit volume de la caisse et de la proximité des rares cordes, cet instrument n'a guère d'emphase sonore. Il faut donc sans cesse relancer le son au moyen d'une caresse en moulinet, sinon il s'éteint très vite. Il peut être joué seul ou en ensemble ou encore accompagné de percussions (daf), mais le plus souvent, il accompagne le chant. Seuls les hommes étaient admis à le jouer, mais depuis quelques années les femmes, bien que rares, s'y initient aussi. Le tambûr est étroitement lié à l'identité culturelle kurde. Comme chez les sufis, pour qui la musique permet d'atteindre un état de transe et de parvenir à une vision mystique, la musique de la foi kurde, Ahl-e Haqq, utilise cet instrument musical sacré pour des cérémonies liturgiques appelés jam ou djem. Les notes de musique du tambur sacré kurde peuvent être considérées comme des symboles menant à la réalité divine. On le trouve aussi dans les ermitages (khaneqah) pour accompagner les prières.

Ostad Elahi (1895-1974) fut un maître du tambûr. Il est connu pour avoir entre autres rajouté la troisième corde à l'instrument, mais également pour être le premier à avoir utilisé les cinq doigts de chaque main, avec l'apparition du shôr, mouvement de roulement ascendant de la main droite utilisant les cinq doigts. Ostad Elahi a pu transmettre son art à son fils Chahrokh Elahi" qui tente de sauvegarder cette musique et sa technique sacrée, tout en retravaillant les rares enregistrements disponibles de son père afin de pouvoir les publier. Le virtuose kurde Ali Akbar Moradi, tente également de sauvegarder une partie de ce patrimoine en enregistrant les pièces musicales des Kurdes Yarsan vivant dans les chaînes de montagnes reculées d'Iran avant que leur voix ne soit perdue avec le temps.
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Snoopy
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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 0:07

Tu n'as pas une vidéo en exemple stp?
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Icare
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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 16:20

Si j'ai trouvé très facilement avec le sarod, j'ai pour le moment fait chou blanc avec le Tambûr. Laudec, au secours!
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laudec

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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 19:30

Je connais les "tanpura" ou tampura, tempura etc. de l'Inde que j'ai découverte en suivant un cours de chant indien avec Marianne Svasek accompagnée par la tampura, un instrument fascinant qui accompagne les autres instruments ou les chants vers leur intériorité.  Cet instrument est joué de façon  étrange, comme avec détachement, tenu debout à côté de soi (assis) joué avec une seule main qui semble caresser les cordes sans les regarder, les yeux souvent clos  ...  La musique est presque toujours improvisée et à chaque fois j'ai constaté une réelle communion entre celui ou celle (plutôt) qui joue la tampura et celui qui est accompagné ou qui accompagne, par exemple le joueur de tabla.   Il s'agit souvent de ragas et ces répétitions provoquent parfois un état de transe ou de méditation profonde très particulière.

La tampura est l'instrument principal qui accompagne le druhpad :

“La base du Dhrupad est un poème rythmé de quatre vers pour lequel il n’y a pas de règles concernant la prosodie ou le nombre de syllabes. Le sujet des poèmes est l’ivresse de l’amour et ses merveilleux effets sur le cœur humain. Dans l’Inde centrale ces chants sont appelés Chind et sont principalement des hymnes. Dans le Sud de l’Inde (Telugu et Tamil Nadu) ils sont appelés Dhruva et leur sujet est l’amour.” (Ain i Akbari, vol. III, p.251).

Le dhrupad est le plus classique des styles de chants indiens, il a conservé son identité au fil des siècles en continuant d'adhérer à la grammaire du style et il demeure contemporain comme chant grâce à la part dominante de la libre improvisation lors du récital.

le druhpad, illustration de l'emploi de la tampura en Inde


document tampura en Inde

Je ne sais pas si cet instrument est utilisé de la même façon dans les pays mentionnés dans la présentation de cet instrument , j'irai m'informer.
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Icare
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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 19:40

J'étais sûr qu'en faisant appel à Laudec, je sollicitais la bonne personne. Super intéressant! Tu mérites un gros bisou. Kiss
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laudec

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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 22:15

Icare a écrit:
Le virtuose kurde Ali Akbar Moradi, tente également de sauvegarder une partie de ce patrimoine en enregistrant les pièces musicales des Kurdes Yarsan vivant dans les chaînes de montagnes reculées d'Iran avant que leur voix ne soit perdue avec le temps.


Voici ce virtuose du Tambûr kurde en Iran Ali Akbar Moradi.  Cet instrument semble plus petit, beaucoup plus discret que son cousin indien et il se joue différemment.  Par sa petite taille, sa forme presque triangulaire et ses trois cordes, il me fait penser à la balalaïka mais son jeu n'a rien à voir avec celle-ci, il s'agit ici, comme en Inde d'une musique plus méditative qui fait penser à la musique soufie !


https://youtu.be/tv_ECpXHpc8

Ou encore, très beau ici aussi Ali Akbar Moradi et d'autres qui accompagnent une voix de femme, on voit bien les instruments dont les formes sont assez diversifiées

https://youtu.be/MaS9gmLVLX0
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laudec

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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   Mer 8 Avr - 22:31

Icare a écrit:
Ostad Elahi (1895-1974) fut un maître du tambûr. Il est connu pour avoir entre autres rajouté la troisième corde à l'instrument, mais également pour être le premier à avoir utilisé les cinq doigts de chaque main, avec l'apparition du shôr, mouvement de roulement ascendant de la main droite utilisant les cinq doigts. Ostad Elahi a pu transmettre son art à son fils Chahrokh Elahi" qui tente de sauvegarder cette musique et sa technique sacrée, tout en retravaillant les rares enregistrements disponibles de son père afin de pouvoir les publier.

La musique pour tambûr d'Ostad Elahi jouée par son fils.

https://youtu.be/AxCB923_QOY
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MessageSujet: Re: Tanpura ou Tambûr   

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